LIV. Il, CHAP. XII
met seulement de ne point attaquer une certaine Nation sans le consentement de son allié. Par là il ne se dépouille point de son droit, il n’en soumet pas non plus l’exprcice, il cousent seulement à une restriction en faveur de son allié ; et de cette manière il ne diminue pas plus sa liberté qu'on ne la diminue nécessairement dans toute sorte de promesses. Tous les jours on s’engage à de pareilles réserves dans des alliances parfaitement égales. Mais s’engager à ne faire la guerre à qui que ce soit sans le consentement ou la permission d’un allié, qui, de son côté, ne fait pas la même promesse, c’est contracter une alliance inégale, avec diminution de la souveraineté; car c’est se priver d’une des parties les plus importantes du souverain pouvoir, ou en soumettre l’exercice à la volonté d’autrui. Les Carthaginois ayant promis, dans le traité qui termina la seconde guerre punique, de ne faire la guerre à personne sans le consentement du peuple romain, dès lors, et par cette raison, ils furent considérés comme dépendants des Romains.
§ 176. — Comment une alliance avec diminution de souveraineté peut annuler des traités précédents.
Lorsqu’un peuple est forcé de recevoir la loi, il peut légitimement renoncer à ses traités précédents, si celui à qui il est contraint de s’allier l’exige de lui. Comme il perd alors une partie de sa souveraineté, sestraités anciens tombent avec la puissance qui lesavaitconclus. C’estune nécessité qui ne peut lui être imputée; et, puisqu’il aurait bien le droit de se soumettre absolumen t lui-mème, de renoncer à sou souverain s’il le fallait pour se sauver, à plus forte raison a-t-il, dans la même nécessité, celui d’abandonner ses alliés. Mais un peuple généreux épuisera toutes ses ressources avant que de subir une loi si dure et si humiliante.
2 177. — On doit éviter autant qu'il se peut de faire de pareilles alliances.
En général, toute Nation devant être jalouse de sa gloire, soigneuse de maintenir sa dignité et de conserver son indépendance, elle ne doit se porter qu’à l’extrémité, ou par les raisons les plus importantes, à contracter une alliance inégale. Ceci regarde surtout les traités où l’inégalité se trouve du côté de l’allié le plus faible, et plus encore ces alliances inégales, qui donnent atteinte à la souveraineté. Les gens de cœur ne les reçoivent que des mains de la nécessité.
g 178. — Devoirs mutuels des Nations à l'égard des alliances inégales.
Quoi qu’en dise une politique intéressée, il faut ou soustraire absolument les souverains à l’autorité de la loi naturelle, ou convenir qu’il ne leur est pas permis d’obliger, sans de justes raisons, les États plus faibles à compromettre leur dignité, moins encore leur liberté, dans une alliance inégale. Les Nations se doivent les mêmes secours, les mêmes égards, la même amitié que les particuliers vivant dans l’état de nature. Loin de chercher à avilir les faibles, à les dépouiller de leurs avantages les plus précieux, elles respecteront, elles maintiendront leur dignité et leur liberté, si la vertu les inspire plutôt que l’orgueil, si elles sont plus touchées de l’honnêtetc que il’un grossier intérêt ; que dis-je? si elles sont assez éclairées pour connaître leurs véritables intérêts. Rien n’affermit plus sûrement la puissance d’un grand monarque que ses égards pour tous les souverains. Plus il ménage les faibles et plus il leur témoigne d’estime, plus ils le révèrent; ils aiment une puissance qui ne leur fait senlir sa supériorité que par ses bienfaits; ils s’attachent à elle comme à leur soutien : le monarque devient l’arbitre des Nations. Il eût été l’objet