CHAPITRE Vm
Ik UVOUTIOI Mt CMSOlt D«K TWTI l'EUMTE.
L'influence italienne reconnue par les Romains et acceptée par les diverses nations de l'Europe. — Les empereurs consulaires derAllemAgue.— Les chefs consulaires des États de la i'édértiion germanique.-^ La Fniioe foircée de ae développer par l'unité, par le despotisme et par ses guerres unitaires contre les hérésies du midi.— Les lorda devenus consuls de TAnc^»terre grAce à la fondation du Parlement.— L'Écosse.^Les Espagnes. — Lo Portugal sous interdit. — Les États Scandinaves,— les Etats slaves. — Déclin des croisés en Orient. — L'Église imite au rebours la révolution générale avec les cardinaux, les conciles et les ordres nouveaux des franciscains et des dominicain8,>»et elle remplace la croisade par l'inquisition»— et l'indiscipline des Français et des capucins par la scolastique de saint Thomas et de saint Bonaventure.
Aucune nation de l'Europe ne songe à ce qui se passe en Itatie; le Tacanne des consuls de Lombardie, des barons du Midi , des émeules de Rome ne réveille
aucun écho dans les clii ouiques de France ou d'Allemagne : quelques écrivains , forcés d'en parler , montrent le dédain le plus profond pour ces éYénéments qu'ils sont incapables de comprendre. Que pense saint Bernard^ en voyant les Romains marcher à la conquête des consuls? « Les Romains^ dit-il , sont des hommes «dénaturés, intraitables, impies devant Dieu, témé- « raires avec les t^aiiils, envieux des voisins, sans ami- «tié pour personne^ détestés de tous, ingrats^ impu- « dents, efifrontés, vantards , vils adulateurs, détrac-
LA BévOUmOM DBS GORSULS DANS TOUTD L*BimOPI. 177
cr teurs acharnés et lrès-sa\ants dans Tari de trahir^ » Que dit Radevicus des Milanais? Qu'ils changent d'idée à chaque instant, se nourrissant de schismes^ se jouant des luttes de TÉglise et de Tenipire» et il j^oute que les villes lombardes s'acharnent les unes contre les autres avec une cruauté qui surpasse celle des barbares*. ISous avons cité l'évêque très-modéré, Olhon de Frisingue : l'insurrection et la guerre lui semblent des sacrilèges^ et s'il reconnaît la puissance des municipes> il ne peut s'empêcher de sourire^ en voyant qu^iJs parlent sans cesse de liberté et qu'ils violent sans cesse leurs lois*. Devant les anciens pouvoirs, le progrès se confond toujours avec raiiarcliic , le pillage et i incendie; mais quand le pacte de Gharlemagne se transforme, quand Tidée des consuls modifie les formules féodales de l'Église et de Tempire, quand tout le monde peut ylire que les gouvernements sont enlevés aux suzerains du moyen âge et transmis ànies pouvoirs directs, vi vaats et ^>opiilaii es, désormais libres de faire la guerre et la paix^ sans tenir compte de la vieille hiérarchie et
' Qaod um Dotum saeeufis quam proierria RomftnoraiD, inraett pâlit tamnltoi assueta, gens imnritis et inU'aetabilis, subdi nescia nt corn non nlet lesitterD? — iDerednli el subvenons svnt lecom RomaDi, impti îd Deom, temerarii io sancta vel saoclos» sedtUosi ÎDTteero, aernuli in vicînes» inhumani in extraneos, quos neniinem amantes amai nemo, superloribus infidèles, inferioribns iinplacabiles, ioTerecuDdi ad peteadnnn, ad negaDdum frontosi , ingraii cum acceperim, grandia loquuniurcainoperantur exigus, blsndis» si mi adiilalores, mordaeisatini detraciotea el doclississi prodicores* (St Bernard.)
Tanta iu se invicem cradelitale saevioDl» quaoU oec in barbaria decerel. (Radevicus.)
' Cum legibus se tivere glorieDUir, legibus non obseqynDior* (Oiaon.)
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sans respect pour aucun des hauts sdgneurs des temps othoniens ou carloTingiens^ alors la révolntion passe
les Alpes, et se pi op:i^e dans tous les Etats, par la force même de ce pape et de cet empereur qui avaient voulu la dompter.
A ses derniers moments^ Frédéric Barberautse est déjà presque lecoosul de rÂllemagne^dontil développe en même temps Tantique liberté et le fractionnement
fédéral, ces deux forces indivisibles de la constitution germanique. Quand il brisel'unitc de la Bavière catholique^ on voit surgir le Holstein^ le Mecklembourg, la Poméranie^ le Tyrol, la Styrie, Ratisbonne^ Lubeck» BOUTeaux états indépendants, nouyelles créations consulaires, nouvelles imitations du mouvement italien. Magdebourg, HildesheiiU; Munster, Brèaie, Goiogue, May ence, s'étendent et gagnent leurs confins naturels: la diète, deux fois plus nombreuse, représente des peuples inconnus aux diètes antérieures. Sous le Toîle léger de la croisade, on voit encore un bomme libre dans le nouTel empereur, Henry F/, et à sa niort ce voile qui tombe laisse apparaître des empereurs qui se succèdent et s'alleruent avec la mobilité révolutionnaire des consuls de Gènes ou de Milan. On nomme d'iUwrd, en 1197, Frédéric II, encore mineur, pour maintenir la dynastie des ffohensta^en: Tannée suivante son tuteur, Philippe, duc de Souabe, le supplante à l'immense diele de Mulhouse, où la démocratie Tacclame pour rendre la couronne plus libre et élective. Le parti velfe et catholique lui oppose un nouveau césar, encore plus démocratique, Otbon IV, de la ligue des Velfes, dit le Superbe par les grands et Père de la justice par le peuple. Pendant huit ans^, chaque État passe plusieurs fois de Philippe à Oihon, et
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d'Othon 4 PhiUppe, avec une liberté de choix qui scandalise les Allemands du vieux temps. Mais ia molle démocratie des Velfes prosLilue la liberté germanique; son pape se prétend maître de Teiupire, qu'il attaque en Lombardie et en Sicile ; sa dévotion menace sans cesse la loi, et en 4207 les gebdins l'écrasent avec Philippe de Souabe. L'année suivante, quand Philippe est poignardé, Othon IV ne remonte sur le trône qu'en ennemi du pontife, eu gebelin d'élection, en homme décidé à imiter, sinon la légalité^ du moins l'impiété de la famille d'Mohenstauffen* Alors le pape, exaspéré, l'eicommimie, en lui opposant un faux Velfe, Frédérie li, neveu de Fréiérie Barberaum, gebelin de sang, de coBur, d'esprit, de tradition et de position : car il est le roi des Deux-Siciles et Tennc nain h 1 de l'Église. Après s'être servi du Ie\iei de i imposture, pour s'emparer de la couronne impériale, Frédéric reprend son rôle de gebelin, qui lui avait été enlevé par son adversaire, et avec lui l'Allemagne se retrouve d'aplomb sursabase, libre, légale, et fédérale^!! exploite l'opposition velfe, qu'il renverse ; il adopte la démocratie, dont il détrône le cliet : révolu lion consulaire ainsi achevée, la mobilité des élections -cesse tout à coup pour laisser régner la diète, de plus en plus dégagée du vasselage de Fempereur. Elle absorbait tout entier ce césar unitaire, dernier souvenir de la conquête romaine que, dans la fougue des réactions,! redcric Barberousse avait cru évoquer de l'université de Bologne pour se dire le maître des duciies, des marquisats, des fleuves et des nmulins. Dès 1216, l'empereur ne pouvait plus disposer d*un État. Quand Frédéric II voulait assurer sa dynastie, il présentait son fils Conrad à la diète, et on le \o^aituia merci des sept électeurs qui paraissaient
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pour la première fois en gardiens de la fédération germanique.
Les divers Ëtats de la fédération se développent; les uns par la démocratie velfeou anitaire, imposée d'en haut par un chef, les autres par la ItbeHé gebeline ou fractionnée qui part d'en bas avec le peuple, toujours
protégé par Temperenr.
Dans la haute Lorraine, vers 1185, le duc Simon, cbéri du peuple , humilie les ^^rands, supprime les guerres privées et chasse les juifs. En 42i7, ThiébaudU soumet rÉglise à la Justice de PÉtat, sans épargner pei^ sonne, et tuant de sa main son oncle, révêque de Toul, qui avait assassiné son successeur dans révêché. Avec lui la haute Lorraine repousse la suzeraineté incompétente de la Champagne , et sous Mathieu II la langue du peuple parait dans les actes.
basse Lorraine nous montre, en 1235, Henry III le magnanime qui, à son lit de mort, ne croit qu'au Dieu des consuls et abolit la mainmorte, qu'il qualifie d'extorsion ; en même temps il ordonne aux baillis de rendre leurs jugements d'après Tavis des scabins, ces coa'> suis mineurs des villes libres.
 partir de 1199^ les chefs du Sundgawont le titre de landgraves : l'un est appelé le Paciûque, Vautre le Sage; le troisième, qui arrive en 1240, est Rodolphe d'Habsbourg, prédestiné à être le sage de Tempire.
Dans le Palatinat, nous trouvons le comte Conrad qui devient successivement Tavocatde Trêves^ de Wornis> de Spire, de Wurtzbourg, deFulde^de Wissenbourg, de Satz, deLimbourg, de Ravengersbourg, de Lorch, où il répète, en laKjue, Il mouvement antérieur par lequel les Velfes s éteudaieul et protégeaient les églises contre les comtes.
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En Bavière, l'ère de la dévotion finit avec Heni v le Lion, dompté par Frédéric Barberoiisse, et en 418'^ le duc Louis coml)at lesévéquesultra-caUioUques deSalzbourg et de Raiisbonne.
La Souabe, terre de la rébellion catbolique contre le chef de l'empire^ est régie en 1219 par le duc Henry 11^ qui se révolte deux fois contre Tempereur Frédéric II son père ; mais il est dépose, comme dans l'ère antérieure le ducGoarad ravaitété par Tempereur ifenry / F> son père.
Ailleurs^ la liberté se développe encore plus forte
par la guerre consulaire. — En 1214, le comte de Hollande répudie la suzeraineté épiscopale d'Utrecht. — Le chef du Luxembourg, Henry IV le Grand, appuie une rébellion consulaire de Nam ur.—ËnGueldre, après Othon IV le Boiteux^ qui protège le commerce et donne des lettres de franchise aux paysans en arffvant dans sa capitale , on voit son fils Renaud II qui acquiert le titre de Belliqueux. —Dans le Wurtemberg, Uulric I", qui règne en i -200, reçoit le nom de Batailleur. — Cette même épiihète était donnée à Henry il de la basse Lor* raine, et on la Toit paraître ailleurs pour attester que sur tous les points de Tempire on accepte ce progrès de la guerre municipale, qui fixe la géographie de TAllemagne.
La Bolièiiie accomplit sa révolution consulaire en devenant un royaume avec le premier Othocar ; et avec le second roi du même nom; dit le Victorieux, elle s'é» tend, ennemie de la Gartnthie,de la Carniole^de Tlstrie,
de la Prusse, de la Hongrie.
Le duc d'Autriche, Frédéric 11 , dit le Belliqueux, combat à son tour la Bohème, la Honj^^rie, la Moravie, sans superstition pour le culte des évêques, et sciait spoliateur
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des monastères où il loge ses soldats. Les citoyens le chassent ci, momenianément libres^ improvisent Tuniversité sous la protection de l'empire. Le duc ne rentre dans sa capitale qu'en après un long siège; il n'y règne de nouveau qu'en continuant ses guerres, et meurt sur le champ de bataille^ doubleineut iilile à 1 Âutriche, qu il délivre en même temps de sa personne et de ses ennemis.
Les Tilles flamandes arrachent des chartes à leurs comtes, et parmi elles on Yoit Gand qui surgit. Sous Baudouin IX , empereur de Gonstantinople , la liberté a ses partis : les Ingretins et les Beaiiwetins. La sévérité des marchands méprise le faste portugais de la comtesse Mathilde, et en 4â25 la haine contre Jeanne, la nouvelle comtesse, crée un fsiux Baudouin populaire, exalté par les villes, symbole de liberté^ erreur indomptable du peuple ; et le jour où la comtesse le fait pendre entre deux chiens, elle est accusée de pai i icide. Depuis, Mar^i^uerite est appelée l'Enragée; toutes les villes sont en progrès, et la révolution finit par pénétrer dans la famille régnante, qu'elle divise...
Les villes sont encore plus ouvertement consulaires et guerrières^ bien qu'elles gardent Tévêque, par la nécessité d'être représentées à la diète et de rester indépendantes. Dès 1178, Utrecbt s'agite; en 1196, deux candidats se disputent l'évéché; en l'évêque Thierry combat le comte de Frise, en favorisant la révolte des Frisons; enlS15, il combat le comte de Coevorden, qui le prend, lui arrache sa tonsure avec la peau et le tue. Mais Thierry est vengé par son successeur, qui fait expirer sur la roue iecomte de Coevorden, et la ville devenue consulaire accorde le droit de combourgeoisie au comte de Hollande, l'ancien ennemi des
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évéques. — Après de violentes agitations, Uége exclut
un candidat féodal ; Simon de Limbourg est proclamé ; l'évéque Simon Cuyk, jenne homme de seize ans, accorde une charte et règne en combattant les comtes de Fkmdre, de Nannir, et le duc de Brabant. — L'an de la paix deConstanca, deux candidats, rnuYelfe^Tolmar^ et l'autre Gebelin, Rodolphe, se disputent TarcheTéché de Trèvcb, et après une lutte de six ans, un troisième archevêque, Jean^ rèerne en coîisiil, entourant la ville de remparts : Tantique Irevirum, ValUra Moma le siège des empereurs romains, renaît avec des partis qui mènent rarcheTéque en le rendant deux fois yelfe et deux fois gebelin. Le schisme se renouvelle en m^... — A Colofj ne, nous trouvons Tarchevoque, appelé le second fondateur de la ville, puis des luttes, un archevêque qui abdique, deux autres déposés par i'Ëglise, deux années d'anarchie, ensuite Inglebert, tué par le comte dlsembourg, son parent. Hais, comme T^vèque dXTtrecht, il est vengé parsonsnccesseur, qui fait clouer son meurtrier sur la roue. Enfin Conrad combat le Brabant, Juliers, Limbourg, et on voit surgir la cathédrale de Cologne. — L'évêque Conrad de Mayence, l'année même de la paix de Constance, règne toi^ours botté, cuirassé, Tépée au poing, défendant la patrie. l>e 1^ à 1908, la liberté agite Péyéché par deux prétendants. L'insurrection consulaire de Worms se déclare en 1217, sousré\è(}ue Henry II. — En les villco hansealiques imitent la fédération de la ligue lombarde j — en 1247, les villes du Rhin la copient à leur tour au midi, les hommesde Schwitz,Uri et Underwald, ces premiers Suisses, protégés par Frédéric Barberousse, s^avancent de nouveau en repoussant la suzeraineté des Habspbourg, et sont reçus « à bras ouverts, » en 1240, par