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LA RÉVOLUTION DES CONSULS

reoipeieiir Frédéric qui les déclare homiiies de l'empire;— el à l'eiUnction de la dynastie Telle de Zerioguen^ en 1 1 82, Friboorg, Berne^ Zurich el d'antres Tilles

restent libres, ou du moins indépendantes sous leurs comtes. La révolution italienne agitait toutes les parties de rAUemagne.

L'ébuUition fédérale de TAllemagne est une menace pour la France, qui se décompose au contact des ligues germaniques expansiTes sur le Rhin. «La France est

« noire seul obslade, dit Othon IV à ses fidèles; si nous « pouvons 1 abattre et la décomposer^ le monde est a « nous. > Mais ici le pouvoir réel et vivant du roi 8*aTance par l'unité monarchique de Philippe , qui bat Othon IV à BouTÎnes et reçoit de Paris sa capitale, le nom tont romain d'Auguste. Les armes el l'expansion de Paris lui suffisent pour protéger le royaume contre l Alleni agnr»; mais à Tintérii ur il se trouva engagé dans le contre-sens que lui ont légué les Tictoires de l'ère épiscopale» et son Tassai de Normandie, dcTenu roi d'Angleterre, r^e plus puissant que lui dans le Poitou, à Tours, en Aquitaine, sur le Mans, en Bretagne, sans compter le grand iief de Normandie. La révolution itaUenne donne au roi l'idée qui arractie la France à sa contradiction intérieure. Depuis le traité de Constance, la religion féodale^ qui lie les gouvernements indigènes à de hantes dominations, n'est plusqu'uneTaine superstition. L'Allemagne fédérale rallacjue d'en bas, en multipliant ses États; la France monarchique peut la détruire d'en haut, en unitiant ses provinces; et Philippe Auguste, devenu despote, démocrate et plébéien dans l'intérêt général, soulère le Poitou^ la Touraine» le Haine, la Bretagne^

biyiiizeo by

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l'Aigou, qu'il jette contre la Normandie^ ainsi étouffée^ absorbé, eifaeée à jamais. Son usurpation n'est pas

moins méritoire que celle des feudataires allemands insurgés, au nom de la liberté et de la fédération, contre les hauts seigneurs quasi-unitaires tiu vieux temps. Sa tâche ne se borne pas à violer les engagements suzerains et à porter les mains sur les fiefs ; elle ne finit pas avec la victoire qu'il remporte et avec la confiscation des provinces anglaises : elle suppose que son gouvernement sera toujours meilleur que celui du vassal dépossédé; que personne ne pourra [vlus regretter l'alliance fédérale de l'Angleterre; que le souvenir de l'antique indépendance sera une tradition de nobles déchus^ et que Tancienne liberté se trouvera associée à des formes déconsidérées, à des représentations fastidieuses, à des délibérations pompeusenieut nulles, et protectrices des droits les plus surannés. C'est ainsi que se développe le despotisme bienfaisant de Hugues Capet, Au rebours de la diète germanique^ qui s'élève^ multiplie ses représentants et développe ses franchises, le parlement français s'effàce chaque jour devant la fortune du roi; son indépendance n'est qu'une parade menteuse; ses chefs sont étouffés par Tintrusion du bouleil- 1er, du chambellan, des domestiques du roi, hommes serviles par principe, par position, par passion. Sa liberté est tellement dérisoire, que son premier jugement connn est de 1157; et qu'en 4219, parmi les six pairs du royaume, celui de Normandie est dépossédé; les trois pairsd'Aquitaine, de Flandre, et di" Tûuluuse,souLlrailés en ennemis; celui de Bon rgo^j^ie est un enfant; le comte de Champagne fonctionne seul, et en amant éperdu de la reine. En France, la liberté est stérile, folle, étourdie, amiederAllemagne,derAngleterre,detousles ennemis

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de la nation ; elle trahit le <ol> l'attardé sous des lois

insensées, cl toute la féodalité française doit être traitée comme le vassal de Normandie. C'est la servitude qui sauve le pays^ TuDifie;, le fortiiie ; le despotisme le plus absolu est la condition suprême de ses réTolutions : elle permet au roi de modifier sans cesse toutes les lolsy de les perfectionner^ de les changer^ de briser tous lesobstaclcs qu'il rencontre, d abattre tout lionime libre comme une aspérité étrange et choquante, de faire une ordonnance chaque jour^ une loi pour chaque cas, d'écouter sans cesse les conseils de sa mobile inspiration, la théologie orgueilleusement servile que Philippe Auguste organise en ^195 par l'université de Paris. L'université naît monaK lii iue et princière,cojniiie la nation^ dévastatrice des écoles libres de l'ère antérieure et soumise à une sorte de monarque scolastique , le recteur, proscrivantÂristote et supprimant le droitdvil^ de crainte qui! ne puisse ternir Téclat et Finnooence de la théologie. Rien n'est plus utile à la France que ce surcroît de servilisme intellectuel, où la science et la foi^ les hardiesses et les préjugés^ la pédanterie et la piété se mêlent pour former une phalange d'hommes disciplinés et hargneux^ rangés d'après une hiérarchie enfantine de prix et de récompenses avec des idées namérotées, des classes de convention, et des enthousiasmes de commande, approuvés, vises et paraphés par Tautorité académique. C'est ainsi que Ton fait l'unité des nations; c'est aingi qu'on efface Tindividiialitéi rorîginalité> Tindépendance des hommes et des pro* vinces; c'est ainsi que la théologie française dénonce à l'ambition du roi la liberté du Midi, ses villes quasiitaliennes, ses coiiites quasi-consuls, et ses hérétiques qui transportent dans le dogme l'ancienne doctrine

d'Arnahio de Brescia, décidée cette fois à nier la divinité de Jésus-Christ. Le roi succède^ dans le Midi , à la fomille patibulaire de.Monfort, pour exagérer encoreune proscription déjà épouvantable. Par son ordre « on brûle les hérétiques ; en étend la confiscation des cou* pables aux suspects, à ceux qui recèlent les suspects; le confessionnal, le lit des malades, Tagonie des mourants, rien n'échappe à l'invasion de la France unitaire, qui soit pas à pas les médecins^ les confesseurs, les parents^ les amis des bérétiques^pour flairer ses yictimes, et cette infamie s'organise par le tribunal de Tinquisition^ nou- Telle infamie où les malfaiteurs acquièrent le droit de témoigner contre les accusés. La conversion elle-niènie ne désarme pas la loi : ceux qui se rétractent devant le tribunal sont jetés dans une prison perpétuelle, et les geôles ne suffisent pas à contenir les Yictimes ; ceux que l 'Église est forcée de relâcher sont marqués d'une croix jaune, flagellés tous les dimanches dans toutes les processions, poursuivis avec les fureiirsde la démence, condamnés à une \ie de douleur, d humihalion, de rage pire que la mort. La France serait-elle revenue à rère des évéquest Serait-elle tombée dans une sorte d'idiotisme, au moment où tous les peuples se développent? Non, elle est consulaire : elle enlève à ses évêques le droit de juger les criminels. Philippe Auguste* est un instant excommunié, quand il combat TAngleterre; son successeur force les serfs à se racheter malgré eux; la révolution est dans Tunité qui s'étend, dans les tribunaux qui se sécularisent» dans le despo* tisme du roi, qui accable ses vassaux et qui refoule ses ennemis, dans la religion de la France, toujours libui ale à la surface. L'inquisition du Midi n'est tnie le fruit de la géographie française, forcée d'adopter le progrès de

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la ffiierre, et de copier sous une forme orthodoxe et monaicluque loules les atrocités des municipes italiens }K)ur subordonner le Midi au centre de Paris.

Chez les Anglais^ le progrès de la liberté consulaire se réalise par les lords, appuyés par les oommuDes contre le roi, rétrograde au lieu d^étre bienfàisant. A la mort de Richard Cœur de Lion, ils déclarent le trône électif; et quand le roi Jean se place sous la su- ÎEerainete de i Église, pour se fortifier contre la révolution, ils s'emparent de Londres, aux acclamations du peuple et proclament la grande Charte qui inaugure le droit des personnes « les franchises de la ville, le tribunal de Westminster, et la liberté du commerce. Un instant on pourrait les prendre pour des ennemis de la patrie, pour des amis de Tennemi , car on les voit à la suite d'un prétendant français, secourus par des troupes écossaises. Mais ils sont les Trais pouYOirs réels et vivants de TAngieterre; et slls renoncent momentané* ment à Fhostilité éternelle contre la France et l'Écosse, c'est pour organiser la liberté chez eux, et pour accabler avant tout leur plus grand ennemi, le despotisme royal» Le jour où Jean sans Terre meurt empoisonné, au moment où le prétendant français peut se croire Tictorieux, comme Guillaume le Conquérant, *tout le pays lui échappe par une manœuvre instantanée, tous les lords se rallient a Henry 111, tils encore mineur de Jean, et c'est par lui que triomphe la grande Charte des libertés et des forêts. La révolution est lime, acquise à jamais ; la grande Charte reçoit depuis trentecinq ratifications royales; personne n'ose plus la mettre en doute : le clergé lui-même Taccepte pourluttercontre les extorsions ponliUcalesd'Innucent III, contre les exactions romaines et contre les provisions qui violeut tous

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les droits desélections anglaises, en installant des étrangers dans les bénéfices vacants. Le roi seul soutient le pai>e contre la nation; il ne [s'identifie plus avec les iords comme dans l'ère antérieure, il ne combat plus les primats : fortifié dans Top position^ il reste à Tétat de pouvoir rétrograde^ récalcitrant^ à la remorque et tel*» lement en dehors de la nation^ que depuis Jean sans Terre les pires (h's rois anglais sont ceux qui arrivent aux époques les plus glorieuses de la nation.

L'Ecosse s'arrache à l'ère de dévotion inaugurée par les deux saints couronnés de Tère antérieure ; son roi Guillaume, qui représente le progrès des consuls, bravé les interdits du pape^ et sous lui la monarchie se lève libre, indépendante et altranchie de la suzeraineté do rAuglelerrc, à laquelle elle se trouvait asservie pai' le trtfité de Falaise.

L'ère des consuls plftur TEspagne, c'est le moment où ses quatre royaumes se jettent ensemble contre tes Maures, en 1240, à la grande bataille de Tolosa : c'est l explosion des grands ordres militaires de Sau-lago, de Calatrava, d'Alcantara, qui écrasent les Arabes et forment les grandes marches de TEspagne ; c'est le règne de Ferdinand , maître de Castille, d'Aragon, et beau* lîls de Philippe, empereur gebelin de PAUemagne. Ferdinand prend Cordouc, ville sainte de Tislamisme espagnol; Valence, où le Cid pouvait a peine s'aventurer en combatlant;Séville, capitale de l'Andalousie ; et, couvert de gloire^ allié d'Abou-Saïd qui règne à Grenade , il meurt en réputation de sainteté « plus tard canonisé )>ar l'Église, sans qu'il ait cessé un instant d'être consulaire, profane et guen ier. Son fils, Alphonse le Sage, rend tributaire les émirs deGrenade'etdeMurcie, et, en véritable empereur des Ëspagues, allie sans cesse l'a-

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veugle foi à Torgueil d'une liberté indomptable; pas une seule de ses œuvres qui ne sott une œuyre pieuse, pas une seule de ses pensées qui ne soit indépendante comme un schisme. «Si Dieu m'avait consulté^disait-îl,

«j'aurais mieux construit l'univers.» — Dans les diversEtatsde la fédération , ks fi aucliises municipales se mulUpiieul ; cliaque coup porté contre les Maures frappe de mort la féodalité du vieux temps; Tère noaveUe apparaît dans les villes, dans les parlements, dans les lois, dansTacoent tout moderne des £s[)agnes. Voyei la Caslille et TAragon, vous y trouverez le code des « sicte « partidas, » les cortès, ouMent leurs ranprs [>oiir admettre les communes; la langue du peuple qui, detrône le latin dans les lois et dans les contrats; des villes ayant le droit de changer de seigneur, en prenant des membres de la même famille; d^aulres villes a^ec le même droit, sans aucune restriction , de sorte qu'on les dit habituées à changer de seigneur sept fois par jour. Leur ligue de la Saiute-Hermandad atteste le droit de la guerre^ à l'imitation des villes de Lombard je, de laliguehanséatique et du Rhin.— Moins unitaire^moins victorieux, moins monarchique que la Gastille, FÀragon est régi par de mauvais rois^ dominés comme en Angleterre par le parlement, et les châteaux que Uaiiuce accordait à l'ancienne féodalité sont rendus a la nation qui les réclame«

La dévotion royale s'éteint subitement, dans la mo* narchie unitaire du Portugal, avec Alphonse II, qui arrive en 1214 et publie des lois fondamentales, «dans le « but d^assurer la liberté individuelle et la piopriété, a d^abolir les impùis trop lourds , de régler les droits cdvils des citoyens, d'éviter les jugements précipités < dans les affaires contentieuses, et de fixer les droits de

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a rÉglj86 et du clergé. » Mais, dans cette monarchie de dévolion incandescente et de piété fantastique, fixer les droits du clergé , mettre un terme à l'aveuglement de l'ère épiscopale^c^est escalader le ciel et porter le défi à Dieu. AipboDse meurt sous l'anathème de l'Église. Son successeur, Sanchez II 9 assailli dans son palais^ mau* dit par les prêtres» trahi par sa femme» excommunié parle pape, estdétrônépar les grands, qui lui substituent Alphonse in;la ré\olulion ne s acljève que parce que le nouveau roi élude l'émeule féodale, avec la religion et l'astuce qu'il tient de sou éducation française, et sous hii le peuple triomphe » les foires se multiplient, Pindu* strie est protégée, les "villes sont entourées de remparts, le prix de l*or et de Targent est fixé, et le portugais devient la langue de la nation , en dépit du latin. La légende des Sept enfants de Lara se reproduit dans l'histoire des Sept chasseurs égorgés» symbole d'une guerre consulaire qui élargit les confins du royaume par la conquête du pays des Algarres.

Dans les pays scandinaTcs , au nord de 1 Allemagne, on voit le même mouvement, sous un jour glacé, avec des hommes de fer, au milieu d'événements qui se multiplient et se succèdent très-rapides» bien qu'ils soient nettement accusés et d'un sens très-firappant. La sombre déYotion qui prêtait ses armes dangereuses àTunitédu Danemark s évanouit pour toujours , et le roi Waldemar laisse le ciel aux évêques pour régner avec des moyens terrestres, fondant l'admirable capitale de Dantzig^ publiant les lois de Scanie» celles de Sélande » réprimant les juridictions insolentes des Églises et combattant le primat de Lunden, qu'il dé^ possède, humilie, et force à se réfugier en France, à Glahrvaux, Son action» toute commerciale et toute mo*

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derne, n'est religieuse que lorsqu'il bâties Sclayonsen renversaiit la grande idole de Swantorit, la divinité

malfaisante des pirates, et à sa mort les paysans accourent à ses funéraillos : « Il était notre père, s'écrieiit- « ils, il était notre libérateur. » Canut Yl actiève son œuYre en dégageant le Danemark de la suzeraineté que lui ayaitimposée Frédéric Barberaum, et par sa guerre consulaire il occupe la Pomëranie, Lubeck et Hambourg...

En Suède, au rebours du Danemark, ce n'est pas le roij mais les paysans qui s'avancent, libres comme des iord$ anglais ou des barons espagnols, en se déga* géant, pour la première fois, de Tantique barbarie Scandinave. Ils enlèvent les juridictions aux ecclésiastiques, limitent les (ioiiations aux églises, repoussent le clergé marié, s'emparent de toutes les élections aux dignités religieuses, s'imposent à leurs rois, presque en républicains, et on voit Charles Vil assassiné i Swerker II expulsé. Sous [la régence .de BtrgeTy tuteur du roi Waldmnar son fils, acclamé par le peuple, les ordalies disparaissent, lis guerres privées cessenl; on défend aux hommes de se veudre ; le royaume se transforme, et les rois quittent la vieille capitale d'Upsal pour s^ouroer à Stockholm, la ville de la révolution consulaire.— La Norvège répète en sœur les progrès de la Suède, avec un surcroît de liberté et de démocratie qui crée des partis, des guerres , des luîtes couUe le clergé et des gueuseries ultra-consulaires qu'il faut détruire pour aboutir à Tordre légal de la diète; et après mille vicissitudes, moitié ternes^ moitié poétiques comme le ciel du Nord, l'assemblée de Bergen est en l^la plusgrande que Ton eûtenoore vue^etHaquinV publie les premières lois sur la liberté uidividueile.

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Dans les régions slaves , la révolution se montre plus confuse^ sans contours» à demi effacée par une barbarie nuageuse. En Pologne, BoleslaslV, qui veut résister

au pape, se trouve domine par I rédéric Bofberouête» Miczeslas 111, qui s'impose de vive force, est déposé par les évéques et les magnats. Le vrai consul du royaume estKasimir 1I> qui fonde le sénat, protège les paysans et reçoit le titre de luste; mais il respecte les biens du clergé ; ses lois sont sanctionnées par le pape, et la Pologne reste dans les brouillards de la dévotion épîscopale sous Wladisias, qui échono ili v int l'Église, et sous Boleslas V, qui se laisse envahir par les cUeYalier s teutaniques.

La Hongrie est monarchique comme la Pologne^ en haine de r Allemagne, et Bela III, qui règne de 4173

à 1190, présente à son tour une pâle copie des réform^ consulaires, quand il réprime les voleurs , quand il extermine les brigands, quand il introduit les procès écrits, et quand il fonde les comtés pour ébaucher l'administrationda royaume.

La Russie, antithèse juridique des régions slaves, comme le Danemark est 1 aiitilhèse despotique des pays Scandinaves, ne présente plus rien de saillant, rien de décidé; son caractère s'efface sous l'effroyable désastre de l'invasion tarlare, qui l'arrache au système européen et la soumet à la suzeraineté errante des hordes sauvages. Cependant le grand prince survit, il est encore le tribun des Russies : c'est à lui que se rallie la nationalité frémissante, avec toutes ses traditions, ses boyards, ses divisions fédérales, ses gloires barbares et son schisme byzantin; et si cette région s'attarde dans la carrière de la civilisation, on peut croire que son chef, qui joue le Me de consul, ne succombera pas à

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cette conquête superficielle, uniquement suzeraine et

si transparente qu elle laisse entrevoir debout les vieux centres, la capitale cl tout le passé de la nation.

Au premier crépuscule de l'ère des consuls^ Tillusion de la croisade perd tout à coup son prestige et ne crée plus que des expéditions royales, des pèlerinages arniés^ des exploits insuffisants. Les quatre colonies chrétiennes sont sur le point de s'évanouir connue les rêves de l'ère épiscoi)ale ; la vraie croix louibe entre les mains des iniidèles, qui l'arrachent aux troupesdéfaïUanlesdes croisés; le royaume de Jérusalem disparaît Tannée même du traité consulaire de Constance; Saladin> consul improvisé de l'islamisme, rentre dans la ville sainte, que les chrétiens avaient envahie, 4iiaUc-vingt-quatre ans auparavant. Dans les autres colonies, les croisés, plongés dans Tanarchie, sont incapables deserégénérer, soit par les chefs, tous en déroute avec le pape» soit par les peuples, tous infidèles et inaccessibles aux superstitions de rOccident. A la troisième croisade, Richard Cœur de Lion est aux pi ises avec Com ail du Monferrat; les ordres religieux se battent entre eux; les templiers sont en lutte avec les barons, les Pisans avec les Génois; l'ennemi victorieux arrive jusqu'à Ptolémaïs, et Richard, en gagnant Chypre, s'éloigne de plus en plus de la terre sainte. On fait primer l'intérêt des colonies sur celui de la croix. Plus tard, l'intérêt de l'Europe l'emporte à son tour sur celui des colonies, et les princes sont rappelés chez eux par la révolution consulaire^ qu'ils doivent représenter ou combattre^ suivant leur destinée^ et par les guerres consulaires^ qui abolissent les expéditions sacrées en terre sainte, an profit de la géographie intérieure de l'Europe. — A la quatrième croisade^ Tempereur Henry Vl^ qui ullre 30 onces

d or à tout croise, n'a pour but que la conquête des DeuX'Siciles ou l'affaiblissement des seigneurs de rempire, ou d'acquérir un ascendant exclusivement politique en Orienty où l'on dit, au reste^ que «les Aile- « mands arrivent pour commander et non pour a couil attre. La cinquième croisade glisse encore plus ouvertement de la religion des évèques à la révolution des consuls. Prêché par le pape Innocent III, en 1198, elle n'entraîne que les barons français. Faute de moyens de transport, ils tombent à la merci de Venise, lui promettent la nioilio des conquêtes futures, et, par anticipation, lui soumettent l'istrie, Trieste et Zara, où ils hivernent presque en mercenaires du doge Dandolo. De Zara^ Venise leur montre l'empire byzantin, vaste proie sans défense> vieux monstre en dissolution , conquête splendide, facile, inespérée, tentation irrésistible pour des liommes capables d'étal)! ir une comparaison sensée entre Jérusalem et Byzance; et, à travers une intrigue romanesque d'apparence et très-ignoble au fond, sous prétexte de secourir Alexis et son père détrôné, les barons^ de moitié avec les marchands de Venise» s'emparent de l'empire byzantin, où ils régnent par le fer elle feu, en voleurs de grand clienim, trop orgueilleux, trop tous, trop insolents pour dominer les brigandages, ne fût-ce qu a leur propre profit, comme le conseillaient les doucereux Vénitiens très-versés dans le vol par les lois de finances. On dépèce l'empire, on le traduit en fiefs; on joue aux dés les villes de la Grèce, on les échange, on les achète, on les vend; l'ordre n arrive que par l'iinîwssiljilito de ne pas simuler une loi, et Tordre c^est 1 éiecliou de Baudouin de Flandre au trône de Constantinople , tandis que les barons pillent les provinces. C'est ainsi que, grâce à Venise^ la révo-

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lulioii consulaire triomphe de la croisade, autant qu'une révolution pouvait trium plier par des barons fi ant ais. Que devient la véritable croisade, celle du pontite ? Elle tombeeneofaoce; plusdecinquaake milleenfants partent pour la terre sainte» nièlés à des truands, à des filles» à toutesorte de créatures fourvoyées. Getteaveugle multitude est détruite, chemin faisant, par les peuples qu'elle infecte, et le roi titulaire de Jémsalein, réduit au secours de trois cents personnes, ne peut plus se détacher de PtolémaïsetdeChypre. A la sixième croisade, préchée par Innocent 111» les barons restent indifférents; l'Angleterre» la France» l'Allemagne demeurent impassibles; les rois refusent de partir; un seul écoute la voix du pontife, c'est un liarbare, André de Hongrie, et encore ne part-ii que pour tenir le seroient qu'il a prêté à son père : il ne reste en Orient que trois mois» le temps nécessaire pour qu'il puisse se dire à lui^ même qu'il a tenu sa promesse. Le vrai chef de la croisade n*est plus que Pempereur d'Allemagne, Frédé* rie II y qui paî t, pressé par le pape, et arrive cahne, intelligent jusqu'à Jérusalem, oîiles musulmans s écartent devant lui avec un respect mystérieux» et on dirait d'inlelligence. Mais tout à coup il est maudit» excommunié» mis au ban des croisés » détrôné par TÉglise en deuil, comme le tyran de la chrétienté» tandis que le pape envaiiiL son État des Deux-Siciles, et protège Gualthier. le roi tiulaire de Jérusalem. Pourquoi ce deuil» ces anathèmes, cette invasion contre le dernier béros de la croisade en terre sainte? Frédéric aurait-il commis un crime en marchant au saint sépulcre? Non» certes. Etait-il d'accord avec les infidèles? L'accord était douteux et d'ailleurs permis, puisque les infidèles étaient divisés. Aspirait-il à de nouvelles conquêtes eu

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Orient) C'était sous-entendtt, depuis le temps de la première croisade. Avait-ii transformé la croisade en une promenade d'agrément? Les preuves manquaient. Mais il était coupable d'être empereur des ilomains et roi des Deux-Siciles ; le pape le pressait au départ, pour le frapper dans le dos ; il lui prêchait la croix pour lui dérober ses terres^ et il se trouvait surpris en flagrant délit de trahison devant la chrétienté tout entière. La croisade n'était donc plus qu'un prétexte de coii(juête,ou une ctoui tieriede barons, ou une duperie d'entants, et déiinitivement une escroquerie religieuse, où le souverain pontife déposait ses adversaires par la force de Tanathème» afin de s'arrondir aux frais des croyants. Subitement de retour, Frédéric acheva la révolution dans la croisade, marchant contre le pape avec ses Normands mêlés de Sarrasins , mettant en déroute Tannée pontiiicaie, et détruisant à jamais la tradition de Tère épiscopale. Que si les colonies étaient menacées, exposées, entamées, c'était Taffaire des colonies elles-mêmes et non pas de l'Europe. Qui veut régner doit combattre ; tous les Étals sont condamnés à lutter contre leurs voisins : la France combat VAllemagne, qui combat la Pologne, qui lutte avec la Russie; aucun État ne se dérobe à cette loi de la guerre, et les royaumes d'Orient n^avaient aucun droit à réclamer les armées de PEurope, soit pour s'étendre, soit pour régner.

L'Église est assaillie sur tous les points : dans les États libres, par l'irréligion gebeline; dans les États monardiiques, par la révolte des rois; dans la croisade, par l'infidélité des croisés: des hérésies s'annoncent çà et là, dans le midi de la France, dans les villes italiennes.

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et même dans les villas pontificales» pour eDtamer le dogme jiisqu^i inooDfesté. Mais TÊglise triomphe de toQty en imitant au rebours Télan des consuls. Son chef

demande un concile œcuménique poia tionner sa diète, son grand conseil à la cité de Dieu; il recoauriande aux évéques de convoquer des conciles provindaiu^ de surveiller les élections ei les membres du clergé. En 1221^ il élève ses consuls mineurs les cardinaux, en menaçant des peines les plus sévères ceux qui oseraient les insulter ; leur chapeau rappelle, pour la f II 1 1 lièrc fois, qu'ils sont les dépositaires du sang de Dieu, et la foi religieuse reçoit le secours de nouveaux ordres religieux que Ton jette au milieu des multitudes. Sous Innocent Ôl^ on fonde Tordre de la Trinité, pour la ré* demption des captifs; en 1323, on institue dans le même but Tordre espagnol de la Merced ; on fortifie cette milice ecclésiastique, en réunissant en même temps les chevaliers du Christ et Tordre teulonique; on réunit les jacobites et les nestoriens; on fond ensemble dnq congrégations d'ermites> et de iSli6 à 1223 la propagande monacale touche à son apogée par la fondation des deux grands ordres de Saint- Dominique et de Saint-François. Ce sont là des nioiiies étranges, nouveaux, inconnus. Héros de la misère, ils marchent à la tête de la plèbe catholique contre la fausse égalité des consuls ; ultra-plébéiens en rébellion, ils attaquent tous les peuples privilégiés, tous les hommes de l'industrie et du commerce, tous les chercheurs d'or qui se lèvent dans les coniumnes, tous les ambitieux qui récoltent des royaumes. Cette démocratie à Tenvers étale avec joie une mendicité inouïe; pour ne rien posséder» les franciscains dédaignent Jusqu'à la sdence théologique, de peur qu'elle ne soit

DANS TOUTS L'IUIROPE, id9

un mérite^ une propriété^ une qualité^ un attentat

contre l'égalité plébéienne de tous les croyants; et ces gueux d'élection se répandent dans toute l'Europe ; nomades, sans gîte^ ne relevant de personne^ hormis le souverain pontife> ayant, avec le droit de prêcher» celui deconfesser^d'absoudre, abstraction fiiitedesévèqaes^ et entraînant la multitude qu'ils fascinent, par la facilité des absolutions niclccs à rextravagance d'un dovouvement impossil)le. (Vest ainsi que l'Église répare ses échecs dans tous les États de l'Europe.

Que si elle perd les colonies de la croisade» si Tislamisme victorieux lui enlève Jérusalem» si ses rois et ses primats d^Orient ne sont plus que de vains titu« laires, sans force et sans allies ; si elle est aban donnée dans les expéditions d 'outre-mer par les rois , les peuples et les barons, elle compense, les pertes d'une guerre absurde et lointaine par une nouvelle guerre intérieure mille fois plus utile. A cette époque , rinqnisition devient vigilante^ inquiète > ombrageuse. A{)rès avoir flotté çà et là incertaine , brûlant au hasard les hérétiques des "villes libres, en 1200, elle attaque tout à coup les hérétiquesdu Languedoc, à drapeaux déployés» avecrindulgence plénièreetratrociié illimitée de la croisade en terre sainte. 0ès lors» l'inquisition s'organise^ s'éternise^ calme comme un gouvernement» chérie des niulUludes comme une fête indienne ; elle est la çrrande guerre consulaire du sainl-siége cunlre toute intelligence qui dépasse la formule prédéterminée par la religion; elle est le grand moyen d'orthodoxie contre la liberté qui lui dispute son terrain. Ses soldats, les dominicains, fonctionnent à Padoue» à Viccnce, à (M violo, en Cbainfuigne, partout, toujours prêts à recouimencer la croisade intérieure du Langue-

900 LA liroiiiTMMi tm consuls dams toutb l'idrok.

doc contre l'empereur lui-même et contre les consuls qui seraient disposés à le suivre. On conçoit que le pape excommunie, Tun après l'autre, tous les rois des États despotiques; qui! ne cesse pas de maudire les diètes et les parlements des États libres ; qu'il ose créer un royaume en Bohême, excommunier quatre fois Tempeieur I rcdc;i ic II, t;l qu'il prétende, a l'ctonnement de rAllemagne, choisir et coiiûnner les empereurs. Le démiurge de Rome donne l'unité de Tessor consulaire, pris au rebours, aux réactions diverses et opposées des États monarchiques et des États républicains : ici, il marche avec des barons contre les rois ; là, avec des rois contre les barons; le moindre de ses ordres est accueilli comme un oracle parles nobles du Portugal et par ceux de L'Kcosse ou du Danemark ; réciproquement le roi d'Aragon et Jean d'AngUUrre se disent ses feudataires pour élouirer les parlements; et, mal-* gré ses déroutes, sa faiblesse et son absurdité, il pourrait tenir en échec la véi Jté en personne.

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