L« PODESTAT
jamais. Il faut un tribunal nouveau, assez ékve pour dominer d'en haut les citoyens et les châtelains; assez impartial pour paraître en même temps civique et féodal; assex fort pour exécuter sur-le-champ ses arrêts, malgré Fanarchte; assez populaire pour que le peuple puisse Topposer aux grands ; assez aristocratique pour que les grands puissent l'accepter. On imagina le podestat, Uuand Frédéric Barberoiisse avait voiiLu renvoyer les consuls, il les avait remplacés par une sorte de corn te qui était un ofGcier étranger avec le titre de podestat. Partout ces officiers imposés furent expulséSy conspués, ou même assassinés, et partout, après la paix, de Constance, le peuple des citoyens et des con« citoyens tomba d'accord pour nommer un podestat étranger et lui soumettre les liiilerends de la guerre civile. Après quelques expériences, bientôt reflétées d'une ville à Tautre , le type du nouveau magistrat fut fixé et se reproduisit dans toutes les villes avec une rapidité instantanée et une similarité mathématique.
Le podestat est un fonctionnaire unique, qui exerce à lui seul toutes les fonctions judiciaires et politiques des consuls, réduits a Télat de simples cousuiUcisavec les titres de prieurs, d'anciens ou tic recteurs. 11 est choisi à l'étranger, quekjuelois directement par les citoyens , ou presque toujours par uue ville amie , à laquelle on délègue la tâche de le nommer. En dehors des partis, aurdessus des vengeances, supérieur à Tanarchie qui l'invoque, avec une autorité moitié civique et moitié féodale, étranger comme un comte, magistrat comme un citoyen , homme d'épee et homme de loi , juge et dictateur , il règne sur les deux castes, les réprimant et exécutant lui>méme ses propres arrêts. Si le coupable résiste, il fond sur lui.
Lt rODBOTAT.
Tassiége dans sod palais, démolit ses tours, ses édifices, et rend sa famille responsable et solidaire de ses crimes. Au droit d'appeler aux armes les citoyens, il ijoute le droit de traîner hors des portes le char de la patrie^ de diriger les expéditions militaires^ de faire la guerre, de signer la paix; il est un véritable seigneur. Dans la langue des chroniques, accepter les fonctioDs de podestat , c*est régner ; andare in siynorta, et c'est en diclateiir que le podt stat écrase la î^dition à l'intérieur où elle peut déborder le gouvernement, et à Textérieur où elle peut soulever les villages, donner la main aux Tilles rivales^ etengloutir la ville dans l'anarchie moitié féodale et moitié démagogique des paysans.
Le podestat juge d'une manière discrétionnaire ; il fait couper les pit ds , les mains, les oreilles; il exile les suspects, il amnistie les coupables; tout lui est permis, y compris la pendaison, dans l'intérêt de la république. « Pour imposer aux mauvaises gens , dit a une chronique de Sienne, on fit dresser des polencss « dans le Champ, et pendre un homme , — et on € décréta que tous les étrangers eussent à (Murtir, sons « peine de perdre les pieds. La garde du podestat alla a faire la ronde, en prit cinq, et voulant leur 0 leur couper les pieds, le peuple s émut et délivra les a prisonniers... Mais Tun d'eux s'étant laissé reprendre, c le podestat le fit décapiter, et des fenêtres du palais c en Jeta la tête et le corps dans le Champ, parce qnll € regardait 1* enlèvement des prisonniers comme une c insulte^ » Tel podestat n'acceptait ses fonctions qu'à la condition d'exiler d'avance certaines familles dangereuses, d'autres imposaient au contraire le rappel do
* Andréa Ùéu
quelques bannis; il y en avait qui rasaient des tours, car il ne s'agissait pas seulement d'administrer la justice, mais d'équilibrer les forces, en sorte qu'il fût possible d'être juste. Au reste, le peuple réclamait d'avance le despoUsme, le décrétait, le salariait, lui prêtait serment de fidélité, lui donnait des gages, et même de nonil»reiix otages que le l oilestat envoyait dans ses châteaux ou dans sa viiie natale pour se rassurer contre les colères de Témeute et les caprices de la sédition.
Mais le peuple ne se livrait pas sans prendre ses garanties : s'il Voulait le despotisme contre ses adver*
saires, il se réservait la liberté pour lui ; non pas cette liberté moderne, qui nous absorbe tous sur le pied d'égalité, dans Tua des zéros du cbiifre des millions d'bommes dont se compose l'État, ni cette franchise qui donne à tout le monde le droit de penser tout haut , de se réunir où l'on veut et de rester inviolable au foyer domestique. Cette liberté moderne l'aurait désarmé devant ses ennemis, en leur donnant plein pouvoir de conspirer, d intriguer , de se barric.ulcr dans leurs tours et de renverser la république* Le peuple ne tenait qu'au droit de voter, de nommer ses com-^ mis* de garder ses armes, de conserver tous les traités, toutes les transactions qui Tavaient constitué, de régner sur une certaine étendue de territoire, garnie ou dégarnie de forteresses, et surtout de changer son podestat au bout d'un an. Ce droit sauvegardé, il pouvait arriver à tout, et n'avait rien à redouter de son despote mo* meniané : de là ses précautions à la fois républi^ eaînes, injurieuses et casanières. Nommé par le peuple ou par une ville intéressée à la prospérité de la république, le podestat prêtait serment au statut, que sou-
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Tent on loi envoyait d'aTanoe. n jariitd« maintenir
les juridictions acquises, les démoliUoni accomplies^ les traités passes [ivec les châtelains, les victoires solennelles qui avaient conduit la république à son apogée. On desceodaii aux détails les plus minutieux sur sa maison, aur ses babitudea, sur les hommes qu'il devait amener avec lui» sur les exclusions qui le frappaient dincapacîlé. Ainsi pour donner un exemple emprunté a iMûiiène, on lui imposait d'amener avec lui quatio bons juges, deux chevaliers, dont Fun très-verse dans les lettres^ huit domestiques à livrée^ huit chevaux, dont quatre de bataille» à ses risques et périls ; on lui demandait aussi d'entrelenlr dix gendarmes et quafre garçons d'écurie. Son salaire était fixé; on lui doniiaii lia mobilier inventorié quil était tenu de rendre en bon état, pièce par [)ièce, à l'expiration de ses pouvoirs. On exigeait de plus qu'il u'eût aucun parent dans la ville, qu'il ne mangeât ni bût avec aucun dtoyen ; qu'il n'acceptât aucun cadeau, aucune invitation, aucune accotntance. Isolé dans son palais, il ne pouvait pas même amener sa femme avec lui : on voulait qu'il fût comme un fxénéral, toujours sous les armes, car on était sur un champ de bataille. Ënûn la république se rassurait par Tepreuve dernière du « sindacato » : a l'expiration de ses pouvoirs, le podes» tat restait dans la ville pendant un temps déterminé, quelquefbîs8ixmoi8;on ouvraitson procès; dans certains jours de la semaine , au son du beffroi tout citoyen lésé avait le droit de porter plainte, ioule réciaination inscrite sur un grand livre devenait l'objet d^una enquête solennelle, et l'ex-podestat ne partait pas sans avoir rendu compte de sa gestion et réparé les moindres injustices. £n un mot, c'était on despote endiatné; il
avM^ tout pouvoir et m boulot m piodi ; tout lo monde s'indinait devant \m, ot tout le monde le coup»
çoniiait de corruption ou de trahison; il pouvait proscrire, raser les palais, déinoiir les Tilles^ et il U4 était détendu d'avoir un ami.
£n suivant certaines chroniques, on voit les premier» pas des citoyens contraints peu à peu de se donner des despotes étrangers et annuels. Ainsi» en li90» trentesix ans après ses premiers troubles inférieurs, Gênes ne peut plus garder les consuls. « Tout le monde, dit )a «chronique^ aspirait au consulat; les conspirations 0 odieuses, les discordes, les divisions avaient ^iof}^- « ptaé. » On nomme un dîist^teur étranger qui r^ le palais de Folcone de Castro, et i'prdre règne de nouyeeu. Deux ans après, il répugne à la répuMique d^alié^ ner sa liberté, elle revient aux consuls; mais la sédition éclate j>lus forte que jamais et Tobligo à rétablir le podestat. L'année snivaiite, on UésiLe encore; mais toji^ finissent par recopnaltre la nécessité d'un despotjS ^)[|r nuelV et c'est le podestat qui» en ii96, réduit U^ifi^ les to»rs4 ta hauteur Ai qpatrpryjyagj» pij^ ^ jip^se ainsi toutes les séditions. chroniqueor en est ravi ; quel houmie que ce mugibUaL donné Milieu l A la nouvelle d'une rébellion, il ne dit mot ; calme et trai^p quille, il appelle aux armes les citoyens, etai^|§ TCDge sans crainte, sans menace , sans ^lère, » en exterminant les insurgés : aussi fio|rre périodique des combats cesse iont à coup , offi n'ep trouve presque plus pendant quarante ans; et si la lutl^ recommence vers i240,'c'est que la laialité ne p^^iet au
^ HttMtantesM. tandem à» habendo poteslau in fiitni» touat conooides.
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I^d^iat que d'ajourner les tumultes inutiles ei de di^ sipér les trop folies séditions qui fooi fermer les boutiques à tout propos.
Dans ses premiers essais » Milan hésite comme Gènes. En 4186, elle nomme son premier despote annuel : les années suivantes, elle revient aux consuls. En 1191, elle appelle de nouveau un despote , mais au second semestre elle recule une seconde fois en rétabli ssan lies consuls. — En 11^, on voit trois podestats : quelque chose de mitoyen entre les consuls et le despote. — Cette tentative échoue à son tour et on arrive avec des consuls jusqu'en 1199,— Puis ou nomme un podestat, —puis on retombe encore dans l'institution mêlée des trois podestats, et les flottements contiiiiit nt tant qu'en 12 les consuls détiniliveinent détrônés cèdent la place d^abord à dix, ensuite à quatre^ et enfin à un seul podestat^ qui devient Thomme sacré de la ville, l'autorité suprême avec laquelle* on fixe les dates des chroniques elles-mêmes à travers les réTolutions ultérieures.
Le podestat de Crémone s'anDonce brusquement avec Gerardo de Carpinela, en 1180.
— 1182, deux podestats : Doara , tué par les ministres de rempereur, et Guazzone^ aux prises avec son écuyer.
— 1183, les consub.
— 1181, un seul consul.
— - 1185, les consuls.
— 1187, un podestat de Brescia.
— 1188, un podestat de Crème, — 1189, un podestat de Pavie.
» 1190, les consuls.
• - 1191 , un podestat de Nantoue.