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LA RÉACTION POKTIFICALE ET IMPERIALE

lemagno» loi suprême de la fédération italienne. Vrai velfè) homme-lige de l'^lise^ empereor mrvile, infiniment dévot, sorte de statue Tivanteel animée, momentanément détachée de la niche d'un cathédrale, il aurait voulu tout accorder au pontife; mais plus fort ijue lui, Fesprit du temps Tarrétait sur sa pente^ et it contestait au pape la donation de la comtesse Mathilde^ ainsi que le droit d'iuféoder les terres du Midi aux Normands. Le pape ne prit les allenx de la comtesse qu'à la condition de les accorder à la maison de Bavière, comme pour les restituer a la maison impériale ^ Quant aux investitures normandes, après les avoir réclamées par une discussion de trente jours à Mont-Cassin et à Salerne, il dut se contenter de conférer le duché de Fouille au comte Rainolfe, en tenant le drapeau ducal en même temps que Tempereur *« Ces limites posées àla donation devinrent, dans la suite, les limites définitives de toute concession de l'empire à l É^lise, et les premiers signes du pouvoir temporel se développant en sens inverse de son ancienne tendance, pour refluer de l'Eglise dans l'empire. C'est ainsi qu'à partir de Lothaire^ la sécularisation marche toute seule, et de Milan à Rome>

* Uallea éuît accordé par le pape au duc de Eavièie, beaa-fiU de Tempereur, avec la formule : c Ailodiuin bonx memorîae comi. lissx Mathildis vobîs commitiniiis, coDcedimusel per anolam ioTes^

timus. » 4433.

' ïnocenlius ducem ad dcfensionem ApuliîE ordinare nomine suo satagebat : iniperalor vero nomine suo contra volunuism aposlolici ordinare volebat. Un ie fr^ctum est quod sapienlum consilio commuuicalo discordia lalis destrucla est.... Âpostolicus nomine suo ad Beati Pelri fidelitaiem comUeui R^inulplium in ducem elegll et eo electo vexillum ad hoiiorcm ducatus âpostolicus et iraperalor lu contipeclu ouuuum ei uadiderunl ei cunlinnaverunt. {Fal« çon Bimr.)

COMTRB U» «20KSIJI.B. 49

de Rome à Palerme^ la victoire remportée sur le pape et sur Pempereur, est exploitée, agrandie, étendue aux

dépens des évêques, des archevêques, et des abbayes. L'histoire s'éclaire, les faits se multiplient, les chroniques des diverses régions s'enlr'aident : nous sommes emportés par le mouvement général; nous voyons poindre les premières lueurs d'une renaissance pro- ≠ mais» au moment où le soleil se lève» nous tombons tout à coup dans un brouillard mêlé d'ouragans, lûule l'Italie est embrasée par les guerres municipales : il nous faut traverser ce chaos.

CHAPITEE V

l« GUERRE DES VILLES LIBRES.

Iniiiiiiiés municipales;— leur force. — Les Jiistoriens s'en étonntiiU;— les chroniqueurs les laissent sans explication. — Elles oc tiennent ni au papo ni à l'empereur, — ni àl*«ncienne dualité de Rome et de Pavie,— ni anz causes indiquées par Huratori et Sismondi,— 'ni aux guerres féodales des châtelains, — mais à toutes les révolutions antérieures nouvellement déchainées par la liberté des consuls. — Guerre entre Pavie et Milan, — entre .Milan et Lndi. — notre Milan et Crémone,— entre Milan et Ihs Tiilea piémonlaises, — entre Brescia etBergame, — entre Parme et Plaisance,— entre Turin et les villes d'alliance savoî* sienne,— entre Gènes et les deux rivières, — entre Pise et (îônes. — Vérone hostile à Vicence, Padoue et Trévise.— Terni hostile au Frioul et à Padoue. — Fractionnement des guerres de la marche d'Aquiîéo et de Vérone. — Lutte de Vérone et de Mantoup, et conspiration de.s Ai vorati.— Guerre entre Pise et Luc^ues, — entre Florence et Fiesole, — Déchéance de Spoleti.— Rayonnement moderne d'Orvieto, — de Pérouse. — ^Les vieilles et les nouvelles villes de la marche d'Anc^ne.^ L'unité de Rome et celle du pape. — Fureurs des Romains contre toutes les villes de l'État fédéralisées par !<• pape. — Ravenne aux prise-s avec l'insurre.îtion fédérale de l'Exarchat. — La Corse romaine aux prises avec la Corse militaire. — capitale musulmane de la Sardaigne aux prises avec les villes romaines.— Partout la guerre est commerciale,— acharnée, — plébéienne, — hormis le midi où elle est remplacée par l'anarchie du royaume. — Les guerres municipales et l'anarchie du midi sont les deux mystères do l'histoire d'Italie.

Les consuls s^nicnt la discorde dans toute l'Italie ; eucore scjuinis aux évêques, ils poussent Tivoli contre Rome , Pise contre Lucques> Florence contre Fiesole ; Milan contre Lodi^ Pavie, Crémone, Âst, Gomo^ et bien-

LA GUERRK DES VII.LKS LIBRES. M

tôt la guerre qui se propage enveloppe toutes les villes dans une Iliade de combats. Les haines s'exaltent, les inimitiés se fortifient chaque jour; les victoires » les défaites sont stériles; la paix ne peut être fixée ni par

les traités, ni par les conquêtes, ni par l'amour, ni par la force ; les villes rasées ressuscitent pour recommencer la lutte en criant vengeance. On dirait que les municipes sont persuadés de la nécessité de s'entre-détruire, et qu'un génie malfaisant rend ce travail impossible^ pour que la bataille s'éternise.

La guerre des yilles est le fait exceptionnel de Tltalie, le grand moment de la renaissance, le premier réveil de la terre affranchie, le premier événement qui se présente dans l'histoire des communes; les chroniques oublient aisément la révolution des évêquesetcelle des consuls, mais elles ne manquent jamais de noter que les villes sont aux prises^ et nous savons qu'elles sont libres, parce qu'elles se combattent. Dans les Flandres» en Allemagne, en Suisse , la discorde est un accident qui se présente très-tard et dont on connaît la cause, et la guerre conduit ?i la paix ; mais en Italie la lutte est un phénomène [lerinanent, universel, progressif^ il . se uianireste sans être justifié par aucune cause apparente, et il se développe sans nous montrer aucune issue.

. Les historiens modernes^ en parlent les larmes aux yeux ; plus ils aiment leur patrie, et plus ils gémissent

sur le malheur du temps passé. Ne semble-t-elle pas une folie, cette fureur de Vicencc contre Vérone? de Tivoli contre Rome? de Lodi contre Milan? toutes les villes n'avaient-elles pas le même intérêt? n'étaient-elles pas filles de la même terret ne devaient-elles pas s'unir contre le pape et l'empereur Y ne devaient-elles pas

s'associer pour réunir en faisceau toutes les forces de la réTolution italienne? Tel est le jugement de notre temps> le thème des patriotes: il est devenu Tun des lieux communs de la littérature; pas de prosateur, pas

de poëte (|ui a ait déclauié cuiiUc ks hamcs des villes libres. Mais le passé est irrévocable; Thisloire n*admct ni additions, ni corrections: il s'agit bien d'adtnonester les citoyens et les consuls du xii* siècle, il s'agit de les comprendre et d'expliquer ces guerres décrétées et soutenues pendant des siècles par des assemblées populaires, intelligentes, positives et nullement jalouses de s'imposer des désastres en pure perle. Eu gémissant sur la guerre des villes libres, le patriotisme, a fait ressortir la nécessité d'en trouver la première origine : nous ne pouvons plus la laisser comme un elTet sans cause; sans le vouloir, la demi -science des littérateurs a mis en évidence un paradoxe inadmissible et pourtant incontestable, à savoir qne Tinsurrection contre la loi impériale et pontificale augmentait, chaque jour, dans toutes les villes et qu'eu même temps elles devenaient de plus en plus acharnées les unes contre les autres. Comment pouvaient-elles se diviser, de propos délibéré? comment pouvaient-elles se combattre par une guerre d'extermination, àPinstant même où elles combattaient contre un même ennemi?

Les mémoires du temps ne donnent aucune lumière: ils se bornent à enregistrer les diverses guerres entre les villes; c'est à peine si on peut recueillir les motifs de quelqiies combats ; ou voit qu'on se dispntait des villages des champs, des châteaux, d'après la phrase habituelle des chroniqueurs, on se battait^ per ragion di « confini. » Gela va sans dire. On se dispute toujours les villages, les champs^ les' cbâteaux; on veut toiyours

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élargir les confins; la terre est la monnaie qui paye toules les victoires. Mais quand la terre est prise, quand le cbàleau est enlevé ou démantelé, quand les villages sont conquis ou rasés, le combat doit cesser; tandis qu'eki Italie TliostiUlé reste ^ et grandit, les mêmes yilles continuent à lutter pendant plusieurs siècles^ se méprisent mutuellement; le mépris crée des proverbes, fonde des traditions et subsiste encore aujourd'hui. D'où vient ce mépris? Dirons-nous que Ru venue et Faenza s'abborrent, parce que Kavenne a coupé le grand chêne de Cesariolo? dirons-nous que Pise et Florence se détestent^ parce qu'un jour les orateurs des deux Yilles se disputèrent le chien d'un cardinal?

On ne saurait imputer la g uerre italienne à la volonté diiccte des papes ou des empereurs: elle est populaire, naturelle, spontanée. Qui aurait pu (îécréter la liairie de Vérone contre Mantoue, de Lodi coiiUe Milan, de Tivoli contre Home , de Sutri et Nepi contre Orvieto, de Faenza contre Ravenne? Les papes et les empereurs la connaissaient à peine; ils en étaient souvent surpris; Othon de Frisingue , oncle de Frédéric Barberousse» ne sait pas la cause de l'acharnement municipal. Radevicus continuateur d'Othon est saisi d'épouvante , en assistant aux liorreurs des représailles italiennes. Très-souvent les papes et les empereurs travaillent à la pacification des villes; intéressés à effacer des haines partielles, leurs efforts sont sincères, mais ils restent toujours au-dessous de la tâche. Bien plus, la guerre entre les yilles éclate Juste au moment où elles se dérobent à rautorité des comtes et des évêques, ces lieutenantsderempire ou de TÉglise; tant (ju'elles obéissent au pape et à Tempereur, il n'y a ni guerre ni combat; les contins sont déterminés ; toute juridic-

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tion est liiérarcliiqne ; on sait qui doit commander qui doit obéir, qni doit vider les procès : la loi règne et rend les batailles impossibles. Pendant le schisme, la lutte du pape et de l'empereur pouvait tourner les Tilles de Tancien royaume contre celles de l'Église; cette opposition n'était nullement une guerre municipale : elle n'étaitijue la lutte de deux corps politiques où les villes de rancien rovanme, à la suite de leurs

comtes et marquis, évèques et archevêques, combattaient indistinctement toutes les villes de l'Église, à leur tour réunie ensemble à la suite de leurs évèques et recteurs : au contraire les guerres municipales, qui se produifsent d'une ville à l'autre, supposent le voisinage , le coutacl imniédial ; elles éiiiaïu nl directement des communes ; elles engendrent^ t iles supposent des haines qui se traduisent en représailles, en injures» en satires qu'on ne ne peut oublier ; elles sont postérieures et supérieures aux schismes de l'Église.

Par la même raison, on ne saurait confondre la guerre des villes avec ^ancienne dualité territoriale de Pavie et de Rome. Quand les Longobards se fixaient dans la haute Italie, c'était tout le royaume qui se trouvait aux prises avec l'Italie romaine; la guerre était royale et diplomatique. Quand ensuite Charlemagne se substituait aux Longobards, le froissement entre les deux Italies romaine et franke amenait encore des guerres royales et diplomatiques. Dans l'intervalle des empereurs italiens, quand le royaume voulait absorber les États de l'Eglise, il y avait encore une guerre du royaume tout entier qui envahissait Texarchat et menaçait le duché de Rome. Cette opposition des deux Italies , de Pavie et de Rome , n'était que Popposition de deux masses politiques comme celles de '

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Castille et d^Aragon : de là à rinimitié de Pavie contre Plaisance, de Plaisance contre Panne, de Trévise conf re Padoue , de Modène contre Bologne, il n'y a ni analogie, ni déduction, ni transition.

Muratori déguise mal son embarras, en présence de la guerre municipale, a II prit fantaisie, dit-il « aux a peuples des villes d*élargir leurs confins; les plus « faibles se virent alors obligés de céder aux plus forts. « Sallo in capo ai popoli délie citla di slasgare i lor « confîni,allora i inen forti si videro ohhlifrati aprcnder « legge dai più f'orli \ » Saltà in capo, ii est pas une explication. Cette phrase signale le problème au lieu de le résoudre, et il n'est pas juste de dire que les faibles cédaient, car personne ne cédait : la guerre était continuelle. Sismondi comprend mieui le problème et croit que les guerres municipales naissaient du conflit des juridictions territoriales, a II y avait, dit-il, des a canaux pour rirriiTalion des terres, des fleuves qui a servaient au coumierce ; de nouveaux bourgs surc gissaient sur les confins des divers départements : « de là, des droits contestés, des procès, des luttes, et « définitivement la nécessité du combat pour vider les € différends.» Pouvons-nous accepter l'explication de Sismondi? Les cauLiux, les fleuves, les nouvelles bâtisses n'étaient pas un privilège de l'Italie : partout où il y a des villes, il y a nécessairement des terres, des eaux, des bourgs qu'on se dispute : et pourtant il ne s'ensuit pas une guerre mortelle; le combat ne continue pas pendant des siècles : il s'efface toujours devant la nécessité de résister au même ennemi , et n'engendre pas les haines monstrueuses des munici pcs italiens. Les canaux,

* Dissertation III, des antiquités italiennes.

les fleuves, les nouveaux bourgs n'ont donc été que les occasions ou les prétextes du combat : la véritable cause, la loi même du combat, a échappé à Sismondi^ qui rend

compte de la guerre par la guerre elle-inème.

Persuadé lui-niêitie de l'insuflisaiice de son i \|iiicalion, Sismondi ajoute que la guerre était entretenue par les châtelains qui voulaient se soustraire à la juridiction des villes dont ils relevaient. Pour résister , ils se donnaient à une autre ville; pour se dérober à Florence, les comtes Guîdl se donnaient à Sienne, pour se dérober à Vérone , les St.-Bonifacio se livraient à Padoue, et les villes lésées combaliaient celles qui eiiipielaienl sur leurs juridictions. Mais ici sa théorie change et nous trouvons une erreur aouvelle. La guerre des villes entre elles est antérieure à celle des villes contre les châteaux : la première commenceau xi«8iècle, la seconde ne commence qu*auxiF. Avant il07, on n'en trouve aucune trace dans les chroniques. Depuis H07 jusqu .1 la descente de Frédéric Baiberousse , on voit lieu de villes engai^ées contre les châteaux, et ce sont Florence, Padoue, Sienne, Brescia, Vérone, etc., villes d'une précocité exceptionnelle; la grande guerre contre les châteaux ne se développe réellement qu'après Frédéric Barberousse, â la fin du xii* siècle. La chronologie dément donc l'explication de Sismondi : la logique conûrnie a son tour le témoignage de la chronuloi^ie. Pour qu'un châtelain pût se soustraire à sa ville et se donner «à une autre, il fallait que la guerre entre les deux villes fût déjà assurée. Otez la guerre, le cbâ* telain aurait été rebelle en pure perte ; Sienne n'aurait accepté aucune déditlon hostile à Florence ;6tes la certitude d'une lutte permanente et désormais inséparable de l'autonomie des villes» le châtelain

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belle aurait été sacriOé , à la première trêve. La 4édi* lion illégale des châteaux suppose la guerre municipale, au lieu de l'expliquer : elle en est FeflTet au lieu d'en être la cause. La guerre municipale ne tenait aux châteaux que dans le cas unique où Ic^s châteaux étaient les fortilkations de la ville elle-même. Ainsi Yictiiice attaquait Vérone, parce qu'elle avait bâti le lort d'Ostiglia sur le Pô ; OstigUa était une forteresse de Vérone, une œuvre de guerre qui annonçait une intention hostile : les deux villes étaient déjà séparées par des haines invétérées. De môme Bologne attaquait Reggio et Modène, qui avaient bâti deux forts sur le P6. Les deux forts irétaienl pas deux fiefs, mais deux constructions , deux bâtisses comme le fort d'Ostiglia, épisodes naturels d'une guerre prcciabiie. ii

Toutes les hypothèses sont en défaut^ toutes les conjectures puisées dans Thistoire générale de lltalie, on dans Tanalogie des autre nations, ne peuvent aboutir; la guerre municipale ne s'explique ni par la volonté du pape et de l'empereur, ni par la lutte entre les deux chefs de la chrétienté, ni par la dualité géograpluque de Rome et de Pavie, ni par les ditférends entre les diverses localités, ni par la rébellion des châteaux, ni par les caprices des hommes, ni par la force du hasard. Nous le répétons» sur Tun des moments les plus décisifs de Thistoire d'Italie, les philologues se trouvent devant une énigme, les politiques en présence d'un mystère, les historiens nous mettent aux prises avec l'absurde ; h^s cbroni(iueurs nous laisM iit sans guide. Il ne nous reste plus qu'à demander nos renseignements à Thistoire idéale, sous peine de rester dans les ténèbres au moment même où le soleil de la renaissance commence à se lever.

58 LA GlERRE

Regardons la terre où paraissent les villes Wbrc^^ ; sa géographie est déterminée d'avance par l'idée d'une révolution antérieure. La révolution des évêques a désorganisé le royaume, elle en a paralysé la capitale, l'a

isolée; elle a dégradé les villes iiiili(;iires (jiii la secondaient, les a dépossedc( s de leurs fom tioiis stratégiques : elle a supplanté Pavie et les centres secondaires qui disposaient des routes^ des ûeuves, du commerce, de tout. Les villes romaines ont été relevées^ opposées aux villes militaires^ rendues à Timportance naturelle que leur donnaient le commerce, la richesse, la facilité des communications, les circonscriptions diocésaines, flxées par les Roni;iin$ sons la dictée de la civilisation. * Il en résulte que la terre est diialisee; sur chaque point, la révolution des évéques a tourné toutes les villes les unes contres les autres; tout centre militaire se trouve en présence d'un centre romain qui lui est hostile, opposé; Tun déchoit, Fautre prospère, Itm s'affaisse, l'autre ressuscite, Pun tombe, l'antre s'élève. Dans l'ère des évéques , la tlualisation n'est pas encore apparente; la loi impériale et pontificale règne encore ; la guerre se dissimule et si les comtes sont congédiés la hiérarchie subsiste encore à moitié; révéque supplée au comte, il amortit la dualité, il évite le choc de la guerre; on ne voit que des combats momentanés. Héribert de Milan ne lutte contre les voisins que par ordre de l'empereur; il couvre ses guerres sous les dehors il une répression impériale. Le marquis de Toscane s'élève à petit bruit; le comte de Savoie s'avance en silence; les Normands euxmêmes ne combattent le pape et l'empereur que pour se faire agréer dans la hiérarchie Impériale et pontificale. A l'époque des consuls, la désorganisation épis-

eopale da royaume devient laïque; la dualîsation des villes se fait économique. 11 ne s'agit pins de se disputer des préséances, des juiidiclions ecclésiastiques ou féodales; on se dispute la richesse; les fleuves et les routes sont transformés en instruments de prospérité ou de détresse. Le marchand, le fabricant, le ricbe, se substituent à l'évéque; plus de hiérarchie , plus de diplomatie supérieure pour comprimer les rivalités; plus de juges pour vider les différends : les villes doivent se juger elles-mêmes. Elles sont en contact immédiat. Le contact, c'est la lutte; la révolution des consuls, c'est la guerre. Peut-on l'éviter? Regardons toujours au sol. La révolution des consuls se développe sur le fond même de la première révolution des évêques^ pour redoubler la désorganisation du royaume et la dégradation des villes militaires. Cette dégradation se réalise par le commerce, et l'industrie; elle devient la misère des villes royales, la prospérité des villes commerciales; les premières sont condamnées à se défendre, il y va de leur existence; les secondes combattent avant même de déclarer la guerre; elles n'ont , qu^à vivre pour étouffer les villes de Tancien royaume. Elles absorbent les fruits, les sucs, les humeurs du sol italien. Elles refont toutes les routes, tontes les communications en sens inverse du système militaire; elles etTacent la stratégie royale par la stratégie du commerce, qui marche sourde, lenle^ implacable^ par le libre échange de toutes les marchandises.

Gomment les arrêter, si ce n'est par les armes?

Voilà l'hostilité déclarée, et chaque ville mililaire lutte par la force, par la ruse, par toutes les ressources de la politique ; tous les moyens sont bons^ tous sont justes;

GO LA GUBRRE

il 8*agit de défendre la pairie. Au besoin, on lournera contre la ville commerciale les forces mêmes de la liberté et de la civilisation; on poussera les commuDes intermédiaires à la rébellion, en leur promettant Findépendance, on cherchera à démembrer la ville romaine, à l'entourer de localités insurp:ées, même à désorganiser le centre de la désorganisation, et on aura le morcellement du morcellement» la guerre de la guerre.

Jusqu'ici nous n^avons considéré que la nature du sol; nous Tavons trouvé friable, inconsistant, prêt à se fractionner et dualîsé, comme s'il avait subi dans

toutes ses uiolcciiles une double polarisation, sous la pression de la papauté et de l'empire. Prenons maintenant le compas, mesurons le terrain, nous verrons que la guerre doit doubler de fureur. Quelle est la circonscription de la terre oii paraissent les consuls? La viUe épiscopale s'arrête à la banlieue; hors de là, tout est occupé par lesfeudataires de Fempire, la campagne est à eux. L'expansion populaire de la première révolution a dû tenir dans les limites marquées par l'ombre de la cathédrale. Mais les consuls peuvent-ils tenir dans ces limites? Ils représentent un nouveau peuple deux fois plus puissant que le premier, l'avènement de l'industrie et du commerce. Le citoyen multiplie ses ri* cbesses, la population se double et dépasse la vieille enceinte des murs. On renouvelle les remparts, les églises, les hôtels de ville, les fortifications, les cimetières; la ville s'embellit, elle grandit , elle ne peut plus tenir sur son terroir, elle suit de 1 œil ses fleuves, ses routes, ses débouchés. Des péages, jadis inotTensife, entravent ses marchandises; des villages , jadis inaperçus , lui coupent ses communications. La ville

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brûle de s'étendre. Pise et Gêoes qui trouvent devant elles des terres loin de Tltalie fondent des colonies consulaires. Nais pour les villes de l'intérieur , il n*y

a pas de terres vides; la cainpagne est à la féodalité, toutes ses juridictions sont gardées, les confins sojit impitoyables^ et les villes se jettent sur le seul espace qui soit yiûe, sur l'espace même de la révolution consulaire. Toute ville qui se gouverne |>ar des consuls échappe à l'empire ou à TÉglise dans la mesure même du consulat, et se présente comme la proie naturelle de son ennemie, qui la regarde ; elle n'est à personne, le combat est [»• rmis, naturel, inévitable. Chaque ville, chaque boui g aspire à devenir capitale. La guerre doit durer jusqu'à la liquidation générale de toutes les prétentions; ritalie est à refaire en eniiér. Or^ supposez le pape et Tempereur animés de sentiments paternels et d'intentions bienfaisantes ; supposez-les toujours \)rè\s à intervenir pour prêcher la paix, Tunion, la concorde; supposez-les assez faibles pour laisser éclater la guerre, assez forts pour olitcnir d'innombrables conciliations, pour redresser aiiile torts, pour rendre justice aux opprimés ; supposons-les protecteurs, conservateurs, comme ils doivent l'être d'après la donnée première de Ja papauté et de Tempire, les villes remporteront des victoires qui ne seront pas des victoires, les delailes ne seront pas des défaites, aucune guerre n'aboutira à une solution ; aussitôt un avantage obtenu, il faudra relever les tours abattues, reconstruire les murs rasés, réédifier les villes incendiées, céder le territoire conquis, et au départ du pape, de l'empereur, ou de leurs délégués, les causes de la guerre, toujours subsistantes» ramèneront la ville au combat ; on restera, pendant des siècles, à s'entr'égorger autour d'une case-

62 LA «UERRE

mate, au pied d'un doojoo» au bord d*UD fossé, pour remporter mille victoires inutiles, ou pour essuyer mille défaites toHjours réparées.

Suivons le mouvemcnl de la fjruerre miiDicipale ; nous verruii:^ notre hypotbèse en action, et toute ville romaine aux prises avec une ville militaire qui voudrait être son Sosie au milieu de rexpansioo consulaire. Où commence le premier combat ? Le premier qui se des* sine nettement dtos les chroniques est celui de lOf 3 où Pavie proclamait Ardoufit (flvr^^, tandis que Milan lui ^opposait l'eiii[)creur saint Hem y Ud'AUeiHayiie. r)'a|)rès Landophe Senieur, c'est ici Toriginede toutes les ^ nerrrs municipales entre Pavie et Milan ; mais si les deux métropoles se heurtent pour la première fois en 1013^ leur nom nous apprend que leurs haines étaient aussi anciennes que le royaume, aussi ardentes que la révolution de la liberté municipale contre l'unité du royaume, aussi irréconciliables que les deux termes de la niouatchie et de la république, de la centralisation royale et de la fédération républicaine, de Tindépendance militaire et delà démocratie humanitaire. Pourquoi Favie veut-elle proclamer le roi Ardouin dernier prétendant de la nationalité italienne? parce qu'elle est la capitale du royaume : aibi erat tota virtns Arduini.» Elle veut reprendre la suprématie que les Lougobards lui a v^iicnt assurée, que les Franks lui avaient ménafrée, queles Berangers lui avaient reconnue, et que l'empire d'Allemagne avait détruite au profit des villes romaines. Depuis l'effacement du royaume, elle n'est plus la ville des conciles, le rendez-vous des diètes, le centre de Fadministration politique et judiciaire: ses églises sont désertes, sa population diminue, sa richesse disparaît

DBS VILLES UBMS* 63

et à qui profite sa déchéance? A Milan > à Tancienne

capitale de la Gaule cisalpine, de la Ligurie romaine^ de l'ancienne civilisation, du libre co?îimerce, sur la plus ouverte et sur la plus richo de toute? les plaines italiennes. Les Gotlis l'ont brûlée , les Longobaids l'ont tiiimiliée , les Franks Tont méprisée , les rois italiens Tont insultée, et à la mort du royaume elle renaît en ennemie naturelle de Pavie, en alliée de rÂIlemagne, en centre de révolution , en foyer de liberté. Depuis la dis[»arition (VArdouin , rinimilié grandit, s'envenime et devient mortelle sans qu'il soit plus question du roi ou de l'empereur. En effet, Pavic continue à déchoir : à qui s'en prendre? Évidemment, à Milan, qui prospère , qui profite de la dissolution du royaume, qui s'étend au détriment de Tancien réseau militaire et qui rayonne avec son archevêque et ses évêques subalternes, à travers les vieux donjons, les vieilles tours , les forteresses vermoulues, et toutes les circonscriptions odieuses et fictives des rois; et en 1056 la guerre recommence , devançant d'un demi-siècle les éclats de Tère consulaire, s Dans ces jours, dit Lan- « dophe Senteur, rhistorien- de l'époque, éclata une «dissension entre Pavie et Milan; les deux villes « étaient fort peuplées , toutes deux primaient les « autres villes du royaume, bien que Milan fût plus im- . « portante dans l'opinion de tout le monde, et se trou- « van t voisines, elles ne voulaient pas la céder l 'une à c l'autre et s'endommageaient mutuellement par des « massacres, des pillages^ des incendies et des brigan- «dages*. » La guerre se réveille en en 1107; elle devient consulaire en 11^, et on en compte douze

* livre m, cbap. vi«

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de Ift9àl303^ loiyoureparcequelaprospéritéroiiiaiDe de Milan ne cesse d'endommager la capitale royale des

barbares. En 1320 Taulique de Pavie avoue que sa pairie est « dévastée comme le temple de Salomon , déserte « comme le tombeau du Christ, )> et en ajoutant a que cDieu châtie iiien ceux qu'il aime^o il montre qu'il espère encore le rétablissement du royaume^ ou quil croit encore à la possibilité de se Yenger de Milan.

La guerre entre Milan et Patte explique celle entre Milan et Lodt. Dans Htalie romaine, Lodi dépendait de lacui ie inihuiaise, et tournée plus tard contre son centre naturel {»ar le royaume (jui lui (Imiimil une importance factice, eu la ralliant au réseau militaire de Pavie ^ elle voyait avec effroi la révolution d'Othon I» et celle des évéques qui lui arrachait son casque , son bondier et sa pique royale, pour la subordonner à Fancien centre commercial et romain. Nous avons vu qu^en 1027 elle repoussait un évêque imposé par Tarchevêque de Milan. « Depuis cette époque, dit Landolpbe Senieur, les Lodia siens et les Milanais ont été séparés par une haine im- « placable, de sorte que, pendant une longue série « d'années, ils ont alterné des pillages, des incendies, « des massacres innombrables, et si nous voulions les c décrire, nous remplirions plusieurs volumes.» Nous ne sommes qu'aux préludes , et la guerre est encore plus vaste que ne le disent les chroniqueurs : au Lodi appuie toutes les insurrettiotis de la noblesse longobarde du Seprio et de la Malesana en 1033 contre l'archevêque Héribert, en 1042, contre Lanxone de Corte et le mouvement de la libre élection, en 1099, contre révolution épiscopale qut faisait passer Milan du camp de l'empereur à celui du pape. Toutes les fois que Pa«i> combat sa rivale, Lodi la seconde aveuglément, en

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airanlrgarde meurtrière qui désorganise le diocèse , reiouroant contre lui les procédés fédéralistes dont il se s^ait pour désorganiser le royaume. Le Seprio

et la Marlesana ii\i\nu('ni à leur tour Monza, petite ville comblée de privilèges par les Lon^^oljâi ds, habitée par le dernier roi Béraager 11, et qui arrive jusqu'aux portes de Milan, en avani-coureur bizarre et sournois de toute la féodalité du royaume. Toujours Taincue^ elle retient sans cesse à Tattaque^ obstinée sotte 9 méchante, vaniteuse et trapue; de torte que pour se dégager et rompre le cordon féodal et vivant que Pavie lui jette au cou, coimne un lacet, la ville romaine doit raser Lodi, et en 1111 on voit Lodi démolie, ses liabilants dispersés, et son emplacement réduit à une bourgade, sans qu elle cesse toutefois d'espérer sa résurrection , avec Talliance de Paine, du Seprio, de Mama, de la Martesana pour recommencer la guerre plus furieuse que jamais. — ^Derrière le Seprto et ia Marlesana , il y a Coma , ville engouffrée dans la montagne et très-sonibre jiar contraste avec le lac le pins riant qu'elle voudrait dominer jusqu'au bout. Jadis privilégiée des Gottis, elle devenait ensuite la place forte des Longobards, d'où ils poursuivaient les populations milanaises, en fuite devant les hordes d'Alboin, et deux rois catholiques en déroute devant la réaction arienne et réfugiés sur le point imperceptible de Ftle de Comacina, inaccessible aux barbares qui ne savaient ni nager, ni ramer, et encore plus mal à l'aise sur l'eau que dans les plaines. En 1117, Como conservait Ions les intérêts, tous les instincs des villes militaires, et plutôt que de relever du diocèse de Milan, elle aurait préféré agir au reboars du sens commun et se donner à des évéques allemands ou au patriarche d'Aquilée. Six ans après ,

T. Il, 5

60 LA « UKUttE

la desiructtoa de Lodi, Milan commence à l'attaquer pour lui imposer un évèque milanais, la guerre dure dix ans ; dans rintenralle elle deyient consulaire acharnée, vaste, et tout à coup les sites les plus riants du lac, les villages les plus éthérés, Bellap^io, Meiiafrio, Gravedona, Nesso, surtout l'île liospitaiiere de (^omacina, se lèvent^ s'agitent, se souviennent d'avoir été uùlauaises d'alliance sous le Joug des rois, se jettent sur la ville cayerneuse qui les opprime et secondent les Milanais qui la dévastent entièrement 1427, sans qu'elle renonce pour cela à l'espoir d'one vengeance éclatante.

11 existe une autre inimitié pei iiiauente entre Milan et Crémone; d'où vient-elle? Nous en trouvons la première trace à l'époque oii l enipire exploitait Télan des archevêques de Milan contre le royaume. «L'Église de « Crémone , dit la chronique > a souffert un dommage a considérable, principalement de la part de Girand, « neveu de rarcbevéqueHéribert; enhardi par l'audace « de son oncle qui disposait à son arl)ilre du royauiiic, « il faisait justement et injustement ce que bon lui « semblait. » Voilà encore une ville qui regrette le royaume, qui se souvient des Franks, ses protecteurs et qui devient pâle» de dépit, en se voyant débordée, dépouillée de son fasie militaire et de son importance royale. Inquiète devant le flot des révolutions, orageuse parce qu'elle craint toujours que les progrès qu'elle adopte ne finissent par la submerger, dure dans sa domination parce qu'elle est iaible, elle torce Crème qui surgit sur 1 extrême lisière de sou territoire à invoquer la protection plus humaine de Milan, et - dans rère des consuls Crème est la pomme de discorde qui ranime toutes les haines entre Crémone et Milan. Ôe 1098 à 1138, il y a six guerres; TempereurLo-

DES VILLSS UBHES. 67

thaire IH ne peut obUsnir la paix dans cet întervaUe et plus tard le combat grandit encore.

Le Piémontest l'alité de Pavie on aboutissent tontes les

arêtes de sactiarpente osseuse et sous lesconsuisMilau combat toutes les villes piémont ai^^( s ; Jîiandrante , sié^^e des comtes de la campagne miiauaise; Nomre^ qui suit Biandrante, attardée par de rustiques jalousies; le Monferrat qui devient Tami de Favie , quand Pame ne peut plus créer de rois; Verceil et d'antres localités ahuries qui sont dans l'alliance du marquis de Jlfotiferrat et du comte de Savoie, tous deux hostiles a la révolution des consuls, et toujours en retard depuis la révolution des évêques. La capitale romaine finit par soulever une ligue de toutes les villes menacées ^ depuis Pavte et Crémone, jusqu'au fond du Piémont^ et cet ordre, jadis donné par Conrad il de Gebelin qui imposait à tous les magnats (cuncti regni primates)de dévaster annuellement la cam pagne milanaise^ est désormais exécuté à la lettre par toutes les villes militaires, ffui marchent seules s'entr'aidant, s'épaulant, se serrant i une conlrerautre, se prêtant mutuellement leurs cataplasmes, leurs béquilles, leurs armes rouillées^ leursarmures cassées pour dissimuler eiréparer la déroute du royaume. « Milan^ s'écrie un homme de la terre, tu veux supplanter Crémone, renverser « Pavie j raser Novarc; lu lèves les mains contre tous, « et toutes les mains sont levées contre toi!» Vers 1330, toutes ces villes réclament encore auprès de Tempereur, parce que, disent-elles^ Milan les endommage, les ruine, les exploite et se nourrit de la moelle de leurs 06 : « Nolentes quod Mediolanum tam cresceret , dit «Azario, quod medullas ipsarum civiiatum absor^ a béret. »

La dualité de Milan et de Pame se reproduit dans

toute la Lombardie; sur une montagne, Bergame , lourtle, pesante, im peu ridicule, avec des gestes qui ressemblent i\ des lazzi.^, lude de poignets, donnant une tournure sérieuse à ses travers, ayant des traditions militaires qui remontent au delà des Romains, peu liante avec lea Milanais auxquels elle préfère la féodalité de la MarUsanai doTient Fennemie naturelle de Brescia^ ville ouverte , commerciale , rapide , hardie » si forte par la pensée qu'elle ne peut frarder son Arnaido, et si romaine de tendance qu'on la trouve toujours sur le champ de bataille à côté de Milan, avant nieuie de savoir )>ourquoi. — Or Brescia trouve Crémone devant elle, et il s établit une nouvelle guerre permanente entre Bres* cia qui s'étend et Crémone qui se défend. — La ville d'Àrnaldo communique le feu qui la dévore à Soncino, son amie en sous ordre, qui se jette, furieuse , contre Orci, amie subalterne de Crémone ; et tandis que les deux villes principales se déchirent, les deux bourgs inférieurs s'entre-détruisent plusieurs fois pour ressus-, citer toi^ours plus acharnés au combat.

Au sud de Pavie, Plaisance, de fondation romaine, sympathique à Milan, libre avec son évique dès le temps des rois, flairant toujours le vent des révolu-' tioiis avec les instincts du i)rogrès, combat sans cesse contre Pannes tout en lançant ses ruades derrière elle à Favie. Mais Parme soutient le choc; ville féodale entourée de châteaux, avec un territoire hérissé de tours, ayant la prévoyance d'un esprit chagrin et la perspicacité de cette hypocondrie religieuse qui créait Gadaloo, elle résiste résolument à son intrépide riirale, et la dualité de Parme et de Plaisance subsiste encore aujourd'hui.

DB8 mLES UBRtt. 09

A régard des villes romaines de Lombardîe, Turin

joue le rôle d'une \ille longobaide, toujours régulièrement en arrière d'un siècle sur les progrès a*xoiuplis. Sons les Longobards , elle suit avec ses ducs les rois de la réaction arienne contre la démocratie catholique de Milan. Sous les Franks^ son évdque Claude, quasi arien, déclare que les conciles et les assemblées de la révolution romaine ne sont que des réunions de quadrupèdes. Pendant Tère des évêques, la révolution ne s'accomplit ni par le pape, ni par l'empereur, m p ir la dernière évolution, ni par l'arrivée de Lothaire III, qui trouvait des consuls partout; et, eu llSâ, elle était encore sous la domination féodale des comtes de Savoie, qui régnaient comme s'ils avaient vécu dans Tan mil. Cependant il y a pis que Turin; il y a le comte de Savoie qui retarde la ville attardée, et en présence du comte, qui se foiuiu sur la base de Suse et de Chambéry , Turin est encore la ville romaine fondée par Jules César, progressive, animée, vaillante et capable de transmettre les secousses de l'Italie à la région savoisienne , tout à fait alpestre et militaire. Pour la contenir, le comte devient doux, affable, bénin, et même démagogue dans -les villes inférieures à A$t, à Chieri, à Suse; il les rend heureuses , indépendantes, les traitant comme des hoiiU dogues à lancer contre Turin au premier [)as qu'elle ferait. Il en résulte que Turin combat Suse, Chieri, Ast, au reste toujours secondée par Testone, qui est le fief de son évêque.

Gênes a deux faces comme Turin. Devant les localités alpestres et inférieures des deux rivières, elle joue le rôle d'une ville romaine, et sa guerre contre Saint- Remu dure jusqu'en 1748, celle contre Savone jusqu'à la ûa du xviii* siècle, époque à laquelle la république.

70 LA ùVEiact

se croyant toujours au moyen âge, parlait d*ensabler les ports, de raser les murs des villes liguriennes qui lui résistaient g^ràce au secours féodal qu'elles tiraient des Alpes, des Apennins et de la Savoie. Mais à l'égard des grandes villes italieDnes^elle n'est qu'une ville iongobarde et militaire, aux aocointances suspectes avec Pavîe, aux grands privilèges reçus de Béranger II contre Mîlan^ aux idées étroites, avaricieuses et judaïques, et tonjours royales, malgré son au licliej puret vivant. A la cliute du royaume;, sa |>rosprrité se trouve tout à coup dépassée par Pise, création de la renaissance impériale doublement protégée par Tempereur et par les marquis de Toscane» maîtres d'un tiers de l'Italie ; et pour ne pas décliner. Gênes s'efforce d'imiter, de suivre , de parodier sa rivale dans tous ses mouvements. Elle va avec elle à la conquête de la Sardaigne, mais trompée par sa propre avidité, elle lui abandonne Ja terre, pour se réserver le droit exclusif de saccager les vaincus, et Pise, poursuivant sa marche ascendante, gagne ainsi des colonies. A lafois ricbe et magnanime, elle peut faire de nouvelles conquêtes, s'étendre en Corse et viser plus haut. Le port longobard se tord de dépit, et éclate enfin pour revendiquer son lot imaginaire dans l'occupation de laSardaigne et de la Corse. Mais vaincu et surpassé de nouveau, il est condamné à s'exalter, à multiplier ses attaques, à les exagérer, et en 1120, ses h.iines sont déjà invétérées, profondes, implacables, inouïes, a Les Génois, dit la cbronique» a frémissent et grincent des dents; ils crient comme « des fous qu'on ne doit pas accorder tant d^bonnenr à « la ville de Pise, et qu*elle doit se contenter si on lui a laisse le rang dont jouissaient ses ancêtres *. » Un

^ Coom Pisanos fremebant Genneases illico feraliter et deoti-

BBS VILLES UBRSS. 71

Statut de Gênes défend de secourir lesPIsans^ de retour

des pays des Sarrasins...

L'est de la Haute Italie se compose des denx marches de Vérone et d'Aquiiée, et, la encore, la guerre jaillit de la désorganisation du royaume, par laquelle Otbon I«* opposait à Vérone^ capitale royale élevée par Béran* ger Aquîlée> capitsde romaine du patriarche , qu'il protégeait^ lui prodiguant les juridictions et les plus hautes dignités de l'empire. Vérone, au contraire, dégradée, humiliée, était décomposée dans les quatre comtés de Vérone, Viceiice, Padoueet Trévise; en sorte que la capitale du roi italien n'était plus qu'une ville de second ordre comme Yicence , et placée dans une marche inférieure au patriarchat d'Aquilée» libre, uni etbien plus étendu. D'après l'analogie deUilan, Aquilée aurait dû poursuivre le combat contre Vérone etTaccabler par le secours de Padoue , Mcence et Tré\ ise ; mais elle n'était plus que l'ombre d'une ville, im souvenir géographique, un musée de désolation. Attila Tavait détruite et Venise avait éternisé sa défaite en s'appropriant ses habitants^ son commerce, ses ressources, ses richesses. Forcé d'en éviter les miasmes et la solitude, le patriarche siégeait à Udine, d'où il s'efTorçait Inuti* lement, en 4024 et en 1041, d'enlamcr la république de Venise , ([\m faisait le vide sur ses côtes. Vérone se trouvait ainsi relativement plus forte , mille fois plus expansive que Pavie; sa dégradation , décrétée par Fempereur , était fictive ; en regardant autour d'elle, elle ne pouyait découvrir la raison de sa déchéance.

bus frendebanl, dicentes sicul Iioniines insanicnles urbem Pisanam in tanluni honnmn non esse sublimandain et ei salis suffîcere si pairum suorum honore cooienti fueriot. (Mur., ScripL R. VI, 255.)

72 LA GUBRRB

Pourquoi aurait-elle donc renoncé à la suprématie que lui allait donnée Béranger sur toutes les villes de sa

inarche? Elle cherche 61 se relever; on la voit inquiète, ambiliense, agile, prov(K|uanle, menaçante; si bien que toutes les villes affranchies sont forcées de se partager en détail la tâche qui échappe à Aquilée, incapable de les protéger. Vicence doit la première se défendre , vers 1001 , quand Vérone yeut s'immiscer dans ses révolutions, sous prétexte de la rendre heureuse et de lui donner un bon chef, Félix, et qu'elle lui enlève Montebello, qu'elhî ;;arde pour toujours. En 4121, Vicence combat encore sa rivale avec luic tiaiiie invétérée^ et ne be déclare prête à faire la paix que pour attirer dans un grand banquet les autorités véronaises, qu'elle emprisonne par trahison dansTespoir de surprendre sans chefs la ville militaire. Déjouée, vaincue, humiliée, réduite à invoquer la médiation de Mantoue pour survivre, Vicence continue ses guerres bavardes et criardes, à travers les révolutions pdstérieures. — Padoue lutte avec plus de iorce et de loyauté, quoique sa démarche lourde et pesante ne lamène en pi*éseuce de son ennemie naturelle qu'en 1141. Biais» là aussi , la guerre se propage à travers les époques ultérieures pour créer des haines éternelles et encore vivantes aufoùrd'hnldans la géogra phie.— Trévtse, avec sa physiononue Immaine et séduisante, toimu' contre Vérone en même temps que Paddue , el, deux siècles plus tardy ses haines fournissent encore, des tragédies à rhistoire.

Une nouvelle circonstance complique ces guerres. Les deux marches d'Aquilée et de Vérone avaient enseveli Trévise sous une double avalanche, Tune

Frioulaac dt^s temps des Lon^obards et des ducs de

DBS yiixn UBRss. 73

Cimdal, l'autre Franke et postérieure des temps des

rois de Vérone. En renaissant , l'aiilique Tarvîsium repousse ces deux ailuvions. D'un côté, elle combat le Frioul tel qu'il se présente dans son fractionnement abrupte, résultant de rhumiliation de Cimdal et de la disparition d'Âquilée; en 994 elle empiète sur Ceneda, en i014 sur Feltre* en 1113 sur Gonegliano, qui réclame sa liberté. A la même époque , elle attaque le comte de Ceneda, allié de Gonegliano, et les alliés de Ceneda , savoir : Bellune et Felti e , Udine, Oilerzo, hî patriarche d'A(iuilée, tout le Frioul^ qui harcèle l'antique Tarvisiuni et ne se lasse pas de soulever contre elle les communes qui l'entourent, tandis qu'à son tour elle riposte ^ en poussant à la révolte les infiniment petits du Frioul , comme Ganeya , qu'elle soutient quand, en 116$ , elle proclame la république contre la domination de Ceneda. C'est ainsi que Trévise s'avance sur un terrain accidente, senianl les haines et les sympathies à pleines mains, et arrosant de son sang des masures à moitié longobardes, à moitié germaniques. — D^un autre o6té, elle combat aussi la marcbe de Vérone^ telle qu'elle l'aborde par la YÎlle de Padoue^ que les rois ont enricbie de ses dépouilles. Ici, la lourde Patavium devient l'amie naturelle du patriarche, de Feltre et Iklluiie, de Ceneda, des sei^meurs de Caniino, de Conegliano, de tous les barbares trioulans qui attâ({ueul sur les derrières la \ille romaine renaissante ; Padoue encourage les ligues» fomente les rébellions des feudataires tarvisiens, ouvre ses portes aux proscrits, aux vaincus» pour les ramener au combat plus excités qu(> jamais. LesCamino, révêque de Feltre et Bellunt, k patriarche même d'Aquiice» deviennent» plus tard» ses conci-

toyeDs : c'est elle qui donne la force^ Tanité^ la diree* tion, une pensée inyîncible à cette terre défaillante du

Frioiil. C/esl donc une nécessité poiif [révise de cliercher (le nouveaux alliés, ii importe où, même hors de i Italie; et Veaisequi l'assiste refuse auxPadouans la navigation de la Brenta ; elle les irrite, les bloque, les attaque ; de 1110, à 1137, les étouffe sous l'encombrement de leurs propres ridiessesderenues inutiles et les jette dans une irritation si furieuse et si ardente que les enfants mêmes de la Brenta ne peuvent tolérer la vue du flraj I au vénitien, et (}u'en 12H ils l'insultent au milieu d une léte, en montant à Tassant d'un château de bois, défendu par des jeunes ûiles qui lancent des dragées.

Les inimitiés amènent de nouYcUes inimitiés ; les communes , sous la domination de Trévise : Geneda,

Conegliano, Camino, étaient toujours prêtes à se révolter pour chercher une plus grande liberté, et, pour ne citer qu'un exemple, le marquis d'Esté, (îui rétrnait sur Ëste^ enclave du territoire padouau, ne manquait jamais l'occasion de sMnsnrger et de secouer le joug de Padoue. Il en était de même dans le Frioul> où les comtes de Goritz, les Savorgnani et les autres châtelains , nombreux et puissants, étaient tous hostiles au patriarclie qui voulaiL les dompter et qui s'elt'orçait d'improviser une capitale et un peuple à lldine , pour suppléer aux deux dominations éteintes de Cir«da? et d'Aquilée. Or, en combattant Padoue et le Frioul, Trévise avait pour alliées, non-seulement toutes les insurrections populaires et consulaires contre ses ennemis, mais aussi toutes les insurrections rétrogrades et féodales ; tandis que, dé^ieur cêté leFHoul et Padoue avaient pour alliés tous les hommes i cvoileâ contre li é- ,

DEâ VILLES LIBRES. 75

▼ige, au double point de vue de la liberté et de la féodalité. La terre se fractiounait , se morcelait ; pas un Tîllage dont les dépendances ne fussent à Tétat de ré-

belliui]. Si un château se révoltait coiilre une ville, la masure se révoltait contre le château; les guerres s'enlre-croisaient sur tous les points, et la double marche de Frioul et de Vérone deyenait la terre classique de Tanarchle municipale.

Rien n'égale la haine qui éclate entre Vérone et Man- (oue, l'une soumise à une déchéance forcée par ordre

de l'empereur; l'autre volontairenienl découronnée parce qu'elle répudiait la révolution attardée delà comtesse Mathilde, sa souveraine. Toutes deux doivent refaire leur domination : elles se lancent mutuellemeat des regards de défi, et en 1135 elles se heurtent avec une telle violence qu'on s'attend à les voir voler en éclats. Au cœur de Hantoue, des concitoyens iniques et malfaisants, irrités contre la démocratie qui les étouffe, Catilinas de Taristocratie avec les fureurs de Brutus, tournés contre la république, se t(f ou()enl sous la direction de Philippe des Avvocati, qui conçoit le projet de s'emparer de la ville avec le secours des Yéronais, auxquels il offre tout ce que leur ambition pouvait rêver contre Hantoue. « Vous aurez , leur « dit-il , le libre écban^ des marchandises, du vin, 0 des giains et de toutes les denrées de première a nécessité,... les deux villes ne feront plus qu'une « seule ville'. » En d'autres termes, il leur promet de les imposer au commerce^ à rindustrie> aux hommes^

^ Liberam merciuni pern niahooem, liheram vini annona reliqiianim rerum ad ustim liuiinsiuin pertin* iiii iiii imporlalionein ex duubus civitalibuà uiia liel rei>pubiica. (^Puiïi.>iA.)

76 LA GURBRB

au 60I9 comme si Béranger I«r devait ressuscitrr ; il

se charge de leur sacrifier la démocratie qu'il accuse d'ignoraiice , et ses chefs qu'il accuse «l'èlre corrompus*. Mais le peuple découvre le complot, se jette sur les conspirateurs y rase leurs maisons, et les Toyaot réfugiés à Véronêy chez leur eDnemi, réclaine leur extradition pour les immoler à la patrie outragée. Vérone répond dédaigneusement qu'elle n'a pas l'ha- LituilL' de trahir l'hospitalité et (ju elle n'a aucun souci des affaires de Mantoue ; alors coumieuce une guerre satanique^ entre les deux capitales des deux époques passées des rois et des évéques. On les dirait des bêtes fauTes exotiques, dont la cruauté et la fureur tranchent sur la cruauté et la fùreur de toutes les villes qui se combattent dans ce vaste cirque de Tltalie. Yéionc, agile dans sa férocité, au nioment de succumber, se ligue avec le duc d'Autriche, le jette coulre Maatoue et le chasse après la victoire; Mantoue, altéréede sang, se coalise sur-le-champ avec les Autrichiens expulsés pour écraser sa rivale, qui croit la désarmer en se soumettant, et se voit envahie, saccagée, avec ses femmes violées, et trois nulle prisonniers mutilés du nez, pour que la ville garde le souvenir de sa défaite sanglante. Mais il n'y a pas de défaite définitive, et la guerre recommence en puisant de nouvelles forces dans la rage des représailles.

Il ne nous reste que peu de mots sur les premières guerres de la Toscane, et ces mots suffisent pour les déduire de la révolution qui désorganisait le royaume^

1 Populus peccat inscitift, délinquant opUmates fraude et dolo.

DBS VILLBS LIBRES. 77

airec Taîde des empereurs d'AUemagae. «t L'an do Seic {nieur 4004, dit la chronique de Pise , les Pisans

« firent la guerre aux Lucquois, qui furent vaincus à « Aqualunga. » C'est le premier combat de la Toscane, et c est une lutte entre une capitale des rois, et une capitale de la révolution des évêques. Lucques ne peut se détacher de son passé sans se perdre entièrement; tonte son importance repose sur les parchemins du royaume , talismans oS elle puise sans cesse une force mystérieuse. Au milieu des ténèbres du moyen âge, quand les tiocuments niauijiient et (ju'aucune lumière UQ brille dans le lointain, on lui voit le droit de battre monnaie; ce signe infaillible d importance lui est acquis dès le temps des Longobards : elle le garde sous les Franks^ sous les rois italiens^ et la série de ses médailles n Wre aucune interruption. « La glorieuse Luc» « ques, dit une charte, a été constituée capitale de toute a la marcbe de la Toscane , dès Torigine même de la «marche. » Son rayon touche Vilerbe; elle domine tous les fasies de cette anticjue Toscane , si puissante sous les Franks qu'elle donnait t hospitalité à l'empereur Louis le Pieux et à Judith ; si hardie à leur déclin qu'elle s'unissait au duc de Spoieti pour étouffer le pontife; si splendide et civilisée sous lés rois italiens^ que l'empereur Arnolphe lui croyait la richesse d'un royaume; si puissante et icmuaiite par ses inirigues que ses chefs, à la chute des rois de Spoieti, étaient assez forts pour \irer tout le poids du royaume et l'asseoir sur la base de la Provence. Mais au souffle de la révolution des évéques , qui bouleverse le royaume^ Lucques déchoit rapidement; elle vieillit^ elle se charge de rides, ses fibres se roidissent, son mouvement s'alourdit^ et Pise se lève jeune, noble, calme au sourire

7S tA GUSBaE

sévère « qui eoCante des cathédrales et dirige des conquêtes. Sous Otbon I^^, Luitprand l'appelle déjà 0 Tusci.T cnpul, » la vraie capitale de la Toscane ; et

tout iui prulilc . t'tiil lui réussit, tout sert à sa uonvolie prospérité. Elle exploite les derniers coups portes par les rois à la Toscane royale : la désorganisation qui paralyse Lucques et la confine dans ses murs ; les privilèges octroyés par Tempereur^ qui lui constitue un peuple officiel ; la mer qui Fîn^^te au trafic et aux expedilions ; h > marins, les marchands, même les Maures qui afllueut dans son port ; el devant Tantique capitale de la Toscane elle se trouve tout à coup ckigrgée du rôle de Milan contre Pavie ou de Mantoue contre FéroiM, et en général de toutes les villes romaines et commerciales contre les villes longobardes et roîlilaîres. C*est pourquoi elle la combat en lOOi, jusLc au inomeut où le royaume tente son dernier effort avec Ardoiii}i , et cette victoire obscure et à peine mentionnée qu'eUe remporte à Âqualunga devient la base d'une grandeur improvisée qui étonne ITtalie, alors le pays des merveilles. Cest à ce triomphe qu'elle doit Tessor qui la jette en 10:2-2 sur la Sardaijçne, le mouvement de la libre élection des évoques, une nouvelle victoire conUe Lucques qui lui imposait un interrègne épiscopal, des Splendeurs qui attirent chez elle la marquise Béatrix, en honte de Mantoue et de Ganosa ; enfin la transformation de révêché en archevêché qui excite à Gènes un si violent dépit, et lui assure la domination de la Sardaigne et de la Corse. Le pape et l'empereur se disputent ses Hottes, ses troupes, son alliance dans la guerre des investitures, dans celle contre les consuls^ et n'écoutant que son intérêt elle les seconde, les imposant à Rome , les appuyant dans le Midi , où ils sont

DES VILLKS LIHHES. 70

battus, mais où elle est victorieuse, mpine on peut dire conquérante^ car elle tue Àmalû sa rivale à qui elle eDlèye le commerce et le manuacrit des Pandecles ^ le <:orps et râme des républiques iiyzaQtines. Qu'on juge de Tindignation, de l'envie, des colères de celte vieille Lucques qui perd chaque jour sa ricli(»sse, son rang, sa suprématie et a laquelle Pise , pour couibie de dédain^ veut imposer le marquis luglebert, au nom de Tempereur Lothaire III, pour l'assommer sous le poids de son antique dignité^ et la rendre plus ridicule que ne la rendait la nature 1 La guerre entre les deux capitales toscanes se perpétue avec des rages inouïes jusqu'aux derniers jours de la reuaissance italienne.

La seconde guerre toscane se développe entre Fiesole et Florence, embellie par les nuages d'une histoire poétique^ qui cachent et révèlent en même temps sa première origine royale et romaine^ dans les chroni* ques raTissantes de Ricordano Malaspina et de Gioyanni Villani. Fiesole est la ville mihtaire, fortifiée, à laquelle on n'arrive qu'en montant; toul(; solitaire, disent les chroniques, toute diluvien ne, tile est lu première ville bâtie en Italie par les descendants de Noë qui l'appelaient FmoU (Fia sola)» parce qu'elle était Tunique Tille de TOccident. Kais Florence dans la plaine est la ville des fleurs, des privilèges, la protégée de Jules César et de tous les empereurs : la tradition dit qu'elle doit sa fondation à Fiorino, chevalier de Home, qui la construisait dit Villani, comme a une petite Rome, » opposée à la stratégie militaire des anciens habitants de TEtrurie. A Tépoque de la seconde barbarie^ qui submerge les villes romaines^ Fiesole se relève pour effaoerde nouveau sarivalesous ravalancbe du royaume

80 LA GUEaBB

et Ricordiano Malaspina copié par VîUani nous explique looguement « comment la irille de FioreQce a été dé- « truite par les Goths fondateurs duroyaume, comment «ils reconstruisaient la ville priinilive de Fiesole, en « faisant jurer à tous ses habitants une haine éternelle fl contre les iioniains; » comment les Longobards continuaient l'œuvre des Goths, se campant à Fiesole, dé- • Yastant Florence, défendant de la refaire, veillant en armes pour que personne n'en réparât les maisons, et formant un système de forteresses militaires, avec les comtes de Fiesolt , de Mangona, de Montecarelli , de Capraja, de Certaldo^ de Sanla-Fiora , tous ï^ngoi)ards qui maiotenaient le terrain vide et abattaient sans cesse les constructions nouvelles sur l'antique emplacement de Florence. Voilà Fimk bardée de fer, avec des pointes aux genoui et des lances tout autour qui lui liumiciii le rayon iietiicnL hideux du porc-épic. Mais riieure de la révolution romaine arrive avec la descente de Charlemague , et alors Florence renaît, d'après Malaspina. par ordre de Rome, d'après Yillani par ordre de Gbarlemagne, qui brise la phalange des omntes de Fiesde, de Mangona, de Montecarelli, de Certaldo, de Capraja et de Santa-Fiora. L'iiistoire répousse ces deux versions i uses dans leur sens littéral cependant elle les accepte égale nient dans leur sens métaphorique : car si d'un côté les Romains de Rome ne connaissaient ni FinoU, ni Florence , et ne soupçonnaient peut -être pas la nécessité de relever la petite Rome , les Romains indigènes de la Toscane ne pouvaient pas ignorer que la g:rande révolution contre le royaume n'était pas accomplie , tant qu'on rendait à la terre la géographie primitive; et si d'un autre côté Gharlemagne ne s'arrêtait en architecte sur TAmo, la

DES VILLES UBaSâ. 81

.révolution, quMl représentait contre les Longobards détruisait le sortilège qui avait fait disparaître la ville

de Fiorino. Jusquici, les deux villes sont en présence Pune de l'autre conirue deux navires inanimés, ballottés par la tempête de l'Océan; le royaume qui survit sous les Franks et sous les rois italiens les enveloppe dans ses propres vicissitudes; mais en 960 le royaume est détruit; l'an mil, toutes les villes ressuscitent , en exploitant la catastrophe du royaume, et dès lors Fiesok et Florence devieiiueiit deux êtres vivants, deux personnes, et la guerre municipale se dessine. D'après Jean Villani, en 1010, les Florentins, toujours dévots à propos, le jour de la Saint-Romulus pénètrent à Fiesole, Fenlèvent^ la rasent, en déportent chez eux les habitants > et se trouvent ainsi deux fois plus forts qu'auparavant. Le témoignage de Villani n'est pas incontestable, et la date prématurée de 1010 qu'il donne à la destruction de l itsole })ermet bien des doutes. Toujours est*il qu'on ne peut nier ni Fagrandissement de Florence, très^rapide dans Fère épiscopale, ni sa haine contre la ville diluvienne et longobarde, ni son adresse, ni son savoir-faire quand il ,s'a^it (le saisir Theurti d'une .ilLaquc^ et nous devons croire a une agression vers iOlO, (époque où Milan commençait à combattre Pavie, et où Pise attaquait Lucques pour la première lois), à la lutte continuelle dans laquelle la ville militaire se trouve peu à peu accablée par la ville romaine; et enfln à la guerre inconleslée qui éclate en 1125, dans l'ère des consuls, et où Fiesole est subjuguée par Florence, comme Lodi et Como l'étaient par Milan. Quand Fiesole tombe, d'après Manente, Sienne ei Arezzo se réveillent en sursaut; villes militaires et liguées avec tous les comtes longo*

82 LA UUbbHK

bards, intéressées à l'existence de l'antique centre royale elles marchent résolûment contre Florence dont elles Tentent arrêter Tessor commerdal^ et peu à peu celte

double guerre devient acharnée, rc^ ulicre, implacable, et toujours sans issue; à tel point (pi Vile sin-vit aux derniers jours de la renaissance italienne. Toutes les localités intermédiaires en sont secouées et déchirées comme les châteaux entre CJdine et Trévise^ entre TréYÎse et Padoue; Volterra^Pistoie et les autres villes romaines n'échappent au croisement de Florence avec Sienne et Arezzo que pour tomber au milieu des batailles de Pise et de Lucques,

Au delà de la Toscane nous avançons au milieu des ténèbres^ mais les inimitiés se dessinent en caractères de feu; à défaut de lumière, nous sommes guidés par

les éclaii s dt la h une. Toutes les guerres de rOuibrie rayonnent autour des trois centres de Spoleti, Pérouse etOrvieto> qui dardent leurs rayons sans se toucher de près> sans trop se méler^ et soumises à leur tour à la loi générale de la dualité royale et romaine. SpakU est le grand centre royal de POmbrie, i?su de celle révolu- 'tion mitoyenne des Franks, qui choisissaient des villes inti i iiiédiaires entre la barbarie royale et la civilisation romaine. Peu de villes la surpassaient en acharnement contre les Longobards de Pavie qu'elle refoulait si souvent dès les temps de Liutprand, et ses confins s'étendaient jusqu'à Fermo^ à Rimini^ àUrbIn. D'un autre côté, elle empiétait durement sur les régions romaines rebelles à toute circonscription royale, et principalement sur Rorne, où ses ducs arrivaient en juges, envahissant les maisons des accusés, imposant des empereurSy demandant des otages au peuple, enlevant des

familles, emprisonnant le pape Jean VIII, et partout si « puissants qnlls bravaient les Italiens, les Franks dltalie,

ceux de France, et l'empereur Charles le Gros, qui ne pouvait les réprimer. A sa iiiorl, Spoleli tait irruption sur ritalic tout entière, soumise a Gui et plus tard à Lambert, les deux rois et empereurs italiens les plus unitaires^ dont la domination se présente tout d'une pièce, toute assise, sur Spoleti, sans alliés, sans concessions fédérales, impitoyable pour Rome, pour Ravenne et Miliin , bondissant jusqit a Béncvent, et défiant la descente impériale d'Arnolplie. Mais le jour arrive où la révolution de Gbarlemagne et des Franks est dépassée, et quand ce royaume quasi romain de Spoleti s'écroule sons le progrès d'une révolution encore plus romaine, Spoleti perd tout à coup sa force, son auréole, son l'eu, et tombe corniiie une planète éteinte et desséchée. Spoliée de l ernio, de Canierino, des terres de la marche d'Ancône , renfermée dans les contins de TOmbrie, livrée sous Oihon 1^ aux princes de Gapoue, absorbée dans rère des évèques, par les marquis de Toscane, elle est si pauvre, si malhenreuse, si indigente dans l'ei r (les consuls, (qu'elle s'attache encore à sou duc, quoique Lucqut s, également militaire, le repousse en portant le défi à Pise et à Fempereur. Ici, toutes les villes jadis régies par Spoleti se lèvent , s'insurgent^ dansent et piétinent sur le cadavre de la ville royale. Terni, dont quatre-vingts citoyens avaient eu la main coupre en 881 , sous les ducs, marche la {Hcinière à l'attaque avtc ses consuls, toujours eontunue par Fohguo, l'anue fidèle de toutes ses rébellions; Todi, Amelia^ Rieti, d'autres villes imitent Terni et Foligno; tout le monde court sus au vieux centre de Gui et de Lambert, et la haine qu'il inspire enfante une fédéra-

84 LA GUBHRK

tion de ailles nidimentaires , qui s'entr'aident sans cesse et dont ramifié fraternelle arrive jusqu'en plein

XVII* siècle, alle.^tée par Aiigeloni

A 1 q)0(iiie où SpokMi déclioil, Orvielo se lève avec la torce expaosive et assaiUaoie de Milan^ de Trévise. de Florence^ et avec un rayon circulaire malgré la position élevée qu'elle occupe près du lac de Bolsena. Dès rère desévéques elle s'eiforce de subjuguer les villes qui échappent à rétreinte de Spoleti; mais qui ne veulent pas plus de la cuiiquole romaine d'Orvieto que de la donnualion royale de Spoleti, et Todi, Tancien centre des Turdertes, et vouée à Mars, protège à i'avant-garde les villes spolétines, les entraîne au combat, les dirige, l«^s anime> bravant le choc d'Onrieto, n'hésitant pas même à le provoquer, tandis que Terni et Foligno tiennent tête à Spoleti. De l'Ombrie, le rayon circulaire d'Orvieto passe dans le patrimoine de saint Pierre^ où il défend les possessions de Bagnorea et de Bolsena, en frappant Viterbe, Yitrallo, Corneio, toutes lesvillesj tous les villages^ depuis Nepi et Sutri jusqu'à Toscanella. Orvieto complète le cercle de ses haines par ses guerres en Toscane, où elle défend sa possession de Chiusi, Pancicnne Clusiuni, siège de Porsenna, et centre de TËtrurie féodale. Sienne et Arezzo réclament cette sœur militaire des temps antérieurs aux Romains, pour Taffranchir et la tourner en fédérée contre Orvieto trop ambitieuse^ et dans cette tâche elles entraînent a leur suite une partie de la Toscane

1 « Terai e Spoleti, dit Angeloni, rei public! e rei privati affari « si sono ajotate e tattavia si ajutano Uquàle amtctita dûleta àai < Temani amhe agîi Amerini, Todini, Beatini, Nonini, lom- « saut', etc.» (Avgbldki Storu di TerDÎ.)

DKS VILtBS UBRIS, S5

et même Pise, qui j^arlage les colères de riùrui renaissante. Mais Orvieto combat, le masque romnin au visage, et la guerre, qui commence en 1021, se rallume six fois dans le xf siècle , s'enTenîme dans le siècle sui?ant, et Ghiusi^ réveillée par la lutte, agitée par ses révolutions, verse tout son sang dans ses derniers efforts pour devenir Toscane^ sans autre résultat (fue d'éterniser la lutte entre l'antique et la nouvelle Ktrurie.

Pérouse^ ville romaine, sœur jumelle d Orvieto, comme elle accessible , commerciale, près d'un lac , rêve à son tour à la chute dn royaume, et poursuit ses guerres eipansives et assaillantes pour exploit ter la ruine de Spoleli. Dans l'Ombrie, elle attaque Todi, Folîgno, Spoleti et toutes les eum-mii^s d'Orvieto; dans la Toscane, elle possède Cortonct ville étrusque, et pour la garder, elle combat 5ienne, Arezzo, les rébellions de Chiusi, les efforts de Florence et toutes les sympathies fédérales de la Toscane. A Test, elle combat Àgobbio, Cagli et les anciens postes militaires qui gardent les Apennins et les parsèment de meurtrières. Partout où elle frappe, la sœur d'Orvieio sème des haines éternelles. Voyez Assise, toujours rebelle ei vaincue toujours. En 1403, elle est conquise de nouveau et affreusement saccagée; ses femmes, ses enfànts se réfugient dans le monastère de Sainte-Glaire, et le général pérugin, qui voudrait les épargner, leur offre un refuge plus assuré en nommant plusieurs villes, entre autres Pt;rouse. « Nous a Pérouse! s'écrient les femc mes, que le feu la brûle l d et elles sont enveloppées dans le massacre général.

A Test de l'Ombrie, Fermo déchoit comme Spoleti; elle n'est plus le centre royal de la marche, elle n'en garde que Porgueil; sou proverbe disait : « Quando

86 LA GtJEimX

Ferino vuol fermare, tntla îa marca fa tremare. » Peu à peu ce proverbe est démenti ; Ascoli tient l épee sur la poitrine du vieux Fermo> Tarrête^ et il en résulte une guerre éternelle. Gamerîno, Tantique métropole desCamériteSj partage le sort de Fermo et surtout de Spoletiy son alliée indiTisIble dans Tère des rois. Les châteaux» les villages, les villes qu'elle contenait sous le rayon forcé de ses ducs, se révoltent, décomposent son terroir, lui dérobent les hommes, Tespace, Tair, la cernent» Tétouffent dans ses montagnes» et quand ses souvenirs antiques éclairent sa physionomie martiale et ouverte^ elle porte sa main sur Tolentino, Matelica, San Severino, Urbisaglia, Moiituliuo, ci ce sont d'autres guerres séculaires qui commencent, très-riches en épi-' sodés et en fureurs variées. Dans la marche d'Ancône, terre fractionnée et secouée par des riyalités finitimes» nous trouvons Fano» Tantique Phanum» qui se ranime très-colère contre Pesaro, Fossombrone et Sinigaglia, localités militaires ettriviales; nous voyons des villes du rayon d'Ancône qui se révoltent contre Ancône pour imiter sa liberté et réprimer ses prétentions; et nous voyons Osimo» Taotique Auximum» qui dirige leur rébellion pour arracher à Ancône ses amis» ses châteaux» ses bourgades» ses hommes, son bétail. La haine des deux villes dure plusieurs siècles ; elle est vivante et exaltée, en 1466; et onze ans plus tard, nous avons un poème sur une victoire (ju Osimo avait remportée sur rivale; même en i486» Osimo invoquait l'appui des Turcs» pour réclamer ses anciennes juridictions» la campagne d'Ancône» plus Cingoli et Recanati» et qu'à l'avenir, la marche s'app^t auximane et non aacôni laine.

DES T1LLB8 UBRB8. 87

A Home, dans l'exarchat et sur les autres terres de la donation, les villes sont également dualisées avec celle différence que^ sous Taction directe du pontife^ les villes militaires ou secondaires sont plus viraotes, plus beu** reuses, plus consulaires, tandis que les anciens centres romains sont accablés , bumillés et presque tous en retard. On s'explique facilement celle différence , si on se rappelle que la révolution contre les rois italiens partait de la haute Italie, et s'imposait de vive force à Rome et à la basse Italie, où les grands centres étaient dans lu réaction des doges et rétrogrades comme les rois italiens, attaqués par Tempereur d'Allemagne. Le pape les accablait sans cesse, en favorisant la révolution dans les villes suballcines ; et taïuiis que l'empereur absent gardait la terre du royaume, en humiliant Pavie auproût de Milan, ou Lucques au profit de Pise, le pape, désarmé, gardait la donation en entourant sa capitale d'un cercle debaines implacables, de rébellions per» manentes, de guerres éternelles. C'est ainsi qu'expulsé de Koine il trouve des amis à quelques lieues, des asiles dans tontes les directions , et il impose à Rome, celte capitale naturelle et immense de la civilisation, l'impuissance cfuno capitale militaire, barbare, factice et entièrement artificielle. Par surcroit de malheur, il est tot^ours aux yeux des peuples le démiurge qui réunit tous les droits, l'être miraculeux, qui exerce un despotisme illimité, et loin de favoriser une fédération régulière et méthodique il est mille fois plus unitaire que les Romains. Uuaud il rentre dans sa capitale, il ne manque pas de combattre ces mêmes révolutions qu'il a favorisées pendant son exil. « Ubi papa, ibi Roma; » dans les villes subalternes, il écrase Rome; à Rome , il écrase les villes suballerues , et ballotté par

88 LA GUKniUt

lies révolutions qui s'alternent, il devient le princi|>e permanent d'une guerre sans issue.

Ainsi^ en 1002, le pape irrité contre Home inéiia{^e Tivoli insurgée, il refuse de la soumettre aux Romains; un siècle plus tard^ en 1100 ^ Pasqual 11 content de Rome , ramène Tivoli qui s'était donné au marquis d'Ancône. Vaillante et coquette elle continue la guerre, en 1130, contre la capitale du monde, et en 1 1 il Innocent II, mécontent de Home, rit, en voyant les Quirites mis en déroute par la ville subalterne, qui se moque de leur sénat, de leurs consuls « de leur révolution et de leur liberté sépulcrale. Les Romains sont si indignés de ne pouToir Tentratner à réprimer leur rivale, qu^ils le chassent de iours murs, et Tivoli continue le combat, tantôt avec le pape, tantôt contre le pape, suivant qu'il est expulsé ou défendu par la capitale. Après de longues guerres, après de longues n^ociations, c'est à peine si, un siècle plus tard, Rome peut obtenir que Tivoli s'engage à choisir son magistrat parmi les Romains, obligés de lui laisser son sénat lilliputien et son indépendance moléculaire.

La résistance de Tivoli se reproduit sous d'autres formes à Toscolo, Nomento, Galeria, Palestrine, dans toutes les villes des alentours que le pape protège pour les ôter à Rome, sauf à les réprimer pour les soumettre à rÉglise. En effet, en 1130, il est expulsé de Home, et Toscolo, insurgée, déclare qu'elle veut obéir au pape et non pas au sénat, auquel elle refuse l'octroi; en 1 140, le pape rentre à Rome, et alors il se tourne contre Toscolo, Texcommunieet lametau ban de l'Église pour anéantir l'insurrection qu'il a fomentée. En 114$, Grégoire m, en exil, reparaît à la tête de la guerre toscoluiiie contre Rouie. En 1107, le pape réconcilié avec les

DR3 TILLSS UBR«S.

Romains I revire pour la quatrième fois» aiia de l'accabler au nom de rCgIise et du peuple. L'année suivanle, on Yoit un cinquième ceTirement où le pape^ chassé de Rome, passe encore dans le camp des Toscolains qui

Taccueillent «muUo cum honore,» et auxquels il accorde Ja liberté des consuls. C'e^^t ainsi qu'au nom de la liberté et de la république, Toscolo développe, sous une forme nouvelle, guerrière et meurtrièrcj cette antique hostilité de ses comtes contre les papes de Tère byzantine, et contre ceux de Tère féodale. —Et Toscolo ne reste pas seule ; depuis 1130, elle est à la tête d'une fédération qui entraîne avec elle Tivoli, Paleslrine, Albano, Sezze, Veiletri, Ninfa . Anagni, toutes ses anciennes alliées féodales devenues à leur tour républicaines. Les Romains ne peuTent résister à tant d'ennemis; le sang leur monte à la tête. Persuadés que tout est permis contre un chef qui trahit, et contre des États microscopiques qui se lèvent sans connaiire l'histoire de Romnlns et de la louve, ils jn oiiiLltent au pape de renoncer à toute révolution, s'il veut détruire les remparts de cette Toscolo qui bouleverse tout le duché. Le pape sacrifie aussitôt son asile; mais les Romains refusent de tenir leur promesse, et alors Toscolo ressuscite sous rinfloence pontificale pourrevenir au combat^ avec toutes ses amies, plus acharnée que jamais.

Les historiens de TÉglise s^élonnent des fureurs de Rome contre les villes des alentours; faute de documents» les écrivains plus libres ont fini par partager Fétonnement des historiens de l'Église. Qu^on consulte les documents de Terracina, l'étonnement disparaîtra devant la raison qui explique toutes les colères romaines. Le jour où Terracina, antique métropole des Volsques^ chasse ses comtes et secoue le joug de la

90 LA GVERRK

capitale et du pape, se.<i élernels ennemis, nous Irou- YODS cinq dépêches du sénateur de Rome a son peuple et à ses consuls, {tour lui réclamer d'abord un prisonnier, puis des cochons , ensuite un âne, plus tard , des des Taches, enfin des bœufs. A ces sollicitations à la fois solennelles burlesques, et nécesaires , on voit que les villes subalternes enlevaient à Rome ses routes, ses débouchés, son air, sa respiration ; leur égalité consulaire était en contradiction flagrante a¥ec la force, la richesse, les idées, l'expansion des Romains ; la capitale du monde ne pouyait garder ses bœufs ; la paix étaii«lle possible! Les Romains marchent sur Terracina, et ici encore le pape Innocent IV, dans ce moment leur enneini, lait appel aux podestats, aux asseititilées, aux comtuuues des villes et des ctiàteaux de la Gampanie et de la Maritime; a la cansf' de Terracina, s'écrie-t-il, est votre a cause;» il écrit à Anagni et aux autres que le sénat de Rome n'a aucune Juridiction , que ses prétentions sont folles, qu'il n'est que le sénat d'une ville et que toutes les villes doivent obéir à l'Église. Alexandre IV, élu en 1253, coninuie la manœuvre de son prédécesseur et tourne toutes les forces des révolutions subalternes contre hpme pour Tétrangler et pour la rendre aussi impuissante que/^avie.— Dèsll79,Velletri combattait Rome; en 4363, encore aux prises avec elle, à la manière de Terracina elle réunissait d'après Theuli, le grand conseil u (lour faire de l'argent et « pour recouvrer le bétail enlevé par les Romains. » La lutte continue, et le chroniqueur dit que « Velletri « défenoit toujours sa liberté contre les Romains, » qui en i516, en étaient encore à supplier Léon X de sacrifier cette Tille et ses franchises.

DCA VULLBB LIBERS. M

Les raisons qui lorcent le pape à désorganiser le duché de Rome lui imposent aussi de décomposer la ftomagne et de briser cet antique exarcbal^ où l'archevêque , ayec son autocéphaûe quasi fçothîque , ses traditions byzantines et les vingt-sept villes de son ressort, se révolte sans cesse pour revendiquer i indépeudance d'un dot^^e de Venise ou d'un duc longobàrd. Toutes les l'ois que les Romains s'insurgent, il s^insurge à son four; s'ils deviennent schismatiques, il est le chef des schismes; quand ils s'affranchissent, il s'affranchit avec eux. Pendant loute la période de la révolution épiscoiiaie il ne cesse d iisiir[)er le rôle, la suprématie et la domination des poolifes. En liOU, le pontife se décide enliu à lui enlever Bologne, Plaisance, Reggio^ Modène et Parme. A partir de ce moment, Ravenne est entourée de rébellions indomptables; Gésène et Faenza imitent les villes affranchies; tout le monde prend les armes; c'est à qui criera plus haut : « A bas les exarques! à bas les nouveaux Golhs! à bas les Byzantins qui veulent régner sur la Romagnel » £n vain le pape rend les cinq villes à l'archevêque pour réprimer l'insurrection qui devient consulaire; rélan est donné, Tarchevêque est combattu an nom de la révolution des consuls, et les Ravennates» qui voudraient lui succcdoiv, sont repoussés au nom de la guerre municipale. De 1122 à ils sont attaqués six fois par Faenza , qui leur dispute tmola et ils essuient en même temps le feu de Gésène et de Bologne, qui s'associe à toutes les agressions de Faenza. Dès 1431, ils perdent Imola, et ils descendent jusqu'à l'abandonner aux Bolonais pour l'arracher à Faenza, plus rappiocbée, plus redoutable, plus colère et vaillante. La ville des exarques ne peut plus compter que

92 LA GDRRMt

sur H mini, qnî îa surpasse en intlut ncc, sur Forli et Forliai|>opoli , qui cessent de lui être subordonnées pour devenir de simples alliées. Vers 1200^ elle est si impuissante que les yilles qui la combattaient avec acharnement finissent par l'oublier^ et que Forli ^ yille militaire chérie de Béranger, la reni|)lace dans son inimitié contre Faenza, Cesène et Boloiîne. C'est Forli qui devient le chef de Bcrtinoro et de Foriiinpopoli, le centre des résistances violentes et militaires, la terre fertile en soldais et en capitaines^ tandis que Bologne, Modène, Reggio, Parme et Plaisance, sur la lisière de la donation et de l'ancien royaume, exploitent la double désor^uui.^aiion décrétée ï)ar les deux chefs de ritalie. De là une longue série de guerres entre Ravenneet Faenza, entre Forli el Faenza, entre Faenza et Bologne, entre Rimini et Césène, entre Modène et Bologne.» • Les haines se compliquent, la perfidie s'eialte au milieu des hostilités enchevêtrées les unes dans les autres; pas un village, pas un coin de Icvrc qui ne vise à rindépenda?ice avec des passions à deux faces , des mots à double entente , des épées à deux tranchants , et Dante signale la Romagne comme la terre des herbes vénéneuses et mortelles.

Nous avons vu qu aux temps du royaume la Corse formait un État unitaire sous la domination d'un comte, ministre du roi, et campé tantôt à Alena^ tantôt à Bisoggeni, tantôt à Carbini, tantôt à Ginarca. dans cette région féodale et militaire qu'on appelle transmontaine (di là dai monti). Dans l'ère des évêques, la démocratie se développe dans la plaine, dans cette région appelée cismontaine (di quà dai ujunti), où surgit » Gorte, qu'on prétend reconstruite par Gharlemagne,

DES VILLKS LIBRES. U3

comme Florence. Les marquis de TEglise gouvernent lile \m Nebbio etMarîana, au nord delà terre cismon-

laine, et les guerres corses éclatent, comme celles He Loin hardie, entre la ré«jrion traiismonlaine ou féodale et la région cismontaiiie ou commerciale. Chaque village entre ainsi dans Tère des consuls, tiraillé en deux sens opposés par la guerre générale. Les cantons se tournent contre les cantons, les familles contre les familles, les champs contre les champs, les masures contre les masures, les rochers confre les rochers; le sol alpestre et accidenté de Tîle multiplie les inimitiés à rinfini, et la guerre entre Pise et Gênes, qui se disputent les châteaux, les postes^ les tours, les maisons, achève cet incendie muet des haines corses, où les hommes s'entretuent sans mot dire. Le fractionnement est tel, dans sa silencieuse exaltation, que plus tard aucun centre ne peut se développer. Dans la région transmon laine, la capitale militaire paisse de Bisoggeni à Ginarca, à Aocca, à Lecca, à Ornano, à Istria; dans la région cismontaine, la capilale commerciale est emportée d'Aleria à Gorte, à Marusaglia, à Nebbio, à Mariaua, à Pietra , à Bi{^^ii|^lia. Très-lard seulement s'élève Ajaccio pour comprimer la discorde transmontaine , et Bastia pour étouffer celle de la région cismontaine ; mais les deux nouveaux centres se combattent, les batailles continuent ; les épisodes, les tragédies, les guets-apens , les vengeances du vieux temps se perpétuent, et toutes les subdi vision d intérieures de la (]orse, sans cesse ranimées, arrivent jusqu'à répoque de la révolution Irançaise, qui peut à peine les réduire à des tragédies domestiques.

L'unique guerre de la Sardaigne devrait être celle contre Pise, sa souveraine, qui lui enlève son indépen-

Ul LA GUERRE

datice; mais au iiionient où cette guerre éclate^ dang rère des consuls^ elle se Irouye étouffée par ud nouTeaa combat plus violent , tout à fait indigène et soumis à la loi générale des inimitiés italiennes. Gagitari, port

romain, ville commerciale et accessible, la première avec Torres a laquelle les Uomains avaient octroyé la naluralisation^ s'insurge contre Pise^ et demande la liberté générale de l'île ^ qu'elle conçoit comme une fédération des quatre judicatures de Cagliari« Torres^ Gallura et Orintam. Orislano , m contraire , capitale de 1 anlique royaume musulman^ a régné sur l'île tout entière et elle n'eu conçoit Findépendance que dans la restauration du royaume d'Almouza. La liberté qu elle réclame contre Pise serait la conquête intérieure des quatre judicatures^ supprimées et sacrifiées à sa domination. On devine la colère de Gagliari ^ Torres et Gallura, qui se \C)ieni menacées ou Irapin es au moment m^me où elles combattent l'ennemi de la patrie. Elles se retournent sur-le-champ contre Unstano, préférant la domination plus fédérale de Pise à la servitude d'une centralisation domestique. On devine aussi la colère militaire d'Oristano, dont la livide ambition est sans cesse déçue, quand elle se croit le plus près du succès. Il en résulte, de 1066 à 11?>0, des guerres épouvantables^ surexcitées par la rivalité de Gènes, qui attise Tincendie contre les Pisans. « Les moyens « les plus usités^ dit Mimant étaient d'égorger les « prisonniers» de brûler les moissons et les villages, « de massacrer les habitants désarmés, sans distinc* a tion d'âge ou de sexe, de briser la tète des enfants a contre les pierres. On remplirait des volumes si on 9 voulait rapporter tous les traits de rage et de stupide ff férocité qui signalent cette époque désastreuse ; ce

DES VJLLKS LIBKKS.

« serait se condamner à faire le relevé d'un registre c de boucherie. »

On le voit, toutes les villes se trouvaient bâties à

contre-sens les unes des autres. Les villes militaires s'étonnaient de Tapparilion elïVontée des villes romaines qu'elles avaient oubliées, et celles-ci s^indignaient contre la domination surannée des centres, dépourvus de toute raison d'être depuis la disparition du royaume.

Paiiout un se disputait les bœufs, les pàlurai^cs, les hois, les fleuves; les populations s'obstruaient, si; bloquaient mutuellement; chaque localité se donnait un grand conseiU un sénat, des consuls; chaque village décrétait un système de finances et de douanes; les prétentions s'entrechoquaient sur tous les points. Après la révolution des consuls, c'était une nécessité universelle de couqueru le territoire, de l'altranchir, de le rendre habitable, coniniercial et consulaire; mais après avoir conquis le droit de se gouverner à Tintérieur, ce droit^ût été inutile , si Ton n'eût proclamé sur-lechamp le droit de se gouverner à l'extérieur en faisant la paix, la guerre, des conquêtes ou des ligues, abstraction faite de toutes les traditions [)ontificales ou impériales. L'économie politique gouvernait toutes les liatailles; ses calculs mesuraient les colères, dispensaient les fureurs, régnaient sur ces fluides impondérables qui déchaînaient les unes contre les autres les masses ita* liennes. Ces luttes, qui rap[>elaient confusément l'Italie antérieure aux Romains, Preneste , les Tudertes, les Camérites, les Etrus(|ues, Tarvisium, Tuscuium, ce Tibur dont les antiques fortifications avaient des habitants avant l'arrivée d'Énée, étaient toutes soumises a

96 LA (;iJËRRE

la rentrée» a la sortie» au doit» à TaYoir» au capital, à la spéculation des marchands qui nommaient les consuls.

En 4245, RaTenne, Forli, Berlinoro el Ba^^nacuvallu soiUendeiit \\our fermer lents marchés à Faeiiza. a Tant d'infamie, s'écrie le peuple de baenza, rcciame « une vengeance sanglante ! » Et aussitôt les faits répondent aux paroles. En i 140» Fano soumet Fossombrone, lui compte ses habitants, ses maisons, lui mesure son air et sa lumière. Par malheur, Fossombrone a le lort de prospérer, et la population en progrès construil tout un quartier. Faoo ne dit rien, mais une nuit, en 121B» ses citoyens arrivent en masse dans la ville récalcitrante» la surprennent, en détruisent les maisons nouvelles» massacrent au hasard les habitants, el rentrent chez eux au bout de huit jours avec trois cents prisonniers. Teslone est brûlée, pour avoir refusé la roule deSuse au peuple d'Asl et de Chieri. Plus tard» toutes les guerres restent encore économiques. En 1261, Ravenne s'engage à ne s'approvisionner de certaines denrées qu'à Venise, et cette ville lui envoie des Qoua* niers, appelés visdomini , quasi seigneurs, pour surveiller le traité. C'est à cause des péages que Chierasco combat, en 1271, Alba et Ast. En 1317 , Pise veut que l'on rélablisse les communications el le commerce avec Yolterra. La même année » le mi Robert demande que les Florentins, ses protégés» soient affranchis de douanes à Pise. L'angoisse, l'étouffement des villes est tel qu'à la même époque Sienne et Pérouse enjamhent les lois implacables de la souveraineté pont s'octroyer mutuellement tous les droits des citoyens. Mais ces cas de fraternité sont de rares exceptions , et comme des signes de détresse ou d'impuissance; ce n'est

DBS YILLBS UBMS. W

pas par l'amour , c'est par la haine , par l'hostilité méthodique des douanes^ par les traités, les surprises, les Tetaiions , les excursions et par des irruptions et de» pillages continuels, que toutes les^rilles cherchent à se faire jour dans le chaos des contradictions économiques. La haine est souveraine, clic règne sans jmrtage, elle sépare ce que le royaume avait uni, elle brise les obstacles qu'il avait créés, elle donne le mouvement aux villes romaines et force les villes militaires à les suivre. C'est pourquoi les chroniques nindiquent presque Jamais les motifs des combats, et se bornent à noter les batailles. A quoi bon les détails? En 1001, les Pisans combattent les Lucquois; cela dit tout; on sait que Pise doit combattre Lucques, que Lodi doit combattre Milan, que Milan doit combattre Pavie. La guerre est traditionnelle, fatale, éternelle; les motifs de chaque combat sont vulgaires, accidentels, éphémères; il importe peu de les connaître, ce sontsouYcnt des prétextes , des chit anes, des caprices décorés de ces faux airs de justice qui sont le cortège de rhétorique de tous les événements de This* tolre. On ne doit pas non plusdemander aux chroniques qu^elles remontent aux Traies causes de la guerre, à ces réTolutfonsdes FVanks, des rois italiens et d'Othon qui désorganisaient le royaume en mettant en contradiction les villes romaines , celles du royaume et les quasi romaines. Autant vaudrait leur demander compte des déluges , des alluvions et des -volcans qui ont créé tel qu'il est le sol italien. Ces royautés qui sé sont précipitées les unes sur les autres, ces mouyements, les uns brusques et violents, les autres si lents que Pœil de l'homme ne pouvait le percevoir, appartiennent à une autre époque, à d'autres phases, à d'au-

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1res idées absolument inconnues aux chroniqueurs, condamnés à \ivre sur le terroir où ils Daissent, «wee les idées des consuls et une mémoire qui ne peut re- HKMtto m Mà d0 F ère des éféqses^. Pe«r em, h guerre est ini fatt nelarel^ miversel, presque sane ofîfine» ieséparal^le de k liberté, cmitemporaiii des consuls; poar la faire cesser, il fan (Irait renverser les constils, fermer les grands conseils, obéir h Fevè(]iie, rappeler les marqnis, créer un roi indigèitô, renoocer à tout MOT; à teot ar? eiîir^ à teol cet engorgemenl de firoipérilé q«i Tetit se flâner tme issue; et persotmené se pkint de la guerre, pas on legnet, pas va Di»niifife. Les ailles royales elles-mêmes, blessées, souffrantes, harassées, au milieu de la mêlée, sont loin d'évoquer le souvenir du royaume , elles préfèrent mille fois la guerre , <p4 leur fait sentir dans des doutenrs le bonheur d^exister, à la paix sépolcrale de l'ancien royaame^ elles étalent sans vie, sans tolonté, sans la fibefté, perdues comme des viscères inconscients dans un corps démesuré.

L^enlhousiasme de la guerre transforme les mœurs el 109 ra!id militaires ; les citoyens s'exercent aux armes; on change les fêtes dtt carnaval es tournois rustlities; on se baf avec des heaumes rembourrés^ avec des lances émoussées : ce sont partout des batailles siiiïiilées qui dégénèrent souyenten pierres véritables entre les divers quartiers de la ville, ou entre les diverses corporations d'arts et métier»; oâ vit en combattaot ; on îmite la léoMift^, sesparadeSi sa faiérarehie^flesbabitndcsgQerrièreir^ sèë baÉs^ M Arriéres -bans. QiMBd le belTrol appelle les ciifi^eDs, qui manque à Tappei est déshonoré, poni de fortes amendes, comme infidèle à la pallie ; quand ou subjugue des villages^ ou même d^s

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fffles^ les vaincus sont forcés de marcher à la suite du « carroccio » en yassniix, en feudalaires subalternes, ou inullitudes siil)oi données composant ce qu'on appelait le « seguimento. » Quand le char des oonsais sort des portes^ o» tie se borne plus à 7 placerUi croii> les prêtres^ les reliques^ on 7 met les Ilms de ta commune, le doit et TaToIr dn marchand^ de l'in^ dustrif'l, de Touvrier^ qui demandent des confins plus tasles, des coinniunicalions plus libres^ des débouchés plus nombreux, des marchés plus riches et de» clients dans toute Tltalie; le char s'aTance» entouré de piques^ tant qu*il ne rencontre pas iin autre cbar de guerre, une antre fofét de f^ques qui lui barré le passage en lui contestant le périge, le canal, le fleuve, le iriliagCi le confin où cûniinence la butaiUe éternelle.

L'acharnement est plébéien comme la guerre ; on Jette dea ânes dans les villes assiégées; oh mène Hê dieTatit a'abreuTer aux fossés ; on fait courir de* eotrr*^ tisanes sou» tes rempart?; on joue, on s'amnge; 0» s'infurre; on se soutire le sanir, tantôt avec jaclatu'e, tantôt avec grâce. Lncqncs met des miroirs sur h s fmirs d Asciano i pour que les femmes de Pise puissent « s'y mirer. 0 Pise se porte tout entière an siège de Luoqnes, et ^ dresse de grandes glace» à l'usage dé M efiftcsRî» qui pAltssent ; les IHsana bâtissent le fort dH* lice en y meitaui riuscription :

SoopA boQCft al Geoeaa

Crêpa eoor al Peatoveiiereae Streppa borsello al Lueehaie.

Pérouse construit devant Cliiusi la iouv « Becca Uuesla^ » Chiusi lui oppose une autre tour a Becca

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i'AUra; » on se pille habituellement; on fait des courses, des ebevauché» sur le territoire de l'ennemi ; on multiplie les expéditions de grand chemin, épisodes homériques dignes du gibet ; on tonde des fêtes annuelles où les \aincus sont représenles par des ânes, des pourceaux et deslanimaux symboliques qui perpétuent les outrages de la guerre. On devine d'après cela comment les irilies outragées doivent traiter leurs prisonniers, ces ennemis de naissance, ces voleurs de profession, ces assassins de la patrie, ces hommes qui Tétouffent , la IroHipeut , rinsulient et Jui imposent souvent une misère factice, en lui interceptant toujours Tairetle soleil de Tltalie. On les torture» on les charge déchaînes, on les plonge dans d'affreuses prisons. Parme pour varier les supplices les met à ciel ouvert, exposés à toutes les intempéries, a ad cœlum serenum; » Forli les ferre comme dos mes; Milan les met sur les chemins, les mains liées derrière le dos , avec de la paille qu'on allume, en les laissant libres de partir. Nous avons vu lesHantouans, en ii56,couper le nez à 3^000 Véronais ; Crémone obligeait ses prisonniers à se racheter, en leur refusant la nourriture, en les réduisant à étancher leur soit avec l'huile des lampes, a cacher leur pain dans les cadavres de leurs compagnons d infortunes, qui restaient auprès d'eux tant que les survivants ne payaient pas la rançon des morts*. Gênes pousse le raffinement Jusqu'à décréter, en 1284, qu'elle gardera à perpétuité les 11,000 prisonniers Pisans pour que Pise soit dépeuplée, et que leurs femmes, dans l'impossibilité de se remarier, ne donnent pas de nouveaux citoyens à la patrie.

^ CAron. Parmmuê^ BadeweuSf pftrt. J, ch. 39.

Les furies de la guerre municipale ne s'arrêtaient qu'aux confins de la basse Italie ; la^ les Normands or* ganisaient la terre, rarrachaient aux anciennes dmsions, aux guerres deSaleme^ deCapoue, de Naples, de Béiii vent et le royaume, renversé dans la haute Italie, se reproduisait dans le Midi pour reudre impossible la guen e municipale; mais 11 lui restait toujours ce Tice radical d'avoir le pape pour suzerain, et d'être improvisé d'une manière unitaire à contre-sens, d'une fédération quasi républicaine. Le pape ne renonça jamais à ridée de ressusciter la fédéj alioa et Je la tourner contre Palerme; il maintint toujours les anciennes circonscriptions ecclésiastiques de 1 ère des ducs et des doges. De même qu'il avait autrefois miné le royaume des Longobards avec la géc^raphie romaine, il ne cessa de protester contre le royaume de Palerme avec la géograpliie l)yzantine; tout changeait, des villes se développaient, d'autres dépérissaient , d'autres encore disparaissaient, et il refusa toujours de suivre le mouvement eu conservant, jusqu'en plein xviii* siècle, la juridiction de Bénévent, déterminée en 969; celle de Salerne, fixée en 984; celle d'Àmalfl en 987; celle de Sorrente, en 968, etc. Toutes ces villes endommagées et rappelées de vive force par 1 Eglise à leur ancienne grandeur, excitées sans cesse par Bénévent qui restait libre, sous l'Église ; ralliées à Rome par leurs évéques qui les ouvraient aux ondulations de l'anarchie itallenne, devinrent des foyers de sédition, entraînèrent les barons aux révoltes contre Pafemie, et le royaume n'échappait à la guerre municipale que pour devenir le tiiéàlre d'une guerre civile touJotu'S ouverte ou imminente.D'ailieurs cette guerre suivait la loi générale de toutes les villes de la donation, où le progrès était

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aux villes inférieures et militaires^ tandis que la déchéance était au\ villes iiuporlanles et romaines comme liome et Rave n ne. Ainsi Palerme^ la viUe reya)e, retranchée dans uiie îie^ prospérait et ranimait aanscesae tous les postes militaires i« ooDtioent intéressés à la Mcourir pour eoaserver et développer rimportance laclice dont ils jooissaieiit eux-inâmesu Au contraire Syracuse, Sipooto, liari, Olrwîto, Capoue, Salerne, villes jadis florissantes, loinbaienl ra{>idemeni pour devenir les centres jdes séditions impuissantes» des résistances létraigraides^ des guerres malfaisantes.

On ne conçoit pas que M. deSismondi, si profond

économiste et si sincère républicain, n'ait pas compris la guerre la plus économique et la plus républicaine de l'Europe, la nouvelle phase 4e cette révolution consulaire» dont les données sont la raison première de ions les fastes ultérieurs de l'Italie. Sa pénétration, sa loyauté^ sa science ont été déçues; des milliers de phénomène^ variés, splendides, vulgaires, tristes, quelquefois burlei^ques, passéaicnt devant lui, tantôt pour iélouiier, tantôt pour le scandaliser, et toujours comme une fantasmagorie étrusque, dont le mystère se jouai| de toutes les lois pbsf&iiiues et morales. Le nord etlexienti)» de l'Italie seront toiyours des énigmes si on ouliMe^ «e « capot mortoum > de Pavie, ce cadavre du royaume qui encoiïibre le sol et d'où émanent les fétides exbalatious qui donnent la fièvre aux villes romaines. A son tour, la i>a6se Italie sera toujoui^sun contre-sens inxepliquè, «i on oublie cette fédération ^réco-iongobarde de Capoue, de Bénévent^ de Saleme, de Baii» de Biaptei^ d'Amalâ, de ces petits États morts au dvil^ mais non ilevaut 1 Église, et qui condamnent tout le royaume à

rester comme une construction fictÎTe^ véritable chflteau en l'air qui Varrach^ à Tanalogie des autres royaumes pour suivre la loi des villes italiennes.

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