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DANS TOUTE L* EUROPE

bat, le tue^ et transporte sa famille sur le trône de

l'Aulriche, arrachée à la Bohême et immédiatisée avec sa capitale à Vienne. Son seul tort est de fonder une dynastie, d'imiter ces premiers podestats d'Italie, qui amenaient avec eux leur femme, leurs filles, leurs amis, et qui apaisaient une lutte en préparant de nouveaux orages, que des consuls auraient éyilés. L'Aile* magne expie bientôt la nécessité d'avoir décoré du titre d'empereur le premier de ses podestats. Le fils de Rodolphe Albert attaque le nouvel emj)eienr Adolplie de Nassau, le renverse, le remplace en podestat des ciiâtelains ; grossier, féroce, avare comme un homme qui a vingt enfants à placer, il exerce de telles rapines que Tempire se trouble, l'Autriche s'émeut, ses villes s'a* gitent, et, un jour, Frédéric, son neveu, qu'il spolie et qu'il raille, le transperce de sou épéc. Pendant sept mois, le dieu de la guerre et des impitoyables vengeances règne seul sur TAUemagne. Frédéric, épouvanté de sa propre audace, s'enfuit et disparaît pour toujours de l'histoire. La famille d'Autriche Mi périr plus de mille innocents dans les supplices, sacrifiant pêle-mêle les hommes, les femmes et les enfants. Wart aj^oiiisc trois jours sur la roue, tandis que sa femme l'assiste à genoux en invoquant la justice de Dieu, exilée de la terre. La sœur d'Albert, altérée de sang, veut étrangler des enfants de ses mains. Les moines reculent d'horreur devant cette famille de bourreaux dont ils refusent les bienfaits. Mais Tagifaiion finit avec l'élection de Henry Vil de Luxembourg, nouveau podestat choisi parce qu'il est à la fois faible, juste, équitable et vaillant; maître exemplaire dans ses neuf villes du Luxembourg, où Ton ne voit ni violences, ni tumultes, il présente tous les avantages de Rodolphe,

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moins ràprelé du paysan , moins l'avarice autrichienne, moins l'ostentation de l"r( oiioinie, remplacées par la courtoisie chcvaleresciue, qu'il lient de la France.

Les scènes de la guerre civile se renouvellent dans les Etats de Tempire^ tous soumis à la loi générale qui les force à se déchirer et à imiter la dictature civique du podestai.^En Autriche, la tragédie d'Albert II, assassiné par Frédéric, n'est que le dénoûment momentané de rinsurreclion des bourgeois de Vienne, de? comtes de Styrie et de Carinlhie, et du parti des citoyens violemment putfagés.^En Bohême, les citoyens défendent leur indépendance contre les persécutions féodales de l'Autriche, et la lutte conduit au iiian ige d'Élisabelh avec Henry VII de Luxembourg, devenu le défenseur des droits du rovaunie. — A Wonns, deux candidats à Févéché se combattent, dès 1247, pendant vingt ans. Plus tard, les citoyens se tournent contre l'évéque, qui, en 1295, devient lui-même podestat on réconciliant les citoyens avec les concitoyens usurpateurs du consulat. Treize ans plus tard encore, une nouvelle lutte rend impossible réleclion de révèque, qui est nomuie par le pape. — î/évèqiie Ulrik de Sa Iz bourg abdique devant Tinsurrection populaire excitée par la Basse-Bavière, et son successeur Adolphe, assailli à son tour, invoque la décision da podestat en se livrant à l'arbitrage du duc de la Haute- Bavière (1201-84). — La luUe de Trêves n'est pas moins acharnée. En 1259, deux éM;ques se disputent la ville, et le peuple se glisse parmi les prétendants pour détrôner le clergé. En 1289^ il attaque encore le clergé pour l'obliger à admettre les citoyens au partage des prélatures ; et, en 1301 , les arts et métiers sont aux prises avec la noblesse. — L'évéque Godefroy de Mayence

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combat les comtes de Gorîlz et de Garintliie»— >Liége^ pétulante et sensuelle, se leye, en 4347, avec ses éche*

vins; en ïll i, elle force a la fuite et a l'alidication son évêque Henry de Gueidre, libertin et féodal. Le nouvel évêquc, Jean d'£oghien, issu de riasurrection civique» soutient la guerre de la yacbe de Giney , où périssent quinze mille hommes; et, trompé un jour, par Texévêqne, qui lui fait accepter un rendez -yous^ il est enlevé, placé sur un cheval lancé au galoiJ, et tellement bonlevcrsé par la peur et I I course quMl . meurt soudainement en 4:281, mais la lutte lui survit. —Les Tilles des Flandres, Ypres, Bruges etOand, se lèvent contre le comte Gui Dampierre, appuyées par le roi de France Philippe le Bel, momentanément chef de la démocratie llamaude ; mais les villes ne triomphent que pour continuer leur combat éternel cnnlre le roi, toujours plus féodal que le comte, et toujours ligué avec la noblesse du pays.— Dans le Brabant, rin"^ dustrieuse Louvain obtient^ en 1383, de nouveaux pri« viléges, et la plèbe de Bruxelles détruit^ en 1306, les maisons de ses patriciens. En Hollande, où la bataille est plus forte et la main du peuple encore l udc et pesante , les Frisons révoltes tuent le cumie Guillaume m, empereur d'Allemagne; les paysans du Kennemerland forcent les chevaliers à quitter leurs manoirs pour se réfugier à Harlem; la plèbe de la campagne élève de vive force Gistel H d'Âmstell, pour se donner mi jiiijc nohie tle naissance et démocrate d'cleclion, et, sous lui, elle envahit Utrecht, centre suzerain, dentelle expulse les patriciens, également chassés d'Amersfort et assiégés tons à Harlem. Le comte ne règne plus que jeté d'un parti à l'autre par le flot, les colères et les alternatives de la guerre. Florent Y, du

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parti des paysans, est accablé par les nobles de la Zélande, et, en 1296, il est assassiné par une conspiration de nobles; son successeur Jean, du parti opposé, de la féodalité^ est assassiné à son tour^eo 1299, par la plèbe* etj dans rintenralle, entre les deux règnes, nous trou- Tons un lac de sang, les meurtriers de Fiorent exécutés en masse jusqu'au septième degré de parenté, et toutes les grandes familles décimées sous la direction du comte de Clèves et de Gui d'Avesne, les deux podestats de la vengeance plébéienne.

Dans le pays des Suisses, Télan de la guerre crée la • plus pure des libertés, la plus logique des fédérations, la plus simple des légalités qui aient jamais été conçues par des houunes depuis le commencement de lliistoire, et la légende de Tell plane encore aujourd'hui sur les montagnes, sur les lacs^ sur les villes de la Suisse, pour rappeler ce prodigieux éclat de citoyens qui enfantait un peuple de rois. Yoici les premières traces du mouvement. Sept ans après le commencement du grand interrègne, en 1257, les Ezeiins d'Uri sont aux prises avec les seigneurs de Gruba, et on voit une pacification de forme italienne sous Kodolphe d^Habsbourg ; les hommes de Schwitz combattent les habitants de la Marche Toisine de Zurich^ qui relève du château de Rupperschwyl. A la même époque^ Underwald amnistie Statham de Vinchelreid , vainqueur du dragon d'Oedweile, qui de\urait les hommes et les troupeaux de la montagne. En 1273, les trois cantons signent une paix générale avec les nobles, preuve évidente que la guerre est générale et croissante ; ei, trois ans plus tard, le progrès de la lutte entre le peuple et la féoda^ lité des montagnes amène les habitants de Schwitz, qui ont donne à la Suisse son nom et ses premières idées.

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à se poser le grand problème de <a \ on si 1 1 liberté est supérieure à1aloi,ou, d'après leurs rustiques expressions, si un serf peut être nommé landermao. La guerre gronde dans le flanc des montagnes» et lorsque Albert d'Autriche , élevé au trône de l'empire ^ encourage les réactions féodales ; quand^ vers 4300, il fatigue Vienne et rAlieuiagne de sa féroce avance, les Suisses s'insurgeut, et c'est ici que Guillaume Tell paraît, le taraud symbole de la liberté helvétique. Ses ennemis sont des châtelains : Gessler, qui n'est pas seul comme dans nos drames; Landesberg de Schwitz^ qui déshonore la fille d'un citoyen; Wolfenschiezs d'Unterwald, qui veut violer la femme de Baumgarlen. Retranchés dans leurs donjons, sûrs de Tappui de TAutriche et de Tempire, insolents comme les Uberli de Florence, ou les galeux de Vilerbe, ils volent et spolient les paysans^ suivant eux trop libres, trop riches et trop bien logés. Pourquoi leur laisser des bœufs? La charrue leur suffit^ et qu'ils la traînent eux-mêmes. Les citoyens conspirent alors dans la plaine soliiaue de Giûlli, au clair de la lune ; Guillaume Tell refuse de se découvrir, à AUdoriT, devant les emblèmes des seigneurs; et, un jour, le soleil, plus radieux que d'ordinaire, éclaire d'une lumière toute nouvelle Tassasslnat de Gessler, et les châtelains en fuite comme les Volta, les Turca, ou les SpinoU de Gênes, ou, sans sortir de TAllemagne, comme les chevaliers de l'Étoile, chassés de lî.lle par la société des bourgeois, dont ils insultaient les femmes. La même victoire de Morgarten, qui acheva l'expulsion des châtelains et des Autrichiens, n'est qu'un dernier reflet de ces batailles où les concitoyens d'Italie pourchassaient les citoyens dans les villages de la campagne. — Plus tard, on a concentré l'attention sur le serment du

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Grûtli, sur l'explosion du Tell, sur la mort de Gessler, et, négligeant le reste , on ft transformé Thistoire en

un drame républicain, on la monarchie esl vaincue par la flèche d'un montagnard. Mais le sens de la légende surpasse l'itui talion de Brutus, et» plus élevé qu'une insurrection républicaine, il annonce que la Suisse est une création toute sociale en opposition avecrinégatil^ quelle qu'elle soit, et prête à s^alller avec tous les gouvememenls, quels qu'ils soient à leur tour, pourvu que la liberté puisse se dévelup|»er sous la iornie d une fédération^ où l'égalité se confonde avec rindépendance de tous les cantons. Grâce à cette confi]slon^ tous les progrès ultérieurs des révolutions de l'Italie et de l'Europe se traduiront pour la Suisse en progrès de la ligue solennelle du Grutli, étendue peu à peu à de nouveaux peuples en haina de nouveaux châtelains qu'on découvre au loin.

On s'est demandé si le Tell avait réellement existé^ et, à ce propos^ on peut se demander quelle est la part de la fable dans la vérité de l'histoire. La légende elle-même se charge de répondre « en montrant deux actions distinctes : celle des chefs les Attinghausen, les Reding, lesBeroldingen,les Zays^lc^ \ iukelried, lesSlaufTacher, qui se liguent, s'entendent et attendent, en formant une véritable conspiration, et celle du peuple, représenté par le Tell, qui marche seul, sans plan, sans projet, vivant d'instinct, mais avec le jugement droit et le bras infaillible. Au jour du danger, c'est le peuple, le Tell qui éclate et brise kbclicUelains ; après la victoire, le Tclls evauouit, et, à sa place, on trouve la conspiration qui s'empare du mouvement et devient le gouvernement du peuple affranchi. Jean de Vinlhertur, le premier contemporain qui parle de la révolution»

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oublie déjà le héra^ et le fait rentrer dans la foule : « Quelques paysans, âtt-il, dans les yallées de SchwitK,

0 entourées de très-hautes montagnes, se fiant à leurs « fortifications naturelles, se dérobèrent à la domina- « tiou du duc Léopold, et se préparèrent à résister. » Personne non plus ne cite le nom de Tell quand il s'agit de la bataille de Morgarten^ où les trois cantons combattent à la suite de leurs chefs officiels, tandis que Léopold arrive à la tête des exilés , « de ceux , dit « Sinipler , qui avaient échappé aux villages avec « les j)réfets. » Mais si les lettrés des chroniques oublient le grand ennemi des Gessler ; si, étrangers et hostiles aux trois cantons , ils n'ont ni sympathie ni inlelligenee devant le demi-dieu de la liberté beWéti* que, le peuple s'en souvient sanscesse, forcé qu'il est de

1 imiter, de le continuer contre de nouveaux Gressler qu'il découvre sans cesse autour de lui, et condamné à répéter toujours la même bataille , la même ligue , le même serment^ soit qu'il entraîne plus tard la rétive Zurich^ soit qu'il fraternise d'enthousiasme avec les trente villages des Grisons qui se lèvent pour se venger du misérable qui ( tache dans la soupe d'un paysan. J.e [)euple ne peut plus se séf)aror de son Tell ; il en fait le refrain de ses chansons, le type de sa force, l'idole de sa rustique sagesse; il lui prête la seconde flèche que le Scandinave Toko réservait au tyraoif s'il avait frappé la tête de son fils; il lui attribue la fuite merveilleuse du même héros transporté au milieu des brouillards poéti* ques du lac de Lucerne, et peu à |)eu il s'établit un hiatus, une contradiction, une mésintelligence entre Thistoire du peuple toujours vivante^ dramatique et morale, et celle de savants qui rêvent sans cesse sceptres et couronnnes et fêtes féodales. « Que me demandes-tu du

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a Tell , écrit Cuilloman h r.oMasl : ce n'est qu'une « fiction ; aucun écrivain, aucune chronique n'en fait « mention que cent ans après sa mort. Cette fable est « née de la locution populaire où^ pour célébrer Tac dresse d'un archer, on dit qu'il peut frapper impn* « nément une pomme placée sur la téie de son fils. « Mémo les habitants d'CIri ne sont pas d'accord sur « sa demeure...» Mais Gnilleman se trompait : en 1335, nous verrons reparaître le Tell au milieu d'une nouyelle révolution , et sans qu'on puisse cette fois le ré* voquer en doute, quoiqu'il reste toujours à une immense distance de cette grandeur historique qui crott en marchant et laisse encore aujourd'hui à son mythe le mérite d'être le premier et le dernier mot de la Suisse.

La France, hostile à TAllemagne , interprète en sens inverse la révolution du podestat avec Louis IX, qui répète le rôle de Rodolphe dUabsbourg en héros de la monarchie', en homme canonisé par l'Eglise. Il

combat la fédération des comtes de Bretagne , de Boulozne, de la Marche, de Flandre, de Ponlhieu, de Cbàtilion, qui accat)laient sa mère la reine Biaocbe, pendant sa minorité, temps de liberté et nécessairement de malheur pour la France. Jamais despote plus tendre, plus doux, plus paternel ne monta sur le trône de Hnt^^ues Capet ; toutes les formes tragiques de la révolulKui italienne , toute la roideur juridique de la révolution gernianKjue s'etl'acent de sa physionomie, pour ne laisser voir que Tesprît saint d'un peuple monarchique et niveleur. Les vassaux réprimés, les seigneurs ayant des fiefs en France et en Angleterre, sommés d'opter entre les deux rois , pour couper court i une indépendance séditieuse ; Tégaiité introduite dans

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les grandes familles par l'autorisation accordée aux pères de partager les fiefs entre Taînc et les cadets ; la justice féodale paralysée par les lettres de sanveprarde^ par la défense du duel et des guerres privées, par les cas royaux réservés aux baillis, et par la publication de la pragmatique sanction; les biurons spoliés de leurs places fortes, par le droit de rachat quils exerçaient contre leurs subaUciiies dans riiitérèt des lîefs, et rétorqués contre eux par le roi dans rintérèi de la France; les règlements sur les arts et métiers de Paris co[)iés dans toutes les yilles; la police de Paris^ qui met Tordre dans la rue; les routes rassurées; les marchands, dédommagés par les seigneurs,. lorsquMls sont volés sur les chemins des seigneuries, voilà les actes de saint Louis, et pas un d'entre eux qui ne soit un tmpiétenicnt respectable^ une usurpation utile , une dévastation inévitable des anciennes libertés. La Cour des pairs perd jusqu'à l'apparence de la liberté; ce n'est pas assez d'y faire siéger les domestiques duroi,jon y introduit en masse les ecclésiastiques, et aiilieu d^étre l'assemblée des chàlelains, elle n'est plus que le tribunal de la couronne. El voyez Teiret d'une bonne pensée, apiiii(|née avec droiture , au milieu des misérables contradictions de la politique et des nationalités l Ce roi, que les villes italiennes auraient détrdné, que les Suisses auraient bafoué, que l'Allemagne aurait pendu à la plus haute de ses potences, accusé de lèse-diète et d*otitrages au droit, était adopté, chéri, célèbre, adoré par son peuple qu'il rendait heureux, et se trouvait respei:]é partout le monde, et toujours, selon l'idée de l'époque, comme un grand podestat. Le pape et l'empereur étaient disposés à le prendre pour juge , et, malgré son inTincible superstition^ il était loin de pencher pour le pape. En

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Angleterre, Henry III ei le parlement s^en remettent à son jngL'mcnl; el il est loin de fayoriser les lords^

ses .illies présumés : c'est partout la iiionarcliie qu'il favorise sans qu'on puisse l'accuser de fatisser la justice dans son intérêt. Une manie le saisit, la vieille manie de la France qui veut délivrer le tombeau de Dieu; il se permet tout pour entraîner les barons eu terre-sainte; il les pousse, les trompe, les engage malgré eux; ses lettres, qu'il jette dans la foule, soulèvent cent mille forcenés prêchât! lia mort contre tout homme clerc ou luique qui refuse «le partir. Qui pourrait en vouloir au roi? Les barons? Saint Louis se sacriûe tout le premier à la billevesée de la croisade. Loin de l'accuser, le peuple doit le considérer comme le plus exalté des tribuns, et si la cour qu'il laisse derrière lui n'exterminai l pas la démocratie des ceiU mille pastoureaux soulevés par ses lettres patentes, la féodalité tout entière serait extirpée.

Au rebours de la France, le roi d'Angleterre est rétrograde, féodaf, cbef des châtelains et des concitoyens, tandis que les lords spirituels et temporels jouent le rôle de tribuns, suivis par les communes. Quatre ans afuès le début du grand interrègne, la lutte se présente terrible, sanglante, avec des alternatives variées ; on voit le roi deux fois vaincu , ses frères proscrits; le peuple égorge les juifs et rase les palais des royalistes de Londres, tandis que de son côté le roi fait essuyer des revers au parti des lords, qui désespèrent par instants de trouver une loi indigène |)()ur sanctionner leurs droits. Mais dans toutes ses phases et quelles que soient ses vicissitudes, la lutte reste toujours dans le cercle des idées judiciaires de la révolution italienne, et elle aboutit à ki conunission

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des Qaatre-Yingis d'Oiford > moitié parlemenfadm et

moitié royalistes^ à Farbîtrage juridique de saint Louis

qui soutient le roi, et à la réforme du podestat, admise dans rinspeclion des tribunaux et dans l'élection du grand shériff, accordées aux francs-tenanciers, aveç le droit de se faire rendre les comptes tous les ans. Ce mouvement arrive à son apogée par la constitution du Parlement^ composé des lords spirituels et temporels, des élus des comtés et des villes, et trentequatre ans plus lard, en 1298, la lutte doiuie aux citoyens le grand droit de lever 'efix-mêmes les subsides, de sorte que la fiscaiité royale se trouve complètement désarmée. Cependant les deux partis de la guerre civile survivent sans cesse comme partout : si les lords représentent la liberté « s'ils brisent le despotisme royal, s'ils enliaiiRnl uvoc eux lus communes, s'ils sont les véritables citoyens de l'Andcterrc , s'ils Teillent au maintien de la loi qu'ils rendent inviolable; la rigidité légale qu'ils imposent à tous les actes du royaume^ la roideur des formes avec laquelle ils entravent tout mouvement vital, la lettre froide et inanimée de li'ur justice qui écarte toute intelligence, toute pensée discrétionnaire, les force, au inilieu des hasards des guerres extérieures, à déchaîner sans cesse le roi qu il» enchaînent^ et à le jeter, libre , despotique et effréné, contre les ennemis de la nation , sacrifiés comme des ombres sans entité > parce qu'ils ne sont pas dans la loi. C'est ainsi qu'Édouard I«r prend le pays de Galles, sulijugue l'Ecosse et chasse soixante mille cinq centonze juils, en contisquant leurs biens.

L'Ecosse , qui marche en sens inverse de l'Angleferre, nous offre de nouveau l'image à demi effacée de la France. En 4286, ses citoyens suivent Robert Bruce

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dans sa guerre contre les ihanes^ dirigés par Jem Beliol et ralliés aux Anglais. Pour s'emparer de l'Écosse^ Édouard d'Angleterre arrive en sazerain^ se oonstilue juge entre Bruce, Saliol, et quatorze nouveaux prétendants; après un procès de dix-huit mois, où son hypocrisie britannique prend les apparences du podestat, il donne la couronne à BalioU en dissimulant encore son usurpation par la domination judiciaire de ses tribunaux sur les fiefs écossais qu'il dérobe à la juridiction du roi. Baiiol ne règne qu'en ministre, en papille, en fantôme couronné , tous les thanes peuvent le braver ini[)unéuient, et à son premier geste d'impatience, par un dernier acte dliypocrisie judiciaire, Édouard envahit le royaume en chef des thanes et de tous les châtelains. Qui sauve l'Ëcosse? qui Tarrache au faux podestat étranger ? Un podestat citoyen, Guillaume Wallace, qui surgit en dehors des deux dynasties opposées; et, après de longues guerres mêlées de tragédies, les lîruce citoyens montent sur le iiuue a l'exclusion des BcUiola qui compromettaient la couronne. Mais la guerre civile ne peut cesser nulle part, et TÉ* GOSse affranchie reste à son tour labourée par une profonde division entre son roi sans capitale , sans force et sans villes qui le secondent , et les thanes, retranchés dans des châteaux entourés de clans, avec haute et basse justice, le droit de ligue contre le rui et de garde dans les marches où ils peuvent se liguer aux Anglais. Le roi s'avance contre ces adversaires par la force d'une démocratie exaltée qu'il tire toute de son fond; les thanes résistent, par une légalité impopulaire eL bizai re, comme le sol, et l'Écosse reste le pays laiitaslique qui met aux prises une royauté éthérée avec des rébellions quasi-sauvages, comme s il devait toMjoun;

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rappeler à travers toutes 5ts phases la dualité primitive de Sainte-Marguerite et de Macbelb, entourée de fées» de spectres et de prodiges sataniques.

Dans rère de la ^^iierre civile^ PEspagne n'est plus ni le pays de l'unanimité héroïque contre les Maures , ni la terre des libertés iiuui i les de haines contre les inQdèles. Uemporeur «le Casiille , Alphonse X le Sapre, se voit assailli par t intant don Philippe, qui se réfugie chez rémir de Grenade. Son fils même don Sancho se révolte^ et sa rébellion est si forte qu'Alphonse ne peut en triompher qu'avec l'alliance des Maures du Maroc, et grâce aux analhèmes qui prolégeaL >a - uerre (jiiasimusulmane. Sous don Sancho, la réhcîUion secoiiliiiue par les infants de la Cerda, les Ilaro^ les Lara, Bayadoz, l'Andalousie, et par l'infant don Juan, qui arrive à la léte d'une armée marocaine. Pendant la minorité du roi Ferdinand, don Juan, les Haro, les Lara sont à moitié anmisliés, a iiioilié victorieux; on ne reconnaît plus la Casiille... (1295). — En Aragon, le roi combat d'abord don Sanchezle Bâtard, qu on étrangle; ensuite la rébellion des seigneurs, et la lutte deviendrait horrible sans le Justiza, podestat éternel, auquel le roi et les seigneurs soumettent également leurs différends. Trèsfaibles en 1118, et à peine mentionnés, ses pouvoirs grandissent à tel point (ju il rèiiiie sur le roi Jacques II et qu'il devient le véritable dictateur de la ^nierre civile. La grande Charte, proclamée en 1283 achève, la victoire civique des cortès d^ Aragon , en portant le der^ nier coup à Tarbitraire du rot. — A la mort de Henry, en 4^74 , la Navarre se trouble à son tour, flottant entre le rui de Casiille et celui d'Aragon, et les chefs de ses deux partis intérieurs re^leIlt longtemps aux prises.

Ënuemi de TEspagne fédérale, le Portugal ressemble

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encore à la France et à TÉcosse avec son roi donDinis, Français d*éducation et de tradition, qui répète à UsboDne le rôle de saint Louis. Chef des citoyens sur ce

sol incandescent, jadis conquis dans un clan de dévotion poétique et voué à une phalant^t; de moines et à Nplre-Dame de Clairvaux, il ne peut s'avancer que par un élan contraire d'irréligion ^ et il annule toutes les concessions faites à la dévotion et à la féodalité de Père des évéques. Souslui^ les feudataires de la couronne perdent les châteaux dangereux, le droit de guerre privée, les privilèges monstrueux qui nourrissaient Tanarchie. Appelé Père delà [)ahie el Roi des laboureurs, Tbistoire dit de lui qu^il faisait tout ce qu^il youlait» tandis qu'il disait lui-même qu'il retirait avec justice ce que ses devanciers avaient injustement accordé. L'université de Coimbre qu'il fondait lui donnait l'appui de la tluiologie, toujours indispensable à tous ceux qui violent les lois. MaiS;, sur les deruièresannées de son règne, la guerre en progrès l'accable d'une émeute féodale ; ses fils se révoltent et il te trouve enveloppé par une guerre longue> haineuse^ sans issue : cette fois, il faut un podestat au Portugal, uu Justiza ((ui concilie les citoyens elles concitoyens, le roi et sesTilî^, et nous trouvons la femme du roi . sainte Élisabelii, qui se jette au milieu des comballantâ et suspend deux fois la bataille par un miracle d'amour qui surpasse ceux de saint Louis. Cest la sainte qui continue ce rêve brillant commencé par le comte Henry dans l'époque de sainte Marguerite d'Écosse et de Macbeth, loisque le Portugal surgissait coinuie par enchantement sur les derniers contins des Espagnes.

Au nord, la liberté de rAUemagne^ contagieuse et meurtrière en Danemark » soulève les nobles » les

DAHS xouu l'iuaopb. 385

dcdéfliasliques «t les proyioceB dtt Sleswig et du Hol»

stein qui dissolvent le royaume au profit de la fédération gcrmaDique. L'insurrection féodale est si violente qu'elle entraîne avec elle les frères du roi Erik Vf, assassiné par Abel^ Tun d'eu \ , en 1^50, Tannée mâmeoù oommence le grand interrègne.  partir de œ moment, les yictoires des unitaireset des fédél^aox s'alternent avec lesrégicides^ au milieu d'onelutte désespérée. Abel^ qui règne en chef de rinsurrection fédérale , succombe en combattant; Christo[>liequile renij)lace, au nom deTunité> disparait atteint par le poison des ecclésiastiques. Son âls Ërik IV^ encore mineur^ devient le jouet de la guerre eivfle et finit par être lué^ ed 1288 , par les beronsetpar les parents mêmes du primat deLunden.S'il est vengé par Érik M, si le primat est enlevé et jetti dans un fond de cale, c est que la niouarcliie est la lucesriité suprême du Danemark ; mais la lutte coutume sans issue a^ec une teinte de férocité toute Scandinave.

Dftns la Suède^oit le roi est cliâteiain et féodal ^ tandis que la patrie réside tout entière dans la classe des paysans^ Magnus répèle en barbare le rôle de podestat^ en renversant, en 1206, le roi Valdemai* qui meurt en jirison. 11 entraîne un autre prétendant dans le double banquet d'une paix simulée et le fait décapiter ; à la foie traître et bienfaisant^ partout où il passe il laisse une treise de sang et uo gage de paix pour .le peuple, qui rappelle Ladulas^ lâ clef du grenier. L'ordre se rassure; on tourne contre les nobles les lois romaines de lè?e-majesté, on les fortiile par les anathcrnes de rÉgiise et par une nouvelle excommunioaiion juridique qui déclare incapable de la couronne tout homme eoupiible de rébellion. — Également hostile au Danemark et confiée aux paysans, la Norvège accepte la révo. lution de la guerre intérieure, glis&aut de Ma^^nus VU, T. II. 25

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rot des prêtres^ qnî exclut les paysans dee nssemblées, à Énk II, rcnnemides prêtre s el clief des pîiysans.

L'invasion des Tartaresrnlè%e les tr ois nations slaves au prog^rès de l'Europe ; et aujourd'hui encore on voit que la Pologne , la Hongrie et la Russie sont restées étrangères à Tère des citoyens comme à la justice qui désarmait lescbâtelains. Dévastées par les Tarfares^ elles s'atlach.'iientà leur organisation primitive, s'immobilisaient, s'en ser\aieiU eorjiiiie d'une étride contre l'invasion qui menaçait de les anéantir; rien n'était ctiangé à leur antique barbarie devenue une défense contre les sauvages des hordes , et elles ne cessaient pas de tenir à la grande famille des nations européennes. C'est en restant debout avec leurs rois, leurs capitales, leurs guerriers, leurs prêtres et leurs serfs qu'elles faisaient rentrer reffroyahle accident des Tartares dans la loi générale, en donnant à leurs ennemis le rôle de châtelains. Les hordes nomades multipliaient les irruptions sans niiordre au sol; leur domination se réduisait à une suzeraineté redoutable, niais passagère ; leurs rapines ne causaient qu'un doininagc matériel : on pouvait toujours les cou sidérer comme les hôtes d'un moment, et on pouvait attendre le jour où ces hôtes seraient naturalisés ou détruits comme les châtelains ditalie.

Les colonies chrétiennes des croisés. Jadis fondées par des chfttelaîns que FEurope répudiait, présentent l'image renversée de Tllalie par des guerres intérieures qui annoncent leur dernière décrépitude; leurs villes et leurs bourgades en déroute, toutes séparées les unes des autres > et menacées par l'invasion musulmane, transigent avec les soudans d'Egypte, de Syrie et de Mésopotamie^ en signant des traités où elles re* produisent en sens inverse les naturalisations qui soumettaient les châtelains de la campagne aux «Iles

ilaliennes. Les émirs, jadis dépossédés, reprennent le rôle de citoyens; leschrétiens, jadis conquérants, acceptent le rôle de Longobards subjugués, et beaucoup de princes chrétiens s'allient aux Sairasibs contre Téren-i toalité de nouTeUes croisades ei de noii?ell6s invasions. Les liospitaliers ei les templiers dédiirenl Ptolémiis» la discorde bouleverse toutes les colonies, et aucun podestat ne parait pour la gouverner, aucune démocratie pour l'entraîner vers un nouvel avenir. Bientôt Tripoli> Ptolémais, ïyr, Sîdon, Bérouih tombent entre les mains des musulmans. Les chrétiens réduits à Chypre, sous Lusîgnan , deviennent feudataiFes du sultan du Caire ; et Baudouin If, renversé du trône deOHistanti-» nople en vaille depuis trente-sept ans, cède la place h Michel Paléologue, qui règne en chef des citoyens» < c'est-à-dire des Grecs.

À rintérièur^ l'Eglise aussi est aMaillie par ses châtelains, hommes qui mêlent des prétentions irop mondaines aux dogmes de Taseétisme univerièl, et qu'on accuse justement de n'avoir pas les idœs d l'envers, d après les principes du véritable chrétien : ce sont les docteurs de rUniversité de Paris ; leur chcl Guillaume de Saint- Amour déclare que r£glise est en danger, que le pontife, son consul cosnoopolite, empiète sur les vieilles franchises ; que ses* hommes^ lancés danS' le monde avec les grandes gueuseries des franciscains et des doiuinicains , bouleversent l'antique lii^ ran h ie en menaçant en même temps l'auguste tradition des mystères. Les docteurs les accusent d'être des tnhuns de discorde , de prêcher sans mission, de se f^Jmm* dans le peuple sans tenir compte des jorididiODS épiscopales , d'apporter de fiidies absointions à tous les débordements et de fomenter uu ianatisine inouî.

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peut-être une nouvelle religion. Uiiel^|ues-uns d'entre eux, «youieai-ils , aimoncent une troisième incarnation, un Evangile éternel^ TapparittoD prochaioe du Saint-Esprit, ralirogation de 1a< loi de Jésus-Christ et de celle de Moïse , une perfection évangélique qui serait la destruction de Tautique société et de TEglise du moyen âge. Et le pape les tolère ! Pourquoi dooc oondamuait-il les Albigeois? Pourquoi prècbait-il la croisade du Languedoc? Pourquoi iiAmolait-il les hérétiques de la Proyence, si, placé au-dessus du serment y supérieur aux lois^ dédaignant tout frein, toute conlraiiUc , toute bieiiscance, il les remplace par une plèbe- d 'in usés, soi-disant humble^ pour supplanter les grands de l'Eglise, et les rois de la terre? Tel est le plaidoyer de Tinsurreciion féodale; mais les citoyens de l'Eglise répondent au nom de l'unité et de toutes les révolûtions accomplies depuis les temps des Longobards, que le demi-dieu de Rome doit fouler a ses pieds toutes les uiisérables récriminations de la politique mondaine, mépriser les juridictions surannées, quand elles deviennent un prétexte de scission, et prodiguer les exceptions , qui propagent l'amour uniyersel : ses gueux sont des saints, ses fanatiques des anges qui dans Télan de leur désintéressement étbéré ne touchent pas la terre, et les gallicans, avec leur zèle national, vaniteux et bruyant, ne sont que des insurgés contre l'Eglise universelle. N'accusentrils pas à haute Toix tout le clergé pontifical? ne le dénoncentils pas à tout le mondet n^ font^ils pas cause commune ayec les hérétiques? n'en répètent-ils pas les accusations sous une forme plus doucereuse, mais certes plus dangereuse*^ ne parlent-ils pas d'abus, de désordres, de réformes à accomplir de changements à introduire ?

Aux flammes leurs livres! en exil leurs chefs! l'unité avant tout; avant de discuter, il faut être chrétien, et si FÉglise étaii réellement en danger» c'està Toix basse, au cœar du sanctuaire quil faudrait le déclarer, et ce serait la trahir que de crier sauve qui peut ^ en s^avan* çant vers le camp ennemi.

Le débat finit tout à coup par un mouvement qui transforme le pape eu justicier universel de toutes les dissidences présentes^ passées et à venir. Impartial entre les deux partis extrêmes, il étouffe la voixlaîque de Saint- Amour^ qui compromettait le clergé^ et la voix incendiaire de Jean de Parme, général des franciscains, qui rêvait une troisième incarnation ; il tait disparaître une foule dedésordres, d'abus, d'héresiesquasi-domesliques; ilterrassellndépendance hostile et la démence du fana* tisme ; et, poussé par la nécessité suprême de lutter sans cesse contre ces deux- extrêmes ineffaçables d^une rai* son incrédule et de miracles inutiles, il inaugure la scolasliqne qui combine la sciewce et la foi d'une manière tonle nouvelle. Arib^lole, qui était proscrit et présumé le philosophe responsable de toutes les hérésies ; les sectes condamnées dn réalisme et du nominalisme qui avaient jeté un regard profane sur les mystères de l'Eglise; les sourdes protestations des docteurs schismatiques ; les attaques incessantes de la curiosité , tantôt avide de connaître les mystères de l'islamisme, tantôt égarée dans les traditions de Taslrologie et de Palchimie, tantôt à la recherche de souvenirs païens, de sophismes oubljés , de dog;mes incompris, dinven* lions merveilleusesy^f antiquité qui semblait réclamer contfe les arrêts du temps, les proscriptioîis des empe* reurs cL les invasions des barbares, pour renaître sous une nouvelle lorme, dût-elle ébranler la religion et en

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geeouer les constructions golhiques, tous ces éléments qu'aucun bûcher ne pouvait consumer, qu'aucuu exil ne pouvait éloigner^ qu'aucune répression ne pouvait eomprimer, et qui laissaient pénétrer au fond du cloître rinsurrection mondaine sous la forme inviolable et foudroyante de Hnierrogation, de l'interpellation, de la dispute, de la définition, et en un mot de Tobjection, furent en\atiis, coniisqués^ naturalisés et déportés au sein de TÉglise et exploités au profit de la religion qui lesdooûna parmi nouveau procédé judiciaire» à l'imitation de la justice nouvelle qui triomphait. On posa en principe que les dogmes , les mystères , et les miracles sont des faits primitifs, incoutestables , supérieurs à tout , aussi vrais et plus évidents que l'existence du soleil et des astres. Prétendre expliquer soit kl Trinité» soitreucharistie, soitrincarnation, c'était supposer que Dieu n'était pas Dieu , et qu'il fallait déduire son essence on ses modes d*un principe antérieur. On posa cn-^même temps ce second principe que toutes les formes de la raison, toutes les faces de ^nature, tout ce qui existe, tout ce qui a existé sur la terre, ou dans le ciel est également une révélation divine, et que c'est préjugé, vain scrupule et véritable déraison que de s'efiVayer du syllogisme, des idées, ou des mots , comme si Satan avait inventé l'univers a la place de Dieu. Que si le spectacle delà tradition divine et le drame éternel de la religion ne concordent pas avec le spectacle de la tradition humaine et le drame étemel de la philoflophie ; si la Bil|le semble fautive; ai Dieu semble en défaut ; si la nltuire s'insurge parfois contre sou Créateur ; si les deux révélations de la foi et de la science , également vraies, éclatantes et libératrices, semblent se contredire» toutes leurs contradio-

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lions ne sont que des nuages, des brouillards, des obscurités personnelles et ?Libjcctives des docteurs, et nonseulement il est permis de se les avouer, de les connaître^ de les explorer, mais c'est un devoir sacré de s'attacher à robjectîon comprise dans toute sa force» et c'est un mérite suprême d'y répondre en Jetant la lumière au milieu des croyants. Liberté pleine et entière fut donnée à tout le monde, sous la condition de la foi; tout fut permis» pourvu qu'aucun docteur ne songeât à invea* ter des miracles pour suppléer k son ignorance^ ou à nier Dieu si sa raison sommeillait, et c'est ainsi que la soolastîque fut renourelée, créée une seconde fois plus grande qu'elle n'avait jamais été, et imposée à TUniversité de Paris par les deux plus grands esprits de répoque, saint Thomas et saint Bonaventure. Les résistances et les tracasseries des premiers docteurs , les bégayements d'Abéiard, les alarmes de saint Bernard, le zèle aTCUglè qui proscrivait Aristote, la science enfantine qui rinvoquait , les algarades gallicanes, les scrupules de Saint-Amoui", Topposition rouliiiicre et revèche de 1 Université de Paris, tout le passé de la scolastique se trouva submergé par la foi et par la raison des deux saints italiens et par la nouYcHe concordance, qui fut une véritable guerre civile admise, tolérée et dominée par le grand podestat de FEglise. Le conclave , institué pour la première fois en l"27-2, enleva l'élection du pape aux hommes pour la rendre au Dieu des deux révélations.

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