COMRE LA GUERRE AUX CHATEAUX
dans la campagne. Ainsi Chien commence en ii238es petites conquêtes, soumettant les hommes de Ripa^qui s^obligent ày tenir une maison de la valeur de 50 livres. L année suivante, Coazzo est engloutie ; les marquis de Ramagnauo se déclarent icudataires pour un quart de Ravigliano. Plus tard, on voit les soumissions des seigneurs de Pralormo , de Palmoncello^ de Vérnone , de Baldîssero^ et d'une foule d'autre seigneurs forcés de compter avec les consuls; et la petite ville ne manque ni d'aviiii te, ni de malice. En i^o2j (juatredeses citoyens se préseuleiit chez le seigneur de Bulgare^ se donnant pour des particuliers qui veulent lui acheter le tiers du château; on signe le marché > et quelques ' jours plus tard les particuliers déclarent quils ont a«ri pour le ccniijitc de la commune qui tienlainsi le châtelain à sa merci.
Ghierasco, inféodée à seize familles composant son peuple officiel, était un nid de châtelains confédérés avec les citoyens^ pour se défendre contre les marquis du Montferrat et de Saluce, qui agissaient en consuk de leurs propres marquisats. Mais les ^eigneuis de Manzano, principaux feudataires, ne voulaient pas livrer leur château à la commune , et tenaient à garder leur double qualité de citoyens intra muro$, et de châtelains dans la campagnci où ils s'escrimaient tantôt par Tal* liance de Suse , tantôt par celle d*Alba. A force de pntreseL de supplications, on les amena a déposer le château entre les mains d'une tiei ee personne, jusqu'à la décision de certain dilTérend ; a et le dépositaire, dit « la chronique , homme judicieux et prudent, pour a couper court à toutes les difficultés, une belle nuit» « d'accord avec tous ses amis, jeta par terre le château^ « à la très-grande satisfaction de tous les citoyens. »
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HÉACllUN IMPERIALE El POMïiFICALB
Jesi , immobile pendant la réaction, sonmet Morro en lilH; Moglie^ en 1201; Straffolo et SantrUrbano » en 1219; Conrad Peducd d'Asolo, en 1251. Elle attaque, plus tard, Rovellone, châtelain d'Isola; et sa guerre aux châteaux dure à Il j^t^s soixante ans, de 119 là 1251.
— Osimo soumet en 1201 Robert Mainetto, ainsi que ses frères, et combat en 1215 les comtes de Cassiano...
— Anc6ne> qui s'endort^ reçoit en 1223 la dédition de Sirolo. — Gamerino, qui se réTeille, subjugue Belforte^ Giove et tous les châteaux qui l'entourent. — Fano conquiert à son Unw , en 1203, Montefelcino, Montemarano^ tonte, Coruiale, d'autres châteaux. — Les conquêtes de Pérouse commencent après Frédéric Barberousse, en 1189> par un Ugoltoo, marquis (peutêtre de Monte, peut être de Montemolino) ; et les soumissions continuent, en 1202, par le marquis de Ranieri, par Tancrcdi de Sartt ano, par les hommes dlsola-Polvese. En 1:216, ce sont les seigneurs de Malguardo, c'est-à-dire les Montemolino qui s'obligent à démolir leur cbâteau. Dans la même année, Honione relève de Pérouse; ensuite on trouve, en 1256, les soumissions de Soniareggio, Sainte-Lucie, Glogiano, Poggio, Surrifa, Castiglione, Laurino...
La petite Toscanella s'avance comme toutes les autres villes. Ne dites même pas qu'elle est petite , elle s'en offenserait; elle marche roide et fière sur la pointe des pieds pour faire du pouvoir, de Pautorité; et son historien, Turiozzi, l'oppose à Viterbe, pour lui revendiquer riionneur d'être la capitale du patrimoine de Saint-Pierre. Dès 12-23, elle conquiert maintes terres et ch&teaux,GarGarella, Plandiano, Manziano, Lando, etc. Etmalheur auxcommunesqui se révoltent t Caninoavait voulu bouder et faire du fédéralisme, la malheureuse!
GOKXRE LA GCEftHE AUX CHATKAUX. 2â7
en W9, ses habitanfs étaient forcés de promettre, les larmes aux yeux, la plus aveugle obéissance. — Terni achetait, en 1225, les trois quarts du château de Papi^^no ; après vingt-cinq ans de réflexion, elle acquérait le dernier quart ; en 1245, elle recevait la dédition di- 8o1a«.« — Gagli soumettait Gassone, Serra, Jatti, Dosi ; et eu 1216, Ugotino Aequayiva se livrait avec ses hommes, promettant le passage et les guides dans les Apennins, sous peine de 100 marcs d'arirent. — La guerre était partout la mémo. Modène doiuplait, en 1205, les Cattanei du Fngnano, et plus tard les Gualandelli, Rouco, Montesio, C&rpi, Spilamberto, Mirandola. — Aquî rece< Tait, en 11^, la soumission des marquis de Ponzone, et depuis celle des seigneurs Meladio, Septebrio, Grogiiardo, etc. — Tortone achetait , en 1210, Pozzoli au marquis; et en J227 elle s'emparait de Bagnuolo... — Même la petite Gingoii détruisait, en 1217 ^ Sanvilale, Civitella , Moscoso , Cenevedono , GagUoli , Torricella, Antignaao , Givignano , Goragine , etc. — ' Même Saint- Marin achetait, en 1253, aux llontefeltro les deuxchâtaux de Carpegna et de Casole.
On ne se doute pas de la ruse, de Tastuce, de la persévérance. de la diplomatie employés pour venir à bout des innombrables tourelles de la campagne. Si rinter*- Tention du pape et de Fempereur était facile à déjouer, les châtelains réparaient sans cesse leurs défaites, en imitant la stratégie de Frédéric Barberousse. Enyahîs par une ville, ils pouvaient compter sur une ville rivale intéressée à les sonUnir pour arrêter l'ennemi, l etouffer, Tattaquer sur la lisière même de la banlieue. De là un croisement terrible, minutieux, universel; une vraie toile d'intrigues qui font saigner rilalie par tous ses pores. Les Sommariva, menacés par X^odi, entrai-
2S8 RtfiCnOll UffÊRULt tr VORTmCALt
nent Milan sur le chani*p de bataille. Les Beccanu, sous Pavie, imitent les Sommariva de Lodi. Vice versa, les feudataires de la campagne mitanaîse s'escriment avec le secounde Lodi, Paviez Como et Bergame, Les Brusati que Brescia alarme à Volpino, GeiretiÛo et Goalîno Tendcnt h s trois iiefs a des nobles de Bergame. Au contraire, les Calepio de Bergame vendent à Brescia ^ la ville rivale, les trois fiefs de Calepio, Merlo et Sarnico. £d HH^Geoffroy, seigneur de Yarno» se dérobe à Pise^ en se recommandant à Lucquei* L'année suivante, le comte de Fucecchio, rasée par Lueques, se recommande à Pise , qui le rétablit. Le comte Guidi oppose Sienne à Florence ; le viscontado de Valdambra oppose Florence kArezzo. Les seigneurs de Cunio, de Donigaglia et de BagnacamUo résistent à Faenza par les villes rivales de Ravenne et de Farli. Plaisance protège les feudataires de Partne , entre autres les Pelavîcîno de San-Donnino ; tandis que les châtelains de Plaisance sont défendus par les citoyens de Parme, La ieodalité du Fnoul est soutenue par Trévise et par Padoue; celle de Trévise et de Padoue par Frioul. Les San-Bonifszio^ ennemis de Vérone, sont protégés par Padoue ; réciproquement , Vérone défend les AwoeaH contre Hantoue. Tout feudataire menacé par Turin est aaii de Chieri; la campagne de Fano peut compter sur Fossombrone, Pesaro, Sinigaglia ; les Acquaviva qui combattent Cagli se fondent sur la haine d'Agobbio, ville rivale. Gammurano se révolte contre Ancône en s'ap* puyant surOsimo; les comtes de Montemarte, attaqués par rodt; se défendent par Orvieto ; les Bisengo, les Tilignano, les Bevagna se maintiennent en opposant les unes aux autres les villes de l'Onibrie. 11 serait trop long de dénombrer le croisement de toutes les sous*
biyiiizea by
GOHTRB LA GVBRItB AUX CRATBAinC. 299
inimifiés féodales attachées à la guerre municipale : tout châtelain s'efforçait d'ajourner la catastrophe en devenaDt Tami, le soldat d'une vUle d'adoption; mais son châleau> qui se transformait ainsi en poste airancé d'une démocratie militante, ne résistait à une démocratie voisifie qu au nnni d'une démocratie plus lointaine. Il était donc moralement conquis au principe qui n'épargnait personne et qui avait déjà . transformé en consuls le pape en Lombardie, et Tempereur à Rome et à Palerme. Plus lard^ la stratégie de la guerre confirmait cette défaite morale par une défaite matérielle. Où était, en effet, la ville qui soutenait le cluUelain? Au loin, dans une autre province que ses donjons ne pouvaient pas ombrager. Où était son ennemi? Toujours plus près de M, dans la même province^ sur le même terroir. Le feudataire de la campagne florentine était protégé par Sienne, mais attaqué par Florence; celui de la campagn*; iiiilauaise pouvait compter sur Pavie, mais il était sous le rayon meurtrier de Milan. Partout les villes protectrices étaient éloignées, et en quelque ' sorte absenteset mal armées^ comme le pape et l'empereur; et la guerre, en se prolongeant, finissait nécessairement par la destruction du château. Les châtelains qui échappaient aux villes précoces romaines, ouvertes, coni merci aies , se trouvaient harcelés dans leurs repaires par les villes royales, rocailleuses » pauvres, indigentes, qui se jetaient sur eux avec une avidité &mélique, à ne laisser aucun espoir, et à mordre les recoins les plus arides des Apennins.
Quelquefois, la révolution passait toute seule de la ville au château, en devançant les attaques des consuls. Les serfs se révoltaient fatigués de servir, ils demandaient la déchéance de leurs maîtres; et les comtes qui
230 REACIIOM UpiaULB ET FOJtTIFICALB
auraient pu résister à la Tille, ou Tarrèter par des fossés,
des remparts, des tourelles, ou lui opposer des retraites inaccessibles, ne pouvaient plus tenir, dès que les pierres mêmes des châteaux se levaient contre eux. Les châtelains, sous le rayon de Florence^ se trouvent déjà assaillis par des insurrections, vers 1300, et Florence excite^ modère^ exploite les insurgés pour s'étendre à peu de frais. Cet ainsi que, même en 1336, elle profite des révoltes de Terrajo, Gangherto, Conie, Gava, Balbicchio et Chianti, pour forcer le comte Guidi a lui rendre des châteaux qu'elle ne lui paye même pas entièrement, en violant en même temps le droit féodal, le droit romain et le droit naturel. Douze ans* plus tard c'est le fort de Saint-Nicolas qui se révolte contre Guidi, et c'est encore la république qui prend a les hommes « et les terres avec le matériel. » Onze ans plus tard Serra s'insurge contre les Tarlati, et Florence Tabsorhe à son tour. — Avec ses lenteurs calculées, Siaine imite Florence, et même sous la date tardive de 4961 on voit les hommes de Montorsaio qui frappent d'un dard à la bouche Gozzo des Salimbeni , leur seii^neur : et ses quatre fils n'osent plus garder le château; l'un d'eux vend immédiatement son quart à la république> an prix de 1^500 florins d'or; ses frères ne résistent quelque temps que pour obtenir 3,400 florins ■ des trois autres quarts. — Vers 1210, Lamijorccchio et Orbignano, sous le rayon de Pistoie, se réveillent pour demander constitutionnellement la liberté des consuls contre révèque de Pistoie, leur seigneur féodal. Ils sont humbles, modestes, un peu sournois, mais très-respectueux, se bornant à plaider leur cause devant le tribunal de lï"vè[|iiL' de Lucques. Déboutés de leur
demande, ils s'cxiieat eu masse; mais alors Pistoie, qui
GONTRB LA 6UIRRB AOX GHATBAOZ. 231
les suit du regard, Us rappelle, le s encourage, les rassure, les protège; et en peu de jours iis sont si changés qu'ils s'efforcent d'abord de brûler l'évêque, ensuite de le lapider, et se rallient à la YiMe, malgré Pexconimunication que leur châtelain fulmine contre eux. — Dans les alentours de Bologne, le même mouTement' commence au xii" siècle, par les liommes de Savigliano, et se résume au xifi*' par raiîiaiiciiissenieut de la campagne. «On délivra» dit lachroniquede Bologne, « sous l'an 4236^ tous les paysans de lacampagne^ et le « peuple de Bologne les acheta à deniers comptant, et «on décréta^ sous pdne de la tête, que personne n'osftt « se tenir pour sevîifedele) : et la commune acheta tous « les siM lb et toutes les servantes du comté, et les « seigneurs gardèrent leurs biens. »— Faenza se glisse en arbitre entre le comte de la Modigliana et ses ûdèles qu^elle finit par protéger et enlerer au comte et à Tempire.— Autour d'Alexandrie, toutes les bourgades veulent iiniler la ville de la révolution qui propage liardi- • ment sa liberté. En 1109, le châtelet de la vallée d'Orba s'insurge contre le marquis de Bosca et se donne, le 15 mai, à Alexandrie. £n 1172, le marquis de Gavio livre les péages, à la condition qu'Alexandrie s'oblige à loi conserver ses terres et à garder les routes. En 1179, les tl^bitauts de Fresouara ont deux consuls, et se liguent avec Alexandrie, « saut , disent-ils, les droits « de l'abbé de Saint-Sauveur de Pavie. » £n attendant, la ville promet de les défendre envers et contre tous, décrétant que le magistrat de Fresouara sera nommé par le peuple et la commune d'Alexandrie. En USi, ce sont les habitants de Capriata qui s'allient avec Alexandrie et s'engagent à lui payer un tribut, «sauf la fidélité envers leurs maîtres* » Ce qui revient
RiAcnon wtoALB n poimncAU
à dire qu'ils se ménagent un appuis dans le cas
d^infidélité. Presqu'en même temps Rivalta se dérobe aux marquis Un Monferrat. Les châtelains aux abois multiplieDt les concessions. Ën 1192^ les seigneurs de Belmonte ofDrent leurs jundiciions à la ville, * qui les confirme dans leurs terres^ avec l'ohligatîon de ne pas les vendre sans la prévenir. Plus tard, Montaldo, Aquesana, Vinizio^Uxesio, se soumeltent; les chàteiains sont presses de se rendre, et on conçoilqu ils se hâtent, car voici cequi arrive aux comtes d'Aquesan a: aEnl234, c les hommes deLunesio, Galamandrana^ Garbazzuola, «Quinzano, LinUlîano et Belmonte» ditGhilini» ne « pouvaient plus tolérer la tyrannie et le libertinage « des comtes d'Aquesana , leurs seigneurs, qui, non Cl contents d exiger toutes les corvées ordinaires, exia geaient les corvées personnelles défendues parles lois € divines et humaines et demandaient la premièrenuit « de toutes les nouvelles mariées. Les serfs^ indignés de < tant diniquité, décidèrent de faire une vengeance « éclatante, sans aucun égard de compassion ou de a crainte (s'ils en avaient été capables). Ils s'adressèrent Q donc aux citoyens d'Alexandrie, leu rs alliés, et s'étant couverts àeux^ ils demandèrent leur secours pour « faire un éclat qui répondît à Toutrage qu'ils endud raient. Tons d'un même sentiment Ils se réunirent, « sans tlciiieiire, au son de la cloche de Belmonte, et a tt l'heure indiquée massacrèrent tous les susdits comtes, a jelèrent par terre les châteaux et les maisons^ et cou- « struisirent une ville en proclamant la commune. » Ce fut Nice d'Alexandrie. C'est ainsi qu'Alexandrie désorganisait la féodalité de Pavie et du Mmferrat, et que la guerre aux châteaux répondait encore a la pensée de la ligue lombarde qui Tavait fondée. — L'insurrection
cams u eimwt aux cHAtsAtii. S33
des bourgadesétail générale, et, pour en donner encore un exemple, les gens d'armes de B<i?san() s'insurgèrent, en i%30, contre Albéric de Eomano, leur seigneur. Ëcelioo de Romano , son frère> accourut les réprimer, mais Viceuce, qui conyoitait le château, le tratnaen jugement, l'accusant d'avoir dépassé ses pouvoirs et ses juridictions. U répondit, sans doute, qu'il était le frère, l'allié naturel d'Albéric, qu'il défendait un droit incontesté, qu'il soutenait un seigneur iégitime; que si les communes se mêlaient de soutenir des rébellions en deliors de leurs juridictions^ si elles étaient emportées par l'amour de Thumanité, on dévorées par le zèle de s arrondir, il devait être permis aux seigneurs de s'entr'aider à leur tour pour ne pas être détrônés, spoliés, renversés par le premier manant qui voudrait s'intituler citoyen^ ou par le premier pillard qui s'atfublerait de la toge consulaire. C'étaient peut-être de bonnes raisons; mais Ecelino n'était pas Albéric : intrus dans le château, il avait violé une loi, une juridiction, une liberté, et il payait son amende.
Les comtes de la campagne n'avaient plus d'autre défense que Tarnie des faibles. Êtes- vous menacé par un ennemi supérieur; n'ayez ni fierté^ ni colère; cédez, rampez , tratnez-vous dans la boue, si le cœur vous en dit, aucune puissance ne frappe ceux qui la servent; vrais ou faux, les amis échappent à la prosciiption, franches ou perfides, les adhésions enrayent les révolutions. Ce conseil fut suivi quatre siècles avant qu'il ne fût donné par Machiavel. Pressés entre les menaces de la ville et riosurrectlon des paysans, presipie tous les comtes se donnaient à la ville qui les acceptait en capitaines des postes avancés, en magistrats des provinces convoitées, en leudataires municipaux , en vas-
^ l RÉACTION IMPERULE ET PONTIFICALl
saox de la guerre muoicipale. Alors les ciloyeus suspendaient la propagande^ subitement atteints par une foule de scrupules sur la légitimité des feudataîres^ sur la nécessité d'une autorité supérieure et reconnue, sur
la léniérité, sur lexpérience, sur Timprudence habitnellLMlcs insurui s, qu'ils ue trouvaient pas assez mûrs pour la liberté; et ils {iromettaieiit main-forte aux seigneurs contre les séditions qui les menaçaient. Souvent cette promesse coûtait fort peu. Les gros bourgs qui aspiraient è s'affranchir pouvaient se transformer en villes rivales, leurs consuls [)Ouvaienl jouer le rôle de comte hostile, mettre sur pied des troupes plus hardies, plus nombreuses, intercepter les communications, obstruer les débouchés , dévoyer les richesses, les absorber et prospérer comme Alexandrie ou d'autres lieux auparavant insignifiants et depuis très-importants. Dans la révolution générale mêlée aux guerres municipales, on s'attendait a tout, on redoutait toute puissance nouvelle, on ne savait comment on sortirait des mille prétentions croisées où toute ville pouvait devenir un village et tout village une ville de premier ordre. D'ailleurs le peuple officiel , toiyours hiérarchique, ne pouvait pas songera s'incorporer les bourgs; jamais des citoyens n'auraient admis des manants au partage de leur autorité; c'( ût été sounultre de nouveau la commune à la domlualiou de la campagne, les citoyens aux paysans, le peuple serait tombé dans le néant de la multitude, tant s'en fallait d'abattre les rempartsetdebriserle befihroi de la commune.La naturalisation eût été offerte que les paysans des gros bourgs l'auraient répudiée comme une couijiif'le dép:uisée : le vote de Pogna uni et confondu à la mode moiierue avec le vole de Florence aurait toigours été le vote de Flo-
COKTRB LA «mniBB AUX CHATKAUX* 235
rence, le vole d'une majorité préétablie comme aujourd'iiui celle de TADgleterre pour Tlrlande. La liberté supposait la séparation des communes : si un village n^était pas indépendant il n'était pas libre ; s*il n'était pas maltrecfaez lui, il n'était pas alliranctii. Les Tîllages insignifiants se résignaient à la domination de la ville; les bourgs considérables ue voulaient pas eximl er le comte pour obéir à un magistrat peut-être plus impérieux et plus exigeant. U fallait donc régner sur les bourgs, les contenir, les réprimer, les maintenir sous les seigneurs qui se livraient, les exploiter par la soumission, les stériliser par la féodalité. C'était uiile^ et parla nt c'était. juste pour Gênes, toujours aux prises avec les deu\ livièies; pour Florence, plus perfide que puissante; pour, Milan, forcée d'étoulîer les républiques imperiinentesqui poussaient sur son sol, et pour une foule de Tilles qui jouaient ainsi le rôle de comtesse, de marquise et même de pape et d'empereur, utilisant la barbarie d'une foule de nobles patibulaires prêls à [lendre jusqu'au dernier de leurs serfs dans 1 iiUérêlde la republique victorieuse. En 1220, Ardouin Venosia se déclare Tassai de Gomo à Bormio, dans la Valteliina : qu'il règne, qu'il étrille ses honomes à son gré; s'il bougent, les malheureux , la république de Gomo promet sur l'honneur de les écraser sur-le-champ. Depuis Tan mil les Buvacciani répriment, avec les troupes d'Orvielo, leur ûef de Chiusi, vieux centre longobard. irrité par un souYenir étrusque indélébile ; et, toutes les fois que ritalie fait un pas en avant, ils enfoncent jusqu^à la garde leurépée républicaine dans le corps des ciloyens de Chiusi. Quand les villes chassent les comtes, la capitale de Porsenne sUnsurge avec les blancs; mais Orvieto arrive et impose les Bovacciani avec les noirs
936 RtACTlON IHPRBIALE ET PONTIFICALS
ralliés à sa domination. Quand tous les peuples se révollent contre les évêques imposés en 4085, la ville
élrusijue renouvelle son émeute pour imiter Sientie, Pise et les \illes toscanes dans L'évolution contre le j pape; mais l'impitoyable Ûrvieto> dit la chronique, « (ait nn grand massacre de ces perturbateurs de la paix et tranquillité de la Toscane. » En idiH, rinsurrecstlon se répète et le peuple glisse encore dans son sangsous leferdes Bovacciaiiij d'Orvieto etdePérouse, . «qui lirent, dit le chroniqueur, grande vengeance de » leurs ennemis. i> La veugeance appelle La vengeance, et j en iOdS c les comtes fiovacdani, poursuit la chronique, ' furent tous massacrés par le parti Impérial^ hormis j un enfant qui fut dérobe an carnage par les dômes- j tiques. » Tragédie inuLilul la malheureuse CIlisiuih succombe encore à Orvieto « qui fit grande justice, conclut le chroniqueur, et les malfaiteurs rebelles s'enfuirent à Sienne et Arezzo. » Pour que le massacre profite^ on bâtit une tour au cœur de la ville « et plus tard, dansTère des consuls, en 1441, nous voyons le Bovacciani , échappé au massacre, réintégré et toujours ministre des hautes-œuvres d'Orvieto, qui dénie à sa victime la liberté des consuls. Ënûn quand les peuples demandent la. liberté de la guerre^ en llâS^ Cliiusi s'attache aux pas de Frédéric Barberousse, qui la protège et toujours inutilement contre ses implacables ennemis.
Mais le jour vient où les villes se fatiguent de protéger des hommes qui les engagent à soutenir la tyrannie et les caprices du vieux temps^ sans les dispenser de réprimer directement les insurrections populaires. Des magistrats sont substitués à ces alÛés onéreux, citoyens suspects, véritables ennemis sous le
CONTRB LA GtttlIRB AUX GHATBAUX. S37
foux semblant de l'amitié » et après une nouyellein-
surrcclion ou Ciiiusise révolte en ville rivale , Orvielo finit par déposséder les Bovacciani, qu elle avait protégés pendaaideux cents ans. Sous l'an 4345, Mathieu Viliani nous apprend comment le peuple de Florence ' èta à certains grands et gentilshommes les possessions et les biens que la commune leur avait donnés^ et le chroiii(|ueur fait observer que (f on les ùta de fait sans aucune raison, » en dehors du droit, de par la révolution. On spoliaitles Pazzi^ les Tosa, les ftossi : ailleurs c'étaient les mêmes empiétements sous d'autres formes et à travers d'autres vicissitudes.
Par une dernière ressource, les comtes se ralliaient paiiois a l'insurrection de leurs pro|)res sujets. Que demandait-elle dans les gros bourgs? Eile demandait l'indépendance^ l'autonomie^ le self-govemmeot pour n'être ni au vieux comte ni à la ville conquérante : mais cellen:! était implacable , toute puissante, orga* nisée, intéressée à dévaster les alentours trop dangereux, et le comLc aux abois .oUrail a ses vassaux l'indépendance et la liberté de l'empire ; il donnait des chartes, des constitutions; il devenait libéral et plus avancé que les citoyens et les consuls ; à la république qui décrétait la misère il opposait un état constitutionnel et prospère, et bien des villages se coalisaient avec leur comte pour tenir tète à des citoyens lyranuiques. Palestrine résistait à Rome par les Colonna très -aimés et toujours appuyés : Braclano» San-Marscianoj Anguillara, une foule de localités féodales imitaient Palestrine : en Toscane lesUbaldlni, les Guidi, les Santa-Fiora survivaient souvent en chefs populaires. Mais sous le rayon des villes commerciales ouvertes^ importantes, les comtes succombent avec les
23è BKACnON IMFilUALK SI FOHTIFIGAll
insurrections qu'ils patronnent. Ainsi le marquis de
Savone, dépossédé par Gènes en HOt, fomente iuiitiloment les insurrections de ses anciens sujets contre la république. Son iief est perdu à jamais^ quoique toujours révolté. Quand Sienne voit Grossetp à peu près indépendante^ grâce aux concessions des comtes Aldobrandeschi, elle fait sor-le-diamp le syllogisme des villes consulaires. « Grosse to, se dildle, n'appartient plus à personne; donc on peut s'en enijiaior. Oh! si elle était aux comtes, nous n^oserions pas y touctier. v Et la place est prise , foulée aux pieds des Sanois qui enétoulTent les émeutes dans le sang^ et c'est à peine si l'ancien comte peut obtenir à force d'astuce et de longanimilù qu'elle ne soit pas démolie. Mais ses murs tombent, sesiossés sont remplis^ six cent cinquante ties principaux habitants prêtent serment de fidélité à la ville conquérante qui exige de plus la promesse jurée de renoncer au droit d'appel auprès de toutes les puissances séculières ou ecclésiasti q ues . « La conclusion f u t, « dit la chroniiiue, que les Sanois restèrent les maîtres « de cette ville, qui les avait toujours empécbés de s'em- « parer de plusieurs lieux des marais... et depuis il « leur fut facile de s'étendre en prenant tantôt un lieui a tantôt l'autre dans la partie des marais toscans. » Ce n'est pas assez : en i310^ à Toceasion d'une descente impériale. Grosse to se révolte et Sienne lui enlevé ses magistrats, ses assemblées, tout, la réduit, dit encore la chronique i « à Téiat de multitude , pour qu'elle restât sans conseil^ sans chefs» sans direction. »
La guerre aux châteaux devenait cliiujue jour plus acharnée; les citoyens s'exaspéraient en se voyant sans cesse déçus, ou retardés par de misérables bicoques.; les
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GOMTRB LA GUBRRB AUX CHATKAUX. 230
chroniques de Gènes jettent des éclairs de colère. Ailleurs les scènes tragiques se multiplient. En 1231^ Todi, depuis longtemps hostile aux châtelains de Montemarte^ donne à leur chef André un sauf-condnit pour qu'il
vieillie négocier la vente de son château; mais à peine a-l-il passé les portes quil est jeté en prison etles citoyens lui signifient qu'il y restera sans manger tant qu'il n'aura livré son château. Voyant ensuite quil ne cède pas et qu'il ne meurt pas^ ils s'irritent de sa longue agonie, Vépient, le fouillent et loi trouvent douze queues de ligue. «Ah! s'écrient-ils , tu as inangé nialgré nos ordres, tu méprises la républi^jne ; tu payeras donc cent livres par queue de ligue, ou tu mourras de nos mains.» Mais, cette fois encore, le châtelain leur échappe , car après avoir lout livré, au sortir de sa prison il en appelle an pape^ qui lu? fait rendre son bien. Alors les Todiens se résignent à attendre sa niort, et quand elle arrive, en 1237^ ils forcent son fils à vendre le château à Pérouse, qui joue k rôle de préte-nom pour que la vente paraisse spontanée et puisse mieux tenir en justice. On paye 25^000 florins, on partage les terres achetéesen 468101$ eton forcequatre cent soixante-huit des principaux citoyens à s'en rendre acquéreurs; on a soin de choisir ceux qui sont les plus hostiles à la famille des Monteniarte. Mais la guerre continue sur chaque motte du sol qu'on subdivise , et les acquéreurs, aux prises avec les hommes du châtelain, bêchent en combattant et sans retirer un denier de celte terre vouée à la malédiction féodale. — En 1276, Orvielo emprisonne le conile Tancrède de Bisengo, et quand il reprend ses cliâleaux en se rachetant, les citoyens le déclarent traître à la patrie, et le traquent en I2â4 dans son château, décidés à en finir avec lui.
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€L Taocrède , dit Manente» se rendit à discrétioD avec « tous ses gensj qu'on conduisit aux prisons, et en fias- « sant par la grande place, il fut tué par le peuple, qui « coupa la tète au cîi[iitaiiii' liosso; les autres furent c pendus , et c'est ainsi qu on supprima beaucoup c d'ennemis d'Orvieto. d Le château de Bisengo fut rasé en 1^90. Voici un autre passage de la même chronique : « En 1319» les citoyens d^Onrieto assiégé- « rent Castel-Franco dans les marais et y prirent le sei- « gêneur Neri de Muntemarte avec vingt- cinq de ses « soldats (ju'ils conduisirent à Pitigliano pour les garc der^ craignant qu'ils ne fussent mis en pièces par « le peuple à Orvieto. j» Le comte Orsini de Pitigliano^ apprenant qu'un homme de qualité était sur ses terres entre les mains de gens de rien, se hâta de le délivrer; mais ces dernier Tenlèverent à leur tour, et sa femme, pour le racheter, livra le prisonnier délivré; « Et le « seigneur Neri, poursuit la chronique, fut mené à « Orvieto où on lui coupa la tète comme à un rebelle « et ses gens furent pendus. » — En 1258, ^enne fait mourir dans ses prisons les deux seii^aeurs de Torniella. L'année suivante, elle fait etouilrr dans son lit le comte de Sautatiora. En 1299, elle accorde la liberté à Neri de Stacdano en lui défendant de porter l'épée au sortir de sa prison, et à son premier pas dans la rue il est assassiné par Vannî Gherardino , gentilhomme floreniiu. En 1322, la république attire dans un traquenard le comte Guillaume de San la fiera, qu'elle fait enlever avec son Irere naturel. Florence n'était pas plus scrupuleuse que Sienne : en 1326 le comte Albert de Mangona était massacré dans sa chambre a Glîiadaj par un bâtard et par d*autres de sa famille, qui vendaient Mangona a Florence pour 17^000 florins d'or.
bijizea by GoOgli
COMTM hk G1IUUIB AUX CIMTIAIQU 241
En 1343^ les Pazzi de Cainpogiallo sticconibent, au nombre de dix, avec leurs partisans, iniiuoléb par les hommes de Castel-Franco; a de sorte ffue, dit ia chro- « nique> la famille féodale paya très-cher la longue « guerre et les injures qu'elle avait faites à Floreuce.» — Sous le rayon de Rome^ c'étaient les mêmes scènes^ et pour ne citer qu'un fait, le Belle Gajetani^ oncle du comte de Fondi et Mathieu de la Torre, sont pris en i350^ par les Romains, accusé de brigandage, et pendus avec leurs partisans.
Que de séve, que de vie, que d'héroisme , que de génie^ que de plans politiques et économiques I Combien de villes en germe ou de républiques en herbe n'ontelles pas péri dans les décombres des châteaux, sous le fer des \Uies,au moment où les serls s'agitaient pour se transformer eu citoyens! Simifonti a complètement disparu, nous léguant sa chronique, chef-d'œuvre de style, de grâce, de verve et de vérité historique; on y entend les vilains causer, marcher, chanter, batailler; ou croit même les reconnaître à leurs traits ci y retrouver des contemporains, tant ili: sont a la lois vivants et éternels. Leur maître, le comte Ail)erti , qui règne sur^ ses terres , où il a été réintégré par Frédéric Barberousse contre Florence, est vailiant, indécis, débonnaire et accusé de dureté, comme tous les princes, au moment du déclin. Surpris une nuit dans son fort de Pogne par les Florentins , il ne racliète sa liberté qu'eu promettant la destruction de Pogne et des toias de Certaldo, de Simifonli et d'autres forteresses, et de ne plus faire la guerre dans Tavenir à la commune de Florence. Alais sa soumission alarme la campagne tout entière, qu'il laisse exposée à l'invasion florentine. Sati-Germignam se croil aiciiacée ; les com-
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tes perdent leur allié le pins puissant^ Sienne perd sa sentinelle avancée, et tont ce monde^ à moitié féodal^ à moitié plébéien , songe a suppléer à la défection du comte par la liberté républicaine de Siiriifonti. «Ainsi • les Sanois^ dit la chronique, commencèrent^ par Ten- « tremise des hommes de San-Germignano et d'autres 8 localités » à travailler les hommes de Simifonti , les « poussant à se révolter contre le comte Alberii et le « calomniant comme s'il avait stipulé de les livrer, à a d'iniques conditions, à la commune de Florence ; de c plus^ ils leur promirent aide et secours s'ils voulaient c prodamer la commune et vivre avec des lois à eux, « ou de toute autre manière, en suivant le parti impé- « rial^ les berçant de Tillusion de les faire affranchir « par un diplôme de l'empereur, dans le cas où ils se a mettraient en liht i lé. ils ne manquèrent pas non « plus de suborner quelque puissant de l'endroit» en € lui donnant des espérances diverses et fantastiques.» C'était le cas de dire qu'ils ne parlaient pas à des sourds. Depuis longtemps les habitants de Simifonti songeaient à s'insurger. «D'abord, poursuit la chronique, ils se « plaignaient d'être malmenés par le comte. Ensuite « ils avaient mal pris la nouvelle qu'on détruirait leurs « tours; et ils ne pouvaient se faire à l'idée d'être ven- « dm, et surtout à la commune de Florence, leur an- « cienne ennemie. Le comte les fatiguait, ils! accusaient « d'aval ice, de hauteur, de se laisser entraîner par les « femmes, de ne faire aucun cas de ses sujets. Ainsi le « mécontentement, les instigations des Sanois et des « hommes de San-Germignano, la position de la terre « forte, militaire, armée, peuplée, la captivité du comte, « qui se trouvait affaibli et déconsidéré, qutUjucs ré- « bciîious qui avaient commencé dans les oleniourst
CONTRE LA eomiM AUX CHATlAtJX. 943
« toutes ces causes poussèrent les hommes de Simitonti c( d^abord à s'entendre en secret^ ensuite sur les places « pour proclamer la liberté (per vendicani in libertà}, Linsurrection est dirigée par Acoorsi Pitli; homme à ressources et de grande naissance^ il Tise^ dit-on, à reformer la \ille, peut-t Ire à la dominer, et fils d'une sœur du comte, il ne man*]iie pas de pi etentions sur la terre. « De sorte que^ continue la chronique, il tenait « grande maison, et tout le monde le respectait parce « qu'il était affable, hardi, beau parleur^ et par son ff habileté et gentillesse capable de tout faire à mer- « "veilie. » La révoluLioa éclate. Accursiel ses liuiiimes distribuent les armes ; la plèbe les suit; on s'empare de la place au cri de : liberté 1 liberté (franchigial franchigia)[ On se rue sur le palais; le juge du comte faillit être jeté par la fenêtre : c'est à peine si quelques bons prêtres parviennent à le sauver; le palais est saccagé. Mais la révolution ne se perd pas dans un vide tumulte ou en vaines vociférations. Voilà un lettré qui parait au balcon. Court et élégant, il sait manier la parole; il sait Texploiter; il célèbre en quelques mots la révolution, et fait nommer une dictature de douze personnes qui se renferment dans le palais. Le peuple stationne sur la place, de crainte qu'ils ne le livrent aux grands. C'est en vain que quelques vavasseurs s'efforcent de l'elojgner; li reste, appelant à grands cris les douze délégués, qui paraissent enfin au balcon^ proclament leur décision , et statuent qu*avant tout on créera un seigneur ou capitaine du peuple, assisté de deux anciens annuels ou consuls pour conseillers^ qui résideront au palais avec un ju^e, un nulaire étranger, nn [)ré\ôt des gendarmes, des huissiers et des domestiques ^ qu'on iormera un p^tit con*
S44 niAcnoir iiipéiiuLB n pohtifcau
seil de cinquante lecteuts ( le sénat) pour les atfaircs importantes^ et que chaque famille enverra un citoyen au grand conseil (l'assemblée nationale) qui se réunira au son du beffroi , ou par des signaux de feu. Accorsl^ parent du comte, est nommé capitaine ; le jour snWant^ le peuple nomme les consuls, le ju^e et le notaiie étranger (de San-Germignano ); le mènie jour on i'onne le parlement {fu parlamentato) avec un homme par famille pour déterminer la manière de s'armer. Tous prêtent serment aux statuts, les vayasseurs comme les plébéiens; personne n'est excepté de Tobligation^ toute la république reste ainsi engagée , la réaction elle-môme se trouve compromise, et le comte Alberli, qui aurait voulu marcher sur les manants en ralliant les Tavasseurs» renonce au combat
Que pensait Florence, la ville de la liberté républicaine? Dans sa prudence, devenue proverbiale, elle pensait que si le coin le avait cte un obstacle, la république de Simifonti était un daiigi r : i ile se i)osaitdéjà en ville rivale; elle s'alliait avec Sienne et San-Germignano; elle s'inféodait Pogne, à son tour insurgée contre le comte Âl^rti; elle écartait Âcoorsî^ le beau parleur de la branche cadette; elle le remplayait par uii capitaine, plus républicain emprunté à Pogne; elle exerçait tous les droits des comtes Alberti ; elle narguait les Florentins. On disait déjà dans la campagne :
Fiorenza fatti în Ih Glie Simifoiiu si là ciità.
Et les Florentins de s'en plaindre , non pas à Simifonti , niais au comte Alberti. 11 avait beau répondre que, beaucoup plus endommagé que Florence^ s'il avait pu réduire Simifonti , il n^y aurait pas
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manqué. Florence s'adressait à lui : n'était-il pas le maître? n'était-il pas le comte? donc il était responsable , seul il était en cause. Les paysans étaientpils des citoyens? savaient- ils ce qu'ils faisaîentt Le comte, accablé de tous côtés, dut abandonner ses droits^ et alors Tarmée florin line marcha sur le village. Au premier abord, Simifonti imita son maître, en se livrant avec serment de fidélité aux Florentins. Plus tard^ excitée par StMine, elle se révolta^ et cette (ois Florence en rasa la forteresse et les remparts. Enfin, après cette démolition, c^est-à-dire quand le village se trouva désarmé et à la merci de Florence^ « un beau jour, « dit la chronique, quelle qu'en fût la raison, Simic fonti fut détruite de fond en comble ; le cliâteau, € les tours, les maisons, les églises, tout fut rasé, et les « consuls* les sénateurs, le peuple et la commune de « Florence, firent un décret solennel qui défendait à a jamais de reconstruire ledit \illage et de bâtir des « maisons sur la colline. A la môme époque, la même « décision fut appii(juée à d^autres terres ou châteaux « qui avaient été hostiles aux Florentins; et c'est ainsi c que, Tan du Seigneur 1^, finit la malheureuse ville < de Simifonti. »
Capriata^ en Piémont, subit le même sort. En 1235, Alexandrie en détruit les maisons et les églises, en met en pièces les habitants; les femmes n'y sont pas épargnées; on sévit sur les cadavres/ on arrache les morts au tombeau^ on couronne les fossés par des rangées de crânes, et les habitants qui peuvent s'échapper se réfugient à Gavio , chez le marquis. — Milan rase Seprio; et jusqu'au xvii« siècle le podestat de Milan continue à promettre, sous serment, que Seprio restera par terre. Dans le kaléidoscope de la révo-
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lutlon italienne , les lois générales de la politique font reparaître plusieurs phénomènes de la guerre municipale comme des phénomènes de la guerre
aux châteaux. Toscolo , Tivoli , Albano , Palestrine , "villes rivales do iiome, ne sont-elles pas «le grands châteaux qui Ûotient entre une conquête imminente et leur propre révolution? Toscolo à la tête de la féodalité, vers Tan mil» siège des comtes qui s'inféo* daient la papauté^ chef de tontes les guerres munidpales contre les Romains, s'agite vers tlG8, sous le comte Rainon , pour arriver à l'indépendance républicaine. Le comte croit éviter Tincendie en obtenant de l'antipape d'échanger Toscolo contre Montefiascone^ et tout à coup Honteflascone le refuse. A son retour» la Yflle le repousse; il se voit dépossédé , et son fief, devenu lejiuljlique, se trouve devant Rome comme Simifonti en présence de Florence. Pendant quelques années» le papq » en exil» protège la république et s'en sert comme d'un rempart contre Rome; mais la destruction de Toscolo deirient un principe de la révolution romaine. Sous Lucius III» les Romains ayant surpris des prêtres aux environs du château rival, les aveuglent, les mettent sur des àues et les forcent par serment de se présenter au pape» ainsi aveuglés , à l'exception d*un seul chargé de conduire l'horrible procession. Quand Henry VI demande le couronnement aux Romains : « Oui , tu seras cou- «ronné, lui répondent-ils ; mais, sauf la liberté des « consuls^ .^auf le droit de la guerre, sauf la guerre aux a châteaux ; ituuper, foc nobU jitëtiUam de casteUis tuis, « qwB $utU in Tusculano. » Le grand château» qui se croyait en surêté sous le drapeau impérial, avec une garnison allemande» est promis au pape citoyen Clé-
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ment UI^ livré à son sacoesseur Céleslin UI, également citoyen et consulaire, et transmis au peuple qui le détruit en écrasant les habitants, les uns massacrés, les autres aveuglés, les autres mutilés, et tous dispersés : de sorte que le peuple de Rome ne laisse au pape que la terre sans qu'il y reste pierre sur pierre. Plus tard ^ les nouveaux habitants^ réunis sur la coltine, se construisaient des cabanes et formaient des masures couvertes de feuilles « de irasche, » et le nouveau village s'appelait Frascati. — ^ Tivoli succombait à son tour. — Palestrine, bien que protégée parie comte qu'elle chérissait, était rasée, en lâ98, par Bonifacë YIUi au nom de l'Église et du peuple de Rome*
Les comtes qui résistaient, ceux qui cédaient, les châteaux tidèles au chef féodal, ceux qui proclamaient les consuls , tout pliait sous la domination des villes qui s'étendaient par amour ou par force, par la liberté ou par les répressions, par les alliances ou par les combats acharnés. Ici des villages étaient comblés de bienfaits, là ils étaient démolis pour toujours; ailleurs, on attendait de longues années la mort d'un chef, un assassinat profitable, un désordre utile. Mais si la conquête matérielle était longue, lente, pénible, il n'était pas moins difficile de la transporter dans le droit et dans la légalité de l'époque. Ici il s'agissait d'enlever aux feudataires les juridictions inaliciiables, les châteaux de l'empire , les privilèges consacrés par la tradition féodale. Le combat momentané et transitoire pouvait traîner à travers les chicanes, les prétextes, les représailles, et peu importait que dans la chaleur de l'action un seigneur fût pris, emprisonné ou pendu; mais le lésullat dernier de la victoire devait con-
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corder comme la monnaie avec la haute légalité impériale et poQtiiicale, sous peine de se voir sans valeur dans le commerce de la vie. On éluda la loi, en obligeant les vaincus à signer des traités par lesquels ils se déclarèrent les alliés de la commune. L^alliance autorise toutes les concessions, sans préjuger aiicnn principe; on peut tout accorder à un allié; on peut s obliger aie suivre, à le défendre envers et contre tous, à lui fournir des armes, des soldats ; sll est fantastique et mé0ant de caractère, on peut le rassurer; lui livrer des forteresses, lui promettre de démolir les tours incomiiiodes, <ii' comblei les fossés malveillants. Que peut-on refuser a un ami? Pourquoi le cha^rriner, en lui déniant la haute et basse justice, les péages, les fidèles, les corvées» une fouie d'agréments jadis réservés aux châtelains? les villes prenaient tout. Ce mot d'alliés que les Romains donnaient aux peuples con* quis et tributaires, et que les suzerains du moyen appliquaient aux s/rands vassaux, était exploité dans toute la latitude de son équivoque, pour asservir les fils des Longohards, des Franks et des Allemands, domptés par les peuples qui renouvelaient en sens inverse Fantique conquête des rois. Les chfttelains marcliaient a la suite des citoyens, derrière le char des consuls, en censitaires, en trihulaires de la révolution que la déroute rendait complaisants et qui étaient lorcés de s'attacher à Talliance, leur dernière ancre de salut, unique moyen pour conserver leurs biens, leurs terres, une partie de leurs serfs» quelques châteaux et les restes d'unepuissanceque la ville s'engageait à respecter. Mais le résultat de la victoire ne s'arrêtait pas à 1 alliance. Trop indulgente, trop respectueuse dans la forme, elle laissait au châtelain un faux air d'indépendance qui le
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dérobait aux tribunaux consulaires et le plaçait toujours sous la protection de Tempire. On exigea de lui un dernier acte d'amitié et de déférence, en le forçant de se déclarer citoyen. Dès lors, son individualité s'effaça, son moi se trouva fondu et confonrl u avec tous les individusqui composaient le peuple officiel ; son action^ ses biens, sa fidélité tombèrent sous la juridieUon des tribunaux consulaires, et la ville put le juger, le tenir à sa merci et s'inféoder les restes de sa lorlune. On l'obligeait à bâtir un palais dans l'enceinle de la ville, à y résider annuellement pendant un nombre déterminé de mois; en temps de guerre > la durée de son séjour éCaitdoublée; on tenait à observer de près ce roitelet de la campagne, à Savoir sous la main , à s'assurer de sa personne, de sa iainille, dans le cas où il voudrait re venir à ses alliances d'autrefois avec les villes rivales ou avec la réaction impériale ou ponliticale. De son o6té, il se résignait à accepter le titre de citoyen et à prendre en bonne part toutes les avanies civiques et consulaires. Ce titre, ces avanies, aux formes respec* tueuses^ étaientencore une garantie sans laquelle il se serait trouvé au ban de toutes les communes , harcelé sans cesse par la guerre consulaire, entièrement spo* lié et au reste oublié de ;rempire. Que s'il ne devenait pas citoyen parforce, dans la ville qui le subjugait, il le devenait par amour dans la ville rivale qui lui permettait de prolonger la résistance : à droite ou à gauche, partout la detoute, Talliance^ la naturalisation Tattendaient connue la fin dernière de la vie de châtelain. Ainsi, les Montemarte, les Titignano, devenaient citoyens d'Orvieto; les marquis Occimiani le devenaient d'Alexandrie; les marquis du Caretto, de Gavio, etc. , se naturalisaient à Gênes; les comtes de Savone, le mar-