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Palerme, sans que personne la défeade^ et les Palermitains, tremblants aui premiers jours de son arrivée^ lorsqu'ils lui disaient machinalement : « Benedîctus « qui Tenit in nomine Domini, » voient en effet qu'il est l'homme de la liberté du Midi. Il débute par affranchir le royaume, en ne demandant plus l'investiture au pontife : c'est avec lui que commence la haute contradiction qui da roi sicilien yassal du saînt-siége» fait le suzerain du saint-siége à Rome, au nom de l'empire.
Mais la loi de l'époque demande le progrès de la guerre et des flots de sang, aussi voyons-nous partout les barons insurgés contre l'unité de Palerme, deux fois plus pesante sous le sceptre de Tempereur^ et Tempereur deux fois plus ferme que les fondateurs de l'unité sicilienne. Il règne en décrétant une longue série de supplices épouvanlables; les scènes d'horreur succèdent aux scènes d'horreuravec une sorte de crescendo internai. Guillaume 111, l'enfant royal châtre et emprisonné pour toujours avec la dynastie détrônée , les barons mutilés, aveuglés, massacré par centaines , le prince d'Aversa tratnéà la queue d'un cheval , pendu au gibet la téte en bas pendant trois jours, et achevé par le fou de l'empereur; tous les otages siciliens aveuglés d'un seul coup, cinq cents rebelles brûlés en un seul jour à Palerme, en 1197, devant leur chef à qui Ton doue une couronne sur la tète, voilà les exploits de Henri YI, dit lirapitoyable, tandis que les Allemands sont ap pelés les bourreaux de la Sicile.
Le moment arrive où les excès ne peuvent plus sur* passer les excès, et où la reine Constance passe ellemême du côté des insurgés, pour mettre un terme aux infamies de Tempereur ; elle devient alors Thé-:
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roïne des historiens attendris devant elle, unanimes .pour la présenter comme la personniGcation de la patrie éplorce, du royaume immolé^ de Thumanilé outragée par la barbarie germanique. Qu'elle combatte, qu'elle traîne les escadrons normands contre son mari, qu'elle l'assiège à la Gastrogiovanni, dernier château qui avait résisté à Tinvasion musulmane, qu'elle le force à promellre de s'exiler et d'emmener avec lui ses Allemands, sa pitié, son patriuUi>ine, son humanité ne sont, sous une autre forme» que les furies de la terre qui pénètrent dans le palais royal, dans la chambre nuptiale pour profaner le grand h|ménée stipulé aux jours héroïques de ritalie consulaire ; et quand Henry VI meurt à Messine, quand il descend dans son tombeau, sons le poids de la malédiction générale, quand les Allemands quittent Tile, quand Constance règne seule et que tout fait présager la paix ou du moins le déclin de la guerre , on s^aperçoit tout à eoup qu'au milieu des horreurs de la Sicile, la muse de l'histoire , saisie de vertige , a maudit Thomme qu'elle devait resjw cler, le véritable libérateur du royaume, le vrai chef des citoyens du Midi. Ses fureurs n'étaient pas à lui, son délire était le délire de U démocratie. Dès le jour où il avait mis le {Med 6»r les terres de la donation, 11 avait été emporté par ks furies consulaires. S'il livrait Toscolo, c'est que les Romains lui demaïulaient le g^rand cluUeau de la campagne; s'il détruisait par centaines les villes et les villages, et par milliers les barons des Deux-Siciles, c'est que Tunité de la basse Italie lui demandait des hécatombes, et qu'il devait répéter en grand autour de Palerme les dévastations de Florence à Simifonti, de Milan à Biandrate, d'Alexandrie a Capiiaia, ik Brescia
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à Gavardo , de Padoue à Pendice ^ de toutes les villes à régard des terres de la campagne^ de tous les dtoyens eoTen les splendides palais des Turca» des Volta^ des Cocco » des châtelains naturalisés , des nobles insurgés.
En effet, comment règne cette Constance qui est ridole des barons cl Théroïne des hisiuriens? Sans le savoir, elle traliit le royaume ;eiltî suit le pape proclamé tuteur de son fils, et bailli du royaume qu'il est intéressé a dissoudre ; elle lui livre les chefs de la dynastie ennemie, que son mari aTaitenchaînés et réduits à Vïmpuissance; elle lui cède les appels, les élections, les conciles et toutes les libertés ecclésiastiques qui protégeaient Palerme contre l'invasion de Rome. Elle le laisse accabler de ses anatbèmes, de ses armées, de ^ croisade, MariLwald d'Annweiller , Diepold, Luxelinhart, les Allemands du feu roi, ces capitaines qui n'ont d'autre ambition que de fortiûer le nouveau roi, et de lui frayer la route à reiniiirc; elle se joint au pape pour exterminer ce dernier noyau de serviteurs zélés, de soldats unitaires, royalistes ardents, dépositaires de l'ancienne impiété de Roger, développée par les cmpe^ reurs de Veihelingen; elle appuie en châtelaine insepr sée tous les Tîeux centres, tous les ennemis qui marv chciitàTattaque de Palerme, tandis que le royaume se décompose sous Taclion de l'Eglise. A sa moi 1, le pape lance contre le royaume G.iulthier de Bneune,qui se dit prince du Lecce et de Tarente, et qui a des préten> lions à la couronne. C'est l'une des premières épées de la chrétienté que le chef de l'Kglise dirige contre son pupille de Palerme; encore un pas, encore un jou^ d'oubli et le royaume est perdu, dépecé et rendu à cette fédération anarcbifiuc a laquelle l'avainit arratbé Timpiété de Hoger, les iureurs de GuiUaiMue te hoaW
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de Guillnuinc II, et TlilJépendaoce sanguinaire du mari de Constance.
Au moment du danger^ le royaume se retourne tout seui^ comme un être Yîvant, contre le pape, en dissipant d*un coup toutes les illusions de Constance, et^ pour continuer la tradition consulaire^ l'archevêque de Palerme se rallie aux Allemands excommuniés, il relève les capitaines combattus au nom de l'Eglise, il fait appel à tous les citoyens issus de la révolution d'où sortait le royaume, et sommé par le pape de ne pas résister à Gaullliier de Brienne: «Non, « répond-il, quand même Pierre et Paul, envoyés par « Jesus-Christ, voudraient m'empêcher de combattre, erje n'obéirais pas^ dussé-je être condamné au feu <c éternel des enfers. » C'est le cri de la capitale, et sous le rayonnement croisé de Rome et de Palerme, toute la terre du Midi, saisie de nouveau par le vertige de la guerre, est bouleversée cômme.Gênes ou Crémone, au moment où les consuls, effrayés par les progrès de la discorde, cèdent la place au podestat, sans que les citoyens osent encore se livrer à la dictature de ce despote annuel. Sur ces entrefaites* Gaulthier meurt en comtattant, on voit Tempereur Othon iV qui arrive jusqu'à Naples. Le pape, pris entre l'Allemagne qui réclame Palerme et Palerme qui veut se joindre à l'Allemagne, revire subitement aûn de protéger son pupille Frédéric H, qu il croit assez fort pour repousser son compétiteur, assez faible pour rester à la merci de TEglise; mais la révolution, glissant à travers cette intrigue défaillante, arrive à son apogée avec Frédéric II, devenu à la fois roi des Denx-SIciles et empereur d'Allemagne.
Voilà le vrai podestat du Midi, l'homme qui unit, qui juge, qui nivelle les citoyens et les concitoyens, les
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TiUes féodales et les yilles progressives^ Païenne et la Sicile, la Sicile et le continent son rÎTal. Fils de Henry VI^ il représente les citoyens; fils de Constance,
il entraîne à sa suite les barons; rejeton unique de deux grands personn après de la révolution et de la réaction de l'ère antérieure, c'est à lui d'interpréter le pacte de leur symbolique union, et d^êlre la loi vivante des Deux-Siciles. Tour à tour protégé et combattu par ses Allemands, protégé et combattu par le pape, son vassal à Rome et son suzerain à Païenne ; agité par les vicissitudes opposccs des deux partis; présent en roi, absent en empereur, obéi par une milice d'Allemands et de Sarrasins inaccessibles aux sédilious comme les satel* lites des podestats, il impose au royaume la révolution delà Justice, il y introduit cet ordre qui règne sur les tumultes des villes italiennes. Sous lui, le parlement ouvre ses portes pour admettre dans son sein les consuls des communes; les foires se multiplient pour activer le commerce ; de nouvelles lois i t forment toute la tradilioo féodale; la grande curie de Capoue, fondée en 1220, enlève le droit de haute et basse justice aux sel» gseurs; lesfeudataires, déjà avilis par Guillaume le Méchant, subissent de nouvelles spoliations si vastes et si méthodiques, qu'il s'élablit une nouvelle jurisprudence « de feudis a curia revocatis. » On proscrit les duels, le port d'armes, les vengeances, les guerres privées ; on menace de la peine de mort les provocateurs de sédi* tiens ; on soumet le clergé à la loi commune et aux tri* bunaux ordinaires; on coupe derrière lui tous les 01s qui le rattachaient aux intrigues de l'Église. Enfin la justice de Frédéric s'cnraciue à la terre et change la géographie du royaume. Les forteresses bâties dans les derniers temps de la guerre civile tombent comme
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les tours hostiles de Gêûes, de Viterbe ou de Pi&tQje; Pirradjation de Palerme se développe, fortifiée py des villes nouv elles. En Sicile, elle reçoit Tappui d'Héradée et d'Augusta oontre Syracuse et U^ine; sur le oooUnenï, elle e$t secondée par Flagella qui flagelle. Geperano, par Lucera qui atta(|ue BeneTent, par fkidonay Altca, Monleoiic, qui ré[)rimeiil la CaiaLic et Icè villes fédérales, et la nouvelle géographie s'achève par la desiruciiou de CentorMo, CapicO| Tr^jauo^ Benevent, Sao- Severo^ Sorarasées comme auparavant Bari et Saleroe. Plus de souvenirs meurtriers, plus d'indépeadanjoef liosUles, plus de rébellions folles, plus de combats inutiles et pour ainsi dire personnels; le sol nivelé, civilisé, soumis pour la première lois à la division encore existante de douze provinces, n admet plus désormais (jue d'immenses batailles rangées où les victoires s'alternent au nom des idées. C'est ainsi que sous Frédéric, la basse Italie conquief t le droit de dominer ses propres révolutions, et c^est ainsi qoe lldée du podestat pénètre dans toutes les régions, dans Louics les iucalités, sans permettre qu'un seul coin de l'Italie échappe à la grande réforme du despotisme judiciaire. Les adversaires d^ Frédéric, les villes mêmes du Midi qu'il devait combattre, dompter ou mémedétruire, n'avaient de foroecdotie luietne pouvaient lui tenir tête q ue parce qu'elles retournaient contre Palerme la révolution du podeslat , a\tx: la même obstination que ces chevaliers de la caui[)agne de Plaisance, qui proclamaient les podestats de Maudello et de Turin. Quels étaient les chefs des insarreclions 4u Midil G'étaiémt les Slrat^, des despotes d'origine byzantine, qui s'efforçaient de se transformer, en pour imiter les podestats italiens en lutte contre la capitale d'une cenUaUs^iiQU. déva^Uirice. Xes$4ue âu^vuU
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son Mallone, Cattania imitait Messine, Syracuse, Tantique capitale, combattaii à son tour avec Nicosia et Ceoloripa; Gaëte luttait pour s'arrachera rimpuissance qu'elle împatait à aes consuls. Au Nord, Messine Gaitania , Syracuse , Gaete auraient continué leur course vers l'avenir à côlé de Milan ou de Pavie, de Florence ou de Sienne, deRavoiuie ou de liulogne, d Osimo ou 4'Ancôa6» de ïerracina ou de i^ ondi; au Midi enclavées dan9 le royaume et déjà vaincues, au nom des ëv^ i^eset des consuls^ elles étaient broyées sous le podestat suprême des Deui-Sidles*
La date de la guerre civile et du podestat se présente partout avec une rigueur arithmétique qui confirme la fatalité générale du mouvement. I^ous avons placé la guerre aux châteaux en 1184, à l'époque où le traité de Constance, en accordant le droit de combattre les yilles rivales, autorisait en quelque sorte le droit de détruire les fiefs de Pempire. Les naturalisations des châtelains donnent au bout de quelques années les |treniières conséquences de hi guerre intérieure, qui devient forte vers dans la haute Italie, Tannée de la mort de Henry YI, parce qu'il avait tenté la réaction contre la guerre aux châteaux , et sa mort prouvait qu'il était plus que vaincu ; et dans la basse Italie, parce qu'il laissait le royaume déchiré par les citoyens qu'il avait ralliés et les châtelains furieux qui se groupaient sous la direction de sa femme.
C'est en 1198 que Milan fonde ses sociétés, que la Marche de Vérone croise ses inimitiés domestiques, qu'Or\ieto allume ses bûchers pour y jeter les concis toyens, que Brescia commence ses combats désespérés, que le peuple de Crémone murmure sur le canal qu'il paye trop cher. Par uue coïncidence qui n'a rien de
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fortuit, la date moyenne des premières guerres civiles que nous avons pu noter toml>e exactement en H95; c'est vers la même époque, et en général de ii90 à 1300, que se flxe le type du podestat; c'est Ters que Fanarchie devient indomptable» qae paraît roeuhtêpoitarum, et que les citoyens et les concitoyens sont aux prises dans tontes les YÎlles avec les familles historiques^ désormais dostiiices a. les représenter pendant des siècles. Sinuncelio de la Rocca en Corse, Adelasia en Sardaigne, le marquis dans le Montferrat età Turin» l'empereur Frédéric H à Païenne, le sénateur à Rome» ne sont que les phénomènes divers d'une même phase imposée par la loi idéale des révolutions italiennes*
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