LES CONSULS DANS LES VILLES
Empiétement et proclamation des conauls.— €^ne8 nomme ses
consuls des plaids et de la comnmnp, — of «''pare ses plaids de sa politique. — Les édifices de Pise^— Orvieio, Rimini,— Pesaro, Benevent, Fermo. — îsombre des consuls dans les diverses ▼illes. — Proclamations tumultueuses— k Rome avec le schisme à*Anad«t II,^à Milan sous Tarcbevéque Anselme.^ailleun. Pacte deKavenne avec Forli. — Les consuls dans les abbajes de Mont-Cp.'^sir de Farfa, — deNonantola, — de San-Sepolcro^ — dans les villes rojales. — ^JDate générale de la révolution.
Cette nouvelle époque nous présente deuxmouTe* ments distincts ; dans le premier, les consuls s'avaneent à petit bruit^ avec des précautions infinies^ en supplan» tant peu à peu 1cm demi-dieu spirituel, qu'ils ne voudraient pas faire crier trop iiaut, de cramte de se voir démasqués, compromis, écrasés par les hauts seigneurs de la féodalité impériale et pontificale. Dans le second moment^ il leur est impossible de se déguiser^ car la révolution qui s^achève suppose un combat, une mêlée, une secousse, une victoire des consuls, et, chez révêque, une résignation qui n'est jamais spontanée ni silencieuse. Le premier moment, toujours dissiiuulé, ne laisse aucune trace dans Thistoire, et nous serions sans renseignements positifs, si heureusement il n'y avait une ville nécessairement mobile et criarde, dans rimpossibilité de garder son secret.
Gènes est un superbe ampbithéfttre jeté entre la montagne et la mer, et tel que ses habitants ne peu-
LIS GOHSULS DAm US muM. Il
vent faire un pas sans monter sur des rodiers on
sans flotter sur Feau. Ce sont de? montagnards maritimes , réunissant tous les exlrènics de la misère et de la magniliceuce. Dans leurs ruelles étroites , noires, boueuses, inaccessibles aux voitures, se dressent d'immenses palais, projetant les lignes de leur arcbitecture éblouissante sur des maisons petites et chétives qui les cernent de tous côtés. F^es denxriTÎères y versent leurs marquis, ijui s'y rencontrent pêle-mêle dans 1 1 masse déornenillée des marins. A chaque révolution, la ville flotte de l'aristocratie à la démocratie, comme une goélette à la mâture démesurée, et ses chro* niques ne peuYentdissimuler Tondulation des consuls, sorte de marée tumultueuse qui monte peu à peu jus^ qu'à ensabler le pouvoir de Pévêque. — Leurs premières indications nous montrent^ en 109i), « la compagnie des quatres consuls de (juatre ans, » et ce n'est encore que la vieille réunion des consuls mineurs toujours soumis à révêque. Mais, Tannée suivante, le Ûot monte brusquement, en emportant les quatre consuls qui auraient dû durer quatre ans, et on les voit remplacés par une compagnie plus nombreuse de six consuls, aux fonctions plus bornées de trois ans. £n 1103,1e flot nionle de nomeau pour créer des consuls majeurs ou, du moins^ des consuls |)lus indépendants, [)lus politiques, moins soumis à Tévêque, moins renfermés dans les fonctions de juges de paix ou de juges mineurs. La chronique annonce, en eiTet, pour la première Mb des consuls « des plaids et de la commune,» c'est-à-dire à la fois judiciaires et politiques.
Après quelques oscillations sur le nombre des consuls, on voit en la grande réforme du consulat annuel^ le chroniqueur en est si épris qu'à partir de
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cette époque il compte tes anoées « a coosulatu unius anni^ 9 et son conlinuateiir ne se dispense de répéter chaque année ce refrain qn'en signalant la révolution
pas des mois qui auraient fait honneur à un ciloyeii deSparle. « Il plut, dil-il, à noire sénat, dans Tintérêt t de la république^ de réduire la durée du consulat à « une année, afin que le long pouvoir ne fomealàt pas « riosolence, et que ceux qui* au bout d'un au, de» « vaîent rentrer dans la vie privée demeurassent tou- 9 jours ciloyens. » Deui ans plus tard^ la commune nomntc le gardien des chefs, le secrclairc, le chanciilier, et de noLi\ elles fluctuations sur le nombre des consuls atlestent le travail souterrain du peuple, qui finit par séparer^ en 1130» le pouvoir judiciaire du pou* voir politique* en proclamant « trois consuls de la com- « mune et quatorze des plaids. » Ici la révolution est accomplie dans sa première et silencieuse période. Ainsi, des consuls brusquement détrônés^ d'autres i e\ ètus de la double autorité de juges et de personnages politiques, d'autres encore réduits à l'élection annuelle, enfln un consulat mi- parti de juges et d'iiommes politiques, voilà les progrès dont on surprend les traces dans la chronique exceptionnelle de Gênes, d'ailleurs tout an commerce, à la mer, au va-ei-vient des navires, et tellement oublieuse de son Église qu^elle ne daigne pas noter le moment où l'évèché enlevé a Milan est élevé au rang d archevêché indépendant. Qu'importait à Gènes rindépendance de ses prclres? C'était peut-être un danger pour sa liberté; il était mille fois plus important pour la chronique de noter le nombre des consuls, qui varie de trois à seize d'après la mystérieuse arithmétique du premier mouvement de la ville en dehors du cercle de TEglise.