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CO>'TRF, LA GUERRE MUNICIPALE

8ur Tavenir. Ils se dessinent en caractères de feu sur fous les événements qui s'accomplissent.

Pent-ii rester féodal^ conquérant et papiste? Le pape lui a fait tenir Tétrier comme à un palfrenier; il lui a conlesté le gouvernement de Rome comme à un «empereur en peinture;» il lui enlevé encore la Corse, la Sardaigne, Spoleli^ une partie de la Toscane^ et il accorde au roi de Sicile TinTestiture de toute la basse Italie. Pourquoi donc livrer Arnaldo^ mépriser le sénat, réprimer les Romains, incendier Spoleti? Bientôt les théolo^^iens l'entourent avec leurs intrigues en spirale et le tordent jusqu'à lui faire rendre l'âme de Tempire. Le pape fait peindre l^empereur Velfe Lolbaire ni dans l'attitude de recevoir la couronne en vassal de TÉgiise, en iJ57 il fait entendre a Frédéric qu*il lui doit le grand bénéfice de l'empire. L'empereur s'indigne, ses fidèles s*em portent; mais de qui tenez-vous donc rempire, leur demande le légat en pleine diète, si ce n'est pas du pontife? Le comte palatin dégaine l'épée pour tuer le prélat^ mais l'Église' unitaire, trop supérieure à Tépée du César féodal, ne saurait être vaincue que par Tintelligence d'un César citoyen.

A la mort d 'Adrien IV, en 1159, le sénat de Home, ne pou\aiil convaincre Frédéric, Tenlraiiie de vive force, en proclamant Tantipape Victor III, tandis que l'Église proclame Alexandre Ili ennemi personnel de Tem* pereur. Entre un ami et un ennemi, Frédéric n'est plus libredu choix et il devient l'homme du schisme, l'appui desRomains qui l'adoptent, et le soutien d'un antipape repoussé partons les rois, le chef d'une révolution contre le monde catholique, Phomme de l'hérésie à'Àmaido; et nommé patricien, il réalise à la lettre

I5B «fàcnoir imt^rialb

cette parole que le sénat lui adressait à sa première descente : « Tu étais arrivé en étranger^ Je le fais < citoyen. »

Le pape, chassé de Rome^ jeté dans le camp de tous les ennemis de l'empereur, se irouTe, lui aussi, sub*

jugué, dompté par la révolution, condamné a devenir citoyen en Lombardie, à bénir cette liberté (jiril vouait à l'exécration du monde dans sa propre capitale, à Taider de ses anathèmes pour excommunier le vieil em*' pire épiscopal^ et de son nom pour consacrer cette Alexandrie, improvisée dans l'élan de la guerre consu* laire. On Ta célébré, en généralisant les rares .u elamations que la Lombardie donnait à Tennemi de Frédéric: autant vaudrait généraliser les quelques acclamations des Romains à Frédéric, qu'on pourrait^ au même titre, présenter comme le libérateur de la péninsule. Lltalie se délivrait d'elle-même, d'après la stratégie de ses propres révolution s, toujours avec des alliances en sens inverse des deux dominations; et tandis ique la Lombardie imposait ses idées à l'empereur par le pape^ les Romains imposaient leurs idées au pape par l'empereur. C'est ainsi que Frédéric se trouvait converti à cette révolution qull avait voulu réprimer. Alexandre VI ne rentrait à Rome qu'en H78, deux ans avant sa n^orl, à la coiuliliun de respecter le sénat. Lucius 111 en est cbassé parce qu'il ne le respecte pas; Urbain 111 n'ose se rendre à Home; Grégoire VllI ne règne que cinquante - sept jours et en exil; les papes, depuis cent quarante ans^ n^étaient plus Ro« mains. Pour ne parler que des derniers, Lucius III éteil de Lncques ; Urbain 111, de Milan; Grégoire VIII, de Bénévenl. Enlin la lutte cesse en 1 187 avec Clément lil, citoyen de Rome, qui reconnaît le sénat, lui transmet

COMHE LA GLEKRE MUNICITAtl. 459

868 propre8 fonctions a per mantum » et légitime la lévolotiOQ par un traité solennel avec les Romains ^ Quand le nouvel empereur Henry VI arrivait à Rome pour demander le couronnement, il trouvait dans la

ville éternelle deux pouvoirs celui du sénat distinct de celui du pape ; il négociait s-éparément le couronnement avec les deux pouvoirs, et il renouvelait distinctement le pacte de Charlemagne avec les Romains et avec l'Église, en Jurant trois fois aux premiers que leurs franchises seraient respectées et en leur promettant de plus le droit de la guerre, et sa dernière conséquence, la destruction de Tosco lo qui menait toutes les insurrections fédérales de la campagne.

Dans la bas^ Italie^ nous trouvons d'autres vicissitudes, et le même mouvement révulsif qui tourne à

sou prutit la réai lion impériale.

Dès sa première descente, Frédéric Barberousse voulait secourir la fédération normande contre le roi de Palerme, peut-être en souvenir de Charlemagne en marche contre AdelgisCt et peu s^en fallut que le maladroit ne se jetât sur la basse Italie, en favorisant tous les amis du pape son ennemi. Mais si son impuissance le retint dans le rayon de Home, l'intluence de la réaction passa le Garigliano, comme un miasme pestilentiel qui bouleversait le royaume.

Les barons de laPouille, la Terre de Labour, Gapoue, à la suite de son prince, les comtes de Rupecanina de Fondi, de Bissavilia, la Terre de Bari, tout le passé du Midi se dressait contre Palerme, cl Fem[)ereur d Or ient entrait dans la ligue des villes poutiiicaies et fédérales,

* F.Miiratori,iéii<t9uatost(ait««,vol.Ul, p.7â5.

HÉACTiON IMPKlilALS

comme sMl devait envoyer de nouveaux catapang aux gouvernements des Deux-Stcîles. Efforts inutiles! Fa-

lerme t'rap|)e tic ses fureurs unitaires toutes les villes attardées; les atrocités de la guerre du Nord se reproduisent dans le Midi , et Guillaume le Méchant écrase l'émeute fédérale^ en accablant les villes des doges et des ducs^ méchant tout exprès pour que la démocratie unitaire de Palerme étoufîe la féodalité en délire entre le pape, reniiH reur et Byzance. Les Byzantins sont battus à Hrindes; Bari est réduite eu un monceau de ruines, la Terre de Labour est domptée^ les barons de la Fouille, le prince de Gapoue, tous les rebelles sont transportés à Palerme, emprisonnés^ aveu* glés ; on n'épargne pas même les femmes : le salut do Palerme est la loi suprême du Midi, et cq H56 le pape Adrien est contraint à la paix et aux plus amples concessions sur Capoue, la Pouille, Melti, Naples, Salerne. Deux ans plus tard, vaincu sur mer par la flotte sicilienne, Tempereur de Byzance signe une trêve de trente ans qui déguise mal sa défaite étemelle. Et Guil* launic ligue eu vrai cbet'de la démocratie consulaire; tout chez lui révèle le ctief du peu[>le, le héros des multitudes; guerrier implacable, il passe soudain de Tindolence insouciante à Taction furieuse du tigre qui déchire sa proie. Personne ne peut le voir, aucun grand ne pénétre dans son palais. Son ministre est Majone, citoyen de Bari, (jui continue la trailition de Mcllo contre raristocratie byzantine, lougobaide et normande ; Majone a pour ami l'archevêque de Palerme, le chef spirituel, la pensée de la capitale qui s'étend. Quelles sont les terres fidèles au moment de la guerre? Troja, bâtie par les Grecs, en haine de Bénévent décrépite, Sorrenie, Amalfi, Napks,

CONTRE hK UUEIUIE HlMCiPALË. 161

oomhlées de privilèges et vieilles ennemies de Gapoue : quant à la 5tct7e, elle reste inébranlable comme le grand municipe du Midi qui protège en

terre ferme toutes les multitudes menacées par la réaction féodale et par Tinvasion du pape et de Tempereur.

Mais Palerme» dans une lie, est trop frêle pour que le continent exposé au pape et à Tem pereur et chargé de souvenirs grecs etlongobards demeure fidèle ou du

moins immobile. Sa royauté no repose ni sur le roc, ni sur la plaine, ni sur les grands iieuves de circulation qui assistent les capitales des royaumes de TEurope; la mer l'oblige à jeter, à lever s^ns cesse ses ancres^ et si elle ne s'enlace pas savamment avec le pape ou Fempereur en cherchant un suzerain qui soit citoyen, elle lie saurait ni abriter, ni appuyer son chef. Ses victoires artificielles n'attestent que la supériorité de ses idées, et sou roi, invisible et solitaire, reste toujours exposé aux miasmes de la réaction impériale. Quand Frédéric se dispose à dévaster Milan^ les barons s'agitent de nouveau ; impuissants à renverser le roi, ils attaquent le ministre, l'accusent d'être Tamant de la reine, d'enlever le roi a la patrie, de vouloir usurper la couronne ; Taccusation est si véhémente que iactironique y croit, et vraie ou fausse elle est Tarme indispensable pour briser le bras de fer qui contient le Midi. Les comtes de Gonza, deFondi^ d'Acerra, de Gravina, Melfi l'ancien centre fédéral où les Normands avaient déposé leurs biens et leurs femmes, Salerue, la plus ancienne amie de la téderatiou normande se révoltent; chargé de réprimer Tinsurreclion, Bonello se joint à elle et est proclamé libérateur de la patrie et du roi contre le ministre de la démocratie; à Palerme même, Tarchevêque, jadis ami

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deMujone, s'entend secrètement avec le prétendu libérateur. Ici on assiste a une tragédie sombre, violente, plus dissimulée que Timposture du Tibre, plus cruelle que les représailles de Lombardie, ondiraitquela perfidie condense et raffine à Palerme toutes les horreurs de la guerre italienne. L'archevêque qui conspire montre son visage amicalet souriant au ministre qu'il veut endormir dans une fausse sécurité; le ministre dont le regard plonge à travers tous les méandres du royaume,affected'ignorerla trahison de l'archevêque, et avec les dehors de l'amitié la plus tendre il lui verse du poison, puis il le visite à son lit de mort pour lui verser encore du poison. Le prélat agonisant lui serre la main pour l'entraîner dans le tombeau et il prolonge à dessein l'entrevue pour faire dire à Bonello de ne pas perdre un instant, que Migone va sortir du palais et qu'il pourra le tuer dans la rue. Bonello accourt et transperce son adversaire; la capitale tomlje a la nieici des insurgés, le roi captif dans son palais entend qu'on parle de lui substituer son tils Roger encore mineur, il croit que tout est perdu et dans un accès de rage il tue d'un coup de pied ce fils qu'on lui oppose.

Ce fut le peuple de Palerme qui délivra en même temps le roi, le royaume, et la démocratie du Midi. Quand il vit les insurgés maîtres de la ville, s'emparer en bandits du trésor, il comprit que c'étaient des insen«sés de la vieille fédération, des imposteurs qui se di^ saient les vrais amis du roi pour mieux le trahir, Sou«dain, il se jetta sur eux; Bonello fut pris, aveuglé, tôt turé, scié aux jarrets, jeté dans un souterrain ou il mourut de spasme; les iiarons furent dispersés, la Fouille fut subjuguée Jusqu'à Otrante ; tout céda à la terreur de la démocratie unitaire devenue méchante

OONTIIB LA WmM MUITICtPALB. 163

comme Guillaume et si terrible qu elle épouvantait les historiens eux-mêmes gagnés àla cause de la Sicile^ mais atterrés devant ce catapan couronné, parricide, couvert du sang de ses sujets, et aécessalre comme le bourreau au bonheur du Midi.

Le nouveau ministre Matthieu Notaire, est un amî de Majone qu'il continue : mais après les deux grandes proscri(>lions de Guillaume le Méchant , le nouveau roi qui arrive en il66, peut être appelé Guillaume le Bon> parce qu'il est assez heureux pour arriver au dénouement du grand drame.

Au lieu d'étoutTer la réaction dans le sang des barous ou par la terreur d'un despotisme artificiel et solitaire, il la déjoue en se ralliant a l'empereur qu'il voit tourné contre le pape^ le véritable ennemi de Palerme. Il fait voir au barbare de TAUemagne que l'ennemi du pontife doit élre Tennemi des barons, tous ralliés à l'Eglise, que Tami du sénat de Rome doit fraterniser avec le consul de Palcrnie son allié naturel, que les schismes de la révolution romaine servent désormais de drapeau à la liberté, palermitaine^ depuis Anaclet fils de Pierre Leone et frère de Giordano^ prédécesseur de Frédéric dans le patriciai de Rome^ et en arrivant à la conclusion dernière, d'après le conseil du nouvel archevêque de Palerme Walter Ophamille, il donne en 1484 sa fille Constance^ l'unique héritière du royaume, au tils Frédéric Barberousse , Henri Vi ainsi destiné a réunir dans sa personne le double titre d'empereur des Romains et de roi des Deux^Sidles. A Rame et à PàUrmê rempereur est gagné à la cause de la révolu* lion, ranUque César icgciiéit'^ accepte le rôle du tribun sur toute l'étendue de la donation contre l'insolente mauvaise foi des pontifes^ et même la Lombardie^

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Milan eUe-mème, applaudissent par contre«>coup à la

transfif^uralion de Frédéric.

Étrange spectacle ! L'empereur qui avait voulu emprisonner ritalie dans la légalité épiscopale de l'Allemagne^ ce Teuton qui avait rêvé une conquête quasi* royale et Tavait poursuivie par tous les moyens, ce chef exécré de toutes les villes romaines, depuis Milan jusqu'à Ancôue, Frédéric, après une lutte de Irente-deux ans, descendait encore une fois en Italie pour régner d'après le pacle renouvelé de Constance, et cet homme qui avait rasé Milan» Suse, Terni, Spoleti, Trecate^ Gai- Haie, Numma, Tortone, Crème, se trouvait accueilli, fêté, respecté de toutes ces villes et suivi par tous les Lombards! Il répondait à la pensée de l'Italie ; on Pavait civilisé et naturalisé^ et il ne f^ardait de l'Allemagne que l'antique loyauté qui lui faisait acce[)ter le traité de Constance. 11 rendait à Milan les juridictions dont il l'avait S|»oliée> lui sacrifiait Monza, lui rendait Crema qui relevait sur-le-champ ses tours et ses remparts; il lui permettait d'étaler pour la première fois ses « consularia » annuelles à rimitation de Gènes; et, de son côté, Milan s'engageait à l'assister dans sa guerre contre l'Eglise pour reprendre les ûefs de la comtesse Mathilde. £n Toscane, il s'attachait Sienne par des privilèges; en Piémont, Alexandrie avait déjà renié le nom du pape pour s'appeler Ctsaree. Toutes les villes royales tressaillaient de joie et tendaient momentanément la mam aux villes romaines, étonnées ellesmêmes de cette trêve ctievaleresque, improvisée par les vicissitudes d'uiie idée. Dans la contradiction entre l'idée et la personne, entre le présent et le passé, entre le bien et le mal, il y avait une sorte d'attendrissement indéûaissdblc^ une secousse luorale qui laisse Uoltei*

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COHTRB LA GUBRHB MimiaPALE. |6i(

entre llronie et la vérité ce mot de Dante : « il huon Federico. » Son fils Henry V!, après avoir épousé Cori-Lnice, héritière des I)enx-Siciies, se rendait en Roinagne où il organisait le parli impérial contre le pape ; il affermissait son alliance avec le sénat de Rome ; à son couronnement^ il redoublait le pacte de Charte^ magne par un pacte avec les Romains^ réalisant ces premiers mois qu'ils avaient adressés à Frédéric : « Tu « es venu en étranger, nous te nommons prince, et tu a respecteras nos lois; » il était le premier empereur qui régnât, abstraction faite de l'Église. Le pape frémissant voyait avec terreur cet empire transformé, naturalisé et incendiaire à Rome et dans la basse Italie, se glissant à travers les villes; il comprit que toute réaction ponlilicale serait désormais vaincue dans le Midi et qu*il serait réduit à l'extrémité désespérée d'imiter Tempereur en attisant dans le Nord l'incendie des révolutions lombardes. •

Que de scènes variées! que d'épisodes poétiques et contradictoires, dans ce drame immense de la guerre contre la guerre ! Pas un seul coin du sol it ilien où Frédéric n'ait laissé l'empreinte de son talou de ïvi\ et d'où la liberté n'ait jailli comme une végétation impertinente pour marquer une date nouvelle dans l'histoire. Ainsi la Sardaigne répète Thistoire de la Lombardie, avec la trace du royaume plus saillante à Ort<lam et la trace romaine à Cagliari^ Torres et Gallnre, fédérées sous le patronage romain des l-is;in^^. A 1 arrivée de Frédéric Barberousse, Barison accablé par les fédérés, expulsé, en exil avec les Génois, était sans espoir de relever la capitale militaire de la Sardaigne; mais quand il voit,enii63^ Milan rasée et Povie victorieuse ; il sent que son beure est arrivée, et il

166 REACTION IMFEUIALB

obtient de Temperenr le titre de roi que les chefs d'Oristani ayaient perd» depuis la chute des musulmans et

la domination épiscopale des Pisans. Pavie lui donne se» troupes; Géneii lui prête son argent longobard : voilà le combat qui recommence « plus acharné que jamais, entre Oristani, désormais ouvertement unitaire et royale et Gagliari, Terres, Gallure, les Pisans qui luttent pour défendre la liberté fédérale. Vaincu en Sardaigne, Barison tombe à la nierci des Génois qui lui réclament leur argent et le jettent dans la prison pour dettes; mais en 1164 l'empereur maintient la réaction d'Ortstom^ en nommant roi de Sardaigne le duc de la Bavière unitaire. L'année sm* vante» faute de forces, d'argent ou de concours , il vend 111e aux Pisans, au prix de 1,300 marcs d argeut : cette vente eût été le trioni|)he des ;\illes romaines, la paix de la Sardaigne, la prépondérance définitive de Pise, une véritable violation de la loi générale de la guerre, mais alors Gênes déchaîne rex-roi insolvable, le Jette de nouveau contre ses éternels ennemis et les guerres sardes durent autant que celles de Pise et de Gênes,

Ailleurs, dans la fougue du combat, Frédéric arrive jusqu'à se liguer avec les évêques qu'il évoque du tombeau des cathédrales où ils étaient ensevelis avec les ordalies. 11 brûle Ast^ à la prière de Tévêque qui en demandait le troisième incendieà la diète de Roncaille, et Ast ressuscitait pour la troisième fois de ses cendres, en haine de ses prêtres et en alliée de Frédéric liarberousse converti.— L'évêqued'Ancône, gagné à l'empire, lit aux citoyens assiégés par les troupes impériales une fausse lettre où la comtesse de Bertinore déclare quil lui est impossible d'apporter son secours. Les citoyens continuent leur combat iieroique, la comtesse arrive, et

CONTRE LA GUERRE MUNiaPALE. ^07

Ancône reste en république. —L'an même de la paix de Constance^ le peupledeFaenza s'insurge contrerévéque, « poussé, dit la chronique, par un esprit diabolique, »

par l'esprit des consuls, et il brise les portes de la cathédrale, en emportant le vin et le grain du clergé. Le jour de TAscension, l'évêque, qui attend ses ouailles dans l'église, croit les accabler en lançant une excommunication plénière sur la ville : mais l'insurrection éclate, et pendant huit jours les prêtres sont assailliset traqués dans les rues. — EnilOB, Foili dtilend sf s consuls en massacrant le capitaine de l'Église et les iionpcs pontificales. Plus tard^ le neveu du pape Inuocent III est apris nuitamment et pendu avec d'autres.» En 1197, Aqui, endormie depuis des siècles dans le sommeil des évêques, voit ses consuls qui demandent la réforme de la taxe sur le bétail.

Au reste, toutes ces scènes se développent les unes en sens inverse des autres; si une ville pleure, l'autre se réjouit; si un village tombe, Tautre.se relève, et lorsque Frédéric joue le rôle d'empereur des prêtres» on voit des peuples qui le bénissent, heureux d'accomplir avec lui une révolution manquée faute d'air, d'es* pace, de routes, de vitalité naturelle.

Ainsi quand il brûle les villes de la haute Italie, San- Sepulcro lui dresse des arcs de triomphe; quand il brûle les villes du centre les ovations redoublent : les consuls et Tabbé étaient rassurés contre les centres voisins.

Acrobbio se traînait en retard à la suite de ses évêques, tous canonisés; Frédéric passe en conlirmant la ville à révêque saint Ubald qui en fortifie les murs, apaise une sédition et résiste à un siège posé par douze peuples en progrès.

MACnOlf IMP^MALK

TreiUo commence, en ii53, sa révolution épiscopale, sous les auspices de l'empereur contre le comte du Tyroi, mouvement qui se traduit par une guerre continaée dans des phases ultérieures. — Presque en même temps le peuple dlldine s'étend en déreloppant de nouYeau sa hiérarchie des quatre familles à moitié civiques, à moitié féodales.

Le patriarche du Fnoul épiscopal est nommé grand chancelier de Tempire, et à l'époque de la destruction de Milan il croit le jour arrivé de reprendre ses anciennes Juridictions de la Vénitie maritime perdues depuis rinyasion des Longohards : malheureusement pour luij la guerre municipale n'a pas d'issue , et il tombe, avec ses douze chatiomes, entre les mains des Vénitiens qui^ depuis, fêtent tous les ans leur victoire en conduisant en procession un taureau et douze cochons, en commémoration des ecclénastiques vaincus en 1162.

Le Piémont savoisien accueille Frédéric avec des transports de joie. Le comte Humbert III, bomme dévôt et féodal, s'empresse de le seconder contre cette perturbation des consuls qu'il abhorre du fond de son cœur, et il fait tout son possible pour obtenir une immense rétrogradation dans Tltalie tout entière. Bientôt l'empereur devient à moitié consulaire dans les États de TÉglise , et le digne comte fait alors un tel bond en arrière que Frédéric fond sur lui en chef épiscopal, proportionné aux idées du pays où tout à coup sa réaction devient une révolution incandescente. Ces évèques, de Turin, de Tarantaise, de Genève^ de Bellay, de Maurienne si opprimés par la maison de Savoie, sont ravis de se voir protégés, déclarés princes de l'eropire, immédiatisés^ traasibrmés en chefs de repu-

CONTRE LA 6U8R1IB MimiCIPALR. i69

bliques inde[)en(lanles. La petite monarchie est bouleversée de iond en comble, au nom de Dieu et du peuple, et au grand dépit du comte qui ne sait plus à quel saiot se vouer. La légende le montre dans un accès de dévotion, retiré chez les moines de Haute-Cîombe, où il en appelle de ses évêques à Dieu, sur la pureté de ses intentions, mille fois plus absurdes que celles de Teraperenr. Kn efîet^ les grands vont le chercher, menaçant de mettre le feu au couvent, si les moines ne leur rendent pas le comte qui marche enfin avec eux contre Févéque de Turin. Ici encore il joue de malheur 1 l'évêquc, secouru par Salluce et le Monferrat, lui brûle ses bicoques de Suse et Quiers où il jouait à la démagogie, en haiue de Turin ; le bon homme tombe dans un nouvel accès de dévotion^ encore au milieu de ses moines, sauf à saisir l'occasion de la déroute de Frédéric pour fondre sur Turin et dévaster révéché, en vengeur de la féodalité outragée. Remis ainsi dans son assiette j il entre dans la Ijgno impériale où il trouve sa place naturelle à côté du Mon ferrât qui l'avait vaincu, et de Pavie qui lui servait de guide.

Plus tard, quand les consuls triomphent partout, la maison de Savoie est jetée dans la révolution consulaire par la nécessité de refaire son Etat disloqué. Le comte Thomas devient lui-même consul, et, à la tête de ces peuples qui repoussaient Humbert, il supplante les évêques de Bugey, de Lusanne, du Valais; il ôte Villars et Gailion aux seigneurs de Pontverre; Chambéry à Berlion; Barga à Torphelin de Saluée; il appuie Albenga, Savone et une partie de la Rivière qui s'insurge corisulai rement contre Gênes, et en même temps il devient à Turin plus révolutionnaire que la révolution des évéques> chassant en 1191 révêque, et lui enlevant

RKACTtON nrPFRIALF

Testone doDl il fait une république^ d'accord avec le peuple de Turin. Au reste^ après la paii de Constance, quand on vit toute réaction surmontée» et que tout le

monde pouvait jouer aux consuls et se battre sans autre danger que celui de la guerre, partout les villes, les villages, les populations féodales^ les régions les plus impuissantes et misérables dégainèrent leurs sabres rouiilés f détachèrent leurs boucliers noircis par le temps, et se jetèrent dans la mêlée générale, en ajoutant une loule d'épisodes buiiesiiues aux tragédies de la guerre italienne.

Telle fut la première renaissance proiane^ le premier Jour où l'Italie commença à vivre de sa vie moderne, le moment premier où elle acquit une vague conscience de son propre territoire^ des fleuves, des montagnes, des obstacles ou des facilités générales qui séparaient ou qui rapprochaient ses habitants, des antipathies ou des sympathies lointaines qui faisaient écho à chaque mouvement isolé» en promettant et en niant en même temps l'apparition d'un milieu harmonique et national à toutes ces villes auparavant, solitaires. Milan put penser à Bologne, Udine dut songer à Gênes; Ancône dut s'informer d*Ast, de Chieri, de Suse; tous les esprits encore enveloppés dans les solidarités municipales, mais errantes» en dehors des alvéoles des évêchés» s'interrogeuent , échangeaient leurs idées, se renvoyaient leurs impressions joyeuses ou sinistres, guerrières ou pacifiques, et se demandaient mutuelli'iiient compte du soi des \oisins, du pape, de l'empereur, de la fédération ponlilicale et impériale» dans Tanxiété de se reconnaître» de s'orienter» de résoudre ce problème imprévu» et pourtant si naturel» qui se présentait à eux, <k disce qua parte locatus es. »

CONTRE LA GUERAK MimiCÎPALB. 171

Cette agitation morale et ces contrastes se révèlent dans les nombreux chroniqueurs qui assistent aux descentes de Frédéric^ — Othon de Frisingue nous montre Hta-

lie, viie du haut de sa loi cternelie, qui est celle de l'Église et de l'empire, et conçue dans sa phnse toute fédérale et épiscopale^ d'après la révolution an té* rieure acceptée par le pape, par l'empereur et par l^urope tout entière. Aulique» dur, doué d^une impassibilité antique; étranger au progrès, au ciel, à Tanimation, aux passions, aux iureuis, aux merveilles de 1 1 lalie, seul ce|>endant il donne tous les points de repère, car seul il est l'oracle du droit ancien, et personne de son temps ne peut encore dire quel est le nouveau droit qui mettra un terme aux guerres de Lombardie et aux émeutes des Romains. — Raoul, bouillant, colère, ignorant, représente Milan ouvertement insurgée contre toutes les idées d OLbon de Frisingue, qu'elle ne peut ni connaître ni discuter, mais qu'elle veut combattre et nier à tout prix. Il explique la guerre à outrance^ les vengeances, l'irradiation exubérante des villes fo> maines qui étouffent dans les confins rétrécis par les rois et conservés par les empereurs. Ces pages rustiques et violenles nous font comprendre ces peuples tout d'une pièce, unanime^ dans chaque mouvement, héroïques et irréfléchis dans les premiers actes de leur vitalité, incapables de douter d'eux-mêmes, et immortels dans leur personnalité munici[)ale ({ui défie les déroutes, la ruine des villes incendiées, les exils sur les terres fcodales, et sait reconiiuérir ses postes, renversant, au son de ses trompettes, la réaction impériale qui se croyait sur une base d'airain, et n'était fondée que sur les imaginations les plus grossières de l'Italie. — Mais les Tilles royales marchent au rebours des villes ro-

172 REACTION IMPBRIAIB

maines, et Toilà Othm Morena, le citoyen de Lodi^ voilà son Ûls qui le continue, et c'est ici le i cvers de la médaille : Lodi gémit de la prospérité de Milan ; on la voit pâle, désolée, disloquée sous les commissaires (le la ville conquérante, n'osant pas faire des yœax pour sarésurrectionyblàmaniy évitant lespremiers qui rédament auprès de l'empereur à Constance , amorçant d'oublier elle-même une i ndépcodauce dont le sou^ enir seul pourrait provoipier son extermination delinitive. Mais quand Milan tremble, quand son peuple gémit, quand Raoul pâlit, alors Lodi se lève, vit, s'anime, combat; elle ne peut en croire ses yeux Temperenr arrive , c'est le jour du jugement universel , Lodi ressuscitée ne peut plus mourir, et tout ce qui pourra lui arriver de pire sera d être l'allu 'e de Milan a d honorables conditions. — Sicard de Crémone achève la pensée de Morena sur un ton plus aulique , et on voit « Frédéric, vaillant, magnanime, affable, iilétré, « mais expérimenté et moral; » la paix qu'il signe à Constance n'est pas une défaite, mais un succès a par « le(}uel Fempereur, violoneux, laisse l'Italie reconcia liée avec elle-même et avec roinpire. » — Ce sont les mêmes idées chez Gothfroy deViterbe et étiez les autres écrivains du parti impérial qu'on doit écouter, sons peine de n'avoir que Punique témoignage des écrivains, également exaltés dans le sens opposé de la ligne lombarde, pour lestjuels le passé est tellement dépourvu de raison d'être qu'ils hiii^senl par paraître eux-mêmes des ombres folles en combattant ce qui n'a pas d'existence réelle. C'est ce faux mirage de soldats, aux prises avec ce néant Juridique de l'empire, qui nous a légué Tabsurde théorie de l'indépendance italienne, mal comprise dans le présent, parce qu'elle a toujours

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été un contre-sens dans le passé, et très* vaniteuse de yictoires imaginaires, dont aucune n'aiïoutit ; de sorte

qu'après mille exploils, ou se trouve toujours, avecle pape et l'empereur^ au point de départ.

Le pacte de Gharlemagne et de l'Église^ ce contrat qui n'est écrit nulle part , et qui accueille une à une dans ses invisibles parchemins, les révolutions italiennes, se trouve modifié dans toutes ses conditions les plus solennelles, par it s nouvelles formules (jui proclament le droit de la guerre. Désormais le pape et l'empereur se combattent en consuls d'une guerre que Grégoire Vlln'aurait pas entreprise^ et qu'Henry IV n^au-* raît pas acceptée : c'est à peine s'ils se souviennent des dififérends religieux de l'ère épiscopale , réduits à des prétextes, à des éclats, à de futiles récriiniuationsj qui s'évanouissent d'elles-mêmes. Frédéric refuse de tenir rétrier au pape qui lui refuse le baiser fraternel, et l'aifaire s'arrange sur-le-champ; plus tard, l'empereur s'alarme du mot a beneficium^ b appliqué à l'empire, et le pape Adrien répond : « Je vous ai couronné, est-ce bien fait? ccbene faclum?» « C'est ainsi que j'ai voulu parler du « beneficium » de l'empire.» Une autre fois, il s'agit de quelques régalies^ puis du pape qui repousse un comte de Biandrate, proposé par l'empereur à l'archevêché de Mavenne; et tandis que les dissidences ecclésiastiques sont à peu près insignitiasites , et deja décidées ;i l'avance par la paix des investitures, la guerre est très-violente, au point de vue consulaire, parce que les deux chefs se disputent une domination politique. L'empereur continue les premières récriminations de Lothaire 111 et il réclame le gouvernement de Rome, la Sardaigne, laCorse,

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le Midi, les alleux de la comlesse Matliilde et la couronne des Deux-Siciles. Le pape résiste, en prolecteur ^ de la ligue lombarde, en chef des barons du Midi, en ami des velfes de Bavière qui propagent son influence en Allemagne contre la liberté fédérale de remperenr. Toute rilalie et l' Allemagne sont ainsi mises eu doute par une lutte acharnée couiuie les 174 inimitiés italiennes qui la nourrissent et rins[>irent^et la formule de cette lutte, considérée dans sa signification la plus éle* Yée, surpasse en grandeur toutes les formules de l'ère antérieure. Quelle que soit la pensée du pape , qui veut cuntinuer Grégoire VII, et se dire le suzerain de l'univers^ au nom de Jésus-Christ; quelle que soit Tiniention de Frédéric^ qui est en Allemagne le héros de l'Église fédérale et l'empereur des jurisconsultes contre les théologiens de l'Église unitaire^ leur hostilité réaiproque^ leur contradiction^ devenue géographique et territoriale, comme une guerre « per ragion di conftni, » détruit toute unité régnante, toute hiérarchie féodale, toute suzeraineté antique, pour livrer les gouvernements de l'Europe à des pouvoûrs réels, vivants, popu* laires, sans qu'aucun chef puisse arrêter Fesser des nations, soit au nom de la conquête roniaiQe de César 5 soit au nom de la coïKjuète religieuse du Christ. Plus de tables Juridiques, plus de fables religieuses, plus de rêves barbares ou antiques qui se mêlent à la réalité moderne, si ce n'est en souvenirs va* gues, confus, contradictoires pour donner le temps à la lumière de passer des villes aux villages, des vi liages aux masures, des masures aux châteaux, et jusque dans les replis des rochers. Ainsi, en Lombardie, la domination impériale est détruite, et la suzeraineté devient purement honoriûquei A PaknM^ la domination

COirCRK LA GUIRRE MUlHCiPALB. 175

pontilicale ne subsiste plus qu'à l'étal de cérémonie symbolique, et cette double destruction accomplie par les forces de la terre^ par les idées des consuls^ par le progrès de la guerre municipale, par le droit acquis de se gouverner au dedans et au dehors, se répète toute seule, dans Tanomalie ironicjue qui fait de l'empereur le vassal dn pape, dans le Midi, tandis que le pape est vassal de l'empereur à Rome, en sorte qu'ils sont maîtres et serviteurs Tun de Tautre, et en définitive pris au piège de la révolution et livrés à la dérision générale, comme Mars et Vénus dans les filets de Vulcain devant les dieux de l'Olympe

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