CONTRE LES CONSULS
Quand Loibaire III et lonocent II marchent contre le royamiie improvisé par Roger, sur la base de PaUrm et sur les décombres de randenue fédération , ils ne paryiennent qu'à exciter des mouvemenls galvaniques; en fouillantle sol des doges et des ducs, et les centres détrônés et cadavéreux , ils n'en tirent que des insurrections fades^ des feux follets^ des flammes sans chaleur ou des colères vertigineuses^ éphémères, incapables d'entamer l'unité du royaume. Bénévent vou* drait bien se Jeter contre Roger, mais elle a perdu cette antique irradiation qui la conduisait jusqu'à Tarente; sans troupes ni mai chauds elle est destinée à agoniser dans SCS montagnes. Bar! se figure que Lothaire va lui ramener son antique catapan^ et^ dans un élan de irénésie , elle passe au fil de Pépée toute la garnison sicilienne ; mais au départ de Tempereur elle s'aperçoit qu'elle a rêvé, et sa victoire s'évanouit comme une illusion stérile et mineuse. Saleme^ qui voudrait être libre, comme aux temps de Guaimair, est si faible dans sa rébellion qu'elle ne parvient pas même à s'emparer de sa propre lortcre^^se an mains des soldats de ^ Roger. Capoue, qui voudrait renouveler les splendides perfldiesde ses comtes longobards et de ses princes unitaires^ est prise^ garrottée et retournée par Jtoj^sr contre la réaction pontificale et impériale. La Fouille^ protégée et donnée au duc Rainolfe, en baine de Roger, ne saurait résister au chef à qui elle a dû vendre Palerme pour réprimer Ariano. Naples, encore grecque et indépendante^ se meta la recherche de nouveaux amis, de nouveaux appuis^ en se ralliant au pape et à Taupereur contre cetteirradiationpalermitaine dontlesNormands^ ses anciens amis, la cernent de tous côtés en menaçant de l'absorber > mais elle éprouve ia vérité du prpverbe
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qu'en cherchant de nouveaux amis on perd les «nncieus sans gagner les nouYeaux , et elle est assiégée, barassée et prise par Jloyer, qui la comble de privilèges et la rend heureuse d'avoir perdu son inutile indépendance. Amalfi, très-fldèle a Roger, peut-être en haine de Naples sa rivale, se sacrifie jusqu'à se (aire prendre, saccager et dévaster par les Pisans alliôs du pape et de l'euipereur, et par sa [propre dtslriiciiua devenue définitive ; elle confirme ainsi Tunité du royaume. Tous les historiens font observer que Ro^tr reste calme> au milieu des insurrections, son sang-froid ne se dément pas un Instant : seul il est impassible , au milieu de Tébullition du Midi; seul il n'a pas de colère, au milieu de la vaine irascibilité qui multiplie 1rs émeutes autour de lui: c'est que, (juand môme il pourrait èire troublé par la rage de tous ces peuples d'une époque passée à Jamais j quand même il oublierait d'avoir déjà réduit au néant, d'un battement de cil, les insurrections des villes opposées à la fondation du royaume, quand même il voudrait s'exagérer rimporlance de la tourmente impériale et pontificale, essenlielleineiit nioiiienlauée, à moitié désarmée, condamnée à la retraite, tût-elle mille fois plus victorieuse, il garde chez lui le demî-dien vivant de la révolution consulaire , ÂwuiUt il, Tanti-pape des consuls, et avec lui il met en doute le pape, l'empereur et la religion des rois de l'Europe, unanimes et indignés contre le sehisnie de la liberté italienne. Saint Bernard, qu'on voit partout où il faut un orateur à la cause du passé, arrive à Palermc prêcher l'orthodoxie, l'union , la religion , la piété, la concorde , toutes les billevesées qu'on débite avec le faux air de la sagesse, de l'onction et de la componction, à des
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hommes armés et puissants que Ton veut désarmer et perdre à l'amiable et de leur propre agrément.
Roger Técoute avt^CLiiie loiiganiinitc édiliante; il jouit de réloquence de l'enclianleur, qu'il apprécie à sa juste valeur, comme font les consuls de Milan^ et se garde bien de livrer Tanti-pape qui inspire de si tendres exhortations au fanatique de Glainraux et tant d'appréhensions à la réaction universelle. Bientèt il recueille le fruit de son impassible persévérance ; à la mort de l'empereur, en 1138, toutes les émeutes tomlii-ot d'elles-mêmes ou se trouvent sans appui; la Pouilie ne peut plus résister^ et à la mort de son duc Rainolfe elle cède à PaUrme, En li39, Innocent II, qui continue le combat, sans voir qu'il est vaincu, est mis en déroute et pris à Gallucio comme jadis saint Léon IX à Givitella, et Roger, victorieux comme son prédécesseur Humfroy, rentre alors dans le giron deTEglise, en faisant sanctionner sa révolution par le pape, son prisonnier. Annrlrt ÎI était mort ; son successeur dans le scliisme, Victor III, se soumettait volontairement, et le consul du Midi prenait ainsi sa place parmi les rois de PEurope , en réorganisant son FO^ume d'une manière toute consulaire et unitaire avec la « magna curia, i> à Timitationde la pairie française, avec les ^^l ands offices de la couronne , avec la défense de fausseï' les jugements par le duel et avec de tels progrès judiciaires, économiques et politiques que toute la civilisation du Midi se trouva enchaînée à la cause del'unitéet de PàUrmê^ et que» en dehors de cette unité palermitaine, on ne trouvait plus que des longobards, des byzantins, des comtes rétrogrades , des séditions stériles, des châtelains malfaisants. Regretler Amalû^ Gaeie^ TraniyBari, Salerne, Son ente, Gapoue,
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ces victimes de l'unité du royaume, c'était rêver une barbarie désormais impossible. Ainsi se forma le royaume de la basse Italie, un sièc\p et demi après la disparition dernière du royaume de la haute Italie. Né
sous la haine des pontifes y grandi sous les foudres de l'Eglise , victorieux sous la malédiction d une croisade, sacre par l'impiété d'uu scliisiiie, il méritait de reicY^r deux fois plus grand cet ancien duché de Béné- Yent, cette Lombardie mineure que les papes, pendant un siècle, dénonçaient aux Franks comme une terre baîe de Dieu. Si la suzeraineté de l'Eglise y demeura, ce fut par la nécessité de rester dans le système italien car en poussant ia royauté jusqu'à rindependance absolue, IcslSormands se seraient trouyés en deliurs du droit public, spoliateurs de l'Eglise, en contradiction avec le principe social de leur première révolution, sans antécédents reconnus, sans base juridique, leur roi perdait son inscription dans le pacte de Charlemagne, le royaume perdait toute défense devant la chrétienté, et surtout devant les prétentions de l'empire sur le Midi de l'Italie, prétentions qui, une fois inscrites dans le pacte, étaient au besoin tournées par le pape contre Fempereur, et i^ar Tempereur contre le pape.
Mous Tenons de yoir comment l'unité palermitaine écrasa l'ancienne fédération ; prenons le revers de la médaille, consultons les vieux centres écrasés, les localités in(li^né(!s, lévoUées, ameutées conivePalmmi suivons leurs efl'orts depuis hx première élévation de Rag&r jusqu'à la confirmation déhuitive du royaume ; ce sont des efforts dus à leur tour à une sorte de sein* tillatian consulaire qui , au lieu d'aboutir à l'embrase^ ment du sol, se perd dans de fades hyperboles, dans de vaines réminiscences, dans des exaspérations impuis-
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santâBj parce que la fatalité sacrifie tout au grand foyer de Païenne. Qu'est-oe que Bari qui tue son arche-
\cqiie , en H13? C'est une ville qui marche comme Milan, Florence on Himini, et même avec {Jus de colère. D'où viennent ces insurrections variées de Capoue, de Naples , de Salerne , de Troie, de Melû ^ de Montepi^ ioso? Du besoin premier d'avoir des oonsulSj ne fût-ce que pour se défendre contre le rayonnement meur* trier de la nouvelle capitale. Et si Bari) Salerne^ Capoue* et leurs alliés se jettent à la suile du pape et de Tempereur, c'est que, menacées par la latalilé stratégique qui imole tous les consuls à un consul unique, elles imitent Pise, Gènes, et une foule de villes romaiDes qui appuient les chefs de Iltalie pour des raisons toutes géographiques et secondaires; de sorte que, même dans le Midi, les lauriers équivoques de Lothaire ne sont dus qu^à Texubérance de la révolution trop mul« tiple dans ses formes.
Bénévent est le phare qui éclaire toutes les villes sacrifiées du Midi, parce qu'elle seule survit indépendante, et traverse la crise sous l'égide du pontife. £n I1S8 , ses citoyens y emportés par Tesprit général qui demande des consuls , se Jettent contre le rectenr Guillaume, réfugié dans une église, entre les pieds du pré Ire qui célébrait la messe, et la ils l'achèvent à coups de couteau, chassant ses partisans et proclamant la commune « communitatem fecerant. » La réaction ne se fût pas attendre , mais qui vient venger le recteur t L'anti-pape AmuM^ ^ génie de la liberté italienne 9 Fange protecteur de l'unité palermitaine contre toute sédition pontificale et par conséquent contre toute liberté fédérale , soit normande , soit greco-lombarde^ soit tout simplement bénéventiue;
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il cbargc le |>rince de Capoue de briser la commune B fraclioneiii commun itatis faciendam; » et pour abréger les délais trmi sirfj:e impuissant, il attire les consuls dans une entrevue^ les surprend, les trahit; les uns sont tués» les autres s'enfuient; le premier d'entre eux, Ropoltone de St-Eyasio, se trouve parmi les captifis, et BénéYent tombe sous le joug de Tanti-pape , au reste forcé de respecter la forme républicaine. C'est donc le pape, ce démon des révolutions d'Italie, qui devient l'ange de la république bénévenline ; seul il peut protéger les consuls, les relever, assister Kopoltone, le venger, en dépit de la centralisation et du schisme qui étouffent une à une toutes les villes de ^ Pancienne fédération normande. Aussi, quand il devient menaçant pour Palerme, Bénéveni respire; son cardinal recteur, nommé i),u i'anii-pape, se cache dans un monastère, offrant à Kopoltone 60,000 romanals de dommages-inférêts pour Ta voir enlevé; il n'y a pas de politesses, de concessions» de bassesses qu'il n'imagine jiour écarter de sa personne la malencontreuse possi* bilité d'expier sa domination; mais quand PakrvM se relève il sort de sa cave et s'efforce de tromper les citoyens comme on fait dans les républiques, en leur proposant de s'allier avec le roi Roger, l'ennemi le plus acbarné de leur patrie. Mais il a affaire à de plus iiabiles que lui. « Nous ne voulons pas» s'écrient les « citoyens^ nous laisser cncbaîncr à la suite du roî^ « forcés par des serments à le suivre dans ses expédia tiens sous le soleil ardent, ruisselants de sueur, bors 0 d'haleine , pêle-mêle avec les Siciliens, les habitants a de la Pou i lie et les Cal;il)rais. Placés dans \\n [lays de «délices, imilenieut habilués aux dangers de ia vie a militaire, nous ne voulons pas d'accointance avec un