CHAPITRE IV
U BÉACTIOII POITIFICALE ET IMPÉRIALE COMTRI LES CONSULS
Le pape et l'empereur attaquent les consuls — et croient à l'ar-» rivée de l'Antéchrist ; — mais Milan garde sa liberté. — Pise et Gênes restent indépendantes. — Seules lesvillcB royales sont opprimées— > et les eonsnls détrônés reparaissent partout.» Boger Tictorieuz grâce au schisme. — Les Tilles insurgées contre Palerme victorieuses grâce à l'orthodoxie. — Fédéralisme de Bénévent. — Arnaldo de B re scia h ROUO*» Premières limites posées aux donations k l'Église.
Le schisme d'Anaekif qui surexcilail toutes les yil* les, donnait en même temps le signal de la réaction^ en forçant les évêques orthodoxes, le clergé humilié, la noblesse ralliée au clergé cl aux évêques, à se défendre par un suprême effort contre un mouvement qui dans sa prétention n'avait pas de limites et se présentait aux yeux des dévols avec tous les signes précurseurs d'une impiété définitiye désignée dans le naïf langage de répoqne, à Rome et à Florence^ comme Fère de l'Ante- Christ. Le pape Innocent II devint le chef de la réaction, et la destinée qui comptait les heures ULcessaires à la révolulioa épiscopalc de Tere antérieure pour déborder au delà des Alpes en Allemagne, lui donnait l'alliance, et les idées de Lothaire lll, chef de Topposi* tion catholique allemande, alors victorieuse dans Tempire^ qui en était encore à la moitié de son évolution épisoopale entre les mains des Velfes, en attendant le Jour où il passerait définitivement à la dynastie oppo-
tA REACTION PONTIFICALE ET IMPÉRIALB CONTRR LES CONSULS. 35
8ée des Gebelins. D'après la formute géfiérate de toutes les féactions, le pape orthodoxe et l'empereur Tdfe opposaient le passé, toujours TiTant en eux^ au présent
qui les allaquait do tous cnb .s . ils combattaient les consuls en appuyant les évèques iihn iiu ni ùius et autrefois si ardemment invoqués par les peuples.
Mais a son tour le sort de la réaction était fixé d'ayance par la loi générale de la constitution italienne. Le pape était désarmé) Fempereur nomade ; c'est tout au plus s'ils pouyaient rester unis après leur défaite devant la revoluliuii des investitures; leur alliaiicu tenait uniquement à la circonstance que l'empereur était veilc, par une exception monicn tance due à la dernière évolution épiscopaie de l'Allemagne. Innocent II chassé de Rome^ ne pouvant s'arrêter ni à Pise ni à Gênes, se réfugiait en France. Lotbaire lU, voulant le rétablir à Rome^ n'amenait ayec lui que deux mille chevaux, raillé et méprisé par les villes qui lui préféraient l'anti-césar Conrad IH *lo Gebelin. Placé désormais eu présence des deiix cliefs de la chrétienté, les consuls n*ayaient plus à craindre que leur propre superstition pour le droit du vieux temps.
Ainsi Milan ne peut pas être frappée. En vain Innocent 1! excommunie son archevêque Anselme V , le dépose au cuucile de Pise, et punit le diocèse en lui enlevant son ancienne juiidiction sur Gènes. Milan reste debout, freuiisî^ante, ni impériale, ni pontificale, conmie les Lougobards avant leur conversiooi sans se soucier ni du césar, ni de Taoti-césar, ni du pape, ni de ranti-pape« ni même de son archevêque, devenu le Jouet des partis^ expulsé, enlevé près de Ferrare, et transmis par un magnai à Rome où il meurt sous la dent du pape. Suiut iicriiaid arrive alors: c'est un cuii:>saire
^ LA RÉACTION i^OMIFiCALE ET IMPERIALE
du pape. Réactiomiaire élégant^ beau parleur^ maniaqae de religian^ avec des tendresses oommuDîcatiTcs et des habiletés de langage entraînantes pour de rostiffues consuls, il s'écrie : « Milan^ ta as perdu Gênes, tu
a es humiliée ; quud contulit libi vêtus tua rebellio? » Il piêche, il pleure, il gémit; la multitude Técoutc avec aiteution : « Ah ! se dit-ellc , si nous le noma mions archevêque?» Et il part, content d'avoir amené les Milanais à abjurer le sctiisnie. Mais il se méprend sur tous les points. Les Milanais n'avaient rien perdu à leur révolution; si on leur avait enlevé l'évêché de Gênes, Parchevêque seul ctail puni et nullement les consuls, qui ne pouvaient donner leurs ordres à i'évêcbé de Gènes, d'ailleurs indépendant de fait depuis la chute du royaume. Si la ville abjurait le sdîisme^ c'est qu'elle n'entendait nullement répudier Tunité de l'Eglise catholique^ apostolique et romaine, et dès qu'on respectait la liberté de ses consuls, tout le monde respectait celle de raichovèquej dans sa catlicdrale et dans ses rapports avec Rome ; enfin, si les Milanais offraient rarchevéché à saint Bernard, c'est parce qu'une fois en règleavec ce monde ils aimaient les bons sermons, et rien n'est plus agréable qu'une éloquence à vide, sur des choses qui ne sont pas.
Plus tard arrivait l'empereur Lothairelfl, si favorable à la ville (ju il t( rmait les yeux sur l'invasion de Milan à Como, a Lodi, et qu il protégeait les citoyens dans leur lutte avec Crémone,
Il n'était pas moins favorable à Mantoue, où il con« Armait les anciens privilèges et permettait de construire le palais impérial hors des remparts.—Pise était tellement étrangère à la réaction qu*eUe lui donnait rhospitalilé, en abritant le concile du pape Innocent H
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Contre Anaclet.— Loin ci êlre Uoublée, Gènes était protégée el élevée au rang d'archevêché. — Le besoin de frapper avant tout le double schisme à'AnacIet el de Conr€id, l'insuffisance des troupes allemandes^ la nullité des ressources pontificales condamnaient Tempereur à respecter, à favoriser même la liberté de PIse, de Gènes^ de Milan , de Mantoue et d'une foule de villes importantes, les seules qui pussent lui donner en échange un appui et le faux sembiant d'une victoire.
Empereur au rebours, épargnant les forts, humiliant les faibles^ il ne réprimait durement que les villes royales, souffreteuses, de second ordre, peu importantes; peulrêlre ne frappait-il que des communes non consulaires et tournées au schisme gebelin, pour rêver une quasi renaissance royale, en haine des villes velfes et romaines. Quelles étaient ses victimes? ravic^ à moitié insurgée, à moitié gémissante et certes insensée; Crémone, sœur de Pavie; la Guastalla^ village ou couvent insignifiant; Verceil, Gamondo, Turin, et d'autres localités attardées, hétéroclites, piémontaises^ Ën Toscane, il frappait Lucqms, capitale militaire comme Patte, et sacrifiée aux Pisans d'abord par le concile qui en détrônait l'évêque, ensuite par le marquis de Toscane, Ingleberl, qu on lui imposait avec les forces de Pise, eienlin par le duc de Bavière qu'on lui imposait avec l'armée Impériale pour venger l'expulsion d'Inglebert et la rage impuissante des Pisans. Plus loin, Lothaire brûlait 5tenne, prenait Crfosselo, déposait l'évêque à'Arezzo, subjuguait C€S^iie, Fano, Slnigaglia^ Spohti, Amélie, Narni, Palestrine, des villes militaires, des bourgs, des forteresses, des bicoques; sous l'influence impériale, on déposait l'évêque deSutri, et Viterbe expiait le schisme d'ÀfMckt par une auieude qui compensait au pontife la