CHAPITRE UI
US ClTaiENS ET LES CONCITOTEIS.
Les châtelains naturalisés et déportés de vive force au cœur
de la ville se vengent en construisant des forteresses intérieures,— ei recommencent un combat qui ne peut plus finir. —Guerre civile de Gênes, — de Florence, — de Pistoie , de Milan.— Massacres de Brescia.— Malfaenrs de Padouet—Lut* les de TréTÎse — Vicence et ses pacifications monacales.— Vérone à la suite d^SeeUno de Romano contre ses concitoyens. — Les Camino citoyens à Trévise etconcitoyensà Feltre. — Les partis de Lodi, — Mantoue, — Faenza, — Mod6ne,— Bologne, — Reggio. — Les Vingt-quatre et les Vingt-sept df Sienne — Les deux noblesses de Ferrare.— Le peuple et la commune d'Alexandrie.—Les chevaliers et la Société de Saioi-Georges à Ciiieri.-^Les Coceo et les Oatti de Titerbe.— Les PrêfHU et les Bovacciani d'Ovieto.— Les consuls et les nobles de Pérouse.- • Camerino, — Osimo, — Ossola , — San-Sepolcro , — Pise, — Céshne, — Terracina aux prises avec les Frangipane. — Scènes variées de la guerre civile. — Progrès général de la démocratie et de l'anarchie.
La campagne est libre; tous les chàtelaios sont dispersés au sein de la commune : il faut qu'ils renoncent
aux batailles féodales, aux guerres pri^ées^ aux plaisirs entraînants de la chasse aux hommes; on leur a lail promettre de vivre en bons citoyens. Tiendront-ils leur promesse? obéiront-ils aux consuls ? C'est impossible; le contrat qui les enchaîne a beau être perfide et injurieux , il garde une dernière trace du droit féodal, et ses généralités équivoques laissent passer sous une nouvelle ioniic la tradition de l'arislocratie pontificale et impériale. QuVl-on pris aux vamcus? Des juridictions^ des tours» des châteaux» des tbrteresses»
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des troupes régulières, tout l'appareil des principautés indépendanteSjTnais ils gardent les terres, les palais, les biens-fonds , les serfs devenus paysans ; une richesse colossale comparée au modeste pécule des citoyens, et consacrée par le pvesiige des tilresi des tradiUonsde Fart militaire de la chevalerie el d'une foule de riens influants encore aujourd'hui , et d'une importance écrasante alors. Vaincus en rois de la campagne, les cliàtelains passent les portes de la ville en grands personnages^ et presque en vainqueurs. Leur supériorité se révèle dans reflPort même qui la nie ; ce domicile qu'on impose, ce séjour forcé, au milieu des boutiquiers, suffiraient seuls à leur rappeler qu'ils sont à la fois insultés et redoutés, avilis et lout-pu lissants, garrottés , luais avec des toiles d'araignée. Ils recommencent le combat sur la i^ase même de leur défaite. Puisqu'on les oblige a construire m palais, ils élèvent une forteresse crénelée ; puisqu'on a détruit leurs tours dans la campagne, ils les relèvent aux angles de leur palais; puisqu'on leur a enlevé leurs fidèles , ils arment leurs valets, leurs clients, ils s'inféodent la iimUitiide, pour la tourner contrôle peuple, et c'est a qui d'entre eux témoignera le plus de mépris contre les statuts et les consuls* Voyez oe consul, dit le grand seigneur, son père mendiait aux portes de mon chftteau; voyez oe sénateur, il m'a toujours SLirlaiL dans ses comptes; voyez ce Caton, il nous voletons, dans sa boutique; et les quolibets plenvent sur cette cohue de citoyens aui origines héroi-comiques et soi-disant romaines, pour égayer les chevahen. Personne ne les respecte, pas même les professeurs de Bologne, tous impérialistes, en tiaine de Torgueilleuse médiocrité des républiques, et les concitoyens recora-
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mencent la vie féodale de la campagne , en face des
parlements forcés à leur tour de recommencer la guerre aux châteaux contre les palais. On entre dans rère de la guerre civile et des batailles perpétuelles. C'en est fait de l'ancien calme^ de Tunion intérieurei de ces temps du comte^ de résèque et même de la guerre municipale où tous les habitants^ nobles et bourgeois, tenaient à embellir la ville, à l'étendre, à la fortifier : car elle était leur asile à tous» sans distinction de parti. Pour les concitoyens^ elle n'est qu'un lieu <ie déportation; leur patrie est dans les châteaux, sur les Alpes, dans les Apennins. « Si la ville est détruite, dit une a ebronique de Pistoie, ils retourneront à leurs anti- « quités, où ils ont leurs maisons et leurs terres. » Pour eux, les consuls, le gouvernement, les emploie, les palais, l'hôtel de ville ne sont que des moyens, des armes, des tranchées, des fossés qu'on peut prendre ou détruire» défendre ou atlaquer, suivant que l'exigent les circonstances du combat : ils préféreront toujours la démolition de la ville à leur propre défaite.
La nouvelle lutte intérieure est aveugle et sans issue, comme la guerre municipale. Auparavant, les citoyens pouvaient toujours compter sur la destruction des cbàteaux ; l'irradiation du centre, protégé par les lois de la guerre, leur assurait la victoire sur les bâtisses inorganiques de la campagne. Mais cette fois il s'agit de combattre Tinfluence de la richesse, la féodalité du capital, la force de Targent, le prestige des grandes familles, les alliances soudaines de raristocratie , la rébellion des petites communes que la sédition féodale ne manque pas de tourner contre la ville» au nom d'une liberté plus que citoyenne, et d'une démocratie nulle lois plus avancée. L'argent cbL aux prises avec
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rargent , la bonne a^ec la bourse, la fioanoe avec la flnance; les mattres de la terre sont ansei forts au
moins que les chefs des ateliers^ avec la différence que, pour eux, la guerre est un jeu , pour les citoyens un désastre; en combattant , la noblesse s*aniuse> la bourgeoisie se ruine. Si Témeute se déclare , si on ferme les boutiques » si la ville est cernée , si les routes sont coupées, si les débouchés sont bloqués^ le peuple ne peut plus résister, les biens-fonds tuent les fabriques. L'impossibilité économniue de Tissue se reproduit dans le droit ; les cuminuaes ne peuvent pas espérer de supprimer la féodalité impériale; elles ont pu la tromper , la torturer par des fictions , il leur est impossible de la vaincre sans détruire TÉglise et Tempirts base première de la révolution et de loutes les villes libres. Hostile par principe a la loi impériale , la conuiuiiie serait bors de la couslitution v générale et la première ennemie de sa propre ricbesse^ de ses propres monnaies. Les cbâlelains naturalisés ne peuvent espérer , à leur tour^ d'anéantir le commercei rindustrie» la liberté des communes dont les titres juridiques tiennent à l'empire autant que ceux des duchés et des comtes. Donc, aucune soLuliou, et la lutte entre le pape et l'empereur, inaugurée dans le pacte de Cbarlemagne et transformée en une loi de la révolution italienne^ se présente d'elle-même aux citoyens et aux concitoyens pour éterniser leur combat. Les citoyens de la baute Italie s'attachent au pape ; ceux de Rome et desDeux-Siciles invoquent l'empereur; et vice versà, les coiieitojens de la haute Italie suivent Tempereur, tandis que ceux de Kome et de la basse Italie invoquent le pape pour Palerme. Ainsi, après la guerre municipale^ après la guerre aux châteaux^ l'histoire
ET LES CONCROnifS. 357
idéale réciaine la guerre civile violente, et sans issue^ sur tous les points de Tltalie.
Trente-quatre ans après sa première guerre aux
châteaux, en 1153, Gênes se sent alourdie; d "après l'expression de la chmïHquc, « elle s'endort, » et ses consuls avisent aux moyens de Tarracber au sommeil qui l'accable. Évidemment, les endormeurs sont les châtelains naturalisés^ et le Morphée qui secoue les pavots est Frédéric Barberousse^ qui vient d'arriver eo Italie. Les consuls soulagent la république en rachetant trois châteaux mis en ^age et en répriuiant des séditions : «Unde cives qui dorinierantaliquanlulô surrexcrunt.» Six ans plus tardj la guerre civile est encore le graud souci des consuls^ qui prennent de nouvelles mesures; « de sorte que^ dit la chronique^ pendant tout leur coni sulat, personne n'osa faire ni batailles, ni émeutes.» Au bout de deux ans, la guerre gronde encore au fond de la république, et « les consuls réduisent les dissi- « dents à jurer, de gré ou de force, qu ils ne revienadront pas aux rixes habituelles et aux luttes. » Enfin, en 1163^ un an après la destruction de Milan par Frédéric Barberousse, la guerre éclate^ et la chronique fait remarquer que les concitoyens visent déjà à ruiner ks parvenus : a Les gr^yids, dit-elle, étaient heureux, « parce que ceux qui taisaient la iiuerre et qui étaient « riches s'affaiblissaient. » On obtient une trêve avec une peine infinie, « post multum laborem ; » et Tannée suivante la guerre civile recommence plus forte que jamais. « On commença dit la chronique, une bataille « très-cruelle entre Folcone de Castro, qui était arrivé «au port de la part du marquis Malaspina, et Roland i Avvocati, qui s'y rendait de la part du Juge. » Bientôt T. II. 47
les combaU se multiplient. Uq conciloyea, le marquis de Volta, qui s'était glissé parmi les consuls^ est assassiné dans sa villa par la plèbe; ses collègues dans le
consulat n'osent plus convoquer le parlement : c^est Tarchevêque qui le convoque , et sur ces entrefaites le marquis Malaspina menace les possessions de Gênes. « Voyons, disent les consuls^ Tannée suiyaute, voyons « que la république ne périsse pas, telle est la dissen- € mn du peuple et la guerre plus que civile.» Ils sacri* fient le parti desgrands^ en rasant les tours d'Ingonede la Voila ci d'Amicone. Mais ce n'est pas assez : au bout de trois ans, en 11G8, les Cendati citoyens combattent les Volta concitoyens; le liis dlngone de la Volta est tué^ et l'année suivante les combats, plus acharnés que jamais, poussent les consuls à la résolution désespérée d'introduire dans la ville deux cents affîdés {eUentes) pour bloquer les chefs militants et déférer à un grand conseil de coiieiliation toutes les (iuerelles qui Iroubient la république. La guerre civile est si inhérente à la loi que le conseil qu'on improvise se demande s'il doit suivre la loi ou Téquité. Sa décision n'est pas connue, mais, en attendant, les Juges redoutent la loi, la croient impuissante, peut-être réactionnaire : a lus strictum « timens et expavescens. b Les débals ne justifient que trop leurs prévisions ; les piai4i>iries écrites deviennent des libelles qui propagent la sédition, et sont deiendues probablement encore par une nouvelle violation de la loi. Le résultat de toutes les délibérations, d'après la chronique, fut que : « 11 fallait, de droit, six guerres ou « duels champêtres entre les grands citoyens.» Ici encore on songe à éluderrimplacable loi quia réuni les citoyens et les concitoyens, pour les forcer au coî nbat. Les consuls s'entendent secrètement avec les femmes, les sœurs.
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les parents des combattants et avec i'archevèquey qui les seconde, et une nuit le beffroi appelle soudainement tous les citoyens au grand conseil. Les portes
de la ville sont gardées par des moines ; on étale les relitiiH s de saint Jean-Baptiste; le clergé, en snrplis, assiste au grand conseil^ et les parties belligérantes, réveillées en sursaut» se trouvent en présence des consuls et de rarchevèque, qui réclament le sacrifice de toutes les haines, au nom de la patrie et delà religion. Le chef du peuple est encore ce même Roland Avvocali qui avait commencé la guerre au port contre l'envoyé du marquis Malaspina. «11 refusait d'ac vancer^ dit la chronique , se jetait par terre , se dé- « chirait les habits, et en pleurant îLinvoquait à haute c voix les victimes de la guerre. Ses parents, ay an t pro- « mis d'aider les consuls, Pentourèrent et ^adjurèrent « de pai doimer à ses ennemis. Il restait morne, hébété, « attaché à la terre : alors les consuls s'approciièrent de « lui^ l'archevêque et le clergé s'avancèrent avec la a croix, le traînèrent, presque de vive force, devant « l*Ëvangile, le priant de s'en remettre à eux^ et, enfin « dompté^ il prêta son serment de pacification. » Hais il fallait compter aussi avec les chefs de la noblesse : Folcone de Castro , Tenvoyé du marquis Malaspina, qui avait été la première cause de la guerre et le premier ennemi de Roland, ne daigne pas même se déranger pour aller au conseil; il reste dans sa maison, et quand on le prie d'adhérer à la paix, il déclare qu'il n'y consentira pas s'il n'y est autorisé par son beau-père, Ingoiie de Voila, dotit le peuple avait déjà rasé une tour et Iik; h? père et le fils pendant la guerre. « Les consuls, continue la chronic que^ se rendirent chez les deux partisans, les ame-
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< Dèrent au parlement^ et^ toujours respectueux^ après c les avoir suppliés^ les conduisirent au pupitre où, « après bien des murmures, ils obtinrent le serment « de la paix. Les partisans cboisis par les consuls imi- € tèrent immédiatement les deux chefs et s'embrasse- « Il rit, et aussitôt Tarchevêque et le clergc chaulèrent « le Te Deum, en remplissant toute Téglise de Itur? a voix. » Le chroniqueur n'explique pas les causes de la guerre, et il est facile de voir qu'il s'abstient d'en parler, de crainte d'éveiller de nouveau la discorde. Cependant après avoir exposé la scène de la conciliation, il laisse comprendre qu'il ne s'agissait pas seulement de quelques querelles qu on pouvait vider en champ clos; mais de la démocratie ijui combattait l'aristocratie. « On avait, dit-il , ourdi plusieurs conspira*c lions; les conspirateurs n'étaient pas seulement ceux « qui combattaient ; il 7 en avait d'autres , grands 4c et petits , « châtelains et citoyens. » Ils songeaient, poursuil-il, «à se fortifiei, a se rassurer en se raclant « avec ceux qui combattaient. » Par contre-coup, toute la campagne s'insurgeait contre la ville, a Les ren- € contres et les factions, dit la chronique, étaient conc tinuelles dans les villages (perpUlna); les paysans « (forici) pensaient à s'insurger, et méconnaissaient « les seigneurs des terres qui n'osaient plus se venger « ni s'aventurer dans la montagne , et toléraient a le dommage pour ne pas s'exposer à des injures, c Les attaques et les assassinats se multipliaient. » En combattant les nobles, le peuple perdait ainsi ses plèbes, ses petites provinces : peut-être l'aristocratie se vengeait-elle , en excitant l'insurrection de la campagne; peut-être poussait-elle les paysans à proclamer de petites républiques. Mais après la paix de
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Roland Awocati et de Folcone de Castro, « les consuls o poursuit la chronique, se rendirent ù Lavagna et à « Polcevera, où ils dressèrent leur tribunal; aux uns «ils fimnt couper la main; aux autres, le pied; * « quî> fat emprisoDDé ; qui, rançonné, et la rébellion « tomba; de sorte que tout voyageur connu et inconnu a pouvait aller et -venir sans crainte : Respublica ad «pristinum statum redire cœpit. Tout ce qu'on croyait « en ruine se trouva rafTermi, et alors on vit rire ceux a qui avaient pleuré, et tous les désastres se trouvèrent c nlparés par la probité des consuls. » Tel est le dénoûment du drame, d'après le chroniqueur, qui souhaite la fin de hi guerre ; mais il n'y a pas de dénomment : la paix n^est qu'une trêve, et désormais Thistoire de Gênes n'offre qu'une série d'éclats ou de querelles qui se renouvellent comme les accès d'une fièvre intermittente et toujours en progrès.
Ainsi, en 1170, pendant la guerre de Pise, les consuls ne maintiennent la paix qu'en constituant un tri* bunal permanent de quatre arbitres pris dans les deux partis d*lngone et de Rolando, et chargés de vider en vingt-quatre heures, de gré ou de force {ratimeauî concordià)^ les différends qui surgiraient. lutte continue, en H 78. entre les Mazanelli et lesNavarri; en 4480, entre les Grilli et les Venti, entre les Porcelli et les Scotti : le chef de ces derniers sort de Gênes et se laisse raser ses maisons plutôt que d'accepter une paci* ficatiou consulaire. En 1183, c'est pis encore : Falcone de Castro et les Venti sont aux prises avec le parti citoyen, représenté cette fois par Buldonoso et les Doria, que je voudrais appeler De Curia, tl* la Cunnnune, d'après le texte de quelques anciens manuscrits. 11 en resuite une a grande guerre à Basamne,j» nouvelle on-
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duiation. où les vagues grossissent. Si le peuple se contient, c est qu'il dévore les injures pour tenir ouvertes ses boutiques, et dans la crainte de voir les villages insurgés de nouTeau , comme en 11^. £t les nobles de se jouer si bien de sa patience cupide, qu'en 1187 Tun d'eux, Lanfranc, fils de Jacques de la Turca, a poussé par le démon^ » dit la chronique, tue le consul Anirelerio de Mare. Alors les citoyens ne peuvent plus dissimuler l'outrage^ et « on vit naître^ poursuit c la cbronique, une foule de haines et de séditions ou a nos pédiÀ ressuscitèrent les inimitiés latentes et les « discordes. « Deux ans après^ les refrains de la chronique annoncent une ondulation plus meurtrière, encore, «avec beaucoup deséditions, de combats et de «haines innombrables ; a et le flot des concitoyens monte à tel point que Laiifranc Turca, l'assassin du consul, est ramené à Gènes par un légat de TÉglise. C'est pourquoi le chroniqueur annonce de nouveau a un « grand nombre de discordes, de conspirations el de a séditions ; » puis 1 assassinat d'un homme consulaire, tué par les Castro, puis la démolition du [lalais de ces derniers, détruit par ordre des consuls, et en 1194 la guerre s'étend pour embraser toute la ville, a Les Volta> «dit la chronique I construisant une machine extraa ordinaire, dressèrent un bélier attaché à la tour de « Oberto Grimaldo, et à la nouvelle tour de Oberto « Spinoia ; et par ce bélier, ils détruisirent, à la vue de c tout le monde, la nouvelle tour (jue Biildouoso avait a bâtie dans le carrefour de Saiût-Cyr. Delearcôté, les a Doria construisirent une machine dans le potager de « Saint-Gyr, et lancèrent des pierres aux maisons et aux « tours des Spinoia et de Oberto Grimaldo. Ceux-ci^ à « leur tour, éievereut plusieurs machines et jetèrent
BT LES COHaiOTBIlS. 263
c des pierres aux maisons et aux tours des Doria... »
L'histoire de Gênes se répète à Florence, mais avec moins d'oscillations un mouvement plus élégant, on dirait presque avec onction, avec grâce, ainsi qu'il sied à la ville des miracles politiques et des formes ecclésiastiques appliquées aux choses de ce monde. Laissons parler Ricordano Halaspina. « En 1170^ dil-ll^ ceux de « la maison des Uberti, qui étaient les plus puissants et a les plus grands citoyens de Florence, avec leurs « partisans nobles et populaires , commencèrent à a guerroyer contre les consuls, qui étaient les seigneurs « et les directeurs de la commune; et la guerre fut si Avariée et acharnée que chaque Jour, ou du moins « tous les deux jours , les citoyens se combattaient « sur plusieurs points de la ville , d'un quartier à « Tautre, d'après les partis. Ils avaient armé les tours, « et presque toutes les familles nobles étaient d'un « parti ou de l'autre . Les tours, très-nombreuses , «étaient les unes hautes de cent^ les autres de cent c trente brasses^ et tous, ou presque tous les nobles « en avaient : ceux qui en manquaient en firent « construire , et on y plaça des balistcs grandes et « petites pour lancer des pierres et plusieurs rues étaient « barricadées. » — « Cette pestilence , ajoute la cbroc nique, dura plus de deux ans ; de sorte que bien des « personnes moururent ; la ville courut mille dangers, « et le dommage universel fut très-considérable. L'ha- « bitude du combat s'était développée à tel point qu'un «jour on se battait, et le jour suivant les combattants 0 mangeaient et buvaient à la même table en causant de a la valeur qu'ils avaient déployée les uns contre lesau- « très dans les batailles de la veille» » Mais ce ne sontici que les débuts, les chfttelains ^ne sont pas encore sub-
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juRiiés et la pierre aux châteaux n'a donné ni ses dernièrcs conséquences, ni ses naturalisations définitives. En 1184, Frédéric Barberousse frappe la commune en rendant d'un seul coup les châteaux et la campagne aux châlelaios, et le caractère de la ville se révèle aussitôt, les citoyens cèdent sans résister; au( un d'eux ne se lève : à quoi bon? Do^iés d'un respect tout particulier [»our la force majeure , ils attendent des jours meilleurs. A la mort de Frédéric, ils reprennent en une fois toute la campagne, et les concitoyens, à leur tour, s'effacent sans conteste, sans combat, sans tumultes inutiles , toujours comme il sied à de sages Florentins qui transportent l'onlre dans tontes les alternatives du désordre. Ils ne reparaissent qu'en 1215, quand l'avènement de t i edéric U à l'empire faitespérer un nouveau Frédéric Barberousse, et alors seulement la scène changée les appelle à une nouvelle lutte, avant même qu'ils le sachent. Un jour, messire Buondelmottte des BuondelmontI, fiancé d'une Ainedei, tombe subitement amoureux d'une Donati -jui lo fascine du regard, et il l'épouse, en oubliant ses engagements antérieurs. « Pour la(jueilc chose, dit Ricordano, lespa- « rents de la fiancée,... et plusieurs familles de nobles « conspirèrent afin de se venger de la dédite de messîre « Buondelmonte; et en devisant sur ce qu'ils devaient « faire, s'il fallait l'offenser, le battre ou Je blesser, cr Mosca des Lamberti prononça le mauvais mot : Quand « c'est fait, c'est dil. Le matin de Pâques, les conspira- « leurs se réunirent dans la maison des Amedei de aSaint-Étienne, et le susdit messire Buondelmonte « qui arrivait d'au delà de i'Arno, richement habille' « de blanc, sur un palefroi blanc, fut tué par ceux de « la femiile des Uberti, aux pieds de la statue de Mare *
ET IBS CONCITOYENS.
(rancienne divinité de Fioreace}.Gette famille des Uberti, qui combattait les consuls quarante^inq ansauparavant, 86 retrouvedoac encore à la tète descoDcitoyens> prête à Pattaque, à l'assassinat, à la vengeance , comme si elle
vivait en plein air à la campagne ; tous les concitoyens la suivent et s'appellent Uberli^ tandis que les citoyens adoptent le nom de BuoDdelmonti;et^ c'est ainsi queles Uberti répètent et résument à Florence^ airec une sorte de continuité dramatique» le rôle des Castro, des Turca» des Volta^desÂmîconede Gênes^en laissant à la masse des citoyens le rôle opposé des Rolande, des Buldonoso etdelafamilleDoria. J .Villani, qui dénombre lesfamilles des deux partis, eneuniple lrente-(|iiatre avec les Uberti, ettrente-neuf avecles Buondelmooti. Voilà la majorité, le peuple, tournée contre les Uberti, Des deux côtés, on trouYedes familles aristocratiques, et précisément quinze de chaque côté. Cependant, dans les rangs des Buondelmenti, on voitdes marchands^ des familles nouvelles, les Frescobaldi, les Bal li, lesMozzi. îesCerchiqui étaient, dîtYillâQi, d'origine obscure {dipoco cominciammto) ; pas un comte ayec les Buondelmonti , et vice versà, pas un marchand à la suite des Vb0rti, mais des familles paissantes , les Lamberti qui arrivent d'Allemagne , les Caponsacchi de Fiesole , ville longobarde et féodale, les comte Guidî dépossèdes de Monle-Croce ; les comtes Gongaiandi et d'autres personnages de la féodaUté, qui continuent la lutte des concitoyens contre les consuls. Pendant trente ans, le moindre incident suffit pour agiter la TiUe tout entière; chaque féte peut se transformer en mêlée ; la trêve a[)parente n'a d'autre but que de ménager à Ftiu des partis une calasUoplie définitive. C'est ainsi que s'ecmtle à Florence 1 ère méconnue des citoyens et des concitoyens. L'extrême
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prudence des partis la yollait aux plus illustres historiens. Les chroni(iiieurs |)lus anciens, Malaspina et J. Villani, pouvaient n'en noter que les deux éclats de 1 1 70 et de 1215. Plus tard Poggi et Machiavel oubliaient la première insurrection des Uberti contre les consuls, et il ne restait sous leur plume que la querelle de 4245, enlevée à Faction des citoyens et des concitoyens, et rattachée comme roman au mouvement des révolutions postérieures. Toute une épDijue de riiistoire de Florence finissait ainsi par disparaître.
Dans les autres villes, Thistoire est encore plus dissimulée : il faut s*avancer par un vrai travail de reconstruction archéologique y sous la loi idéale qui demande ^des batailles» du sang, et une guerre sans issue. En il77,Pistoie est soudainement bouleversée par six ast^assinats : c'est la guerre intérieure qui commence entre les citoyens et les concitoyens. Les chefs des concitoyens sont les Fabroni de Signa^ vaincus trente-trois ans auparavant. «Étant très-puissants, dît la chronique^ « ils aspiraient à dominer les autres familles et se a croyaient au-dessus des lois et des consuls. Cette pré- « tention multipliait les discordes^ et en chassant les « Fabroni on rétablit la paix ( seguitonne gli aggiusta-
< mentt). » Mais en 4215» lorsque les Uberti combattent les fiuondelmonti, Pévôque de Pistoie joue le rôle de châtelain pour garder les possessions féodales de Lamporecchioetd'Orbignano, disputées par ces mêmes consuls que nous avons vu encourager rinsuneciion des manants dans les tiefs. En 1231, le combat se réveille, et a les nobles^ dit la chronique , et les populaires se
< molestaient réciproquement chaque jour. » En 4235| la lutte s'envenime. « Cette année» dit la chronique, « peut être considérée comme l'année des troubles ; les
«populaires, les plébéiens et les nobles étaient dans « une telle contradiction , excités les uns contre les 0 autres par une fureur si bestiale, qu'à chaque instant , cr on s'attendait à yoir un lac de sang dans la ville. « Ën 1337^ chacun des deui partis avait son podestat, « ses arts et métiers, ses autorités aussi distinctes que « s'il y afait eu deux Tilles séparées... »
En tournantlemlcroscope sur Milan, nous voyons le peuple vicloriLiix dans la campagne et rassuré chez lui, tous les châtelains eilacés; les Carcano, les Paravicino, les Gasiiglioni, les Landrlani, les Martésiens, les Sépriens, ceux de Cossa, Gorona^ Erba, Varese, Fulcheria, Rivolta, Caravagio, Triviglio^Monza^ Trexso, Bulgaria, Parabiago et Lecoo, ne peuvent plus songer à construire six châteaux pour bloquer les Milanais, ni à raser la ville pour en envahir les décombres. Mais tout à coup ils sedédommai^^ent eu tournant contre le peuple Tantique noblesse intérieure des patriciens milanais, jadis si chéris du peuple qu'il prenait parmi eux ses consuls^ dont l'élection était confié à cent artisans. Les consuls nommés prennent l^abitude de nommer eux-mêmes leurs successeurs dans le consulat , évitant ainsi tout contact avec les cent plébéiens; la liberté devient alors le monopole de l'aristocratie intérieure, probablement fondue avec l'ari^^tocratie de la campagne, pour résister à la démocratie en progrès : Et tune conlrà po» ptfltfm> ditGaWano Fiamma, facta sunt staluta iniquiêiima. Poar se défèndre> le peuple fonde, en Ii96> la société de Saini-Ambroise^ qui se constitue avec son drapeau , son palais» sa tour, ses rentes prises sur la commune etsonchcf, DrusoMarcellino. L'aristocratie intimidée se réorganise à sou tour avec la compagnie de la Motte, sous un chef concitoyen. Yoiiàiesdeux partis^»
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les deux Ciimps, los citoyens 1 1 les concitoyi ns : Et sic fuerunt partes in civUale Medioiani, En HOiy ïe peuple de Saint-Ambroise attaque la société des GagUardU (des Forts)» nouTelle compagnie aristocratique qui appuie la féodalité des concitoyens. En i^i, le peupie expulse tout le monde féodal^ les capitaines, les va^asseurs, et même Tarctievêque. Le chroniqueur gcniit. «Voilà, dit-il, les Milanais divises; voilà le « peuple qui dévaste la campagne* ï> Mais ce n'est pas à tort : c'est parla nécessité de réprimer la sédition des châteaux, qui ressuscitait comme aux environs de 6êneS| ou comme dans les yillages forUOés de la campagne floreuUue. Regardez les nobles en fuite; ou se réfugient-ils ? Dans les vieux fiefs, dans «leurs antiquités, » à Monza, à CcLsteUeprio , dans la Mariesana, dans les bourgs, dans les villages qui ont demandé aux villes rivaleset k Frédéric Barbmnme ladestruction de Milan. La lutte milanaise continue, par le va-et-vient des expulsions... '
La même année (1198) où les citoyens et les concitoy< lis (le Milan levaient leurs drapeaux les uns contre les autres, Brescia, toujours bondissante, donne en plein dans la guerre intérieure en s'enivrant de démo* cratîe , de saug et de meurtres. Son élan est si prompt qu'elle se déchire avant de connaître les fureurs qui l'agitent, et dans une question soulevée pai la i^olilique courante, où il s'agit de savoir si elle secourra Milan dans sa guerre contre la ville royale de Bergame; sou peuple brûle de voler au secours de la ville incendiaire contre toute dtéroyale^ou tiède^ indifférenteou suspecte, dans
t £t ecce Mediolanenses in duas partes divisî. .. £t ecce ietritorium mediolaoeose à bqo populo devastari cœpit.
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la stratégie des villes romaiues et consulaires. Les nobles recoramaDdent^ au contraire, la modération^ le calme, la dcconspection, proposant de se borner à l'envoi de quelques troupes pour satisfaire auxtraités> et ils ménagent les villes royales, dont le mérite, à leurs yeux, est d'être les ennemies de la démocratie (jui bouillonne au fond de toutes les villes romaines. Cette dissidence faible, indirecte et presque amicale, déchaîne soudain toutes les furies de ia guerre intérieure. « La « discorde, dit Bfalvezzi, arriva à tel point que la patrie « fut bouleversée par d'horribles massacres , el que lies nobles furent expulsés. » Dans la caiiii>ag^ne , 'ils conlinucnt le comhat, formant la compagnie de Saint-Faustin, bande féodale qui rallie les comtes de Golalto, jadis maîtres d'Âsola, l'ancienne famille des Martinengo, les Griffi, les Gonfalonieri, et, d'après Texpression de Malvezasi» « d'autres familles militaires, n c'est-à-dire tons les débris de la campagne en déroule, absorbés parla ville, et vomis de nouveau sur sa terre primitive. Ramenés dans les murs, en 1203, par un légat de TEglise , les concitoyens profitent de celte réconciliation pour prendre une horrible revanche; «et dans la même année, dit Malvezzi, les « chevaliers se jetèrent sur le peuple, et tous les ciu loyens furent, les uns massacrés, les antres expulsés.» La féodalité victoneu.Ne taii île la ville un cbàteau-fort, et rhabile en foulant aux pieds ia multitude comme les manants les plus avilis de la campagne. Mais Tère de la guerre civile demande du sang, des combat^, des batailles, et tous ces débris du monde féodal, entassés dans une ville prise d'assaut, fernienteiil de nouveau et se scindent en deux camps, qui sont probablement les deux camps delaaubiesse intérieure, jadis chérie du
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peuple^ et de la noblesse extérieure, toiyours abhorrée de tous les habitants de la Tille. « La troiâëme année « de leur domination, dit MaWezzI, les nobles se divi*
« sèrent et se livrèrent des guerres plus que civiles, « s'entr'égorgeaiit de leurs propres épées. » î .'an née suivante, la noblesse civique revient à son antique alliance avec le peuple exilé, le rappelle; s'identiûant avec lui, elle accable ses adversaires, les écrase, les chasse et reconstitue lavîUesur sa baseprimitive, comme si elle était encore au vieux temps des consuls; pour que rien n'^ mai] qm, les concitoyens sont amnistiés et réconciliés avec tout le monde. Mais ce n est que pour recommencer une nouvelle série de batailles domestiques où nous voyons les concitoyens , d'abord insurgés de nouveau à la suite du comte de Golallo, puis réprimés et expulsés, puis encore amnistiés, puis chassés de nouveau , encore une fois ramenés dans la ville par l'empereur Othon IV , et enfin si violemment expulsés que tous leurs palais sont rasés. La guerre se- renouvelle entre la ville et la campagne, où les concitoyens forment la compagnie de la Bucella, assezpaissante pour forcer les citoyens à accepter une paci* fication par l'entremise de l'évêque de Reggio. Ils s'humilitiiU comme les citoyens de Gênes, au profit de leur propre prospérité , associant le capital de la féodalité aux travaux de Tagricuilure, de Tindustrie et du commerce^ et la ville regorge tellement d'habitants qu'elle doit construire des fàubourgs^ « ob nimiam populi « multitudinem. •
Dans la bienheureuse vilk de Padoue, où les événements prennent toujours un aspect domestique et casanier, les deux noblesses de la ville et de la campagne fraternisaient jadis contre Frédéric Barberousse^
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refM^ésentées^ la première^ par la famille des Camposampiero, d'origioe indigène, la seconde, par la famille d'Onara et de Romano, issue d'une descendante impériale de Conrad IldeGebelin, premier ennemi des
évêques. Dans Tère de la guerre civile au contraire, Tisulino de Camposampiero consulte Ecelino 11^ de Roniano , sur le mariage qu^il veut négocier entre son fils et rhéritière d'Abano et de Baone, deux grands châteaux de la Marche. N'est-ce pas une bonne affaire que d'épouser une si riche héritière? Sans doute, se dit Eceliuu à lui-même, et il Tépouse sur-le-champ, en suppiautantson ami. Ondevine la rage des Camposampiero, outragés dans un acte de confiance fraternelle , et la résistance d'Ëcelino 11, forcé de se défendre contre des attaques désespérées. Les deux familles se guettent dans les rues, se poursuivent dans les champs> ne. révent qu'injures et vengeances. Le fils de Tisolino Camposampiero énlève et viole i licriUcre d 'Abanoetde Baoue. Le mari outragé lu renvoie, sans mot dire, à sa famille, en gardant les cbàteaux; et après dix ans de tragédiesféodaleSy quand le tocsin sonne à Milan et à Brescia pour appeler les citoyens et les concitoyens .au combat, en ii99, les citoyens de Padoue, à la suite desCamposam* piero, brûlent Onara à la famille de Romano. Voila le chàtciaia rejeté dans la campagne et dépouillé de la moitié de sou gite ; mais il lui reste Romano, Bassano» d'autres châteaux, des fidèles, son épée, son cheval de bataille» l'amitié de tous les ennemis de Padoue, et il ne cesse de comlNittre avec les troupes de Trévise, de Vi* cence, des villes rivales, et avec tous les châtelains révoltés. Quand il se retire du monde, le cœur touché par uue nouvelle religion, Tliérésie des pauiicieus , son fils Ecelino 111 lui succède dans sa iiaine contre
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Padoue. En lSnB> il enlève Fonte ans Campoiampiero,
et, campé sur la Brenta, il attend de pîed ferme le peuple de Padoue, qui liiiivc t.'n Iraiiiaut avec lui le char de la patrie. Ses amis le conjnreut de céder; les Vénitiens le supplient de uc pas tournir roccasion d'une victoire a la ville rivale: il reste iuûeuble tant qu'il n'entend pas la voix de son vieux père^ qui^ de sa retraite, lui ordonne de suspendre le combat. « Le jour n'est « pas encore venu , dit-il, où nous pourrons régner sur € la multitude de Padoue : il faut attendre... *
A Trévise, la même famille de Uoniano est a la tête des concitoyens contre la famille citoyenne de Caniino, appuyée par l'évèque, par Feltre et Bellune, le patriarche d'Aquilée, et tous les amis de Padoue. La lutte commence en 1182, avec les attaques d'EeeliiM II, et en 1228 elle est plus forte que jamais sousEceUno III, toujours à la tête des châtelains...
Viccnce nous présente en 1189 deux partis: 1 uu attardé et féodal, (ju'on appelle du Comte; Taulre plus avancé, qu'on appelle des Vivaresi et de rév»îque. Taies erant tune partes in civitate. Ët la première lutte éclatait si violente que la ville était presque toute incendiée et que le parti citoyen de Tévêque et des Vivaresi parlait pour l'exil avec la famille de Romano, exceptionnellement citoyenne, à Vicence, tandis qu'à Trévise et à Padoue elle était concitovenne. Mais dans la fuite elle se rectifie; et Eceliiio H de Rouiano passe en 11 OU au parti des concitoyens et du comte, appelé désormais le parti des «maltraversi,» c'est-à-dire des girouettes. Grâce au progrès de la guerre civile, en 1225, la ville est envahie par EctHnoIIIx la même année, elle est à moitié incendiée. L'année suivante, elle est une seconde fois envahie par Eeelino, qui enchâsse 1 évèque, le déchirement est
terrible» et le moine Jean, de Yicence, arrive enfin dans sa patrie, envoyé par le pape pour désarmer les partis et pacifier les villes de la Iforche , dans l'intérêt de la ligue lombarde patronnée par TÉglise. C'était Tun de ces esprits vertigineux que l'éruption de la papauté consulaire jetait au milieu des batailles italiennes^ se chargeant de missions toutes diplomatiques, avec l'exaltation de la misère, et une naïveté pleine d'astuce et d'hyperboles. Crédule, superstitieux et bienveillant, il était capable dinventer des miracles et d'y croire en même temps : car, dans ces accès d'extase^ d'adoration et de platitude, mis à la mode par François d'Assise, on distinguait assez mal le vrai du faux et l'homme des autres animaux. On convoqua toutes les populations de la Marclie dans la grande plaine dePaquara. a Depuis le temps de Jésus-Chnst, dit le chroniqueur, a jusqu^à nos jours, aucune prédication ne réunit une « plus grande foule de croyants, et la plupart arrivaient « nu-pieds. On voyait dans la plaine Brescia^ Manatoue, Vicence, Trevisc, ceux de Fcltre et de Bel- « lune, les seigneurs de Romano, ceux de Camino, « une foule d'hommes et de temmesdes autres villes «i et villages , le patriarche d'Aquiiée , beaucoup d'évé- € ques et douze chars consulaires. Le moine prêcha, « et, chose étrange l sa voix était entendue et très- « distinctement par tout le monde.» On disait qu'il avait ressuscité douze morts. Une garde de Bolonais Tentourait et lui faisait place en massacrant pèle - mêle la foule qui se précipitait sur lui. Vénéré, imposé par le pape, idolâtré de la multitude, proclamé dictateur avec le titre de comte et duc de Vicence, il régnait en despote, corrigeant les statuts, occupant les forteresses, réformant la ville, jetant T. 11. 48
LES ClTOïKNS
aux flammes soixante hérétiques, persuadant à tout le monde que désonnais la paix descendrait du del ear la terre, avec un cortège de miracle et de consolations samaturelles* Mais le démon de la discorde s'avance a son tour au nom de Dieu et du peuple, opposant à Jean de Viccnce, qui était franciscain et presque concitoyen, l'abbé Giordano de Padoue, nouveau fanatique plus calme, plus populaire, moins plébéien, et au bout d'un mois les citoyens furieux s'insurgent contre le taumaturge dictateur et le chassent. «Tout c ce qu'il atait décrété, dit la chronique, fut réduit « au néant. » En 4236, la haine des citoyens contre le parti féodal arrive à un tel degré de paroxysme que leur chef du monunt, Azzo d'Esté, défend, sous peine de mort, de prononcer le nom de l'empereur...
Tout au souci de son antique domination sur la Mar^ che, qu'elle tenait sous ses pieds à l'époque des rois, Vérone sgoute Virradiation nouvelle de ses citoyens, les Cr$$cm%i, lesMantecehi, les QwiUrifvitUi, à celle de ses guerres municipales contre Vicence, Padoue et Tre- Tise, où tout châtelain, tout concitoyen, tout ennemi des peuples se trouve appuyé, soutenu, poussé au combat, applaudi d'avance comme la sentinelle avancée d'une capitale à venir. Âu contraire, les conci* toyens de Vérone , les familles des San-Bonifazio et d'Esté , effrayés de voir l'irradiation de cette démocratie ardente de près, féodale au loin, s'efforcent de la contenir en cherchant à Vicence, à Padoue et à Trévise l'appui de tous les peuples menacés; de sorte qu'à leur tour ils sont en sens inverse démocrates au loin, pour étouffer de leur propre féodalité la capitale renaissante de Béranger. De là un combat cruel, sanguinaire et furieux, où l'on voit des républicains qui
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révent le rôle de roi et des châtelains qui défendent les républiques créées par les révolutions italiennes. En H60, la rue Saint-Jean est incendiée. L'année suivante les Grescenzi brûlent San-Zeno. £n 1164 9 Pileo de Riccasolo est égorgé, avec àijL des sien8> dans les prisons, accusé de vouloir livrer la ville à Frédéric Barberousse , à l'iinilation des châtelains de Milan. Sept ans |ihis fard, en 1171, Vérone est presque incendiée et ce ne sont encore que des préludes. Maisen ii99> année des éclats de Milan et de Bescia, repercutés à Padoue et à Vicence, les citoyens voient arriver chez eux Ecelino 11 de Romano, le châtelain de Vicence> de Padoueetde Trévisc, l'homnie abhorré de tous les peuples (ie la Marche, l'impitoyable guerrier qui demande à venger la destruction d'Onara, acccoinplie par les citoyens de Padoue. Accueilli» fêté, naturalisé, il devient le cbef des citoyens de Vérone, qui s'en servent comme d'une massue pour frapper les San-Bonifazio, les Este, et tous les républicains armoiriés de la campagne, en atteiïilaiit le jour où ils pourront avec lui porter la désolation dans toute ia Marche et plus loin. De à , nous comptons quatre combats intérieurs; les partis se chassent de la ville, se pourchassent dans la campagne; ils confisquent les biens des émigrés; ils arrachent les arbres et les vignes de la terre , et au milieu de celte guerre d cxtei minatiou la laiiiille des Romano s'élève à t haqne bataille, sa fortune s'identifie avec la deslmée de ia ville de Béranger; l'auréole de la haine qui l'entoure à Vicence, à Padoue et à Trévise devient l'auréole de Vérone, et sa rapacité aventureuse, ennoblie par une démocratie qui Vadopte, prend des teintes tragiques qui fasc iiient et épouvantent en même temps. £ile pioiesse ia religion mystérieuse des
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paulicicns, nouvel arianisme qui nie la divinité de Jésus-Ctirist^ et qui acœpte le déti du pape et de l'inquisition ; elle croit à Tastrologie , celte première science de la fotalitéy cette première indépendance de la raison qui repousse dans le néant les dieux et les saints du moyen à^c ; ses châteaux sont le rendez-vous des poètes, des troubadours, des chevaliers, des esprits fdi ts, (jui regardent de haut raveugle niultiiude dirigée luir les moines et les gneuseries sacerdotales mises à la mode par l'Église. Âdélaiis de Manzona femme d'Ëcelino II, mère d'Ecelino III et d^Àlberic^ en regardant Fastre des Romano près de son apogée , par la double irra* diation des guerres municipales et des ^uiei rcs civiles, prédit à sa famille une grandeur inouïe et une catastroplie eitroyable. . .
Tandis que les Romano étaient citoyens à Vérone et concitoyens à Trévise^ à Padoue et à Vicence^ par une nouvelle interversion les Gamino, citoyens à Trévise contre les Romano , étaient concitoyens dans la ville . rivale de Bellune, ou l'évêque, encore aux prises avec le peuple, les prenait sous sa protection, en leur accordant tous les fiefs du diocèse, Castello, Solego, Fugona^Micco, Oderzo et d'autres localités. Mais le peuple ne veut plus d'inféodations, plus de châtelainst plus d'investitures^ et, soutenu par les nobles, et même par les ecclésiastiques, il combat la lamillc de Camiuo. En 1214, « les « clercs en arrivèrent à tel point, dit le eliroiiKjUL'ur, « qu'on en vint aux armes ; la ville (iit bouleversée de « fond en comble; on livra plusieurs batailles^ et il en « résulta des tueries et des massacres.... On marchait « dans le feu et dans le sang; les cUtcb, leurs chefe et <v leurs amin^ saccageaient le territoire, ravageant les u cUduips, brûlant les maisons de leurs emieniis. D ua
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a autre côlé^ d^autrcs, avec la faveur des Camino^ ne a se lassaient pas de faire le plus de mal qu'ils pou- « Taient« Les esprits étaient tellement exaspérés que « non-seulement on n'épargnait pas les prisonniers,
ornais on sévissait contre les morts ^ en défendant c( d'enterrer les cadavres... Cette guerre dura plusieurs « mois en détruisant bon nombre de palais et de mai- « S00S...B Peu à peu, les Camino commencent à décliner. Dans l'impossibilité de garder la grande place, chassés de là, réfugiés dans l'hôtel de ville, accablés sous une grêle de pierres T qtie Ton fait tomber sur eux du haut des tours de révèché, ils partent une nuit eu laissant le champ libre aux Piloni, aux Castelli, aux Bernardiy aux familles po[) nia ires, qui se repentent bientôt d'avoir triomphé^ car la guerre civile recommence et plus forte qu'auparavant.
' Lodi, que nous avons Yue jalouse, hargneuse et tout à fuit longobarde contre Milan, où elle soutenait les châtelains, s'agite, à partir de 1911, avec ses citoyens les Overgnaghi , ni ses concitoyens les Soinmaiiva, aillés de Milan, de même que les citoyens df Viceiice, Padoue et Trévise, étaient les allies des cont iloyens de Vérone. La baine des deux partis s'exaltait par le double souvenir de Lodi , détruite par Milan, en il il, et de Milan, Jadis rasée, en ii62, avec le concours de Lodi. En i233, chaque parti nomme son podestat; Tannée suivante, on voit encore deux podestats; en 12^5, une invasion niilaoaise asservit les citoyens et relègue les Over g naghi kMiiàn, pendant cinq ans^ détruisant leurs tours, les forçant à vendre Bagnano, trop près de Sommariva, ne leur permettant le séjour de Lodi que deux fois par an, pendant vingt jours, sans suite, si ce n'est un cortège de huit domestiques , et 11-
t7â LES GITOIEHS
Trant à perpétuité aux Sommariva une porte pour tenir la ville onyerte à une nouvelle invasion, ou même,
s'il le faut, à une nouvelle dévastation. Mais en 1238, les citoyi ns reviennent à l'attaque, et iiioaipheni en vengeaul tous les outrages reçus de Milan.
La guerre dvile de Mantoue s'entrelace avec celle de Vérone , et nous avons déjà vu comment Philippe des Awocati , chef des cbâtelains ou des concitoyens de Mantoue, demandait le secours des Véronais pour con<spirer contre le peuple et [>oui attiser en 1 1 .).^), la première guerre municipale entre la capitale des rois et celle des marquis de Toscane , pendant la révolution épiscopale. £n iâ08| la lutte intérieur^ se ranime par les Poltroni, citoyens aux prises avec les Galorosi, concitoyens, qui sont expulsés. Cinq ans plus tard, ils rentrent enatta(|uant les premiers daus leur nmison, et les chassant à leur tour. En 1235, les Poltroni et les Caloro$i, débordés par le progrès de la démocratie et de la guerre, cessent de se combattre et fraternisent avec toutes les grandes familles de la ville et de la campagne, et môme avec les Awocati, qui reparaissent sur la scène pour résister au peuple^ représenté par la famille nouvelle des Agnelli^ protégée par l'évêque...
La lutte de Faenza commence en 1185, au milieu de la réaction impériale contre la guerre aux châteaux. Quand le peuple chasse ses concitoyens naturalisés» les comtes de Gunio, Bagnacavallo, Malvidno, Dontgaglia^ etc. , réclament Tintervention du légat impérial. Mais les citoyens rasent les maisons des recteurs gagnés à la cause féodale, se dégagent du siège posé par le légat, et humilient si bien les concitoyens» que plus tard une nouvelle interventico ne ranime pas le comJM^t...
ET LES CONQTOYKNS.
Modène, Tune des villes quasi-militaires^ quasi-neutrales, quasi-consulaires de la ligue lombarde, croit encore, en il8î», àses nobles qui lui promettent «de gou- « verner tous les autres de bonne foi, suivant leur con*
a science et dans i intérêt de la curie et de la ville. » Mais trois ans plus tard les GnaîandeUi sont aux prises avec les Aigoni ; dans la même année , le peuple s'inquiète de voir certaines (K)rtes de la ville entre les mains de quelques nobles et les revendique, craignant peut-être d'être livré à des cbfttelains; en même temps il élargit Fenceinte de la cité pour embrasser les mai* sons que les détenteurs des clefs avaient dans les faubourgs. En 1224, a on put, dit la chronique, la tour a de San-Gemignano , et il y eut une grande sédition, <x de sorte qu'il y eut beaucoup de condamnés. x> £n 1225, les troubles se renouvellent : on voit des tours détruites « des chefe de parii.envoyés aux confins^ et tous les symptômes de Palarme des batailles iinminentes et de Tanarehie de Gênes, de Florence , de Vérone ou de Milan...
Ouand Milan donne des coups de poing, dit le proverbe, Bologne rend des coups de couteau, et ses luttes se développent^ dès 1161, par une série de combats détachés entre les Scanabeocbi et les Griffoni^ les Ran* goni et les Asinelli, les Pepoli et les Tetlalasina^ les Bulgari et les Garrisendi , les Delfini et les Malatacchi^ les Gallucci ci les Carbonesi, tous prédestinés à s'entr égorger à coups de couteau...
A l'époque de l'effervescence de Milan et de Vérone, en 1199, Reggio se déchire, pour la première fois, avec ses oondioyens les chevaliers, appelés aussi lesScopazzaU, et avec ses citoyens les piétons, autrement dit Mazzaperlini. Uannée suivante, parait la grande famille
LK9 CITOTINS
des Sessi, qui joue a Heggio le rôle des Cberii à Florence^ des Fabroai à Pistoîe, des Volta à Gènes, des ATYOcati à lUntoue^ toujours prèle à rînjure, au combat» à la destraction de la ville qu'elle attaque avec
une Insolence indomptable. Une première fois refoulée dans ses châteaux, elle est eiicore sur la brèche en 1241. Forcée de vendre ses fiefs, elle attaque quatre ans plus tard le podestat^ s'acharnaut à reprendre sur la place k terrain qu'elle perd dans la campagne* Onze ans après, on Seasi figure dans le consulat, consulat de brigands , sous lequel un Foglianî et d'autres sont massacrés dans la rue de Ganosa. En 4332, la guerre en progrès met aux pi-ises les lIcux partis desUu^heii et des Malaguzzi^ qui se livieat une bataille rangée...
Sienne cache toujours son esprit éveillé et précoce sous la lenteur calculée qui lui est indispensable pour garder son poste de ville militaire, et aux jours de la guerre intérieure elle se réveille avec un peuple de feu, sons la couche de deux noblesses distinctes campées dans deux quartiers. Tune de Chiusi, issue des Longobards, et probablement féod-de, et Pauire dite de France , issue de Charlema*:ne , et i»îTihal)lcinent patricienne, a Je suis plus opprimé^ ditle peuple en 1147, « que je ne Tétais dans Tère des rois. » Les nobles lui proposent de combattre Florence etOrvieto. «Je me < battrai contre vous, » répond-t*il; et il leur livre un tel combat à la croix de travail que^ pàles^ défaits^ voyant le ieu qui gagne leurs maisons et le sac qui commence, ils se hâtent d'accorder la dictature des Neuf réformateurs, pris trois dans la noblesse de Gbiuai^ trois dans celle de France, et trois dans le peuple, qui commence ainsi à discuter et à délibérer avec ses maîtres sur le pied d'nne quasi-égalité. Pour le mo-
ET LIS CONClTOTBNfl» 381
ment, il se contente : ne faut*il ynis que les chftteaux
eux-nïêmes ne soient m tro[) rares, de crainte de livrer le pas a Florence, ni trop nombreux, de crainte qu'ils n'ombragent les remparts^ et dans uu juste milieu, plutôt aristocratique que populaire, à Timage des Neuf réformateurs T En 1180, les deux noblesses proclament ladiclaturedeScudacoUo Aldobrandini,qui impose cette diversion de la guerre, répudiée trois ans auparavant ; mais cette fois on Taccepte, pour maintenir le droit de la guerre devant Frédéric Barboroiisse. Pendant toute la réaction de Frédéric, aucun trouble intérieur, aucune dissidence : l'histoire glisse silencieuse sur tous les événements ; c'est à peine si elle marque le choc des citoyens qui ferment les portes devant l'empereur pour garder les fiefs confisqués, comme ils respectent les châteaux nécessaires. Mais en 1199, à 1 lioiire de rellcrvescence générale, les Sanois retournent contre les deux noblesses Tidée de se donner un dictateur et proclament on podestat. Eu iâii, ce podestat est pris à l'étranger, pour qu*il soit inaccessible aux séductions et anx menaces des deux aristocraties qui fraternisent. En 4233, la démocratie en progrès oclame la magistrature des Vingt-Quatre, empiétement mouï, auquel les nobles s'empressent d'opposer la compagnie des Vingt-Sept. Des deux côtés on dégaine les épées : nous sommes à la veille d'une bataillé...
Ferrare nous présente une variante. Jadis centre d*un chétif duché longobarJ , confinée aii^: milieu des marais, étouffée par les châteaux, sous le rayon meurtrier de Venise, hors de voie, au double point de vue de terre et de mer, elle ne peut braver ses châtelains, tous menaçants et formidables, parce qu'ennemis d'une ville militaire, ils sont tous amis, alliés, protégés
1^ CITOYEHS
des Tilles romaines, comme s'ils étaient Romains de naisBànoe. Les citoyens restent donc accroupis, sons la dictature de Torelli , chef de la noblesse intérieure ,
peut-élicla s( uIl" qui représente le peuple officiel, au milien d'une multitude phthisiijue et allainee. Les châtelains se groupent, sous la direclion de Guiilaurne Adelardi des Adelardi , le plus puissant personnage de cette campagne à la fois civilisée et funeste. Après quelques combats, Guillaume, le dernier de la famille , soit Tieillesse, soit lâcheté, soit découragement, ?a au-devant de sa propre naturalisation, en fiançant son unique héritière, une nièce de sept ans, dite la Marchesella, au fils de Torelli, son advt rstiire, qui devient ainsi son successeur présumé. Mais aucun clief, aucun effort, aucune prévision, aucune lassitude, ne peuvent assoupir la guerre qui doit se développer, età sa mort, Guillaume est remplacé par un nouveau chef encore plus puissant, Obiaso d'Esté, dernier rejeton de la grande famille ennemie des rois, jadis maîtresse du ^^vand marquisat de Milan, et refoulée sur ic Pu par les révolutions épiscopales de la haute Italie. Il cerne la ville avec ses alliances romaines et la protection vénitienne. Les châtelains Tadopient, lui transmettent la Marchesella, quils enlèvent au Torelli. Quand elle meurt, encore mineure, il s'empare de ses biens, qu'il distribue aux châtelains, ses complices ; et c'est ainsi que le parti féodal et ron)aiij, par exception supérieur aux citoyens, se trouve réorganisé, et que la faiiiilie d'Kste subjugue le peuple de Ferrare par la force d'un rapiet d'un vol. a Cest pourquoi, dit le chroniqueur, les ci- € toyensde Ferrare recommencèrent la lutte, et les deux « partis restèrent longtemps aux prises, alternant leurs < victoires. J'ai entendu des vieillards que, dansFespace
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« de quarante ans, les dem partis s'expulsèrent mutuel- « lement dix fois de la Tille; ils se pillaient^ ils renver*- «salent réciproquement leurs maisons à la manière
« des ennemis. J ai appris de mou père, pendant les « longues veillées d'hiver, au coin du feu, qu'il avait a vu de son temps trente-deux hautes tours renverc sées et rasées. » Les guerres et les boucheries durent de il80 à 1220^ et se renouvellent plus violentes que Jamais en 1222. En 1226, les deux partis se partagent les emplois et stipulent que le marquis d'Esté n'entrera jamais à Ferrare (|u avec un petit cortép^e et seulement deux fois par an, comme les Overgnaghi à Lodi, après en avoir prévenu les Torelli, gardiens de Ferrare. Mais quand il arrive j Torelli va à sa rencontre avec les deux noblesses pour raocueilUr, et célèbre son arrivée par des fêtes et des banquets. Le chef de la campagne est ainsi honoré et redouté; on s'incline devant lui, et on lui tient la pointe de Tépée sur la poi- Irine; on lui accorde la moitié des places, et on lui refuse le séjour de la vilh;. Ce n'est pas lui qui craiiil d'être absorbé, c'est la ville qui craint d'être cernée par ce serpent des marais, que Venise suit des yeux...
Alexandrie^ à peine improvisée , renferme déjà dans son sein les deux éléments de sa discorde éternelle. Si ses maisons sont neuves et rustiques, si elle n'a point de palais, si aucun noin Iraditionnel n'a pu pousser en quelques jours sur celle terre de paysans, son peuple, composé de l'amiiles prises dans les villes de la ligue lombarde» a le privilège des emplois et considère les consulats, la magistrature, les tribunaux comme ses propriétés; déjà même il joue à l'aristocratie féodale, en sIdentiOant avec les châtelains qu'il déporte dans son euceiuie. Mais la commune, couipoâu d iiuuunes des
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six villages qui ont concouru à la constructiou de la ville^ a le droil de nommer les consuls, les juges» les magîstiato; ses élections ont décidé des guerres parlésquelles on a tobjugué la campagne; son sang a coulé dans tous les combats; à ses yeui les magistrats sont des délégués, et le pmph est une reunion de bourgeois en délire. Elle reçoit, en 1246, le premier coup du peuple qui naturalise les six villages primitifs d'Alexandrie, pour désorganiser ainsi la commune et la noyer dans une multitude de paysans heureux d'être appelés à la irille et d'aroîr des protecteurs dans le peuple, mais absolument incapables de suivre la démocriitie intérieure. Quatre ans plus tard, les Lanzavecchia et les Bforro, chefs du peuple, chassent les Guasco et les Pozzi, chefs de la commune. La même scène se répète en iS^â> où les hommes de la commune partent de nouveau pour Vexil, tandis que le peuple brûle leurs maisons de Borgoglio et tout un quartier de la Tille. Mais en 1236 la commune résiste, et à la suite d*un combat, on Toit paraître deux consuls, l*un Hanuro Guaschi, pour la commune; l'autre Ramoldi pour le peuple, ainsi soumis au niveau de Té^alité. Mais ce niveau est humiliant pour le peuple; l'orgueil de ces nobles d'bier en est si froissé, leur cœur si ulcéré, que les LanzaoeeMa s'exilent et demandent Tongeance à l'empereur Fridérk IL Pour eux, Alexandrie n'est plus qu'une sédition, une rébellion, un désordre qu'il faut faire disparaître en reconstruisant sur un autre emplacement cette Cemrée, légitimce par Frédéric Barherousse ei réunie à la ligue de Favie et de la féodalité piémontaise. C'est ainsi qu'Alexandrie entre dans Tère de la guerre civile, ondoyante, à la merci des torches incendiaires, avec
des physionomies bizarres > des acies de géoérosité qui sont des coups de poignard, un pmpU qui n'est pas le peuple^ une multitude qui n*est pas la multitude, des mots qui servent de masques aux idées ^ des
subdivisions intérienres qui nous laissent voir un peuple et une aristocialie au tond du [>euple^ tout aussi bien qu'au fond de la commune; et^ pour comble de confusion, le chroniqueur Ghilini, féodal de tendance, se serl à dessein de Téquivoque des mots et des partis pour dérouter le lecteur et lui faire aimer le peuple d'Alexandrie, comme s'il était le vrai peuple^ dans le sens des autres villes ou dans le sens moderne : il faudrait cent Nie bhiir pour rectifier un à un tous les Tite-Live des villes italiennes.
Les habitants de la petite Ghieri, libres pour le désespoir des Turinois, d*une malice supérieure dans la gestion de leurs modestes affaires et francs amis du comte de Savoie , avaient naturalisé d'enthousiasme une foule de châtelains qui se ralliaient à eux en haine de Turin. En 1228, les citoyens s'aperçoivent qu'ils sont trop chargés, trop honorés; à tout bout de vue ils ne découvrent que sabres et pertuisanes; les nobles naturalisés se promènent d'un air étrange, et ..se Mguent entre eux, dans la société des mHUs ou des cheTaliers. Alors les citoyens fondent à leur tour la société de Saint-Georges avec un hôtel, véritable hospice que les Calorosi de Mautoue n'auraient pas manqué d^appeler l'hospice des poltrons. Les bourgeois qui s'y retirent ont droit d'y transporter leur lit pour dormir sans réves^ de demander une escorte pour se promener en sûreté, et forment entre eux une sorte de confrérie monacale de secours mutuels où la plus profonde démocratie s'aiUe à la plus gran-
de 80umi68ion pour les supérieurs qo*oo se donne.
A Viterbe> ville de l'Église^ les châtelains naturalisés s'insurgent en 4906. « Toute la noblesse^ dit Bussi, se
a lè va contre les consuls et contre le in uple, et bien 9 que faible celle insurrection fui le Lerioe qui pro- < duisii un arbre épouvantable de haines, de dissen- « sions et de guerres civiles. » En effet, en 1218^ les Gocco concitoyens et les Gatti citoyens se livrent un combat bizarre, obstiné, plein de vicissitudes imprévues , où Ton dirait qu'un double fond étrusque sous le sol de Viterbe permet aux combattants de revenir sans cesse à Tattaque, quand on les croit enterrés. Nicolas Cocco s'elîorce d^écraser le consul Roland^ partisan des Gatti; momentanément contenu parle podestat, Tannée suivante, il est assassiné par les Gatti, et les siens sont expulsés. Mais il ressuscite dans la personne de son liis Jeari Coccu, victorieux dans lacanip;igne; obstiné, vaillant, rusé, extravagant il prend le cbef des Gatti à Kispampani et le fait jeter dans un puits. Par une nouvelle surprise, le Gatti ne se noye pas, ne se trouble même pas; mais au fond de son puits il prend une voie souterraine qui le conduit à Tuscanella, d'où il revient au combat. Jean Cocco combine sa guerre de châtelain avec la guerre municipale des Romains, pour étoulier ainsi d'en baut ces citoyens qui lui échappent par d'invisibles tanières, et il finit par rentrer dans la ville avec des airs conquérants. Mal* heureusement pour lui, à peine entré il voit la terre se tourner de nouveau contre lui, avec son fond trompeur. En 4222, les Gatti Tattaquenl. L'année suivante, ils recommencent le combat dans l'église de San-Skte. £n 1224^ ayant réparé leurs pertes, ils se posent en égaux de Cocco. Le podestat> qui parvient à établir une
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sorte de pacification , place le chef des nobles sous le niveau de régalité^ de pair avec ses adversaires^ et c'est alors que le châtelain tente un dernier coup d'en haut pour simpc^r de nouveau avec le secours de Rome, a Ayant reçu des Romains, dit la chronique, «une forte somme d ;ii>^cat, il se mit siir-le-chamj) a « construire uDe tour, et afin qu'il fût notoire qu^il a entendait la placer sous la protection du peuple ro- « main^ ou peut-être même^ d'après les vieux chroni- « queurs^TOulant la donner aux Romains» il y fit mettre < une pierre avec Tinscription S. P. Q. R. De plus» quand « il dut y entrer pour la première fois» il ne voulut pas « passer par la porte ; mais ayant appuyé au mur une «f grando échelle, il passa (jar la fenêtre, se retirant de « la tour dans sa maison. » Il prend ensuite une escorte de gendarmes, et» avec son frère Kauuccio» va chez le consul Roland» que son père avait voulu assassiner, le frappe à la gorge d'un coup de couteau» blesse en même temps un gentilhomme qui se trouvait chez lui, et voyant que les citoyens prennent les armes, il accepte le combat avec la ville tout i;ntière. «La mêlée a fut terrible, dit Bussi, non -seule aient dans les rues, « mais aussi sur les tours» d'où Ton s'entre-tuaii avec « plusieurs machines de guerre. » Chassé de la ville» le châtelain se rend à Rome» suppliant les Romains de protéger la tour quil leur avait dédiée» et oiï il se croyait le droit de vivre en bandit inviolable. «Il fut « reçu, continue Bussi, avec de grands honneurs; et les « Romains, lui ayant fourni une forte somme d'ar- « gent, envoyèrent des ambassadeurs aux Viterbois, en € leur déclarant qu'ils ne devaient, en aucune manière» « toucher à la tour, car ils la considéraient comme « leur propriétés Mais les Viterbois répondirent qu'ils
« la détruisâieot comme tour de Yilerbe et nulle-
a ment oomme tour de Rome; et sans délais ils ordon* « nèrent qu^on en achevât, la démolition. » Par un dernier coup, rindomptable châtelain tente de surprendre
la ville, et cette fois il est tué avec cinquante des siens. Pendant treize ans, les concitoyens humiliée renoncent à toute réaction , mais ils \oient poindre, en 1244, le jour de la vengeance , et la tour de Gocco se redresse plus vaste par ordre de Frédéric U qui arrive à Viterbeo.
VersVépoquede la destruction de Milan, Orvieto, de tradition [lapiste et de mission romaine, commence à s'exalter, et son peuple, dans un premier eian, chasse les nobles qu'il accuse de suivre Tempereur. A la veille de la paix de Constance, il lutte de nouveau, et c'est à peine si le pape le contient par une garde étrangère de Romains. Maïs en 4495 il se déchatne à la suite de Févêque et des Bovacci.ini de Chiusi, ses chefs d'adofh tion, pour se jeter contre les concitoyens dirigés a leur tour par la puissante famille des Prefetti de Vico, qui entraînent à leur suite toute la féodalité, depuis Spoleti jusqu'à Toscanella. Lesik>vacclani vaincus partent pour Teiil; l'évéque est forcé de les suivre; les Prefetti envahissent loule la Ville ; le peuple, humilié, se voit à lâ merci de ses nobles, la plupart néo-ariens, pauliciens, niant la divinité de Jésus-Christ, du pape et de la Bible. Gomment lutter contre ces centaures de la campagne, à qui rimpiété révèle des secrets et donne des forces inconnues au vulgaire ! Le peuple les combat par la vulgarité, par le pape, par Tinquisilion, par San-Parente Komano, fanatique impitoyable, «digne cathoa lîque, dit Mauente, et persécuteur féroce des béréiic ques^v qui arrive avec la mission de sacrifier les ea-
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neinis du peuple et du Dieu d'Orvieto. Sa femme pleure, en le voyant presque désarmé, au milieu de tant d'ennemis. Ëxalté par le danger, ii sigoale hardiment aux bourreaux de Tinquisition les bommes de l'aristocratie ; ét, au moment où Milan fonde ses sociétés, où Vérone, Trévise^Yicence et Padoue se préparent à combattre, en se jetant les unes contre les autres leurs concitoyens^ Orvieto allume des bûchers pour brûler les hommes de la féodalité impériale. Les Prefetli se demandent s'il est juste qu'un fanatique tienne en échec toute une ar* mée^ si un peuple stupide et sans force a le droit de terrifier des gens qui le dominent de toute la hauteur de la raison affranchie. Ils frémissent, se regardent et s'unissent, au nombre de deux cents, pour en finir avec le saint, le surpreiinent dans son lit, le poignardent et le jettent dans un fossé liors des murs. Mais au moment où ils triomphent de ce chef qui les attaquait de par Dieu et le pape, ils se voient assaiUis par le peuple, qui les frappe d'en bas, les chasse, confisque leurs biens, rase leurs forteresses dans la campagne et disperse leurs chefs, les Prefeiti, dont les immenses richesses entrent, par voie de succession féminine, dans les deux familles des zManaideschi el des Fiiippeschi. « Les meurtriers de Parente et les conspirateurs, c conclut la chronique, furent longuement persécutés, « et la viUe resta purgée de guerres civiles et d'héré- « sies. » Cependant le chroniqueur se trompe : loin de finir, la guerre civile commence à peine, et sii ans apr^ cette prétendue purgatioii,le combat se renouvelle par les deux familles qui s elaient partagé la iortunc féodale des Prefetti. Les Monaideschi et les Filip[)esclii s'acharnent les uns contre les autres avec une térocilé qui devient proverbiale^ à chaque instant, ce sont des
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scènes tragiques, entremêlées de trêves qui rendent la vigueur aux combattants; les expulsions se nniltiplient, alternées pendant cent vingt ans. Orvieto devient le champ de bataille des villes rivales de TOmbrie^ toutes lalliées à Tune ou à l'autre des deux familles en-
neinie8;chaque coup de lance fait accourir la cavalerie de BisenziOy des Titignuino, de Santa*Fiora, de Gampi-
lia, les hommes de Bagnorca , de Bolsena, de Procena, d'Aquapendente , les seigneurs qui poursuivent des vengeances, les paysans qui rêvent le sac, les ennemis qui espèrent des désolations^ et chaque bataille se complique d*une guerre générale, à laquelle finissent par prendre partTodi, Vitrallo, Bevagna, Amelia, Gorneto^ Viterbe...
Plus avare de son sang, Pérouse compense l'exaltation qui lui manque par Texactitude géométrique avec laquelle elle paye son tribut à la guerre des deux castes. Vers 1900, à l'époque des grandes agitations, ses consuls sont aux prises avec les Montemolino, les premiers et les plus puissants châtelains, soumis quinze ans auparavant et maintenant forcés de démolir Malguardo, de résider à Pérouse, d'y bàlir leurs palais et de suivre les consuls. En 1^14, la guerre s'étend pour entraîner dans la mêlée tous les citoyens et tous les condr toyens; la paix qui suspend le combat atteste un nouveau progrès de la démocratie , en statuant que Pimpôt sera équitablement réparti sur tout ic monde, que les déditions de villao^es seront faites aux citoyens, et qu'il ne sera permis de lever Pimpôt que pour les quatre services du pape, de l'empereur, du peuple et de la commune. Plus tard, on Toit, en 1225, une « guerre entre les chevaliers et les piétons. » ^ En 1227, « plusieurs troubles, à cause des susdites fac-
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a lions, d — Dans l'impossibilité de se résigner à l'égalité républicaine^ les nobles ne cessent de revenir à l'attaque...
Gamerino étouffe, au milieu des nombreux châtelains des alentours^ qui prospèrent sous la double protection du pape et de rempereur, probablement chefs d^une foule de républiques de paysans. Mais en 1907
les citoyens ouvrent le feu contre Ranieri des Buse tu , le plus puissant des châtelains, l'ami de saint François d'Assise, et i incendie allumé ne peut plus s'éteindre.
Osimo soumet Robert jyiainello en 1204, et douze ans plus tard, quand elle commet la faute de lui confier Gingoli, il la fait révolter, en se ralliant aux villes rivales d*Anc6ne et de Recanati. Le combat des citoyens et des concitoyens continue^ sous d'autres formes, à travers d'auties [iliases.
Domod'Ossola se scinde par les Spilorci, citoyens qui résident dans le bourg, et par les Ferrari, concitoyens campés dans les localités subalternes de Yigogna, Yigeszoï Matera, Frontano Becera, Cerdenia. Ici encore la lutte dure plusieurs siècles, grftce au petit fleuve de la Toce qui sépare les combattants, di^ailleurstiraillésen sens opposés, les uns par le centre de Mouferrat, les autres par celui de Milan.
Le petit bourg de San-Sepolcro entre dans la phase de la guerre civile, en 1198, neuf ans après ses premiers combats contre les châteaux, au moment où la crise se dessine dans toutes les villes. « Les vingt fa- « milles privilégiées (speeehiate), dit la cfaroniqu^t « construisirent à leurs frais la grande tour de la place « pour défendre le palais des Vingt-Quatre contre les a injures populaires, » ou plutôt contre les injures de la plèbe à la suite des châtelains. En 1223, les
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Dolto sont aux prises avec les Belcordato. Plus le bourg esl [wXû, misérable, longobard, forcé de tenir à son abbé pour repousser révêque de Città-Castelio^ ei plusles citoyens s'exaltentoontre les concitoyens qui menacent cette Indépendance factice. — Pise est noble» calme, véritable reine dans toutes ses attitudes, et jus* qu'en 1181, ses fils n'ont d'autres ennemis que les ennemis de la pairie. Bientôt un frémissement patriotique les jette dans la phase des divisions. Les Gnalandi, les Gaetani, les Duodi et les Galba réclament et obtiennent de ia commune le droit de bâtir un grand pont à leurs fraÎ8«.« Pierre Albizzoniy «puissant et riche citoyen,» leur dispute cet honneur pour donner seul le pont à la ville. On ne rivalise que de dévouement; mais en attendant il y rivalité, discorde, jalousie, et quand on arrive en 1200, les citoyens, ayant perdu toute confiance en eux-mêmes, accordent aux consuls une garnison de deux cents soldats étrangers. Mais aucun effort ne peut entraver ia guerre civile, qui jaillit toute seule de la terre* Quand la grande famiUe des Visconti^ qui avait combattu dix-huit ans le pape en Sardaigne, signe en 1390 une paix honteuse et livre Itle à l'influence du sainl-siége, un nouveau frémissement patriotique ulcvc la famille rivale des comtes de la Gherardesca, qui lui succède dans la lutte contre Rome, et la république est scindée par les vicomtes et les comtes , les uns concitoyenSy les autres citoyens. Le gouvernement que Ton se dispute, la Sardaigne que l'on sollicite en deux sens opposés , les divers systèmes d'inimitié que l'on fait jouer comme les touches d*un clavier, les rivalités qui se propagent de proche en proclie dans tous les alentours, r intervention du pape, celle de Tempereui-, tout concourt à exalter les combattants, forcés de rester iou-
Jours sur le cbamp de bataille, mus peine de se Toir exterminés» les uns par la république, les autres par sa colonie.
Au lieu de héros, Césène nous montre des brigands, et en H78(iaraton, à la tête des Rigliizzi, soulève rindignation des clnoniques : c'estun nionslre, disentelles^ uo bandit, un latro, Qu'est-il donc? C'est le Montemolino, le Baschi, le Mainetto, TUberti, le grand châtelain de Césène, Tami de Tantique Riroini, qui coûte la république du regard , prêt à y mettre le feu. Il est expulsé ; mais la mèche incendiaire qui échappe de ses mains est ramassée et agitée vingt-(}ualre ans plus tard par le Righizzi. Le 4 juillet , ils brûlent mie grande partie de la ville. Expulsés le 9 octobre, ils retiennent tous, avec les troupes de Rimini , livrer aux flammes ce qui avait échappé au premier incendie. Refoulés par Faenza, qui ne les veut pas pour voisins, Ils reviennent en 1216 avec Rimini, Monlefelbx), Pano et Pesaro; les citoyens ne se défendent que par le secours de Faenza, Reggio , Bologne, Beninoro , Forli et ForIim|iopoli : Césene devient le champ de bataille de toutes les villes rivales de l'ancien exarchat...
A Terracina, la lutte flottante et à moitié engagée dans rère antérieure delà guerre aui châteaux met le peuple aflk*ancbi aux prises avec les Frangipani, anciens comtes de la ville, expulsés avec Tordre de ne pas dépasser Vé- ^lise de Sanit-Nicolas, hors des murs. « En 1153, dit la a chronique, par erreur ou par trahison de ceux qui c gardaient les portes, ils s'emparèrent de la ville, nous « ôtèrent nos armes, nous enlevèrent les biens commu* « naux et les bois, mirent des impôts sur la pêche, éta- < blireni Toctroi sur les marchandises; et cela fait oon- « tre le public, ils commencèrent à ourdir de nouveaux
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«pièges contre les biens des particuliers, succédant à « ceux (}ui iiioui aient sans fils, excluant les parents, ne f rendant jamais aucun arrêt en justice sans extor- « qaer de l'argent aux plaideurs.» — «Nous exposà-
< mes nos griefs, continue le chroniqueur, à Adrien, «puis à Alexandre / sans rien obtenir; mais les « Frangipane, pourexercerunetyrannieplusarbitraire, a poui tiéfendreauxciloyensd'invoquerl'F^glise^et pour <r nous intimider, mandèrent auprès d'eux les nobles cet les. grands de la ville, àTinsu Tun de Tautre^ et « les firent arrêter tous> en disant : Maintenant, il làut «que TOUS soyez punis dans yos personnes» comme « des traîtres. Aucune force ne pourra tous arracher
< de nos mains avant que vous ayez expié le crime d'à- « voir voulu nous ôter Terracina et la donner à l'Eglise, c Que monseigneur le pape et les cardinaux viennent; « qu'ils TOUS épargnent, s'ils peuvent, le supplice qui « TOUS attend* Ensuite ils confisquèrent leurs biens, ils « chassèrent honteusement leurs filles et leurs femmes « de leurs maisons, et pour humilier et atterrer lepeuo]iIe, ils ti aînèrent en public X... le dépouillèrent de a ses vêtements, et lui arrachèrent les yeux, eu disant : « Celui qui osera pleurer ou murmurer subira la « même peine. Quelques-uns pleuraient, on les exila » « et les Frangipane continuaient à répéter: Ah 1 tous «avez Tonlu nous ôter Terracina et la donner au a papel » A l'époque des grandes lu (les, sousLucius 111, la scène change, et nous voyons le peuple libre, avec une constitution que les comtes octroient aux hommes et aux femmes di^ Terracina; puis une réaction horrible, où les Frangipane écrasent leurs sujets; puis une constitution, que le peuple impose aux comtes, et la guerre continue : car la chasse, la pèche, les biens coin*
munaiiXj les tribunanx, lescbâieaux, tout est tov^ours en question.
Toutes les chroniques finissent par présenter les traces uniformes de cette lutte intérieure. — En 1213, Rayenne est divisée en deux camps par les Traversari et les Carrare : « Ipsa civitas duas respublicas^ non unam, se praeferebat.» » En i190> la TÎUe neuTe et la ville anciennes'agitent dansl'anceinte de Grémone^et en la discorde aboutit à un massacre.— Les nobles etle peuple de Plaisance se combattent sans cesse pour se partager les emplois et f iire deux républiques. — En 1225, les Cassero de Fano sont aux prises avec les Carignano. — Nous voyons^ à Agobbio, révêque saint Ubert se Jeter dans la mêlée^ afin de séparer les combattants, qui reculent effrayés en le voyant tomber. 11 se relève souriant, pour imposer la paix; mais la guerre continue. — Bertinoro expulse en 1218 ses concitoyens, les Mainardi. — Dans ce nid d'Aqui, hors de route, on distingue Timage microscopique des Montemolino dePélouse, des Garaton de Gésène, desFabroni dePistoie,des Baschide Camerino, représentés par le marquis Ponzoni, premier cbfttelain dompté enilOâ* que les consuls doivent combattre en 1234 pour le soumettre aux lois. — Soudainement gagné par le mouvement italien, Turin prend feu tout à coup et combat en même temps le comte de Savoie et les châtelains de Possasoo> de Romana> et des alentours^ faisant ainsi le même Jour sa révolution des consuls, sa guerre aux chftteaux, et celle des citoyens contre les concitoyens. — ASavone, le parti du marquis déchu et le parti de Gênes, qui règne^ ne cessent de combattre, Tun au nom de Tindépendance, Tautre au nom de la démocratie. — Dès 1147^ Spoleti chasse et massacre le parti impérial. ~ Dès 113B> Todi
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chasse les Chiaravallesi, concitoyens, et suit pins tard le Dattiri^ chef des citoyens. — Dans la chronique de Lucques, les batailles se répètent sans cesse, énoncées en des phases isochrones qui les annoncent a?ec le laconisme des inscriptions funéraires. £d ii87, on voit € imgrand combat. » En 1203, le c grand oomtiat > se reproduit dans la plaine de Hdotechîaro. L'année sul* yante^les Porcari tuent le podestat. En le peuple chasse les nobles qui se retranchent dans leurs châteaux dePassarino,Ki[)atrat(a, Fucecchio^Montecatino. Quand ils rentrent, les tumultes recommencent avec une sombre monoiooie, et on dit des Lucquois que lorsqu'ils n'ont pas d'ennemis au dehors^il faut qu*ils se combattent entre eux ^
Résumonsnous. Laguerre entre les citoyens, etles concitoyens succède immédiatement à la conquête des châteaux; àOsimo, à ('amerincàPérouse, à Pistoie,àAqui, les châtelains subjugués sont exactement les premiers chefs de linsurrectiou féodaleau dedans de la ville. Partout la lutte se développe au hasard ; les motife des rencontres, qui se renouvellent sanscesse^sontentièrement accidentels : les chroniques négligent souvent de les noter, parce qu'ils ne méritent pas d'être mentionnés on ne sont que des in ctextes, dominés par le motif suprême de la révolution , qui met an\ prises l'industrie des citoyens et le capital invincible du châtelain. Les formes de la lutte tiennent à leur tour aux accidents des localités. A Ravenne^àFerrare, cesontdeux grandes familles qui résument princièrement les deux partis. A Sienne, les concitoyens penchent vers une dictature princière, avec Scudacolio Aldubrandini. A Florence,
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. à Reggio^ à Yiterbe^ à Gênes, à Pistoie» c'est une lamille d'insolents^ qui tient en échec les consuls. A Gènes et à Bologne» l'anarchie se traîne à travers une série de combats détadiés. Â Milan» à Gésène, partout les concitoyens brûlent de détruire la ville qui les emprisonne dans son enceinle ; ils rêvent nne réaction impériale ou poniiOcdie, suivcint qu'ils sont dans une \ille romaine ou dans une ville militaire^ mais partout les citoyens sont en mesure de soutenir le choc du pape et de Tempereur. Le progrès est général, et il se développe toujours avec la vieille devise des mouvements ita-
. liens , « Paulatim arripere. » On détrône peu à peu Tévéque; on élève peu à peu la commune; on soumet peu à peu la campagne ; les châtelains se réorganisent peu à peu dans la ville; le peuple les entame peu à peu; ils se relèvent peu à peu» en sMdentiûant avec la noblesse citoyenne. On avance^ au milieu d'un combat affreux» par des victoires imperceptibles; chaque parti résiste toujours par Timpossibilité de subir une défaite. Les villes dévastées se repeuplent de nou* veau; les murs rasés se relèvent comme par enchantement; les quartiers incendiés ressuscitent plus beaux qu'auparavant; la démocratie s'étend, tantôt avec le peuple des citoyens» tantôt avec la plèbe qui suit les concitoyens : on ne peut ni trouer» ni couper cette masse compacte» active» infatigable des multitudes italiennes. La fatalité ironique de l'économie sociale verse la corne d'abondance sur les batailles de Tanarcbie continuelie; chaque lour qui tombe est remplacée par un palais qui surgit; chaque forteresse que I on rase laisse plus libre la végétation de la campagne; les soldats deviennent des laboureurs; les serf^» des citoyens; les masures se transforment en villages ; aux nids des
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guêpes succèdent des essaims d'abeilles; et il n'y a pas de TaincuB ; personoe ne reste en arrière; aucun combattant ne peut être surfait. Le dur chfttdain dont on renyerse les donjons yoit ses fonds prospérer ; ses re>
paires disparaissent, ses n tites sont décuplées. Quand le citoyen se rue sur un concitoyen, la victoire lui livre des loiS; des douanes, des péages, des routes, des communications, qui doublent son commerce. Quand le concitoyen se venge en levant la main sur les consuls, il sème For dans îa plèbe. A la campagne, tes serfs de- 'viennent des alliés. Pas une gouitc de sang qui ne soit le germe d'une liberté nouvelle. C'est ainsi que s'écoule rère des citoyens et des concitoyens, celte époque effacée de toutes les histoires dltalie. Les chroniques tendaient déjà à la résumer en un symbole impossible, comme si un drame domestique pouvait engendrer des divisions séculaires. Le roman de Marchesella Adelardi et de messire Buondelmonli, le meiodi ame de la pacification génoise ou celui de la pacification vicenline se substituaient au mouvement de la guerre sociale. Les historiens renchérissaient sur rabréviation des chroniqueurs, en Tinterprétant d'après les idées d'une époque postérieure et en lui donnant une forme seigneuriale monarchique, ou de plus en plus accidentelle el faussée. On ne daignait pas s'appesantir sur des détails ; on glissait sur ces rencontres, sur ces balailles vulgaires qui avaient rairde rixes de cabaret. On imputait àlastur pide grossièreté des personnages les coups de couteaut les prises d'armes, les guets-apens, les vengeances, les tragédies républicaines. On appliquait au sens général des événements Tillusion des chroniqueurs, qui laissaient les faits détachés, isolés, sans liaison, sans explication, ou avec des solutions toutes personnelles et théfi-
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traies, et on méconnaissait cet immense mouvement Boaterrain, cette gaerre sociale qui transformait les irilles^ cette démocratie gaerrière qui nivelait les for« tnoes, ces inimitiés éternelles qui raffinaient les idées, cette profanation continuelle du moyen âge qui faisait naître des hommes nouveaux et soi-disant Romains, pour tromper le pape et l'empereur. La guerre sociale est le nouveau stralum volcanique sur lequel marcheront désormais tous les héros de lltalie.