IS LE PODESTAT
« podestats de la Marebe, en général des hommes sans « cœur^ et d'une vie si malheureuse que tous leurs faits « et gestes sont des acte^ de misère. Grâce à leur pau*
« vreté et à leur avaricis ils amènent avec eux des « juges et des notaires qu'on dirait tirés de la charrue « ou d'un atelier de cordonniers, plutôt que des écoles € de droit. L'un d'eux avait amené avec lui, parmi ses «juges, un tel qui se faisait appeler messîre Nicolas de « 8an-Lapidio, rustre achevé... » Les gamins lui enlèvent ses culottes, tandis qu'il administre la justice. Voilà le retentissement d'une médisance qui aurait été tragique, un siècle auparavant* Plus tard encore, il ne reste du podestat que la trace vague et confuse laissée par toute révolution aux temps postérieurs dominés par d'autres révolutions. L'antique podestat est oublié; mais on continue à préférer le juge étranger; le juge est toujours redouté et suspect, vénéré mais soumis à raceusation publique; il exerce uu pouvoir discrétionnaire stXr les personnes qui rinvoquentetqui se mettent en garde contre lui. Ën 4796, Trente emprunte encore son podestat à Parme, ville royale comme elle. Aujourd'hui même le « ^indacato i» subsiste dans le duché de Modène. On uid on déplace un jugo , on ouvre son procès au son du beffroi; et il y a des torts redressés et des juges cassés, au lieu d'être élevés à des fonctions supérieures; le despotisme ducal plie devant la force de l'ancienne révolution : l'avancement qu'il accorde à ses magistrats se trouve au préalable soumis au cou U 61e de son peuple.
CHAPITKE V
US CITOUM ET LES eORCITOYEllS El SAfOIE, DANS LE MOIT- *mUl, EN SAROAIfiNE, EN CORSE, A ROME ET OARS LES DEUX4IC1LES.
Le marquis du Moniferrat podestat à Turin. — Sinuncello de la Rocca en Conie. — Enzo en Sardaigne. — Guerres dtt Midi entre
les Normands et les Allemands. — Les historiens se méprennent en faisant l'éloge de Constance. — Cette reine perdait le royaume en le livrant au saint-siége. — La cruauté de Penry YI était plus utile--et le rôle de juge pris par Frédé» ne II mit un terme au double desordre de la cruauté allemande et de l'indulgence normande. — Date générale de l'apparition des podestats.
Les régions soumises à des chefs militaires restent dans la tradition féodale, qifîls modifient diaprés l'idée de la nouvelle époque à laquelle il faut des guerres civiles et la dominaiion d^un juge : c'est une nécessité pour le Piémont et la Savoie d*aYoir un seul maître^ le GQmte de Savoie; sans lui, Chambéry serait emportée par la France , et le Piémont envahi par la Lombardie ou par Gênes. Mais la guerre faittreinlilcr le sol, et dans ses dernières années le comte Tlioinas qui avait joué le rôle de consul, devient tout à coup impopulaire et féodal; les citoyens qui Tavaient suivi contre i'évôquese coalisent avec l'évéque contre lui, et il meurt en allant chercher des renforts dans laSavoie» qui joue le rôled*une république féodale (Sontrele Piémont^ engagé daub la cause oppoâée d'une démocratie républicaine.
320 LES CITOYENS tî LES CONCITOTERÔ
Turin^ foyer du Piémont insurgé, n'est plus représenté par révèque» dî par les consuls ; mais par le marquis du lionlferrat^ auquel on délègue les fonctions de despote étranger ou de juge dictateur contré la maison de Savoie.
Quand Amédée IV arrive pour réclamer sa proie, il n'est plus à son tour un chef consulaire comme Thomas, ni un chef épiscopal comme Humbert lU ou Bérold : il est le grand châtelain de Suse et Chambéry, le juge armé, le despote étranger qui rallie autour de lui les nobles^ les bandits, les feudateires du Piémont, les républiques des paysans et tous ceux qui veulent combattre la liberté civique de Turin.
Lerôiequele marquis du MontferratjoueàTurin laisse supposer qu^il est équiteble lorsqu'il rapproche les citoyens et les concitoyens de ses Étets, et c'est ainsi que le Montferrat, uni sous le marquis, traverse Fère des deux castes, sans être dissous par les villes frontières du Milanais, du Piémont-Savoie et de la Ligurie génoise.
La Corse, scindée en deux régions , l'une féodale et transmontaine» Tautrecommunale etcismontaine, reste une sous Pise qui la soumet, en 1219, à Sinuttcello de la Rocca, nommé juge, à l'imitation des juges byzantins de laSardaïKne. Mais Sinunccllo se jctlc au milieu des guerres ci viles des deux régions, en homme de justice et de luain^ se chargeant d'interpréter son rôle de fonc- . tionnaire sarde et pisan, avec les idées du podestat italien; et^ retranché dans les montagnes de Quenza^ il se constitue protecteur des faibles, redresseur de torfe, juge de profession. Bon ! se disent les Corses, voilà un homme qui se rend justice à lui tout seul, ce doit être un bandil. Au bout de quelques jours, un assassin, pour échapper la famille de la victime, gagne Quenza, espérant y trouyer asile, et peutpétre un compère; Il y trouve la po-
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tence, et dès lors Sinuncello de la Rocca est reconnu pour chef: on l'appelle c< Giudice; » il s'étend en justicier, el il règne en plongeant comme un navire dans les flots d'une giierre éternelle. 11 dompte Latro Bianeolaccî^ dont il épouse la fille; il brise les Gagnesi^ les Arainchly lesRaimondacd d'Ornano^ factieux obstinés; il livre à la prostitution la dame d'Istria^ qui avait voulu le sédu^-e et Tenlever; il fv'impose aux Tralavetani de Cauro, aux Salaschi de Cclavo, aux Cinarchi , alliés de Gênes, qu'il dépossède; il met en dérouie les Génois, sale leurs morts et les renvoie à Gènes sur un navire. Vrai cyclope de justice, bourreau bienfaisant, impitoyable dans le bien et dans le mal, il fait couper la tête ' à Tun de ses neveux qui abuse d'une femme, il tue un cousin pour venger son père, et ces famillesqui se subdivisaient comme s'il n'y avait pas assez d'hommes pour suffire aux ininiiliés de la terre, moitié atlérées. moitié attendries de le voir maître des discordes, le respectent, le vénèrent, s'attachent à sa personne qu'elles croient indispensable; tandis que les paysans de leur côté Tado^ lent etqnela rustique reconnaissance des multitudes, eu le proclamant législateur, lui attribue jusqu'à la coutume qui protège les veaux, en défendant de traire les vaches avant qu ils suienl repus. Sa résidence se fixe à Rocca f point géoj?raphique qui marque une sorte do transaction judiciaire, entre les deux Coi ses opposées de la féodalité et des communes. Hocca n'est pas gagnée à la Corse transmontaine, puisqu'elle combat Cinarca^ls^ tria» Ornano^ tous les pointsles plus importants des montagnes; elle n'est pas non plus la terre des communes àlaquelle elle est ( Li angère. Transmontaine et favorable aux communes ; dciuocratique etsisedans la monta^^ne, elle est le siège naturel du nouveau chef^ de l'homme
2ÊÊ ut dTOTms «t lis fOHcnotm
des deux castes, da juge impartial^ du podestat à la lois oivique eiléûdal...
La guerre chile delà Sardaigne met Cagliari et tout le parti fédéral et romain patronné par les Viseonti» aux prises ayec Gallure et la région militaire qui joue le rôle des concitoyens et vise à la royauté unitaire et indépendante à la suite d Ad* lasie, héritière de Gallure. Ces deux partis no peuvent ni Sil^Cfacer, ni même aboutir à la magistrature du podestat : Tun représente l'égalité moins Tindépendanoe , l'autre Tindépendance moins Tégalité, le progrès et la eiTilisatlon. Où prendrait-^on le juge impartial? a Cagliari? il ne serait pas indépendant; à Gallure? il ne serait pas civilise. Et pendant l'ère de la guerre civile, nie d'ailleurs assez calme^ flotte entre les deuv partis diversement modifiés par les trois mariages d'Adélasie. Le premier^ ayec un neveu du pape Innocent III qui fomente la guerre contre Pise^ Gagliari et les Vis* conti, représente la prépondérance, du parti uiiiUnie et féodal, l e secoii 1 , avec Ul>aldo Visconti, établit une aorte de concordat entre les deux partis opposés de l'unité féodale et de la fédération pisane et romaine. Le troisième, avec £nzo, fils naturel de l'empereur Frédéric 11; représente un retour vers l'unité, quoique Enzo , nommé roi de Sardaigne , passe plus vite tîu'nn podestat annuel, quittant lile après y avoir passé une nuit, voyant Adéiasie trop vieille, pour le captiver, et la Sardaigne trop fédérale pour raccepler...
Les obscures indications qui nous restent sur Rome nous laissent entrevoir, sous une forme pompeuse, les hésitations de Gènes, de Milan, de Bologne et de Crémone, à la V( ille (le se donner un podestat. En il86, c'est encore le sénat qui règne et qui se compose de
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cinqjiante-six à soixante consul;?, (\\ron renouvelh; tous les an S; afin qu'ils représentent plus ûièleinent la tolonté de la masse. En llOl/r^iUtioiixroissftnte fàii nommer un plus grand nombre de eonsols, et on pourrait répéter ici ces mots de la chronique génoise : « Tout le monde yent être consul ; la discorde s^enYO- « nime et les dissensions se multiplient..» Sur une renionUance du pape alarme, le sénat promet qu'à l'avenir le nombre des sénateurs sera de cinquantesix; mais Tannée suivante Carus Homo est nommé sénateur unique, en d'autres termes le despotisme d'un juge remplace le consulat insuffisant, tumultueux .ei incertain. En 1193, Giovanni Capoccio succède à Carus Homo, encore unique dans ses fonctions. En 4194; les' cinquante-six sénateurs reparaissent comme un retour momentané vers la liberté consulaire, et quand on arrive en M98 , Tan de la recrudescence générale , le sénateur est rétabli , et Home accepte le fuge drique et féodal créé par les révolutions italiennes.. .
A la mort de Guillaume le Bon, la discorde boule-'' verse les Deux-SIciles.-- oNos régions, dit Giannene, ne a virent jamais de temps plus malheureux que depuis « la mort de ce bon prince Guillaume II.» Au moment où Constance doit transmettre la jurande dot du royaume à Henry VI; fils de Frédéric Barberousse, tous les châtelains du Midi, tous les liommes des vieux centres grecs et longobards, toutes les villes Jadis hostiles i la* oentralisalion de Roger, et au rè^ne de Guillaume lé Méchant, se rallient à Tancrède, prétendant normand, " ancien châtelain, jadis enveloppé dans les proscriptions • qui avaient frappé le mouvement tedéraliste; et secondé par TabbédeVenosa, protégé par le pape allié infaillible de toute sédition féodale, il se fait couronner roi, en/
324 LKS ClTOTtlfS IT LES C0NCIT0TEK8
1189* «Romana in hoc curia dan le assensum. » Voilà deux préteodaiiSj deux familles rivales, deux races eDoemies, et toute Tuaité de Païenne aux prises avec les antiques nationalités du continent. Dans le premier
désordre de la inclée, les barons et les chefs ne peuvent pas se remettre, ils croisent Tépée au hasard, et se frappent aveuglément comnne les deux noblesses des Tilles^ dans les premiers tumultes de Brescia, de Gènes ou de Mantoue. De vieux centres, au lieu d'attaquer l'empereur unitaire, le secondent ; il peut compter sur ÂTversa^ premier siège des Normands; sur Capoue, ancienne capilale de la principauté ; sur Naples, capitale du dogat; sur Gaete, qui est à son tour un vieux dogat; sur Sakroe, duché iongobard qui le fête et lui promet de garder la reine Constance son épouse. Mats, au contraire, quelques villes du rayon de Palerm€, au lieu de le seconder, le combattent. En voyant Taiicrcde à Paierme, une partie des citoyens se trouble, tandis qu'une vaste fraction des concitoyens se rallie à Tempereur forcément fédéral, sans doute pour marcher contrôla capitale sicilienne. MaisenlIM, quand Tancrède meurt^ quand son fils Guillaume lU, encore mineur, est incapable de se défendre» quand Pempereur Faccable par les forces de Pise et de Gênes, et qu'il arrive à Païenne, toutes les situations se rectifient. Plus de doute : le roi des citoyens est l'époux de Constance, le successeur de Hoger et des Guillaume, et il porte les derniers coups à la fédération normande. Il détruit Salerne, qui ravaitfètéparerreur et l'avait trahi à dessein en livrant Constance à Tancrède ; il saccage Bari et Spina^zola; il rase Policoro; il doinple, il brise toutes les villes de la Campanie; il emprisonne la dynastie couciloyenne de Tancrède à