LE PODESTAT
nique de Pagliola^ en li93, le peuple « élut beaucoup « de consuls contre la Tolonté de Févéque et s'insurgea « à la suite de ses consuls ; il y eut une grande bataille
« entre lesdits consuls el Jacques, lils d'Alhci t Orso a (riiomniede révèque), et ceux-ci démolirent la mai- « son et la tour de Jacques qui fut iorcé de prêter ser- € ment de ûdélité. Le jour suivant , les consuls attaa quèrent révèque Gerardo^lepoursuivirentjusqu'àaon a palais, qu'ils saccagèrent, et ocdrent tous ses amis et «partisans.» L'amitc suivante,, séi famille est écrasée par une nouvelle attaque des consuls, et il est lui-même chassé de sou château^ sou dernier refuge dans la campagne. Son successeur, dans les fonctions de podestat, Guidiccino de Pistoie , nommé dans Télan de la révolution, estrhomme du peuple, l'adversaire des grands, l'ennemi des châtelains; mais, soit manque de caractère, soit défaut de forces, soit impossibilité réelle de soumettre les concitoyens a un tribunal supérieur, le malheureux s'enfuit au plus vite, et les grands (}ui le prennent dans la campagne lui arrachent les dents, pour se yenger des amendes quils avaient dû lui payer. L'historien de Bologne, Ghirardacci, croit qu'il suocombe, coiHino son prédécesseur, à la juste indii^nationdu peuple; el, n^ayant jamais dislinfiué les citoyens des concitoyens, on conçoit qu'il donne le même sens aux deux catastrophes, ne se doutant^pas que Scanabeôchi succombe aux citoyens, et Guidiccino aux concitoyens. Apartirde4l05,le podestat se flxe entreces deux extrêmes, et reste toujours au milieu de tous les orages. Si on Tattaque, si ou le menace, si, en 42^28, le peuple lui oppose momentanément un préfet, ce ne sont que des vicissitudes inséparables de la lutte des deux castes.
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Plaisance m peut cacher le jeu des parlis qui s'efforcent de remuer la lourde machine du [lodestat. Son penple est hostile à Parme, dédaigneux de Pavie, accessible au souffle embrasé des révolutions milanaises, tout le porte en avant, à Tattaque des concitoyens; mais les concitoyens comptent sur les châtelains de Parme, sur ceux de Pavie, sur leurs nombreux manoirs, sur la facilité avec laquelle ils savent se retirer chez eux et bloquer la ville en lui coupant les communications. A chaque secousse, le podestat est ou décomposé par la scission de la ville et de la campagne, qui forment deux républiques distinctes, ou renversé par Tune des deux républiques qui impose ses élus. En liîI8^ le peuple dr^s citoyens veut marcher sur la ville féodale de San-Donnino, avec un podestat milanais. Gui de Bnsto, et c'est la république féodale ûesmililes, des chevaliers, qui d'après Mussi, renverse le podestat, a ignominieusement expulsé. » L année suivante, menacés par le peuple, les chevaliers pe retirent dans leurs manoirs, et celte mission crée deux républiques qui décomposent la dictature du podestat , car les citoyens nomment Greoo F^rnario et Gui de la ville de Crème, milanaise d'alliance; les chevaliers du dehors nomment un Turinois , Guillaume Biculo, ennemi de la démocratie lombarde et milanaise. • Après deux ans de guerre, le pape réconcilie les deux partis par Tentremise du cardinal Ugolino d'Ostie^ et sa rÀx>nciliation se trouve représentée par le nouveau podestat Othon de Mandello, qui réunit la double qualité de citoyen et de concitoyen, car il est en même temps Milanais et châtelain K En Timposant aux
MSSI • Dommus cardioalis dedil eis comiDuniier per potesttlem Ottooem de Madello de Mediolaio.
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citoyens^ le cardinal pouYait leur dire : Voulez-vous la ligue lombarde et Vaillance de Milan? Prenez Olhon :
c'est Tun des plus illustres de la ville que vous aimez; il cuiiUiuiera Gui de Buslo et Gui de Crème, et vous associera à la démocratie milanaise. Mais il pouvait dira aussi aux châtelains : Pourquoi voudriez -vous le repousser? 11 est des vôtres^ il est châtelain, il est de cette noblesse à demi piémontaise qui a invoqué jadis Frédéric Barberousse, et il pourra continuer Bicuto de Turin, votre podestat. Le peuple, qui ne tarde pas à comprendre qu'il est mystifié par le cardinal, se groupe, inqriiet et agité, sous la direclion de Guillaume Lando (de Andito), châtelain , uiais ennemi des châtelains, grand seigneur des plus démagogues, mobile comme Plaisance, amoureux des tumultes , incapable de rester dans Tlnaction, toujours en dehors de la 1^lité) avec l'apparence de la légalité. Une nuit, assailli par Olhon de Mandello, U le bat avec le secours du peuple 5 le jette dans une prison d'où celui-ci peut à peine s'évader pour aller enchaîner les soixante-douze otages qu'il gardait dans son château>eton voit Guillaume Lando prodamé lui-même podestat par les citoyens qui veulent éviter Todyssée des méprises qui se déroule dans tes villes étrangères ^ Ce despote indigène commence sur-le-champ une lutte longue, acharnée, pleine de batailles et de va-et-vient pour imposer la loi de régalité et le partage des honneurs aux chevaliers; mais à chaque instant les chevaliers lui opposent la retraite, rinsurrection delacampagne, la république féodale qui le bloquai avec ses honneurs dédaignés, son
1 Eodem anno, populus Placentiae acceperuDt per eadem Guliel* muni de Andilo.
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antorité de tribun et sei podeetats d'emprunt. En 1933^
il arrache troit de ses amis à la justice^ et toute la féodalité s exile, le cerne etrélbiiffe. En i231, associé avec Fontana, il renverse un podestat féodal, qu'il remplace parquatlre recteurs^ et la retraite des chevaliers Tétouffe de noureau. fin 1333« il exploite le frère liéon, qui arrive pour donner des absolutions générales et réconcilier les deux républiques. Mais les cheyalters, plus fiers que les Romano de Vérone et les Vico d'Orvieto, répudient encore le partage des honneurs comme une humiliation impossible* Un autre moine ^ Roland de Crémone^ Tient à son tour prêcher Tégalité au nom de rÉTangilej il accuse les châtelains d'hérésie; c'est Fundes tribuns de la papauté consulaire^ un homme intrépide et absurde, comme Jean de Vicencc ou i*arciUc Romano : sa haine peut allumer des bûchers, sa parole tuer des chevaliers^ mais il taiilit être lapidé par les châtelains^ du consentement du podestat^ et quand Lando^ d'accord avec révéque^ enlève le podestat et renvoie au pape pour qu'il soit puni^ les chevaliers se retirent à Rivalgario : il y a encore deux camps, deux podestats, deux républiques.
Voici les règles pour reconstruire l'histoire des podestatsy d'après les indicc^ions coUrtea et laconiques des chroniqueurs*
1. N'oubliez pas que la ville est toujours divisée en deux partis de citoyens et de côUcitoyenS; implacables, invariables, ineffaçables; de sorte que rien ne se détobe à leur influence^ et que les moindres faits doivent subir leur action.
â. N'oubliez pas non plus que le podestat est un ministère annuel! de sorte qu'à lA fin de chaque année c'est un problème de savoir si la politique de la ville
restera la même. Lorsqu eile ne varie pas, le chan* gemeni de celui qui gouverne permet toiyours de la mettre à TépreuTe^ et on Yoit les ménles lattes se renouveler périodiquement pendant deux ou trois ans : ear les partis vaincus tâtent totyours la force ou la faiblesse du nouveau chef.
3. Prenez toujours le podestat dans la rigueur de sa fonction juridique ; il est toujours le comle-citoyen> le magistrat municipal et féodal^ le trait d'union entre les deux partis opposés ; il exprime une trêve momentataéa^ il en résurile les conditions, il est le droit vivant de la ville qui l'accepte. Quaml les deux partis ne peuvent s'entendre, il y a deux podestats; quand Tun des partis est expulsé, il nomme son podestat en exil ; il ne peut rester sans juge; toute transaction intérietire s'accomplit par un ôateul sur les qualités du podestat : tantôt eitoyen de naissance et concitoyen de partf , tauiot concitoyen de naissance et citoyen de parti et toujours d'une aristocratie ou d'une démocratie variable, suivant les revirements des guerres et des rivalités. Le podestat n'est systématiquement hosUie aux nobles que par cela seul qu'il veut les soumettre à la loi commune, qui est toujoui's une humiliation pour les anciens cliâlelains , une déroute pour la vieille noblesse, à laquelle la loi de l'Italie promet toujours rinterveation protectrice des deux grands pouvoirs.
4. Ne tenes aucun compte des réconciliations ecclésiastiques, qui se réduisent à des comédies religieuses, à de vaines forihaUlés; c'est tout au plus si elles présentent le sens de trêves militaires entre deux années en pourparler pour enterrer leurs morts. Au lieu d'ambassadeurs, le moyen âge avait ses moines; l'intervention du ciel suppléait aux solutions de continuité dans
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les lois de la terre, et on voyait arriver des prédicateurs miraculeux, des flagellants, des fanatiques en chemise ou saus chemise : on se macérait, on s'embrassait^ ou s'attendrissait au besoin; on croisait les mariages, et le jour suivant la trêve du miracle étant expirée^ le combat recommençait plus iuricu.v qu'auparavant.
5. C'est une règle î^énérale, que les combats se renouvellent tous les cinq ou dix ans , car la guerre civile est imposée à chaque nouvelle génération ; tous les jeunes gens doivent lui payer leurs moissons d'illusions, et quand le sang est yersé, quand Fiilusion s'est évanouie, on se tait, saut à payer de nouveau l'impôt du sang à la fatalité qui le deiuaade au bout de cinq ans ou de diX; lorsque la bataille a été effroyable.
6. Ne souriez pas devant la bizarrerie juridique du podestat. Avec ses otages enchaînés, ses jugements discrétionnaires, et le asindacato» qui Tatiend, le podestat est une création de ranarchie italienne, et malgré les grossières garanties qui l'entourent , il est toujours tragique. Nous avons vu que Gerardo Scarabecchi de Bologne pouvait à peine se sauver, que Doara de Crémone était assassiné, qu'on arrachait les dents à Guidiccino de Pistoîe. En 1313, on arrachait la langue au podestat de Modène. En 190S, Oui Pontano, podestat de Lacques, était tué par les Porcari. La famille citoyenne de Camino assassinait Marin Dandoio, podestat de Trévise. En 1304, le podestat de Florence est blessé, et on compte par centaines les podestats emportés par les insurrections. Les hommes du xiii* siècle étaient si épris de cette dictature républicaine qu'ils l'idéalisaient en un type célébré par la littérature de l'époque avec une admiration enthousiaste. Quels sont les premiers héros dans les chroniques? Des
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hommes comme Pelavicino , Ëcelino U, Azzo d'Ëste, et tant d'autres qui errent de ville eu ville^ moitié juges, moitié capitaioes^ pour exercer la domination nomade du despote républicain. Le premier livre de la politique italienne, VOculus pastorum , s'adresse au podestat pour lui enseigner à entrer en fonctions, a rendre juslicc, à parler pour la paix^ pour h guerre; à faire Téioge de l'homme qu'il remplace, à transmettre ses pouvoirs à Thomme qui lui succède. Ne raillez pas cette ébauche grossière où la rhétorique d'Aristole commence à enseigner à parler pour et contre sur tontes les questions; les pasteurs des batailles italiennes comprennent pour la première fois les thèses et les antithèses de la politique, toutes également vraies et fausses, parce qu'elles n'ont Jamais en ellesmêmes leur raison d'être t toujours emportées par le mouvement social qui les alterne sans cesse. Plus tard, Brunelto Laiini, le maître de Dante, transporte le même sujet dans son Trésor, et le podestat est encore Tun des trésors de la littérature italienne.
7. Bientêt Tère de la guerre civile s'écoule, et alors le podestat devient ridicule. Après avoir figuré dans les dironiques, entouré de soldats et de cadavres, il paraît dans les contes, entouré de mauvais plaisants qui le désespèrent. Dans lo Décaméron de Boccace, on le voit moitié atroce, moitié stupide, égayant la ville qui profite de sa sévérité automatique. A Trévise, on traîne devant lui un Florentin en chemise, accusé d'avoir simulé un miracle, et le podestat qui hait Florence veut le faire pendre sans même Técouter. Mais il n'est pas aisé de pendre un Florentin , et le vaurien lui échappe, par un nouveau miracle de son invention. «Dans notre ville, dit Boccace, arrivent souvent des