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CONTRE LES PODESTATS

diée au peuple» au sénat et aux Quirites de Rome, et « Tempereur, dit la chronique, fit faire un beau palai»^ (( très-vaste, avec une horrible prison dont les Viter-

(( 1)1 is ivaient grand'peur. Mais la peur ne dure qu'un instant, et soudain la ville des surprises s'insurge, se jette sur le palais^ le broyé avec ses seize tours et sa prison teutonique ; les GatCi écrasent les Caceo, appelés cette fois les TigMSi, les galeuxi et cent quatre-vingts toursde châtelains natnralisés tombent en poussière comme le [talais de r(MUf)creur. Une nouvelle invasion impériale ne put réparer ni cette dévasialion démocratique, ni les forces des concitoyens, et un dernier éclat rendait la ville aux Galii et aux Ticis$ilûd«$s d'une guerre indépendante. — Pérouse se trouble, se contient par une paix en 1241, et peut-être s'aH'aisse sons 1 1 i caclion. Mais en 1250 son peuple se venge en se jetant contre les partisans de l'empereur, et on voit les Montemolino chassés, spoliés de; leurs biens, leur château de Montegualando rasé, le cadavre d'André de Montemolino arraché à son tombeau et traîné dans la rue. C'est ainsi que la ville des poisons se venge de Frédéric. — Les Baschi , châtelains de Camerino, croyaient au commencement de la réaction que le jour de la féodalité était revenu, et ils s'emparaient de leur ancien cbâieau de Giove , en égorgeant de sang-froid la garnison que les citoyens y avaient placée. En m3, ils étendaient la réaction jusqu'à la ville à laquelle ils imposaient un podestat impérial. Hais soudain le peuple qui se réveille secoue ce joug suranné, et les Baschi s'enfuient, tandis que leurs châteaux et fous les cliâtelains retombent sous la domination des citoyens.

L'empereur est vaincu, même là où il triomphe ; ses citoyen» des villes militaires, ses concitoyens des villes

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romaines suivent une destinée qui n'est pas celle du consul fie l'Allemaurne ou du podestat du Midi; il ne peut donner ni unité, ni nnitoiinité, ni même le faux semblant d'une direction au mouvement qui s^'éparpiUe autour de lui^ et gi on veut oublier Thistoire sociale des villes pour ne suivre à tout prix que la personne classique de Tempereur, on ne trouve que i auite; d'une déroule universelle. En 12 ].), le jour même oii il doit lever le siège de Brescia, le pape l'excommunie et prêche la croisade contre lui. Aussitôt toutes les forces hostiles à l'empire se rassemblent et obéissent à une même impulsion. TréTtse arrive dans la ligue lombarde avec Albéric de Romano. Alexandrie chasse les Lanzavecchia on lui avait imposés; Ravcnnc est retournée de vive force par les Lombards. Un moment heureux en Toscane et dans la Romagne, l'empereur voit Ast qui se révolte, Viterbe qui s'insurge, Parme qui lui porte le défi, Novare qui passe dans le camp de Milan, Forli, Foriîmpopoli, Cervia, Imoh, Ravenne, Rimini, Cej^ènej Faenza en pleine rébellion. En 1249, son lils, Enzo tombe entre les mnins des Bolonais; Modène, qui lui était fidèle, se retourne pour ne pas être broyée par Bologne, et il ne reste plus de la réaction impériale que le flottement général indigène des batailles, qui atteste le progrès de la guerre civile sur tous les points de Tltalie. A la mort de Frédéric, les villes affranchies par des tumultes ingouvernables pouvaient enfln inscrire la révolution des podestats dans le pacte de Cbarlemagne, et elle s'y trouve résun^ée d'un seul mot, « le grand interrègne» qui laisse régner tous les despotes annuels de la guerre intérieure. Aucun empereur ne succède réellement a Frédéric. L'interrègne dure longtemps; il durera tou-

COKTM Ut fOOBiTATS. 35ft.

jours : Tempereur du vieux temps no pourra plus reparaître qu'en voyageur d'un motneiit, éterneliement étranger^ laissant à Hlalie le droit de diriger ses paii, ses guerres intérieures ou extérieures^ dût-elle y verser jusqu'à la dernière goutte de son sang.

Vu de loin, dans la confusion du xiii* siècle^ Frédéric trompe les historiens par son double prestige de consul d'Allemagne et de podestat de Palerme. On le considère comme un être ioul-puissant qui aurait pu façonner l'Italie à son gré, et la poésie qui s'attache à ce qu'on appelle les grandes figures de Thistoire, pour y transporter d'emblée ses rêvés, ses plans, ses utopies, ses espérances ou ses regrets, fixe son doigt en silence sur legrand Frédéric, comme s li avait emporté avec lui je ne sais quelle mystérieuse destinée de l'Italie. Mais U n'a emporté que la tradition des gebelins, condamoés à la démence des réactions impossibles; le fait de sa déroute n'admet ni regrets ni retours; il reste tel qu'il est dans son temps, dans son jour, dans son heure, comme l'un de ces mille hiéroglyphes que la stcnogia[>hie de l'iiistoire trace avec la rapidité de récldir pour une immobilité éternelle. Utile au Midi, le dernier des Hohenstauifen ne pouvait ni être le podestat de la baule Italie, ni balancer Tune par l'autre les deux régions du Midi et du Nord, ni régir tonte la péninsule par un pouvoir discrétionnair e et progressif: ces notions môme de compensation, ci équité judiciaire, de discrétion politique ou de despotisme bien* taisant, étaient écartées d'avance par le progrès, la vie , et les révolutions de Tltalie qui se développaient^ diverses, variées, fractionnées dans cent États oontradio» toires, dont le bupi'èiue boulicur elait de renverser le pape ou i empereur. Le mal tait à Florence n'était pas

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compensé par le bien fait à Lucqnes ; une humiliation à

Milan n'admettait aucun dédommagement à Pavie; un progies lie Païenne restait étranger et même hostile à Bologne et à Parme; nulle part il n était possible par l'écbange de faire circuler des valeurs équivalentes à travers les républiques italiennes^ cbaque Ëtat étant le souverain de sa révolution , chaque podestat représentant une indépendance et une attitude moinojilanee (ju^aucun citoyoïi n'aurait livrée à pi rsdnne. Un podestat unique régnant à Paleruie, à Rome et à Milan > un royaume unitaire improvisé et élendn à toute la péninsule y une seule domination imposée d'un seul coup à rancien royaume et à la donation, aux comtes, aux marquis, aux citoyens, aux concitoyens el au saint-siége lui-même aurait été comme une montagne sur toutes les montagnes, une dévastation inouïe de toutes les libertés , une exagération hyperbolique du royaume des Longobards, un césariat néronien qui aurait d'un coup arrêté et fari la dvi* lisation de l'Occident. Et comment 1 homme qui ne pouvait éviter sa déroute, décrétée par les siècles, aurait-il pu remporter une semblable victoire? Où aurait-il pris ses forces? Ses pensées même partaient d'en bas, comme la liberté générale ; consul d'Allemagne ou podestat de Palerme, il n'était grand qu'en révolté contre le saint-siége. Jusque dans cette auréole sinistre qui raccoinpaprne dans les villes italiennes, il est captif de la révolution, enchaîné aux partis qui le dirigent. Pas une de ses paroles qui soit libre, pas un de ses gestes qui ne soit suggéré^ ou par les Ramano de Vérone, ou par un Mateherato de Gênes, ou par un Ordelaf/i de Forli, ou par un Cunio de Faenza, ou par un Tignoso de Viterbe, ou par les hommes de Palerme, ou par les

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COKTRE LES PODESTAIS. 357

Sarrasins de Lueera, qui lui donnent pour ennemis le papej Milan» la ligue lombarde, les citoyens de Camerino^ de VIterbe et des villes romaines. Pas un de ses

mouveiiienLs qui soit dicté par la stratégie de la guerre civile entée sur la guerre municipale : s il n'attaque pas Mildii , il perd Pavie ; s'il n'attaque |»as le pape> il perd Pakrmê elles Romains; sll n*atlaque pas les citoyens du Nord» il perd ceux du Sud; s'il ne combat pas les concitoyens du Sud , il perd ceux (lu Aord, Gomment donc aurait-il pu dou)pler toutes les contradictions, toutes les forces, toutes les révolutions italiennes, cl soumettre a une même loi Milan et Palerme» le pape et les Romains» les citoyens et les concitoyens? Quel despotisme, quel pouvoir discrétionnaire» quelle loi aurait pu étouffer Timmense désordre qui éclatait entre toutes les lois existantes, résumées au double point de vue de la Iradiiiou romaine et de la tradition féodale? Uueile religion aurait pu réprimer cet effroyable vacarme» où toutes les idées du pouvoir spirituel étaient aux prises avec celles du pouvoir temporel t Certes l'élévation ne' manquait pas à Frédéric» et en fixant les regards^ sur lui, à travers les crimes de la couronne, le spectacle de Tempire et la comédie extérieure des parades, on découvre celle hardiesse effrayante qui se dégage toujours à toutes les époques de rbistoire» au moment des grandes révolutions» quand les béros» dans les spasmes de la douleur, oublienl un inslant d'être tribuns, rois ou empereurs, [jour demander à l;i nature et aux astres s'il n est \)-d< une jssue raisonnable aux folies de rhumaniié. H s'adresse aux sages de ilslamismc pour chercher des vérités que la religion lui défend de conquérir; il les trouble par la hauteur de ses interrogations sur Dieu» sur Tàme»

358 LA H£ACXiOM IMPÉfllAtK ITT PONTIPICALl

sur la Providence, sur la vie à venir. Par instants, indigné de la fourberie des miracles chrétiens, on dirait qu^l réve un kalifat d'Occident, où la raison lui

rentiiait celle moitié du pouvoir cédé par (Uiarlemagne. La tradition s'attache à lui, et à travers le? caloiiinies catholiques elle lui attribue confusémeut ia pensée de vouloir régner en podestat des trois religions qui se disputent la terre; elle lui fait dire que Moïse, Jésus- Christ et Mahomet sont les trois grands imposteurs de l'humanité, qu'ils trompent les humains, qu'ils semunt sur la terre la fureur des croisades, qu'il faut les dompter ou les dominer et qu iidoit y avoir quelque chose audessus» ne fût-ce qu'un sommeil éternel, pour aiiaiser la raison outragée par tous les grands prêtres des juifs, des musulmans et des chrétiens. Peut-être, dans son mépris pour les comédiens de Home, dans son amour pour les Romaiio et les châtelains menacés i)ar le feu de la multitude et de l'inquisition, songeail-iià une révolution religieusoi tandis que de nombreux insensés s'attendaient a voir l'univers transformé par un encbaur iement qui briserait sa 'tyrannie impériale. Mais dans les hautes régions du pouvoir, ce libre arbitre de la pensée qui se fraye une roule au milieu des plus abstraites possibilités ne sert qu'à révéler par contre-coup toute la force de la fatalité. Malheur aux césars qui lut^ tent avec les pontifes! lis sont obligés de paraître enoore plus religieux que les autres; ils doivent imposer le silence, robéissance, l'aveujçlement, se faire hypocrites, imposteurs et persécuteurs de toute philosophie : car la foule adore ses prêtres, ses hiérophantes, ses mystificateurs; elle se nourrit do fables, d'hyperboles, de mirajcles : telle est sa [âiare^ ot elle ne sacriûe ses chefs les plus absurdes qu*aux hommes qui lui promettentaveQ

COMÏtib: LES fUUËâlATS. 359

plus d'énergie eneore d'en continuer les erreurs. Podestat occulte de trois religions^ Frédéric II gémissait sous le poids d'une philosophie qui le condamnait à

dissimuler sa pensée, à se dire catholique, à brûler les hérétiques et à mépriser i'Uunianité.

Bans la basse Italie, le chef de la réaction est le pape«

l'homme de ia levolutioa est l'empereur, et quoique leurlutte s'y livre en même temps (jue dans le Nord, à tel point que les deux guerres ne se distinguent que par un effort d'abstraction, leur résultat se développe en Bens inverse pour donner la victoire à l'empereur et la défaite au pontife. £n effet, quel est le but du chef de l E^^lise dans le Midi? C'est de détruire Tunitéde Palerme, d'en éteindre le rayonnement, de relever les vieux centres grecs ou iongobards, de pousser à la rébellion les barons, Naples, Capoue, Amaltt, Salerne; d'anéantir enfin le royaume qui a déjoué toutes ses invasions i tous ses anathèmes, toutes ses croisades, en se ralliant au chef de l'empire. Le chef de l'Église n'éparirne aucun sacrifice, aucune ruse, aucune perfidie pour atteindre son but; jamais il ne fut plus persuadé de la sainteté de sa cause, car il s'agis-ait pour lui de reprendre, dans un essor consulaire, sa donation tout entière, et de s'arracher aux serres de l'empire, qui lui imposait son impassible légalité avec les forces combinées de la fédération germanique et de la révolution palermitauie. Pour lui , frapper l'empereur, c'était sauver le pouvoir spirituel dans l'inviolable prérogative d'attaquer toutes les lois; c'était sauver le saint Graal où se dissolvaient tous les serments, toutes les entraves séculières, tous les principes de 1 honneur. Pas de crime qai ne devint

3dO LA HiUcTlOM FONTIVICALE &I UIP£aiAL£

une œuvre sainte et glorieuse^ si on parvenait

à terrasser le géant qui voulait renverser le vase symbolique auquel se trouvait atlaché, par le mystère des légendes, le sort du genre humain. Mais, dès le début de la réaction, Frédéric II, excommunié par Grégoire IXj io fait chasser de Rome en appuyant les Romains en révolution 9 et le force à réabsorber le poison de Tanathème, dût-i! en éclater. Plus lard, quand il le voit fondre sur la Fouille pour reprendre d'un coup tout le Midi, li ix)ndit de terre sainte en Ter i e de Labour, le bat, le chasse, pend ses moines aux arbres de la Fouille, le dénonce comme un imposteur couronné à tous les princes de l'Europe, et non-seulement il lui brise entre les mains l'arme de la croisade, ce qui aurait suffi à son triomphe de consul d'Allemagne, mais il ie fait tomber si basqu'ex[iulsé de Home, couvert de ridicule et de honte, coodamné à se dédire sur tous les points, à rétracter de nouveau tous ses anathèmes, toutes les malédictions qu'il a lancées à travers le monde catholique, depuis le nord de l'Europe jusqu'en terre sainte , il est forcé de se recoiiiinander à son ennemi pour rentrer dans ba capitale, où la loi antique veut qu^îl réside eu jouet d'un peuple indomptable. Plus tard, en 1239, quand la ligue lombarde se ranime, quand l'empereur doit lever le siège de Bresda, quand sa déroute dans le Nord devient inévitable, Grégoire IX croit que son jour est arrivé : il prêche la croisade contre l'empereur, et convoque un concile pour le déposer. Cependant, si les princes de l'empire devaient se déguiser pour échapper aux podestats de Lombardie et se rendre à la diète de Ravenne, les prélats de TÉ* glise sont encore plus menacés, quand ils partent pour Hume sur une iiotte génoise. Surpris par les PisanSj ils

GOMTRK LES PODBSTATfi. 36i

sont faifs prisonniers et livrés à Tempereur; une foule de \illes pontiticales, depuis Ravenne jusqu'à Vilerbe, tombent au pouvoir de Fem(>ereur. Le successeur de Grégoire JX, Innocent IV, enyeloppé par les années impériales, quitte Rome; aucune ville italienne ne peut lai servir de refuge; il renonce même à l'idée de frapper Fempereur par un concile œcuménique d Italie.

C'est à Lyon qu'il rassemble, en 1^45, le concile pour déposer Frédéric. Cette lois, les concitoyens du Midi s'agitent pour le seconder; leur conspiration s'étend^ en 1246, par les Morra, les Gicaia, les San-Severino, les Fasanella; Naples, Tancien dogat se remue, et tout ce fracas ecclésiastique et féodal n'aboutit qu'à une misérable énu'ute^ retranchée à Scala , et à Capaccio, villes de troisième ordre. Ceux qui parlent de détrôner le nouveau Pharaon au nom de la cbrétienlé glissent dans leur propre sang : les Sanseverino sont exterminés ; Capaccio est rasée; onmultiplie lessupplices; on n'épargne pas même les femmes des conspirateurs; vingt-deux d'entre elles sont enferméesà jamais. Plus tard, laréaclion pontificale et œcuménique descend à se servir du poison, et Pierre de Vignes , découvert , se tue en se frappant la téte contre les murs de sa prison; la sédition ne peut se montrer; le mécontentement excité par la cour de Rome, réduit à des murmures, ne dépasse pas l'enceinte des villes les plus rétrogrades, à cause de leur grandeur antérieure ; les Allemands et les Sarrasins protègent le rayon de Paierme dans les postes les plus avancés du royaume; Fempereur, qxii a tout perdu dans le Nord, n'a rien perdu dans le Midi, où la fidélité des peuples, au milieu de Finlerdit, atteste la défaite définitive du pontife. A la mort de Frédéric, quand le pape songe à envahir le royaume comme sa propriété, il se

36S LA UEACTION PONTIFICALE ET IMPKRIALE

IrouTe en présence du fils de Frédéric^ Conrad lY^ également empereur» également podestat ; s'il ne règne pas en Allemagne, s'il est menacé dans les Deux-Siciles, ce n'est pas le pape qui le iTiitjihk c'est le progrès de la guerre civile et d'une n'volutioii intestine qui ajoute un nouTel éclat à l'irradiation palermitaine.

Plus concentrée» plus directe» la lutte du pape contre la révolution de Rome se développe en môme temps

que la réaction contre le podestat de Palerme et avec la même impuissance, quoique la scène soit plus sombre et le peuple ()lusattardé. A peine avait-il ébimchc la nou- ▼elle dictature du sénateur» sous Cileslin Ul des Orsini» le pape qui admettait la révolution des consuls , qu'à sa mort les cardinaux se réunissent loin du peuple, au pied du mont Celio, dans la forleicsse de Seplizon, ancien monument de l'empereur Sévère, et ils nomment Innocent IV, fils du comte de Se^ni, ennemi delà famille des Onini» et destiné à relever la tradition féodale deToscolo et descomtes de la campagne. Son premier acte est d'enlever aux Romains Tancienne alliance de l'empereur, en exig:enntquele préfeldc Uume ne dépendeqiie de lui eliui prête sei nieut, ainsi que tous les autres loiiclionnaires. 11 supprime ensuite le sénateur» pi étendant en imposer un de son cboix avec des juges à lui. Forcé de reculer devant une indignation si générale qu'aucun bomme ne consente accepter les fonctions de sénateur imposé, il oblige les Komains à renoncer au podestat et à retomber dans l'ère des consuls. Puis il se récrie

sur l'anaichie, qu^il impute à la monstrueuse insti* ttttion» dit-il» du consulat^ et il se sert des raisons mêmes qui réclament la dictature unique du podestat pour prêcher le despotisme d'un délégué pontifical

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COMil£ LhA fUDËâ'UTi. 363

et féodal. Malgré tout^ an 1207» Rome lui impose son despote, «ad communem populi petiiionem. » Le

nouveau pape Honoi ius III, i^ininé loiti de Kome, à Pérousè , tisl chassé deiixfois,et la secondefois,eii 1225, par PareniiuS;, ciiel du ^enat. Ln 1227, les cardinaux se réunissent encore dans la forteresse de Septizon, où ils nomment un proch^ parent dJnnocent III» Grégoire IX, homme des comtes de Segni, pape concitoyen qui débute par excommunier l'enipereur le jour de Pâques, el comnuuice en même temps son im[>itoyable réaction contre le Midi. Mais le peuple s'insurge dans réglise même » routrn«^e, léchasse, le poursuit à Viterbe, le force de courir à Rieti, à Spoleti où il n'est pas sùv, et en arrivant à Pérouse il tombe, là aussi, au milieu de la guerre civile : « Les pères combattaient les tt fils, dit la chrouujue, les fils levaient l'épée contre « les pères.» Kaj)pelé à Rome, en 1:230, il est chassé de nouveau en 1232, parce qu'il protège la ville rivale de yiterl)e; encore rappelé, il voit que k sénat im|K)se des taxes aux ecclésiastiques et les soumet à ses tribunaux, à Pexemple du podestat des Deux-Siciles. Chassé une troisième fois, dans rimpossil)ililéde rentrer soit par la force de i'anathème, soit par celle des liâmes municipales, et d'ailleurs hattu dans le Midi, il descend jusqu'à s'allier avec Frédéric II qu'il abhorre, pour s'imposer à Rome avec les troupes impériales; mais quand il meurt, en 1241, le sénateur renferme les cardinaux dans ce même fort de Septizon où ils luyaienl ks citoyens pour nommer les hommes de Sogni; il ti ansiornie ainsi Tantre féodal en une prison républicaine, et on voit 4ix cardinaux, six concitoyens et quatre citoyens qui se livrent un combat furieux avec les dehors du calme, de la piété et de la fraternité. Un cardinal citoyen, Anglai^

3d4 LA RÉACTION PONTIFICALE ET lUFBHlALE

de naissaDce, meurt empoisonné. Gélcstin iV, éiupape, meurt au bout de seize jours , empoisonné comme le

cardinal-ciloyen, t( iitinaiu non iitdicitur potionalus." Craiprnant un nouvel empri<oiiiieinentà Seplizon, les cardinaux prenaeut la liale \ le peuple attaque leurs palais. L'interrègne dure huit mois. La France et TAdgleterre somment ^empereur de faire cesser cette éclipse de la papanlé» qu'elles ne peuvent comprendre. Déconcerté à son tour, l'empereur oublie que les Romains sont ses amis nalurels, que les papes et les cardinaux sont ses ennemis éternels^ et il foud sur les premiers pour les forcer à une élection. Mais ils le gagnent à leur cause comme Us ont gagné tant d'autres empereurs : « Pourquoi nous combats*tu 1 lui disent-ils, «r nous TOuloDs la paix , et les cardinaux sont dispersés « ï)ournous faire la guci re?» Il rase alors le château du cardinal d Albano, et, disposé à frapper ainsi l'un après l'autre tous les cardinaux^ les force à se réunir à Anagni où ils choisissent Sinibaldo des comtes Fieschi de Lft* Tagna, qui prend le nom dinnocent IV, comme pour annoncer qu'il sera l'ennemi des consuls , à Texemple d'Innocent 11, et concitoyen, à l'e\< d Irinocenilll de Sefçni. Cependant, c'est précisément sous lui que la révolution du podestat arrive à sou apogée : car c'est en KWi que les Romains nomment le premier podestat étranger^ Brancaieone de TAndalo, deBologne> auqael ils accordent trois ans de despotisme et de nombreux otages, pour le rassurer contre la fureur du pontife. \à\ nouveau dictateur sul)jugue aussitôt Tivoli, et ce brillant caméléon, tantôt ville» tantôt^iiiégiature, tantôt forteresse» mais toujours hostile aux Romains, se trouve envahi; ses nobles sont pendus aux fenêtres de leurs palais; son peuple ne peut plus compter sur le pape. A

GOKiaK LES PODESTATS. 365

Hntérieur de Rome^ la nouvelle justice enhardit tout le moode à réclamer ses droits^ elles créanciers assiègent Innocent IV jusque dans son palais^ où il peut à peine résider en sollicitant en châtelain obéré la protecliou méprisante du podestat. A sa mort, en 1254, les car** dinaux réunis encore loin do peuple, à Naples, nomment un comte de Segni , Alexandre IV, neveu de Grégoire iX, d'odieuse mémoire, et clans Taniioc luèine il est chassé de Rome comme ses deux prédécesseurs de Segni, qu'il veut continuer pour repondre à l'attente de ses électeurs. £nûn la loi de Thistoire demande le progrès de la guerre civile, et nous voyons Alexandre IV retranché à Anai^mi , dirigeant de là Pémeute féodale qui renverse et emprisonne le podeslat. Rentré ensuite à Home, \\ dtM)i;iîi(]< i liolo^aie la restitution des otages pour le sacriiier impunément; refusé, il jette Tinterdit sur Bologne, lui faisaut un crime de ne pas trahir son citoyen. Mais en même temps les tumultes se multlplient pour élever un nouveau podestat. Manuel Mag^i^ qu'on détrône aussitôt pour aboutir de nouveau au triomphe du dictateur, à la réintégration de Brancaleone. Celui-ci brise les châtelains qui lavaient renversé; il fait décapiter les Annibaldeschi concitoyens; il donne ordre d'abattre cent quarante tours, et il menace de brûler Anagni, patrie du pontife, si le pontife ose jeter l'interdit sur Rome. A sa mort, en 4258, le peuple, qui le sanctifie en haine de l'E^rlise, bisse sa tête sur une colonne, où elle reste la terreur d^ rebelles^ et nomme sou oncle Castellano de An* dalô ppnr qu'il continue la guerre aux châtelains, aux concitoyens, aux cardinaux, au pape et à l'Eglise. Au milieu de l'ondulation qui emporte la ville éternelle, les scènes de Brancaleone se représentent au bout

366 L4 RiAGTION PORTIPIGUB BT IMpilUAU

de deux tin«, en 4960. Gastell&no est assailli et emprisonne par l eineute féodale. Alexandre IV menace encore Boloj^^ne de la mettre en interdit, de supprimer rUniversité si elle ne rend pas les otages» et comme ea 4255, le podestat est sauvé par sa TiUe natale, et Rome, qui veut nommer un autre podestat, se trouve engagée tout à coup dans une nouvelle révolntion ()ni surpasse l ère des citoyens et des concitoyens, en sorte (jue l'Eglise atterrée acce[)te à la fin la révolution dii podestat pour résister au nouveau mouvement. Après Alexandre IV^ le dernier pape de Segni, nous voyons paraître des papes français ou portugais» de vrais juges étrangers....

La déroute du pontife lut si conijjlèle que hors de Rome nous ne trouvons presque aucune réaction soit contre la dictature du podestat, soit contre le progrès de la guerre civile. Chassé de Rome, le pape devint forcément doux, liumain, citoyen, à Anagni,àS<gDi, à Niiifa, à Frascati, à Terracine, dans l^Ombrie, dans la Roma{5nie, p.irtout. Viterbe, sa résidence, ne songeait plus qu'à s'enrichir des miettes qui tombaient de la table pontificale; et trop heureuse d échapper a ses concitoyens fantasques, à leurs tours infernales et à Taffreux palais de l'empereur, elle étouffait jusqu'à ses luttes Intérieures pour jouir d'un repos exceptionnel. Pérouse est presque seule à subir, après la réaction de Tempereur , ctiie du pape, forcé de protéger le? Monlemolino outragés par le peuple, qui les spoliait de leurs fiefs et violait leurs tombeaux. En 1261 » il ordonne à la ville de leur rendre leurs chl^teâux, sous peine d'excommunication. On obéit, on se récoacilié, on s'embrasse^ on tombe dans lldiotisme d'ons paix religieuse. «Ou ht, dit, la ciirouique, uue grande

CONTRE LBS FODKSTATâ. 367

« discipline; » mais bientôt la guerre recommence,

et, celte fois encore, le p?ipe est vaincu. Expulsé de Rome, sans gîte, rcduità l'eiatde vagafiond (iaugereux, il ne pouvait vanter aucune victoire, aucun succès qui répondit aux défaites de Tempereur; et Tinterrègne impérial était suivi d'un quasi-interrègnô pontifical.

Toute la prédication du pape contre Fempereur re* tombait sur la personne même du pape; ces invectives des éYÔ(|ues, des numics, des conciles, contre le neveu de Frédéric BarberoussCf accusé d avoir appris l'art de dire et de se dédire, de jurer et de se parjurer, d'être sévère et clément suivant le vent qui soufflait. Celte propagande qui révélait aux consuls, aux podestats, aux grands conseils, aux diètes, les contradictions impériales discutées dans tontes les villes et dans tous les villages et aboutissant à i inLenegne libérateur, se relourauit contre le chef de l'Église , accusé à son tour de connaître l'art de mêler le oui et le non, d'être doux et colère suivant les circonstances, fidèle ou infidèle aux traités, passant de la sainteté a i ituposture sans suui ciliei , sous l'apparence d'une majesté surhumaine, qui se jouait sans cesse de la duperie des croyants, grâce à la magie des distances. Sous le fléau sanglant de la guerre civile, aucun Italien ne pouvait désormais se méprendre; les vieilles idées, les préjugés surannées cédaient la place à la vérité, qui jetait sa lumière de fou sur le demi-dieu de lioine. Quand il est repousse dans le Midi, (|u'il voulait séparer de l'Allemagne ; quand il est démenti en terre sainte, où il voulait enterrer Fempereur au milieu d'une guerre impossible; quand il est surpris en flagrant délit d'invasion au moment de la croisade, qui rendait inviolable tout croisé; quand il doit quitter iiome en révolution

369 LA BéACTIOM FONTIFiaU KT IMP^KIALBy ETC.

et Gènes impuissante; (juaud son concile e^i enlevé avec le Saint-Eî*prit prédesliné à un mensonge; quand il loinbcàTégal d'un débiteur insolvables rampant aux pieds d'un podestat qu'il voudrait assassiner; quand Bologne repousse deux fois ses sollicitations meurtrières et les analhèmes qui punissent sa fidélité ; quand ri^[iroiic est sivjpclaiLe de voir rirreniédiablc impuissance du rcpt ésenlanl ti(> Dieu ; (|uand saint Louis de France lui-méiue est scandalisé de Taudace furieuse et mondaine despapes^ toujours en déroute; quand les prétendants à Pempiro, les hommes de la croisade contre l'empereur, sont toujours vaincus» terrassés, comme depuis Témeute féodale qui attaqua les deux dictateurs de la fatmile d'Andalo, on comprend alors la force de la révolution, toute-puissante comme cette volonté divine, qui, suivant les croyants, trouble ï'ia* telUgence des hommes liais de Dieu.

CHAfITEE VU

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