‹ 520 pChapitre 27 sur 67 · CONTRE LA 6VRRBK MUNICIPALE · texte numérisé non relu

CONTRE LA 6VRRBK MUNICIPALE

Lodi , de Como , de Parie , de Crémone , des villes barbares, rechignées, éclopéeSt en déroute; au lieu de comprimer la guerre municipale » il s'en fait le capitaine pour la perpétuer, en réprimant l'essor des villes romaines ; au lieu de régner en empereur d'Allemagne, sur des juridictions rétablies avec des confins immobiles, il est poussé en avant par les suggestions , les délations, les calomnies, les caquetages envenimés des villes royales qui lui imposent leurs idées, leurs intérêts, leurs plans ,.et le forcent à se mouvoir en automate, d'après les principes de leur [)ropre stratégie. Il n'est plus l'empereur du vieux temps, le successeur d'Olhon qui humiliait les villes royales au profit des villes romaines; il n est plus le protecteur, i'ami, le fédéré de cette Italie souveraine qui avait invoqué TAllemagne pour détruire la tyrannie du royaume : pour la première fois, Il intervertit le plan de tous ses devanciers, et se jette dans le camp des villes barbares; pour la première lois, la réaction impériale détruit tout entière la tradition impériale et n'a plus d'autres attaches que les pilotis du royaume.

Dans sa première descente, Frédéric n'obtient qu'un succès proportionné à l'importance secondaire de ses villes royales, momentanément appuyées par un secours de deux mille cavaliers; il rase en barbare Rosate, Trécate, Numa, Galiate, quatre misérables villages milanais; il dompte Tortone, pour le compte de Pavie, Cairo pour le compte de Casai, Ast au profit d'un évêque féodal ; mais quand il veut pousser l'attaque plus loin, il ne peut pas même assiéger Plaisance, protégée par Milan, qui à son départ relève les murs de Tortone, combat Pavie, enlève à Como vingtquatre ciiâteaux dans la vallée de Lugano ; Brescia et

134 nàkcnon iMPiRuu

Bergame continuent leurs guerres comme si Vampire n'existait pas; toutes les rivalités municipales ionctiounent, abstraction faite de Frcicric Barberousse, si faible et si dédaigné que les nobles de la campagne n'osent pas se déclarer en sa faveur. Froissés^ humiliés, ^cédés par les consuls des Tilles, ils se taisent^ dissimu* lent leurs colères, répriment au fond de leur cœur leur sympathie féodale pour Tempereur dont ils croient la présence inutile, l'absence compromettante et tous les succès éphémères.

Irrité de la résistance, i^rédértc fait une seconde descente, et plasii est héroïque en Allemagne, où il achève la révolution des évêques, plus il s'obsiine, avec la même énergie, contre lu liberté de la guerre. A la diète de Roncaille, il demande à qui appartiennent lesrégalies . c'est-à-dire les duchés ; les marquisats, Ifis comtés, les consulats, les hôtels des monnaies, les douanes, les pêches, les moulins, a Tout, répondent les «quatre grands docteurs, disci pies dlmerîus de Bolo- (( {^ne, tout appartientaTempereur. » La loi delalédéralion, celle du royaume, celle de l'empire, tout le passé, même dans sa plus haute effervescence épiscopale, ne pouvait accorder a des consuls le droit de hâtir eide raser des Tilles , de disposer des fleuves , de régner sur les routes. Toutes les illusions de la justice conspiraient à légitimer une réaction qui n avait d'autre but que de substituer la loi à l'anarchie, la paix à la guerre, les juridiciionsaux violences accidentelles des combattants. Cette fois, les nobles de la campagne, les fe\idataires ino- . roses, les aristocrates aux pensées sinistres se montrent à la suite de l'empereur; le cortège impérial se grossit, Tarméeest plus forte, les villes romaines sont plus intimidées, les villes royales plus enhardies. Mais i'em-

biyiiizeo by GoOgI

GOHTBi u emn mnqcitPAiB. 136

l^ereur ne peut pas gagner un pouce de terrain, même au milieu du succès, même au cœur d< s Aictoires : toute sa force est celle des villes militaires; toute sa guerre est celle de Pawe, de Crémone^ de Lodi, de Cùmo et de leurs alliées ; sa réaction est tout entière à la merci de cette liberté de la guerre qu'elle suppose, et dont elle n'est qu'un épisode ou un accident. Quand il [nend Brescia, il n'est que le capitaine de Bergame', quand il assiège Miiau^ il n'est que le héros de Pame'i quand il entraîne à ce siège Pavie, Parme, Crémone^ Yerceil , Como, Vicence , Trévise , Padoue^ Vérone^ Ferrare^ Raveum^ Bologne, Reggio Modène^ Brescia et la Toscane, il n'est que le chef d'une prise d'annes a ex tolo regno » contre la \ille de saint Dacius, de Perlarrith, de ia révolulion fédérale contre le rpyaume^ de rarciievèque Uéribert et des consuls qui embrassaient le schisme d'Ânaclet. Si Padoue, Bologne, Brescia et d'autres villes romaines se trouvent mêlées à l'armée impériale , c'est à contre-cœur> et pour la déserter à la première occasion, et si Milan, accablée parle nombre, capitule, si sa population se rend auprès de Tempereur, à quatre milles de dislance, à travers une double haie de soldats italiens et allemands 4 si elle perd Jfottza, CaUeUéprio, làMarteuma, sanscom^ ter Lodi et Como, c'est la ligue des villes militaires qui triomphe, c'est Pavie qui suggère les conditions de la victoire, les inèines que les rois avaient imposées à la ville romaine , à l'époque de l'invasion; et, Frédéric se trouve si faible, si isolé» si impuissant que, malgré la défaite de Milan et les apparences d'une soumission générale j il demande des otages à toutes les villes Italiennes^ descend à une hrahison pour prendre ceux de l evi are, et ne recueille de ses excursions que des

136 RKâGnOH IHFéaiALB

rançons^ de fortes contributions^ le salaire d'un capitaine municipal , paradant eu bandit avec le costume d'un empereur.

Il s'aperçut enfin que la rébellion de la guerre se fondait sur la rébellion antérieure des consuls^ et que les yilles libres^ liyrées à elles-mêmes, tombaient naturellement de tout leur poids les unes contre les autres. Il les soumit à des podestats, espèce de lonctionnaires germaniques qui tenaient le milieu entre révéquc et les consuls^ avec la mission de faire régner la loi et de maintenir toutes les anciennes JuridicUons. Jamais on n'aurait pu concevoir un projet plus logiquement insensé, plus sagement absurde ; c était tenter deux réactions à la fois au lien d'une; c'était faire reculer les villes d'un siècle^ par cela s^u\ qu'on n'avait pas assez de force pour les Caire reculer de trente ans : c'était vouloir tuer ntalie, parce qu'on ne pouvait la blesser. Sous le nouveau coup de Frédéric , la révolution boadit soudain au cœur de Milan. Sans craindre les villes ennemies, les nobles royalistes, les amis fauXy tièdes, à moitié dans le camp de Tempereur^ les sages de la lik>erté toiigours prêts à la déserter la veille d'un combat^ sans se demander si elle pouvait se fier à ses voisins, si elle avait les droits d^me capitale ou si elle n'était qu'un fragment de rantiijue Ligurie, la généreuse ville chassa les liojnniLS de l'empereur, battit la garnison impériale de Jrezzo, attaqua Lodi et Crémone, et avec Crème à ses côtés elle attendit sous les aurmes la troisième descente de Frédéric Barbe" rousse.

Elle ne se fit pas attendre : les villes royales revinrent à l'attaque avec l'empereur, qui était censé les guider^ et avec les Allemands qu'elles poussaient à la victoire.

C0MT1IK LA CfJiRRB IttWtCtFALR. 137

Le choc fui horrible ; il y eut dos batailles furieuses^ des combats héroïques, des vengeances sataniques. Saus Crème^ les prisonniers éiaient pendus aux tours mobiles des assiégeants pour amortir les coups des assiégés ; les victimes criaient tle loules leurs forces à leurs pères, à leurs liis de les frapper sans merci, ])our renverser ces tourâ effroyables; c'étaient des scènes de l'enfer et des anges au milieu des démons; les Allemands étaient a la fois pervertis et épouvantés par la férocité du combat italien. Enfin Crème succomba à la fureur de Pavic et de Crémone, ses murs furent démolis, ses maisons incendiées. « Les hommes de Lodi et de Cré- « mone, dit la chronique, non contents du ravage fait « par le feu, jetèrent par terre le peu de maisons qui « restaient debout^ en comblant les fossés^ et qui pis « est^ renversant les églises. » Les Crémonais veillèrent comme d'anciens Longobards, pour qu'on ne pût reconstruire la ville ; ses terres furent si dépréciées qu'on vendit trois milles pour quarante sols. Vint ensuite le tour de Milan , sacriiiée aux villes rivales qui achetèrent de l'empereur ce droit de la raser, en se partageant avec ordre le travail de la dévastation^ cette suprême jouissance de la haine. Les Cr/monoM se char* gèrent d abattre le (juartiei de Porla-Iioiuana; Lodi eut à démolir Poria-Renza ; Porta-Tic ncse échut à Pavie; Porta- Vercellina, à Novare; Porta-Gomasina à Como ; Porta-Nova à Caslelseprio et à la Martesana* La ville fut rasée, avec défense de la reconstruire; ses habitants furent dispersés; on sema du sel là où il y avait des maisons, c'est à peine si les églises fnrentépargnées; la rage de la dévastation fut telle que « une semaine « suffit pour Qcconiphr une démohtion qu'a peine auu rait-on jugée possible en deux mois, j» Une fois Milan

138 BiAGTioH miaiALi

par terre, les autres \illes romaines se soumirent; Plaisance céda; Torlonc fut démantelée de nouveau par ks citoyens de Favie. La ligue royale triomphait sur tous les points ; ses villes^ ses comtes^ ses soldats^ ses paysans étaient tellement les maîtres des routes, des campagnes et des villa gos que les exilés^ qui erraient par milliers , ne pouvaient se rallier, ni même s'entendre, si ce nVst par des signes mystérieux.

Cette fois, Frédéric pouvait s'approprier les victoires de Pavie et de Crémone; il rétablissait les marquis dans les provinces, les podestats dans les villes, ses lieutenants partout; derrière chaque consul, il plaçait un gendarme germanisé ; derrière chaque citoyen, il faisait paraître un faiiluiue de Tère des rois. Encore un pas, et au uuiieu de dévastations plus que longobardes , avec une suite de ressuscites et un immense cortège de royalistes, poussé en avant par Taristocratle , il allait devenir le véritable roi d'Italie. Milan détruite, et le vide fait dans la plaine de Lombardie, quelle ville pouvait se croire désoriuais rassurée ? Les alliés devenaient sujets de l'empereur; l'Allemagne cessait d être fédérée pour imposer une conquête ; Tempire, non content d'insulter les traditions des villes romaines, penchait vers cette unité royale et vers cette aristocratie militaire qui avaient toiyours été considérées comme les fléaux de la terre. Toutes les villes com* prirent , comme par une illumination instantaciée , que le temps était venu de courir sus à rem[>ereur. Cette pensée trouva tout à coup d'innombrables orateurs : d'abord les habitants de Crème, de Plaisance, deBrescia, de Tortonci des villes démantelées, ruinées, humiliées , ensuite les Milanais dispersés , spolies, rcduils a 1 indigence par les nobles de la cam-

GONTRV LA CUBRRB VUHIGIFALI. 139

pagne, par les villes lonp:obardes, et par les automates de rAlIemagné. Que si, au centre de la Louibardie, ou ne pouvait songer à une prompte insurrection^ si Milan et ses alliées étaient trop brisées pour revenir immédiatemeni au combat, si Pavie et ses alliées étaient trop intéressées à la \icloire pour comprendre le danger univt t sel que couraienl le droit des consuls et celui de la guerre, les villes plus loi plaines^ plus impartiales^ plus intéressées à la cause de la liberté» et plus en mesure de la servir, n'hésitèrent pas une minute, et ce fut la marche de Vérone qui recommença la grande guerre des consuls italiens.

Frédéric marcliuit sut Vérone, jilonf^^é dans une sorte de somaambulisme germanique; juste de la justice de rAUemagne, il pouvait s'imaginer qu'il avait mis l'ita* lie*au niveau de sa patrie, qu'il en avait étouffé la vitalité rebeUe, qu'il allait en aligner les remparts, les fossés, les murs, les villages vi les masures, d'après la géométrie gothique de son église épiscopale et fédérale, et que, dans l'avenir, grâce à ses soins, on verrait luire les traits d'une physionomie tudesque sur le visage de tout Italien. Vérone, ville chérie des Césars, ne pouvait manquer de le fêter, et si elle se refusait à le suivre contre les autres villes de la marche, Padotie , Vicence, ïrévise ne pouvaient manquer de Tappuyer contre Vei oue. Tout à coup, il voit les (piatre villes mêlant leurs drapeaux arriver et jeter leurs tentes devant son camp, muettes, silencieuses, résolues au combat. C'en était fait de sa restauration; toutes ses victoires devenaient inutiles, les quatre villes de la marche lui barraient la route de l'Allemagne, lui coupaient la reU ai le , el . j)Our comble d'humiliation, il ne pouvait pas même accepter le combat, l^s troupe

iM) RÉACTION IMPÉIUALK

de la ligue de Pavie De l'auraient pas soutenu ; en dehors de leurs confins, sur les marches de Vérone» ettes n'avaient plos de haines; elles auraient Mi une fausse guerre c guerram recredutam, 9 et cette immense dévastation de Milan, ce massacre de Crème, ces exploits sous Hre£cia, sous Tortonc n'étaient [)lus que de misérables trouées faites au hasard» au milieu d'une forêt de villes libres, sans oentrei sans capitale» toutes entrelacées les unes avec les autres» prêtes à germer de douyeau là où elles avaient été frappées par la hache du barbare.

Frédéric se retire en AUema^rne pour chercher de nouveaux soldats ; mais à sa quatrième descente^ en H66, il trouve la rébellion organisée dans les quatre villes de la marche de Vérone ; la marche d'Ancône s'était soulevée, Bologne avait assassiné le lieutenant impérial ; Bcrgame, Manloue, Brescia, Ferrare, Vérone, Crémone même s'insurgeaient ; on signait le grand pacte appelé de la ligue lomt^arde^ mais qui fut en réalilé la ligue des villes romaines, vengeant la dévastation de Milan. Le 27 avril 1167, cette ligue ra* mène tous les Milanais dans leurs foyers, les protège de ses armes, les entoure d'un rideau de piques pour qu'ils relèvent les murs, les tours, déblayent les fossés» reconstruisent les maisons, et Milan, ressuscitée sous un baptême de feu» brandit Tépée, en avant-garde Incendiaire de toutes les révolutions italiennes, pour goûter les voluptés de la haine sur de nouveaux champs de bataille. Mise au ban de l'empire, la ligue IoiTd)arde s'élcndàseize villes qui jurent «de combattre a tout homme qui voudrait les altaquerou exiger d'elles «plus qu'elles ne donnaient, depuis le temps de « Henry (IV) jusqu'à l'élévation de Frédéric* 9 L'empe-

COimiE LA CORRRB MUNtClPALB. 441

reur est ainsi signalé comme un homme en arrière d'un siècle, comme un conquérant, un Goth, un Lon* gobard, un ennemi universel.

Toutes les haines se concentrent contre Fati$ qu'on

veut cerner^ isoler^ réduire à une impuissance éternelle, et surtout séparer de ce Piémont abliorré, où elle a pris sa force royale, et qu'elle rend meurtrier depuis les temps d'Ardouin et du dernier Béranger. Des forteresses ne suffisaient pas à lui couper la roule du Piémont : à qui les aurait-on confiées? à des citoyens de Milan ou de Plaisance *f Ils ne savaient point combattre là où ils ne vivaient pas; la haine cessait de les animer quand ils n'avaient ni ateliers, ni boutiques, ni familles à défendre ; des mercenaires^ des chàtelainsauraientété bien vile retournés contre la ligue lombarde^ en faveur de la ligue de Pavie qui a'en serait servie pour fortifier son union avec le Piémont. D'ailleurs les forteresses élaient des inactiines inanimées et il fallait frapper Parie et le Piémont par une inimitié vi vante ardente brûlante , associée à toutes les haines des villes romaines, et faisant brècbe dans Tantique réseau des villes militaires par la force continue des routes, ducommerce^derindustrie, des foires, des entrepôts^ desdouanes, des franchises, desricbosscs, de toutes les prospérités à contre-sons de Tancien royaume. Alexandrie fut créée dans ce but. La stratégie des villes romaines en marqua remplacement^ la révolution des consuls en foui^ ait les matériaux , la liberté fit appel à des milliers de serfs qui brûlaient de se dérober aux comtes et aux mapijuis (lu Piémont pour devenir citoyens, et la ville Sùrlil tout année des entrailles de la terre pour prendre part aux harmonies de la guerre, à i'imitatiou de ces villes de Tantiquité qui se construisaient toutes

142 RÉACTION IMPBRULS

seules^ au son de la lyre d'Orphée. Son peuple fut composé d'ua certain nombre de familles prises dans les Tilles de la ligue lombarde et destinées à la rallier aux batailles de Milan ; sa multitude se composa des popula-

tiens indigènes des villages de Gamoiido, Marengo, Borgoglio, Corniento, Solero et Foro; ses citoyens étaient libres et combattaient Pavie et le Piémont, avant même qu'il 7 eût des maisons pour les abriter et des tours pour les défendre. — En Toscane, en Romagne, et partout , la révolution était la même ; les villeè reproduisaient l'essor des Lombards, sans même le coniiaitie; rt. pour n'en cilor (|a'iin exemple, Ancône repoussait en tnâdes Spolélius, des Romains et des Rom&gnols des ligues niili (aires, dirigés par le chancelier de Tempire^ sans qu'elle pût soupçonner la force et les décisions de Milan ou de Vérone.

A la cinquième descente, Frédéric Barberousse combattait en personne sous Alexandrie pour anéantir cette ville de la rébellion ; mais tous ses elforls échouaient ; on brûlait ses machines; on étouffait dans le feu ses automates d^Âltemagne; on défiait ses royalistes d'Italie ; toute la ligue lombarde arrivait au secours de la ville naissante, et le héros de la fédération germanique, battu par des citoyens qui avaient encore l'odeur du paysan, était forcé de demander une trêve à des consuls qu'il avait le droit de faire pendre, lienforcé par des troupes allemandes^ il renouvelait le combat dans la plaine milanaise de Legnano> et là enoon? ces troupes de Milan qui auraient mille fois préféré la mort a la honte, comme elles le disaient eu formant Je bataillon de la Mort, remportaient une telle victoire que Ton crut Tempereur mort et enseveli sous les monceaux de cadavres qui jonchaient le champ de bataille, il s'en-

GOMRE LA GIHRRE MO'ICIPALE. 443

suivît d'abord une Xrèye, ensuite ]e congrès de Venise, et enfin, en li83, la paix de Constance, où Tempereur reconnut la liberté de la guerre, en accordant à toutes les Tilles le droit de développer comme elles Tenten-

daient leur irradiation liflligérante, ruiimine cliez les unes cl royale cliez les autres. En effets le point capital du traité (1<3 Constance, celui qui domine tous les autres et qui paraîicomme un scandale inouï dans le droit publie, c'est racle qui reconnaît la ligue lombarde : c'était teconnattre une ligue dans la grande ligue de Tempire, une opposition armée , organisée dans le but unique de la guerre. La ligue militaire de Pavie, que remjicreur était forcé de protéger, de favoriser, d'organiser luimême et de confirmer, par le traité de Constance, font tenir téte à ia ligue rebelle des Lombards, consacrait de nouveau le droit de combattre et déclarait im* plicilement que toutes les yillcs italiennes, désormais tournées les unes contre les autres sur un sol contradictoire issu de mystérieuses révolutions volcaniques, Avaient le droit de refaire lltalie tout entière pour la rendre habitable aux consuls. Le reste du traité n^était qu'une conséquence du droit de la guerre, où une validation de la liberté consulaire déjà légitimée par Luttiaire ill, ou une acceptation diplomatique de la révolution antérieure qui servait de base à celle de la guerre; et si l'empereur reconnaissait les consuls, s'il renonçait à l'idée germanique et épisobpale dlmposer les podestats, s'il accordait tous tes droits admis par Lotbaire, ou, comme on disait alors, tous les privilèges obtenus dès le temps de Tempereur Henry IV, s'il amnistiait celte rébellion longue, lente, minutieuse, par laquelle les villes avaient grandi à force d'exceptions, d'abus et de fraudes civiques, s'il se coq-

144 niACnOR IIIPKMAU

tentait de la suzeraineté et du droit d'appel, ces concessions se réduisaient en réalité au droit de se gouverner, nécessairement supposé daos tout Ëiat qui possède la droit de faire la guerre et la paix.

Les arides indications du traité de Constance réTèlent^ au mtiien d'un monde perdu de combinaisons politiques, IWrayant proj^rès que la •incrrc avait fait, pondant les vingt-quatre ans de i iiuilile réaclion de Frcdei ic. En i 150, les villes se comiiattaieut isolément : il y avait entre eiies plutôt des sympathies que des ligues; mais les noms de celles qui figurent dansles deux ligues confirmées âConstance attestent un effort qui embrasse les Inimitiés de toute ntalie pour les coordonner, au* tant que le permettent les fleuves et les montagnes qui séparent les diverses provinces. En Lombardie, Milan entraîne à sa suite : Plaisance et Brescia, désormais ses alliées éternelles ; Parme, malgré sa haine pour Plai* sance ; Bergame, malgré sa bai ne pour Bresda ; Modènet malgré ses luttes avec Bologne; Hantoue, malgré son inimitié avec Vérone; Lodi, malgré son envie de suivre l'alliance opposée de Favie, Au reste ces unions foi cées ne sont établies que contre les éventualités d'ujie réaction impériale^ sanspr^udice des hostilités qui fonctionnent dans les autres provinces, ni de celles qui subsistent entre Mantoue et Vérone, entre Hodène et liolûgue, entre Parme et Plaisance, entre Brescia et Bergame. D'un autre côté Pavie et Crémone rallient autour d'elles toute la féodalité impériale : les comtes ÙQBiandrale, ennemis de Milan, les Lomello anciens comtes de Pavie, les trois marquis du Monfer" roi del Vasto, de Botco, le comte de Savoie et toutes les villes aujourd'hui piémontaises , savoir : Ait, AWa, Agui, Turin, Jvvée, Savone, AlOmya, Gènes, Como,

CONTRE LA GCF.RRB MUNICIPALF. Uti

que son lac rend plus entreprenante queLodi^suit Papie; Tortone, cernée par les villes royales de Pavie* du Monferratet de Gênes^ n'ose rester fidèle à Milan, et compense dans le camp royal ^infidélité forcée de Lodi. Alexandrie, (jui brûle d'être reconnue par Tempereur et par tous ses voisins^ déserte monientanémeDt le camp romain, et un jour convenu ses citoyens sortent tous de la ville poury être, réintégrés par le légat impérial qui les déclare libres, affranchis et alliés de Pavie, Torione,^s(, Aqui, Alha,Casal, et des marquis de Vaslo de Bosco et à^Occimiano.

La Toscane se dérobe , [)ar exception, aux deux grandes ligues^ quoiqu'elle soit elle-mcme divisée èn deux camps liostiles^ Tun romain de Florence et de Pise , et l'autre royal de Lucqms^ Sienne, Pistoie et des comtes ^îdi, chefs de la grande féodalité toscane. Mais Pise déjoue tous les efforts tentés pour entraîner la Toscane dans la gi ande dualité de Milan et de Pavie. Ralliée à Milan, elle aurait renié toutes ses traditions impériales qui lui étaient indispensables en Surdaigne et dans le Midi où son commerce convoite des ports» des franchises , des expéditions inséparables de la fortune de Tempire ; jointe à Pavie, elle aurait dû renoncer à son bostilité contre Luc(/ues qui lui disputait la terre, contre Gênes le port longobard qui lui disputait la mer, et surtout à son amitié pour Florence qui lui servait do renfort.Pendant la réaction de Frédéric, elle se posadonc en ville de travers, décidée à garder sa neutralité , son isolement, ses caprices, son humeur. EalJ72, Tarcbevéque Christian, arcbicbancelier de l'empire, voulut l'amener dans la ligue royale, elle résista : il la mit au bande Tempirc, elle s en moqua; n'osant combattre une ville si utile à l'empire^ il leva le ban t. II. . 10

446 uEAcnoH mrâuiu

mais en vain, puis il revint de nouveau sur sa propre dédsion, et la ville poursuivit ses guerres sans issue, enlevant la Toscane aux deux liguesde Milan etdePavie« Mais elks contiDnenl leur irradiation drcolaire^ en eDvahissanllaRomagne disposée aies accepter grâce i l'inimitié consta flic de Ravenneeiàe ForI i contre Faenza et Bologne. A la lia (le la guerre, Ravennr <c place dans le camp de Pavie où elle entraîne sou alliée naturelle Rimini; plus tard, elle y amène Cuène, Forii, ForUmpopoli, malgré des hostilités subalternes. Bologne reste naturellement dans le camp de la ligue lombarde^ où elle s'est jetée toute bouillante de colère et teinte du sailli (lu lieutenant impérial. Faenza, imitant toujours Bologne avec des réserves meurtrières qui de- Taient coûter des milliers de victimes à propos dlmola, hésite d'abord, agitée de convulsions intérieures, puis adhère à la ligue romaine : car il loi faut encore attendre et combattre Ravenne. — L'irradialion de la double ligue achève son cercle dans la marclie de Vérone. Les quatre villes de la marche auraient pu écouter leurs inimitiés^ et se scinder pour se joindre séparémentaux deux ligues, à l'imitation des Romagnols. La capitale de Béranger, Vérone, et peuV être Yicence, auraient pn suivre Pavie, en laissant Tré^ vise et l^adoue dans le camp romani ; mais les quatre villes avaient donné le signal de rinsurrection : elles avaient marché à Tavant-garde; elles se trouvaient en- Gore aux avant-postes, en face du Frioul attardé qui les menaçait, devant le patriarche d'Aquilée, son chef, l'homme de l'empereur, qui se ralliait à la fédération germanique; si elles se détachaient de la ligue lombarde^ et se fracliounaient, où était leur point d'appui? On Ui doue l'impossible : ou s'unit, sauf à renouveler

Page 1