‹ 520 pChapitre 56 sur 67 · L ORIGINE · texte numérisé non relu

L ORIGINE

royaume des Loiigobards^est peut-être la plus décisiire de i'IUlie^ oe s>xpliqiie que par le progrès des révolutions italiennes, et par une analyse exacte de Tère . des citoyens et dos concitoyens que nous avons rétablie. Sa loi souveraine, sa dernière formule est celle du podestat qui règne eu grand seigneur sur la guerre civile à moitié dissinmlée^ et qui, grâce à sa double qualité de dictateur et de juge^ se trouve entraîné vers une contradiction nouvelle. Gomme dictateur, il est homme politique, il attaque, il défend, il prend des mesures exceptionnelles, il emprisonne, il bannit, il pend à discrétion , il rase les maisons, les châteaux, il supprime les réunions suspectes, il arme, il désarme la ville, il est le capitaine de l'armée^ il suppose Texistence de deux partis hostiles, de deux tendances opposées, de deux traditions contradictoires, et il établit Tordre en ri' m plaçant la liberté jiar radministraiion sommaire d'une révolution continuelle. Comme juge, au contraire, iiestriiomme de ialoi , Taveugle instrument de la justice; devant lui, les partis, les traditions, la forcer lafaiblesse et le passé des familles ne doivent^pas compter. Impartial et impassible, line doit se permettre Aucune mesure discréliuimaire, aucun acte arbitraire, rien qui puisse blesser la libei le des citoyens ou des concitoyens. Les deux qualités de dictateur et de juge s'excluent donc réciproquement; Tune compromet Vautre, Tune doit disparaître : mais laquelle? Celle du juge? Non, le juge restera; créé parla révolution des citoyens, il ne pourrait être surpassé par une justice supérieure. Étranger, éclairé, assermenté au statut, entouic d: chevaliers et de légistes, intéressé à réprimer les désordres, à administrer avec justice, d'ailleurs, dans TimpoBsibilité où il est d'abuser d'un pouvoir contrôlé par

DËS DËUX SËCÎËS.

la révision du »indaeato, on ne pourrait le congédier sans tomber dans la justice des consuls, qui serait Fia- Vistice des haines, des rivalités, des vengeances, des

mille hasaids de la gaene civile; c'est donc la dictature qui se trouve compromi>o. Elle pervertit ses facultés de juge, elle nuit à son iiupartialité, elle n'est qu^une transaction^ une injustice continuelle entre les deux partis qui se combattent; à la merci de tous les hasards et de tous les caprices d'une guerre qui s'étend en multipliant chaque jour les rixes les querelles et les batailles, elle s'use d'elle-même au milieu du désordre, et on peut la comparer à ces cierges allumés qui mesuraient le temps laissé aux proscrits pour sortir de la ville. Après avoir étouffé les séditions inutiles, les éclats de colère^ les Tengeances inspirées par les tradi-tiens des familles, les rencontres entre des parentés détachées, tôt ou tard un moment arrive où le despotisme du podestat se trouve dans le cas de la police des modernes y qui réprime les émeutes et succombe aux révolutions.

Le jour où la guerre civile déborde le podestat, Pillusion du juge -dictateur s'évanouit; le despotisme

moitié civique et nioUic léotlal qui servait de trait d'union entre les citoyens et les concitoyens ilisj.araît, les premiers devieiment guelfes, les seconds gibelins^ et alors on entre dans Tère de la guerre à outrance^ où ron reconnaît les traitsqui caractérisent les deux sectes.

1. Elles se révèlent par une bataille rangée sur la place, et reçoivent leur nom quand elles visent à s'exterminer liiatueliement , sans ménagements, sans merci ^ sans qu'aucune considération arrête le feu des combattants. Dès lors plus de rencontres irréiléehies^ plus d'escarmouches partielles, plus de meurtres

Ml L*0ai6ISB

inditiduds, plus de retraites Voldtifalired dues fiUitôt â

l'orgueil qui repousse une humiliation qu'à Une véritable défaite civique ou féodale ; la haine louche à sa dernière conséquence; on proscrit les partisans par milliers, on rase leurs maisons par centaines^ on confisque les biens des Tainclis i tmt qui ne se hâtent pas de fuir ^ont impitOt^bleiiiént liiassactés dans les rueà ; le génie de Texternl iriation demande des héCâcônibeS , aucune ville ne peut se dire eruclfe ou gibeline, si elle n'a expulsé la moitié de ses habitants. Mais roux qui restent tremblent, pâlissent au moindre bruit, et multiplient les sentinelles , les postes; menacés par Tarmée des exilés, ilsToient la campagne entahie, les tlllagés incendiés^ les forteresses enletées^ etquànd le^ émigrés rentrent, les proscripteurs Sont proscrits à leur tour; leurs palais, leursmaisons, leurs tours, leurs biens, leurs richesses, tout est sacrifié sous le marteau des démolis^nrs on soUs la hache de la loi. C'est ain^i que Ton vit en eotnbaiUnt an milieu d'expuldiûils alteriiées, et l'atternation des eiils est le premier caractère de l'époque , le^eul moyen pour en déterminer la date a[)pro\imative dans la majorité des villes italiennes. D'apies les docamcnts qui nous restent , de 1000 à 1100, on ne voit (|tie 0 expulsions dans toute Tltalie; de ilOO à iiBi, (m ëti tott 10; de 11 M à 1240, on en compte 41 , simples ptéïnâes atl inillea de Tagl tattom naissante qui récldme la réforme du podestat. De 1240 a 1350, on trouve 139 expulsions; de 1350 à 522, il n'y en a plus que 19. Qu'on modifie ou qu'on élève ces chiffres à loisir pour eiïfbras^ les exils des villes et de^ innombrables bonf^ gade^ dotit fhirfûffé nous est incdnnue, tes additions du JeÉ rnodfllcafdonsne pourront eâ àftéter les proporCioné primitives et nous pourrons établir que l'ère des guel-

DBS DEUX 8E0TSS. 403

fes et des gibeUns commence Tert 1240^ qu'elle se gédéralise en 1350^ et qne c'est Fère du grand interrègne, sauflesvillesoù, par des circonstances spéciales, l'interrègne se trouve anticipé ou retardé. La raison coûiirme la date donnée par la statistique des expulsions. En effet Frédéric II voulait couper court à la révolution de la guerre ciTile> et le Jour où il était vained> en 1250> la guerre dvile deux fois plus violente passait des citoyens et des concitoyens aux guelfes et aux gibelins.

II. Le combat est entièrement social. Les deux partis tiennent également à la ville; ils sont également gagnés à la civilisation ; ils obéissent a une même loi souveraine> acceptée dans sa dernière forme consulaire et judiciaire. Le châtelain naturalisé ^ guelfe on gibelin^ ne peut plus vivre dans la campagne entouic do baadits, dans des donjons sauvages et ruineux, avec un faste militaire sans à -propos. Hors de Tatmosplière du commerce , de Tindustrie > des grands conseils^ des consuls^ des magistratures, il voit âa richesse çom-^ promise, ses rentes anéanties^ son existence mutilée; et si d'anciens cbàtelains lui proposaient de raser sa ville d ado[)tion, il serait le premier à la détendre. On ne lutte que pour la conquérir^ pour la subjuger entièrement à Tune des deux castes; il rie a^agit que de sa* voir si la réfiubliqne sera aristocratique ou démocratique, féodale ou mercantile^ et sur ce terrain étroit^ clos, barricadé tout autour, avec un air et un jdur contestés par des voisins, les co]iil):ittants, jetés les uns contre les antres par la fatalité des idées et par Tentassement de la population, sont forcés de s'entre-dé truire, de s'entr'égorger, des'anéantir^ caria victoire doit être à l'aristocratie ou à la démocratie, aux gfands ou aux

i04 l'origine

petits, sans transaction posBible; l'anarchie « pleine, eih tière, illimitée, continuelle, met en doute toutes les

propriétés et pèse aussi fortement sur le moindre floria que sur toute lâ répuldique.

III. La guerre a outrance impose aux deux camps la discipline la plus rigoureuse, et chacun d'eux a son assemblée, ses capitaines ou caporaii, son gouvernement, son trésor, ses finances ; chaque assemblée dé parti devient un foyer de relations intermunicipales, d'ambassadeurs, d'émissaires, de commissaires pour manœuvrer au milieu des desceutes impériales, des interventions pontificales, des guerres^ des invasions qui changent à chaque instant tous les points d'appui et toutes les alliances. Ce ne sont plus les inimitiés personnelles, ni les mariages rompus, ni les fiancées enlevées, ni les duels du vieux temps qui décident les éclats intérieurs et le mouvement des expulsions^ ce sont des motifs politiques puisés dans l'intérêt générai, dans des prévisions savantes, dans des événements lointains, tels que les élections des papes ou des empereurs, ou comme les insurrections des villes dont les événements exercent une infliiLiice sympathique sur les forces des deux partis. La disciplme guelfe ou gibeline modifie la loi souveraine de la république pour substituer à rimparlialité antérieure le règne des partis. Le podestat tombe au second rang; on lui enlève la dictature politique pour la transmettre au capitaine du peuple. Indigène, chef de la garde nationale, chef de i armée, président de la république, le capitaine est râme du parti, l'homme de la secte victorieuse, l'ennemi le plus cruel des proscrits, le chef le plus compromis parmi les proscripteurs. On ne laisse au podestat que les pouvoirs judiciaires ; mais choisi par le parti, il

DES DEUX bECTtS. 405

n'est plus le minisire de Taveugle Thémis, il est le bourreau délégué des maîtres de la république, qui lui

remettent une balance tordue et des poids faussés en lui arracliant le bandeau de Timpartialité. Le parti, voilà la loi suprême; il est tout, il est inviolable et sacré; lui appartenir, c'est en partager l'inaltérable sainteté. Uhomine qui lui reste étranger^ suspect, hostile > dégradé, ne peut être qu'un coupable, et s'il ne l'est pas à la première occasion il le deviendra. Les anciens, les consuls, la credenza, le grand conseil, le ^ouvernenKiit tout entier obéit à Tidée guelie on gibeliiit\ sur^^cilléeet contrôlée par rassemblée du parti , par l'envie des démocrates, par la volonté des grands, par la fureur des amis, par les idées des ennemis, par les manœuvres de la secte plus puissante que les parlements.

IV. La discipline des deux sectes s'étend an delà de la ville t|ui les nourrit ; en regardant les cités des alentours, elles y trouvent la même lutte, les mêmes guerres, les mêmes partis également organisés; les Uberli de Florence se voient associés par la féodalité aux Paneiàiiehi de Pistoie, aux Cœeo de Yiterbe, aux Montccchi de Vérone, .tux Maschcraii de Gênes, aux Filippeschi d'Orvieto; d'un autre côté, les Buondelmonti de Florence forment le parti corrélatif aux Cancellieri de Pistoie, aux Gattide Viterbe, aux Sanbonifiazio de Vérone, aux Rumpini de Gènes, aux Monaldescbi d'Orvielo; la politique étran<^Lre révèle àchaque société des chevaliers ou des piétons une immense série de sociétés analogues, et toutes les sociétés fraternisent par les émissaires, par les ambassadeurs , par les ora* leurs; toutes les sectes ne forment que deux sectes, tous les partis ne forment plus que les deux grands partis italiens. Les émigrés nœnades, par milliers.

406 l'origibb

ODueot tout im Uqqi^ muliiplieDi loi relation»;» don» Qont des armé» nomades aux danx camp»; loa confanla deidenx leotoa troublent at bonleveneni la polw

tique exciusiveinent municipale. Tout État cesse d'être un Étal pour ge trouver à la merci ilt s révolutions supérieures, imprévues, où les guelfes et les ^^ibeiins le trahissent pour le livrer à la nation, et c'est ainsi que lea Italiens fraternisent pour la première fois au milieu des carnages, à la lueur des Incendies, quand les irilles sont des champs de bataille et qu'aucun homme n'est sûr dù se coucher dans une ni;ii:?oa qui reste di*l)out jusqu'au luatin. Les coups d'Etal, les surprises nocturnes, les sacs et les branles épouvantables des expulsions jettent les indîTldus un à un pardessus les toits, les condamnent i ebercher l'équilibre dans leur chute au milimi d^une nationalité qui n'existe pas et qui peut-être n'existera jamais. L'anarehieédievelce envahit toutes les régions; et les comballantsde lîome, lesjuges de la Sardaigne , les bandits de la Corse , les partisaus de la basse Italie, les.bommes des batailles italiennes, quel que aoll leur titre féodal ou ehique, pontitteal ou impérial, sont tous enteloppés par les deux grands partis tle l'Italie. Même au loin, sans qu'elles le sachent, avant qu'elles s'en doutent, toutes les nations de l'Europe reçoivent un rôle, une mission, une marque, un signe de ralliement transmis par la guerre italienne qui compta sur l'Allemagne au nom des gibelins^ sur la France au iiomdes guelfes» sansrenonoar aux autres nations alternativement despotiques ou légales, et depuis le Portugal jusqu'à la Russie, destinées à devenir guelfes ou gibelines. La contradiction universelle pénètre toute disciplinée dans les maisons, dans l'intimité de la vie, dans les moindres détails des habitudes

vu OBUS 0KTB8. 407

domestiques; une moitié de l'Italie agit au rebours de Taulre. a Les drapeaux^ les couleurâj ditOsio, les fruits 0 de la terre^ la manière de se promener^ de claquer « les doigts, de bâiller, tout devient signe de parti, « dans les jeux, dans les églises, dans les réunions, sur a les places, dans les maisons. Les habitants de Ber- 0 ^aine égorgent dans la nuit des Calabrais, leurs liâtes, « les ayant vu du parti contraire à la manière de couper « Tail. Les gibelins mettent leurs plumes à gauche, les « guelfes les mettent à droite; les gibelins prêtent ser- « ment en levant l'index^ les guelfes lèvent le pouce; a les gibelins coupent les pommes de travers, les « guelfes les coupent perpendiculairement; les gibe- « lins se servent de vases simples, les guelfes les ont 0 ciselés; les premiers portent la ro^ blanche, les a seconds la portent rouge; les uns ôtent aux ani- « maux leurs couleurs^ les autres les aiment avec leurs or couleurs naturelles. » On oppose l'armoirie à l'armoirie, l'aigle rouge à l'aigle noir, le nombre trois au nombre deux, la gauche à la droite ; pas de puériUté qui ne serve de prétexte à la contradiction des partis*

V. La lutte pénètre dans le pacte de Charlemagne pour transformer TÉglise, d'après les idées des guelfes, et l'empire d'après celles des gibelins. Ce n'est pas que les uns ou les autres songent à se soumettre aux deux chefs de l'Italie ou à leur rendre un ascendant quelconque. Le pape erre, jeté d'une ville à l'autre par le vent des révolutions, personne ne songe à lui ; Fem* pereur n'est ni connu ni reconnu, et on maintient soa absence, que les peu plesont décrétée. Hais la oontradtclion générale (|ui met tout en question et qui place toutes les idées, toutes les notions, tous les principes entre la gauche et la droite, entre le trois et k deux, et donna

deux sens à tout^ depuis la manière de couper Tail jus^ qo^à celle de porter Tépée» force les gaelfes et les gibelins à s'élever, d'abstraction en abstraction, jusqu'à une

formule, jusqu'à un Dieu qui représente la nouvelle révoUilion ; el le j»apc, c'est-à-dire le pouUlicatde l'univers, l'empereur^ c'est-à-dire la loi de la terre, se transforment pour répondre aux aspirations des deux non- Telles Itaiies. Les guelfes invoquent ou imaginent un pontife 9 chef de la démocratie universelle , arec des foudres toujours prêtes contre les châtelains, contre les conciloyens, contre l'empire d'Allemagne, et placé à la tête du genre humain régénéré par la force des grands conseils, des consuls, des podestats, sans qu'il reste un seul donjon sur la terre. Toutes les idées sur la suzeraineté théologique de l'Église, sécularisées» arrachées à l'enveloppe religieuse, vulgarisées, mises à la portée des boutiquiers, des marchands, des marins, réduisent l'empereur à ne plus être qu'un roi tonsuré, hébété, obéissant à genoux, et vassal du pontife. Les gibelins» au contraire» rêvent un empereur chef des républiques féodales» sévères» sombres» où tout soit à la plèbe et aux grands sans milieu ente la masure et le palais, sans qu'un bourgeois dicte des lois aux seigneurs, sans (ju'aucune forteresse soit rasée dans la campagne » sans que Tindustrie ou le commerce désarment la ville , en lui enlevant ses soldats* Pour eux» le pape n'est que le premier sujet de l'empereur» une maladie nécessaire du genre humain» le compendium des faiblesses de Thumanité , un étrange soupirail vers l'inconnu de la vie à venir, un chef subalterne qu'on doit soumettre à la loi et conserver, parce qu'il faut des évéques aux villes , des curés aux villages» des cérémonies religieuses à la foule et des

DBS DBUX 8BGTE9, 409

capucios à la canaille^ pour prêcher Tobéissance aux grands seigneurs absorbés par la profession des armes» la tradition des amours, la distraction de Thérésie et les Initiations niystérienses de la science. Le pape de

Roiiie et l'empereur d'Allemagne sont si étrangers au pape et à l'empereur des deux sectes; il y a si peu de corrélatiou entre les deux véritables chef? de la cbrétienté et les deux demi-dieux des liataiUes italiennes, qa*au commencement de la lutte , en l'empire est yacant; et que plus tard, avec Rodolphe d'Hapsbourg, il est en paix avec l'Église, au moment mcnic où les deux sectes ensanglantent le plus cruellement toutes les villes. Plus tard encore, les deux chefs restent étrangers au combat; on voit des pontifes gibelins comme Nieolm JV, Martin 111, Jules 11, Léon X, Ctêmeni F//, tandis qu'on trouve des empereurs guelfes comme Rodolphe de Hapsbourg, Charles IV, Robert et d'autres.

VI. Nous avons dit que les citoyens et les concitoyens étaient engagés dans une guerre sans issue : il va sans dire que rimpossibilité de toute solution, de toute conciliation, de toute victoire déflnitive se reproduit chez leurs successeurs, les guelfes et les gibelins : les premiers représentent une démocratie désarmée, aveugle, crédule, incapable de s'orienter d?ms Fu ni vers et d'y trouver sa place , condamnée à se nourrir de fables, d'absurdes comédies, et à se morfondre par une envie progressive et perçante qui abat toute supériorité, toute indépendance individuelle, tonte liberté intellectuelle comme un sacrilège ou un attentat contre l'égalité générale. Son habileté consiste unicjuciuent dans cette obstination myope et irrésistible qui muUi()lie ses efforts, en ajoutant à son chiffre une série de zéros

410 l'origihk

pris à diaerélioo dans les bas^fonds de la multitude qui

rampe dans les villes; lie kur côté, les gibelins ne représentent ({u'uiie liberté légale, insolente, lyrannique, inflexible dans ses plus vieilles lormuies, et sans discrétioDj ni miséricorde, ni intelligence pour les intérêts mobiles et multiples du peuple. Aucune des deux sectes ne peut prévaloir : l'Italie les réclame également toutes deux; elle demande aux guelfes le progrès, lu \ie, la mobilité , Tégalité, la déinocraiie; aux gibelins, Tinlelligence, la cousistance^ le génie, Tinspiration, la liberté. Les uns ou les autres resteraient seulSj par une hypothèse inadmissible, leurs adversaires seraient anéantis, que la dualité reparaîtrait plus forte, plus brillante ([n'aiiparavant, non pas à cause de cette iRccssité vulgaire qui donne des réactions à tends les révolutions, mais parce que les guelfes adnieltent l'empire» les gibelins admettent TÉgliso ; les uns et les autres reconnaissent ce principe supérieur de toutes les révolutions italiennes , la distinction des deux pouvoirs, Tespritet la lui, la foi et le droit, le citl et la lerrt, la conscience de rindividu cl le bras de la société, Tunité du genre bumain et celle de FÉtat ; et toute thèse fondée sur Tuo de ces termes engendre fatalement Tantithèse comme progrès indispensable et supérieur, quelle qu'en soit la forme ou la conception. L'Italie s'avance par une série d'attractions et de répulsions électriques qui s'alternent à coups de foudre sous Tempire de la fatalité, avec des proscriplious réciproques. Au reste, Timpossibilité d'une victoire définitive se révèle matériellemenl, quand on regarde les procédés de la guerre. Si les guelfes propagent légalité, pourquoi les gibelins ne s'empareraienl-ils pas du fait accompli pour k garantir par lu loi ? Pourquoi letu' loi ne puurrait-elle pas

\q surpasser m ie transportant daoAles villages^ dam les âefe, dan» de petites républiques, chex les enneods même de la république? Si l'Église est démocraliqua an nom du peuple, pourquoi Tempire ne le serait^il

pas au nom do la plèbe ou de la campagne? Si le paili de rÉglise secoue le flambeau de la révolution à Milan, à Padouc, à Florence, pourquoi le parti de Tempire m rimiterait-il pas à lodi, à Fam, à Vérone, à Sienne^ à ÀrezzQ, à Parme? Dans toutes les yilles militaires les citoyens suiirent Tempereur avec une démocratie iui()ériale et îvlleniaiide d'alliance, et si elles sont eu décadence dans la haute Italie, au Midi , ritalie, organisée au rebours du Nord, s'avance avec les citoyens tous impériaux comme à Lodi et à Vérone, et avec Palerm dont le rayon est gibelin > tandis que les Tilles en décadence du Midi sont toutes guelfes et pontifia cales. Rome elle-même a des citoyens gibelins en dépit du f)ape , qui appuie les châtelains guelfes et rétrogrades. Comment la luUe linirait-elle, quand la solution est contestée par tes idées mêmes pour lesquelles on se bat, par la terre qui nourrit le combat, par la contradiction qui rend cbacun des deux partis a la fois citoyen et concitoyen , en associant la féodalité do Midi

avec la démocratie des villes du .Nord, taudis que Ils châtelains et les couciloyens du iNord s'allient avec les citoyem de PiUmmï Telle est la lutte des deux sectes» aveugle comme une antinomie métaphysique , condamnée à des massacres continuels et à renaître sans cesse de ses propres contradictions*

Vil. Serait-ce eu pure perte? Non; c'est au profit de tout le monde; et si la révulutiou des évêques a créé le premier peuple, si celle des consuls a conslitué le second peuplOi si le troisième peuple a surgi pendant la

guerre aux cbàteaux , la lutte guelfe et gibeline^ avide de sang et de partisans, ne peut se développer sans évoquer du néant de la multitude un nouvel essaim de toyens appelés à participer au droit de combattre» qui

devient le droit de cité. Quand les guelfes triomphent, les arts et nietier s doublent la masse du peuple officiel. Uuand les gibeluis 1 eui portent» ils réhabilitent les métiers les plus vils, les industries les plus dédaignées, les arts mineurs; les a picoolini, i» les « senza bragbe, n le peuple maigre, le « ciompo» » toutes les variantes de la gueuserie italienne arrivent Tune après l'autre sur la scène pour jeter Tépouvante dans le coffre-fort du bourgeois.

VlIl.La guerre municipale accepte la nouvelle révolution, et sans s'effacer devient régulièrement guelfe et gibeline. Dans le premier moment des deux sectes, cbaque ville est scindée en deux villes hostiles, dont les

alliances et les ramirications se propagent à travers l'Italie; toute cité semble oublier ses intérêts, ses roules, ses débouchés, ses conquêtes naturelles, pour ne suivre que le parti qui triomphe et qui Ûxe ses alliances d'après son drapeau, sans tenir compte des anciennes rivalités. Peu importe aux guelfes de Modène que Bologne soit rivale, pourvu qu'elle soit guelfe; ils y trouveront un appui, un asile et des amis. La guerre franche du vieux temps se laisse déborder par des conspirations , des surprises, des réyolutions, des interventions mutuelles; le style, la forme même des chroniques attestent cette transformation de la guerre ; on ne se borne plus à citer les villes qui se combattent; on cite les partis qui com[»ljqiient le combat; on fait figurer les bannis comme des puissances belligérantes. On dira que Parme et les bannis de Plaisance attaquent Plaisance. Partout

DBS DEUi sliorfid* 4iJ

la guêtre municipale plie sous le yent des révolutions qui se propagent en édats sympathiques, par des années de partisans, par le secours des sectaires, par un moure-

meiïl incendiaiie où chaque révolution en fait éclore vingt autres dans les alentours et conune enteu de iile, jusqu'à ce qu'un éclat en sens inverse déieruiine à son tour avec la même rapidité une nouvelle série de sédi* tiens. Gomment les Tilles pourraient-elles songer aux vieux plans dictés par les rivalités municipales, qnand tous les événcinents de 1 Italie et de i Europe se repercutent dans leurs murs pour y réveiller des fureurs inouïes, des rages sans exemple^ des catastrophes épouvantable;»? ^

Mais la fatalité qui a mis en opposition les villes romaines avec les villes royales se charge de réparer Toubii des honiiiU'S en exigeanlque lu ^lici rc continue sans relâche. Pavie ne sauraitsuspeiidre sa iuLte contre Milan sans se perdre elle-même; Padoue ne saurait respecter Vérone sans être vaincue, subjuguée > étouffée. Le combat est nécessaire^ l'union guelfe ou gibeline ne peut réluder ; les villes rivales n'ont qu'à exister pour s'absorber, pour s'endommager, pour s'entre-délruire mutuellement , et si la logique des partis efface les inimitiés de terroir, la logique de Técononne politique les rétablit sans cesse. 11 en résulte que ce mouvement des explosions trouble momentanément tous les systèmes d'hostilité, et qu'après plusieurs secousses les deux idées guelfe et gibeline exploitent elles-mêmes les rivalités municipales, les adoptent, et la lu lie des deux sectes s'établit d'aplomb sur la base des inimitiés géographiques. Dans les villes romaines, ce sont les guelfes qui l'emportent sans cesse, tandis que les gibelins sont prédestinés à des catastrophes continuelles el

41 '4 l'originb

vice versa, dans les villes royales^ les gibelins triomphent toujours, tandis que les guelfes sont totgours humiliés. De méoie, dans le Midi où le niouTement s'interYertit, Pàlerme, la ville de Tunité militaire, devient gibeline comme Pavie , bien qu'elle soit florissante, au rebours de Pavie qui déchoit, et les villes buuuliées par Palerme et amies du pape devienueui guelfes, bien qu'en décadence, au rebours de Milan^ qui prospère. Chaque système d'inimitié se rétablit en devenant guelfo*gibelin , et sous le mouvement des expulsions alternées le parti régnant dans chaque ville est contraire à celui qui triomphe dans la ville ennemie. Ainsi, pendant la première contusion de la période guelfe et gibeline, au milieu des premières expulsions, on ne saurait âxer le tableau des systèmes d'inimitié. D'une année à Tautre» la même ville passe d'un camp à l'autre : il n'y a pas de règle , pas de crilerium pour suivre ses ligues, et au inoiiient oii loa croit avoir perdu le fil, on le retrouve sous main. Les inimitiés que Frédéric Barberousse ne pouvait vaincre triomphent des partis, guident les combattants, et tous les flots de la guerre civile suivent le contraste primitif entre les positions montagneuses du royaume et les plaines livrées an r lyonnenient des\illes roiii;iines.— La transfoi uialiou de la guerre municipale en guerre guelfe et gibeline se confirme par le nombre même des combats. De ilUO à lâoO, les villes son^ quatorze cent soixante-cinq fois militantes; de 12^ à 1310, elles le sont mille qualre-vingl-cinq fois : la guerre a donc diminué d'un tiiiart; pourquoi? Parce qu'on supplée à la diminution des batailles extérieures par des batailles intérieures , et tout combat au sein de la ville vaut un combat contre une ville ennemie. En effet» peut-on jse

DEâ DEUX SECTES. 415

buttrô sur la place sans que Tun des deui partis soit allié à la tille ritale , sans qu'il la supplée pour ainsi dire dans haine contre les habitants t

Les diverses opinions que nous avons exposées sur l'origine des gueU'es et des gibelins suiil connue les perspectives d'un même édifice yu à des distances différentes. Les premiers chroniqueurs^ plongés au milieu de cette guerre sans issue et préparée par la guerre croissante des citoyens et des concitoyens , la prennent pour un fait habituel^ normal, ordinaire, et s'ils s'en demandent l'origine, c'est comme s'ils se demandaient Forigine de la cité ou celle du monde : il laiU qu'ils remontent à Noé et au déluge ou à un mystère inexpllcable. Azario compare expressément les guelfes et les gibelins aux combattants de tous les temps , depuis Abeî et Caïn, et on explique ces deux sectes tan loi par ces deux frères fanlasliiiues sdulenus, l'un par le pnpe, l'autre par l'empereur; tantôt par deux fées qui descendent du ciel^ tantôt par deux démons qui surgissent du fond de la terre, tantôt enfin par deux naives étymologies comme Mathieu Yillani qui généralisait les deux sectes dans le passé, de même (jue cti.'Hiue jour elles se généralisaient dans le prcst ut de rilalie. A une plus lointaine distance^ des écrivains plus récents ne soient plus que les deux armoiries du pape et de l'empereur qui flottent sur les combattants ; ct^ de ce bruit qui S'efface, leur oreille ne recueille phis que dei* mots confus oii Taffinité insidieuse du son et Tidentité des racines mêlent les sectes italiennes aux deux sectes do rAllemagne. A ce point de vue, sans remonter U Noë, les deux miasses des combattants n'occupent que cette partie de Thistoire remplie par les réMution^ italiennes, et les généalogistes rattachent à la déductfoiki

416 L^ORlGtNK

historique de cûs révoluiioas» ks familles qu'ils se pro' posent d'anoblir avec des origines splendides. Id > au milieu de soudures bizari'es et des fantastiques dérWations, les guelfes se nouent aux Welfes de Bavière, qui-

se ral lâchent eux-mêmes à la révolution italienne des évoques , par le iiiaiiage d'Alberlazzo d'Esté avec Cunizza d'Alldorll ; les deux branches d'Italie et d'Allemagne, ainsi fondues ensemble, arrivent d'un bond rétrospectif jusqu'à Louis le Pieux , mari de Juditb, de la famille des Welfes d'Altdorff. Par un nouveau bond en arrière, on s'empare de Théodolinde, qui naît dans \o |>ays de Judith et so naturahse chez les Longobards pour y inaugurer la révoluUon ecclésiastique et romaine contre les impies du royaume. Enfin grâce à un nouvel effort dUmagination , on recule de Théolinde jusqu'à je ne sais quel frère et rival d*Odoacre» premier roi d'Italie, et on le constitue en cadet le chef de tous les guelfes. A son tour, la généalogie gibeline, rattachée çà el la dans la nuit des temps a (pielques personnages imaginaires ou déplacés, se dérouie pour tirer d'une tradition royaliste Conrad II, le premier empereur de la réaction contre les évêques^ ffenty ///et Henry /K, adversaires de la libre élection desévèques; Conrad IIl, allié du schisme cujisulaire ; Frédéric Barberousse , promoteur de quatre antipapes; Henry F/, promoteur de tous les citoyens du Midi et de Home contre les prétentions du saint^siége, et enfm Frédéric II, le plus grand de tous^ dans son inimitié contre l'Église. Ce travail généalogique résumait par des personnes, des rois et des noms propres, le travail des masses, comme dans un cimetière des inscriplious courtes cl banales résument de longues vies et des existences inconnues. Mais, à l'époque de la renaissance, on regarde

m DSUX SBCTBS. 417

le passé de plus loin encore et de plus haut; et, Macbia- Tel écarte cette multitude cadavérique dlascriptions, d'armoiries^ d'accouplements symboliques et de téuè* breuscs équivoques , pour indiquer de son doigt effilé

les vi\antes figures italiennes qui se détachent des fresques de Giotto de Cimabueel des voûtes des ée^lises, et croisent leurs épées sur la place de Florence, au moment où le moyen ftge s'évanouit comme un songe. S'il se trompe en mettant des figures trop roides sur la pointe de leurs pieds, dans des perspectives impos* sibLs, ï^ur un tableau sans fond, sans ciel, je veux dire sans |)assé; ii est au moins dans le vrai, dans la levulution , dans la vie moderne, au milieu de la pensée sociale : le flambeau de la renaissance à la main, Osio. et d'autres ne manquent pas d'enrichir ce tableau en y ajoutant mille détails. Enfin le jour de l'érudition arrive, c'est le jour de Muratori qui ramasse toutes les données du moyen âge, de la renaissance, des généalogistes, des chroniqueurs, des iiistoriens de Tilalie eldesviiles; et, fixant le regard sur le tableau de Machiavel, étonné d*en voir les lignes improbables « les poses excentriques, après avoir tout combiné, tout comparé, il demande aux chiffres de la chronologie la solution d'un problème qu'il ne peut résoudre en liislorien. Suivant lui , c'est en li09, à Tépoque d'Otlion IV aux prises avec Frédéric II, que commence la grande lutte des deux sectes italiennes; mais la guerre entre Othon IV et Frédéric se développe précisément à contre-sens des deux sectes: Othon IV des V^elfes marche contre le pour etivahir la donation; Frédéric H des Gebeliiis m u cluj contre l'empereur pour détendre rÉglise, et d après i'Arioste.

T. in î7

41 i t'ttitliii

. . . Per dar al poDiefiee soecom Cootro Oih<ln tV e il campo Ghibetlioo.

Plus lard, en 4215, quand Frédéric redevient gibelin, son adversaire disparait, et nous ne trouvons plus aucun empereur ou prétendant de la maison de? Welfes qui puisse donner i^on nom au parti italien. Ce n'eBt pas en 4315, c'est en 1250 que les deu;i dénominations de guelfe et de gibelin furent acceptées, Jamsilla, l'une des autorités les plus anciennes^ les placé en t-265, Saba Malaspina quelques années auparavant, Ventura, bistoricn d'xVst, très-compétent, en liouinie de parti, confirme Saba Malaspina. MerulaGiovio, Carrias, Tursellini, Sigonio, Gavazzi suivent Jamsilla, Saba Malaspina et Ventura. Lecomliat d'Olbon iVetde Frédéric II rappelait peut*ètre à liialie qu'il pouvait y avoir un empire guelfe et un empire gibelin, mais tant que Frédéric régna seul et victorieux, li n'y eut aucune raison pour donner aux citoyens d'Italie fe nom des guelfes allemands pas plus qu'aux concitoyens celui des gibelins. A sa mort seulement, les deux sectes éclataient, et elles pouvaient alors .prendre les deux dénominations des familles impériales que la Lnm* bnrdic avait connues ennemies, avec les deux tendances opposées do la démocratie et de la féodalité. En elTel, elles ne se généralisaient qu a[)rès la mort de Frédéric II, poil obilum Friderici JI comine le chroniqueur d'Ast : iVunc et non antea, comme dit Giovio 1 liistoritîn de Como. a Sous Frédéric, dit Malveszf^ « commencèrent les factions pestilentielles, qui [u uciit « successivement les noms de guelfes et de pifjt-lius: « Quœ posTEA guelfi et gibelini nomina habuere. » Le même cliromqueur déclare que c'est en iâ60^ dix ans

DBS DBUX 8KGTB9. 419

après la mort de Frédéric, quêtes noms des deux sectes

s'élendirciil à l'Italie ioiil eiiliere. C'csl ainsi ([ii on peut expliquer celle éiiiLniie deiiv srctc??, mystère (jui rend incompréhensible toute 1 histoire de rilalie, et qui, restant sans solution, et joint à l'autre mystère des guerres mtinleipateS, laii^ràii eiitoi'ë ëiljdùrd^hiii la péninsule sans guide vers l'avenir^ sans raison d'être dans le fii t ni, sans idée même sur sa natuie actuëlle, qui est toujours pouiilicale et impériale au nom de sa propre révoiutieni et fédérale au noin de son antique liberté.

GHAFIXli£ II

LES 6UELFES ET US filBELliS OANS CHAQUE VILLE.

BiEplosion de Florenee. — De Sen-Sepolcro. «-^ De Milan. — De

Bologne.— De Moâène. — Combats deFaenza, Reggto, Berga-

me, Chieri, etc. —Destruction de Camerino. — De Sinicraplia.— Déchirementdes villes militaires où le peuple ust gibelin et 1'*ristucratie gueiie au rebour des villes romaines. — Gènes proclame ffoeanegra.— Séditions de Sianne, Arwvo^ P^tote» etc. —Horribles séditions de Vérone. — Histoire à'Eceîîno de Ro mano, fléau de cette marche. — Malheurs de Padoue , Trévise, Vicence. — Désolation de Brescia. — Parme—Plaisance. —Crémone.— Crème, Ferrare. — Scission de la Savoie. — Delà Corse. — ^Lea sectes en Sardaigne. — Dans les Deux^Siciles.-^A Rome. ^ —Fureur des partis dans tontes lesTÎlles italiennes.

Nous connaissons la période goelié et gibeline dans son priadpe^ dégagée des erreurs de i'éraditioD ; nous pouvons la suivre dans chaque ville où elle se reproduit avec les variantes inspirées par le caprice des hommes^ les accidents du sol et le caractère des traditions municipales. Florence, la ville des partis et des fUurs, des miracles politiques et des consuls épicuilens, Dous présente la guerre civile dans sa plus grande perfection^ avec des coups de poignard i précédés des sentences philosophiques, on avec des expulsions géométriques que la prudence des vaincus dissimule par des retraites anticipées. Nous avons vu qu'en 1248, les Uberti concitoyens, secrètement secourus par la cavalerie de Frédéric II, chassaient les Buondelmonti dtoyens ; c'est ainsi que la ville devenait gibeline, ei

LBS fiUlLFBS BT tV8 GiBELim DANS CBAQUB VILLE. 494

que ses citoyens en exil pouviiicnt être appelés pour la premu re fois des guelfes. Mais l'année suivan le , la mort deFrédéricchange l'équilibre général de toutes lesforces elles gibelins moralement en déroute ^ rappellent eux« mêmes les guelfes exilés qui rentrent en maîtres. Ils diviseîit la ville par sixtiers, nomment douze anciens ou consuls, choisissent le juxlestat qu'ils placent audessus des consuls, et pour limiter son autorité» ils en détachent la nouvelle magistrature.du capitaine auquel ils donnent le poutoir exécutif. En même temps/ ils divisent la campagne en d6 paroisses organisées fédéralenient pour que tous les villages puissent se grouper au besoin , et arriver au secours des citoyens, soit contre les ennemis intérieurs, soit contre les villes voisines. L^essor des guelfes est tel que pour Jean Yillani, ce sont eux qui donnent la première existence, le premier peuple à Florence, « il primo popolo vecchîo; et Machiavel qui renchérit encore sur Villani concentre îd * le carroccio , la martinclla et toutes les inventions civiques du temps des évêques, des consuls et des citoyens. Complètement renouvelée^ la petite Rome impose son alliance à Pittoie , Artzxo , à Simne ; elle prend Vol^ turra , rase de nombreux châteaux dont elle transporte les habitants dans ses murs, et le peuple discipliné, organisé, sûr de lui-même , jaloux , irritable s'apercevant en 1257 que les gibelins, excités par Main froy de Sicile, se disposent à l'attaquer, les chasse, et démoUt leurs tours et leurs palais, quoique ce fussent les plus importants édifices de l'époque. Mais les exilés sont des Florentins capables à leur tour de remiier ciel et terre pour revenir a l attaque, et de surpasser Pierre de 1 1 u , voire même Jésus-Christ aux noces de Can^ |K>ur multiplier leurs soldats^ ^tranchés dans les vijies

419 ixi iiiBLfii wt hu «ivuin

rivales et surtout à Sienne, ils ohliennent quelques Alle- • mandf? de Mainfroy, les isent, les poussent sur Flo-

rence qui ks bat et insulte leurs drapeaux ; aussitôt .M^^ff^ flpvoia ttilb armée fiaur venger ion drapeau fit înapirée par les f uriea det I/5#rlî> elle brwe les gaelta à Monteapertl et les précipite sur Florettee, où ils nV sent pas s'anêler. Le i:unite Giordano^ capitaine des Allemands, détruit de fond en comble toutes les institutions des citoyens^ le conseil, le peuple, Tarniée démoeratiqueetdanale congrès d'Ëmpoli, les villes ri%ale8 'Simm* ÀTêMxo, PUtêU, les grands fendataires, les Seiila FUfra , les Conti Guiii, les VhtUâm^ les eointss Alberli et tous les châtelains gonl unanimes à décréter la démolition de la petite Rome qui les tient en échec. Heureusement pour elle que se^ gibelins ne sont plus ebàtelainSf et leur cbef Furtnate des VkirH^ un de ces liominesqui avaient subitenient grandi an souffle de la guerre des hérésies et de- la sclenoe prend la parole et avec l'élan plus puissant que sun jiropre discours troublé par le balbutiement de la colère, il déclare que la patrie est à Florence^ et non plus dans leschamps, et sa pensée snffil pour arrêter tous les châtelains et toutes les villes rivales; Florence reste debout eomme un ebamp elos qui attend de nouveaux combattatits.

Le bûui'g de San-Sepolcro passe a son tour des citoyens et des concitoyeus aux guelfes et aux iiibelins; et la chronique annonce solennellement que « 1 an du f Seigneur 1946 commencèrent, les discordes qui fu- « vent rextermination totale, non-seulement du susdit « bourg mais de toutes les villes d'Italie. » Dans la pre* mière année du grand interrègne, on expulse les gibe- Jins ; cinq ans plus tard^ ils rentrent, a et les treise « principales familles bâtissent à leur frais une grande

IkAllB OMOOV VIUI. MS

' « tour , prèi de la place. » Contre quit contre

les guciles qu'on e^juilsu laiiytic suivante, en détruisant leurs palais. Au bout de deux ans, en 1258, on trouve la lutte des Beruarciini et des Palaoïidesi.,«

A la quatrième année do grand interrègne» le chroniqueur de Milan ^ Galvano Fiamma» annonce que

a cummence une certaine pestilence qui n'aura plus a de terme». Les auiiaies anonymes plus récentes iepclcat les mêmes mots en disant que u le parti du K peuple renouvela son combat contre les capitaines fl et les vavaaseurs pour ne plus le finir, b La bonne ville est loin d'être attîque comme Florence, et dans son laisser aller elle n^a ni les palais Improvisés, ni les dévastations foudoyanles, ni les litaux coups de théâtre où la cavalerie de l'Allemagne se heurte contre une démocratie féerique; mais elle est franche i et, comme on dit dans le pays» ambrosienne^ et si son combat est terne, par compensation il présente l'avantage d*étre livré snr le terrain d'une légalité traditionnelle, où le peuple, devenu guelfe, s'insurge contre les capitaines et les vavasseurs devenus gibelins^ mais tous groupés autour de Tarchevêque féodal, qui représente le droit du vieux temps. Les guelfes commencent par demander que la ville soit entevée à la domination temporelle de Tarchevéque Lêm Peregot et que les hommes du peu* pie soient admis dans les ordres sacrés comme les capitaines et les vavasseurs, sans tenir compte d'un ancien privilège de Iredenc Jiarbei ousse, qui avait fait de • i evèché la citadelle de la noblesse. Puis ils ipurmureat contre les tailles, les péages, les douanes que les nobles multiplient en les écrasant d'impôts ; et» en ISIM, pas* saut des murmures aux éclataii on se bat dans lai ruii

424 Lw eoBLVu R un aiBsuNs

à coups de couteau. Ici encore. Milan force les comballanls à rester sous le poids de rancienne légalité; ils luttent sur le terrain d'une antique loi^ qui permettait aux nobles de compenser Tassassinat moyennant une faible amende pécuniaire payée à la commune; cette loi devient le véhicule de la guerre civile; font citoyen qui hoiiixe est égorgé siir-le-champ et payé à deniers complanls. «Chaque jour, s'écrie un orateur, « on tue les hommes du peuple comme des chiens : a nommons un chef qui nous délivre du joug des «nobles. Une foule de citoyens, sjoute la chro* c nique, étaient assassinés. Si un créancier demandait « son argent, on le tuait ; si un homme du peuple a\ ait « une fille ou une temiue enviée , les nobles l'éi^Tjr- « geaient, lui prenaient son bien, ses terres, son « argent, et ils s^enrichissaient ainsi au delà de toute « mesure. — Tota civitas erat in armis. » On était à la veille d'une bataille rangée ; le peuple et le sénat avec son podestat Martin Torriani bravaient l'archevêque, les capitaines elles vavasseus dirigés par un autre podestat Paul Sorresina^ Une dernière pacification, obtenue par quatre ecclésiastiques, avait encore retardé la mêlée générale, quand un jour un créancier de Hasnate tue son débiteur. Soudain les guelfes se jettent en masse sur les gibelins^ chassent Tarchevéque et toute la ville féodale; Martin Torriani tue d un coup de hache un podestat neutre qu'on avait improvisé; Père de Timpartiaiité finit, et, à partir de ce moment, on assiste au spectacle extravagant d'un débat légal, continué avec rillégalité suprême des expulsions. Ainsi, la même année, les guelfes, vaincus par la loi qui leur impose Varchevêque, les capitaines et les vavasseurs, se recoaciiieni avec les exilés ; mais avant

DANS CHAOl'ii ML(-K. 425

la fin dfi Tannée , ils les chassent de nouveau parce qu'ils demandent un archevêché démocratique^ une féodalité mitigée. La loi ne cesse de réclamer le retour

de la féodalité, et on voit paraître la société aristocratique âe'laMolta. avec Azzoliiio Marcellino, son chef, qu'on égorge, Guillaume Sorresina qui le remplace et un légat du pape qui protège Varehev^ue et chasse Torrianî. Toi^jours est-it que la loi est inique; et, en iSSO, Torrîanî, rompant son ban, écrase toute la noblesse gibeline. «Il y ( ut, dit la chronique, plus de cinq cents « chevaliers proscrits sans compter les piétons.» L\'irchevôque est iexilé de nouveau, et la démocratie victorieuse des Torriani s'étend avec les guelfes de Bergame, de Lodi , de Novare , des alentours , jusqu'à ce qu'en i362 la mort de Léon Perego remet tout en question. Car cette fois la démocratie guelfe est condamnée à subir 1 épreuve de la légalité, à faire voir qu^elle est spontanée, juridique dans la religion de l'archevêché, préférée par la libre élection du nouvel archevêque, confirmée par le suffrage sacré du chapitre et des citoyens, et non pas imposée a coups de hache ou par le sort d'une bataille. Les Torriani proposent leur parent Raimond, homme de main s'il en fut; mais les gibelins leur opposent Seiiala, et le pape s tllorce d'étouffer la scission en nommant un troisième archevêquéy Othon Visconti, de la famille des comtes d'An* glera. Mais les gibelins l'adoptent 8ur-le«champ , et la guerre civile continue entre les Torriani, guelfes et ennemis du i>ape, et les Visconti, gibelins, appuyés par rÉghse...

Plus petite que Milan, plus rustique que Florence^ Bologne met aux prises les deux excès de la démocratio et de raristocratie par une série de chocs violents et

réitérés qui rappellent, dîm côté, la lougue du moine Jeun de Vicence, de l'autre, le câline et rim pitoyable sourire de l'asirologien fiuratti. Quatre ans après ie commencement du grand interrègne, ei| 1256^ eUe détache les fonctions de capitaine du peuple de la magisiratnpe désormais impuissante du podestat, et aussitôt on voit la tragédie de Virginie Galucci enlevée par Alberto Catiop^si^ qui expose ainsi sa propre famille à une ven* geance morielle. L'année après Tenlèvement, on con^ stmit trente tours^p et une année plus tard , nous en* tendons le choc de la mêlée générale « « magnum prxlium, t> dit la chronique latine : « les Galucci sont « aux prises avec les Cabonesi, les Artenisi avec les a Britoni, les Lambertazzi avec les Scaaabeccl^i « a (u

tra loro gran crudeltà di morte, 9

Dans la ville rivale de Hodène, lea impérialistes deviennent à la mort de Frédéric on ne peut plus bur mains, et la chronique annonce que les partis sont pacifiés dans It nouveau palais de la commune, devant le légat du saint-siége. Mais les Aigoni et les Grasolû restent Tanne au bras; chaque parti uomm^ son po* destat^en 1954 » deux podestats sçnt aux prises entre eui* au si^et de Guillaume de Carpî que l'uu veut cop<> damner è tOO livres d'amende, et l'autre ménager sous prétexte de rentendre. On les renvoie ■ les consuls régnent jusqu'à l'arrivée des deux nouveaux podestats d^ Tannée suivante, et à la fin, les guelfes, en progrès depuis i^^j, éclatent on 136^, « et les Aigoni^ dit la chronique, aidés par d'autres guelfes étrangers, chas* sèreni les Grasolfi , parce qu'ils étaient gibelins. » La guerre coiUiiuie contre les cliàteaux des proscrits.

Le chroniqueur de Faenza renonce à éclairer Taf- Ireuse m^lée des Vaufredi guelfes aux prises avec; les

Acarisi gebelins, et il se borna à dire « qu'après bien

des massacres et bien des ruines, les vaincus fureiiL les ftlajifredi, et les Acarisi victorieux les chassèrent de la ville. »^ Orvieto entre dans l'ère nouvelle avec lei Vonaldeschi guelfes et ciloyenS;» «nfiemU des Filippetcbi çhfttel^iqti et gibeliofi ; Reggio aveo les ftoberti qui combattent le^ lleiai;^Bergame iiveo le» CoUopi et les Soardi ligués contre les Bonzi et les Bivoli; puMiodossoU avec les Spilorci que la luce sépare des Ferrari.— Grâceaux annales de CésèneJ, on sait qu'à Riipini^ e^ i'^^^, kfi Parcit^de gibelipi tentèrent d'enlevep dans la (sampagne \e ob^f des guelfes^ Matat^tind. « HaU préTOQu k temfis> diumi les aiinalea, il retourna

9 à Rimini , et avec le aecoura du peuple s'empara • du podeslat et de la ville, excepté des aiaisons du «seigneur Ugolino Parcilade, qui résistèrent jusqu'à a l'arrivée du comte de laRomagne,anrt4içiirun4qua de FaQû ne note que les pacidcations solennelles de l99Sf maia aaint BoiiaveQ(iire révèto Vw^ daa foiUe «cènes perdues de la gu^re eivîle. En 4957, soua le règne des Cassero^ guelfes el papistes^ les Carignanp gibelins conspirent, el le malin fixé pour l'insurreOf tion, ils doivent se rallier en annonçant Vangelu§ d'un seul coup an lieu de troisj maia saint Booaventure d4« nonce le complot i et le pa|)e Aleiandre IV fiaeriûa lea conspirateufam aoeordant gratuitement aii¥ guelfe^,

ses alliés, le privilège d@ ne plup annoncer l'aul^ qu^ d'un seul coup.

Alexandrie devient guelfe par ses citoyens les Guasco, à la tête de la commune, et gibeline par ses conciloyens les Lanxaveecbia à la tête de rarislocratie^ soi-disant le pwph, GbiUni, qui dénombre les familles des deux partit foui U date prématurée de déroute au pre^

4â8 LBS 6UBLPB8 BT LB9 ClBBLlItS

imcr abord en montrant la commune et le peuple également scindés dans les deux camps des guelfes et des gibelins ; mais toutes les expulsions d'Alexandrie se développent par les Guasco et les Lanzavecchia^ et les subdivisions des deux grands partis s'expliquent aisément par la hiérarchie qui donnait des plébéiens à la commune aussi bien qu'au peuple. Dans cette hypothèse^ la plèbe de la commune devait è(re gibeline pour marcher au rebours de la plèbe du peuple, qui devaitélre gueife.—Ast^ ville longobarde^ qui voudrait être romaine, deux fois incendiée par sa comtesse et deux fois par son évéque, se déchire dès la première année du grand interrègne par les Solari guelfes qui chassent les GotuariAeslsfiardi ci les Tiirchi gibelins; dix ansplustard, c'estencore aux gibelins, les CasleUi, à sortir de la ville qui cesse d'être féodale pour devenir la sœur d'Alexandrie.

Dans la huitième année du grand interrègne, en 1358^ la petite Ghierl redoute d^inéTîtables séditions, et recommande a ses naturalisés d'clre bien sag^s et de se tenir loin des {actions. Cependant les partis se développent, Tancienne société des citoyens de Saint- Georges devient guelfe et deux fois plus compacte et disciplinée. Elle a trois recteurs ou capitaines qu'elle renouvelle trois fois par an; elle n'admet personne sans le vote des quatre cinquièmes de ses membres, et elle ne quitte pas des yeux ses affiliés, se chargeant de leur donner des gardes s'ils sont menacés, de les venger s'ils sont ofiPensés, et de les placer dans les magistratu* re8> à l'exclusion du parti opposé. Que de soins» que de précautions, que d'intrigues monacales et systéma* tiques pour envahir toutes les places de la commune! La société fixe ses candidatures : si ses membres sont

DAKS CHAQUE VILU. • • 429

forcés d'improviser lenr choix dans le grand conseil, ils sont tenus de consulter sur-le-champ les recteurs; quand ils pérorent, ils [leuvent se livrer sans crainte à l'élan de T improvisation, et même de l'injure. La société est là, elle paye les amendes qui pourraient les frapper, et (fest ainsi qu'elle combat les gibelins, les Baliri, les ehemUm, les amis du peuple de Turin.

Aqui , encore épiscopale, chasse en 12G0 ses gibelins qui se vengent en revenant avec le marquis du Montferrât.— -«Terni fut déchirée, dit Angeloni,par une foule « de batailles, de sorte qu*eUe eut beaucoup à souffrir,. « car les armes sèment la ruine dans les yilles; et les « écrivains s'accordent à dire que la désolation ne pou- « vait pas être plus grande. Les uns elles autres coinbaltt laient sans cesse sur les tours, et il y en avait trois « cents élevées dans le but de s'endommager mutuelle- « ment avec des béliers, des pierres, des flèches et « d'autres armes de jet, et les rues étaient coupées par « de grosses et longues cbaînes attachées d'une tour à « l'autre pour entraver les incursions et combattre les a barricades.

Camerino s'engage dans une guerre plus terrible et plus sanglante encore que celle des guelfes et des gibelins. Au commencement du grand interrègne, ses citoyens chassent Ranieri de la famille des Baseki qu'ils avaient déjà spoliée de ses châteaux. C'était un homme calme , implacable , l'un des meilleurs capitaines de la Marcljc et concitoyen daiis^ toutes les villes féodales qui entouraient l'antique capitale des cammerites. Les franciscains attachés à sa clientèle lui assuraient le cœur des multitudes féodales delà campagne ^ et les gibelins en se développant lui donnaient le secours des alliances les plus lointaines. £n il arrive avec

des troupes dllemandes entoféeë par ÊMfifivy , roi de» Defix-Sîdles, el, enli lîuant ûtcc lui ions tèi* cito^'eiis dv MafeMcn, Sniif^everino^ Urbisaglia et d niie foule de villes rivales ou de forteresses ennemies; il foûd 8UI* la malheureose tille (ju'il saccage, en disperse les babilatite et leti forcé à sd téfUgieif ukt Ie8t)liiê hatifés moniagnea de rOmbrie, où ila eurent dfltls le pliis profond clcoiiinciit avec leurs femmes qui accouchent dans les cavfTnes. Les châtelains Teiige?, unis aux hommes des \ilU s rivales et aux Allemands de Mâinfnty, teillaieot en nouveeui Loogobards sur b terre rasée> liotir que personne n'en reletât le& maisotot» Mais les citoyens^ devenui gùelfeft d^ns Teiil, reconquièrent pas à pas le sol, les ruines, les cendres de la patrie, el reconstruisent les maisons, les chnpelits les églises, la cathédrale, rachetant les reliques, iinprotiaàtit un gonTernement, reeonslituanile sénat, tel cotfêttls, le grand eoosëil, toutes 1^ lâstitutioiis réptiblieaines qui reparaissent soUs lii dlrediiori d*an nou« veau clief, Gentile de Vai rano^ qu'on o|»|iose en guelfe à Ranieri des Baschi, le dévastalenr ijibelin. Après avoir retait la ville, ils en refont le rayon consulaire en recommençant la guerre iiux châteaux, atix forteresses^ aui tilles, aux villages malfaissintil ; od teulpte rinHiTfe BiMki sur la tx>He de la cathédnile pendùi une potence, la tête en bas, on promet sts biens à fjdi pourra les prendre , et on lui enlève un à un Giove, Fronlilio, Ccvenano, Fiastra, Fiegui, Sentino, en refoulant en même temps tous les autres ennemis. En 1270, on fait plus de mille (irlaonnlers à la tiUé de Sansererino et les dtoyens arméa le réunissent pool* délibéré de sang-froid sur la peine qu'ils infligeront âux prisOll* niers pour venger la destruction de leur ville. «Nottt

VMS CMiOl fllil. 431

leur feiuns,dit une voix, ce (|u"ils ont fait an Clirisl de noire cathédrale. » Ils lui avaient arracliù les yeux d'escarboucie^ et ce fut le supplice iolligé à tous les malheureux prisonniers...

En 1257^ lescîtoyenset les concitoyens de Sinigaglla^ devenus guelfes, rnarchenl arec la croisade pontificale contre les gibelins exilés, soutenus par les Sarrasins de Mainfroy; mais refoulés, assiégés, vaincus, dispersés, ils voient leur ville rasée : les maisons, les églises, les palais, les murs, rien n'est épargné, à Texception de la cathédrale, de révéché et de sept tours de châtelains. L'em placement de Sinigaglia resta Tide jusqu'à la mort de Mainfroy,,,

Dans les villes militaires, le déchirement est le même; mais les partis sont intervertis, car la démocratie gibeline règne et Taristocratic guelfe soutfre toujours liée au peuple des villes romaines pour demander secours contre les fureurs de la niAsse* — Géneà trompe Fœil de rhistorien ; ses éelats de lumière, ses oscillations démesurées, ses navires chargés de riche?seïi, ses dominaliuiis sur les siles rocailleux de la rivière lui donnent Tair d'une ville romaine, et au moment décisif on la trouve toujours longobarde el militaire avec le roi contre les marquis de Lombardie^ avec le pape contre les premiers consuls schismatiques de Milan, avec tout le monde contre Pise; et, quand Frédéric Barberousse riait descendu en ltalie,elle s'était penchée à son oreille pour lui murmurer des couseiis meurtriers. Six ans après le commencement du grand interrègne, la oohue de 99i plèbe et de ses marquis ren^ verse le (teuple et le podestat, qui était un guelfe de Milan; et elle arbore le drapeau de la guerre civile un demandant à grands cris la création d ua capitaine du

peuple : « On proclama tumultoensemenl Guillaume

« Boccanegra , dit la. chronique, et ou le porta dans « réglise do Saint-Cyroù tons lui prêtèrent serment, et «le jour suivant on lui donna ua pouvoir déceoDal « ooDsulaîre^ des soldats, des sénateurs, un juge^ldonze « gardiens, et daquante domestiques pour garder son « palais. » Les vieux parlements cèdent la place à un conseil unique présidé par le capitaine et par le podestat qui tombeau second rang; touile monde estadinisdans ce conseil, et la jalousie de la plèbe y surveille d'un œil défiaut les notabilités qu'elle est forcée d'j admet* Ire* Elle en restreint le nombre aux chefs des ariset métiers, aux sept députés des colonies^ à deux juges et a (jualorze nobles formant partie de deux cents personnes également privilégiées sur tous les «autres conseillers , mais qui élouifent les notables en élus du suffrage uniTersel et choisis, dit la Constitution , sans égard à la naissance, aux richesses ni aux patentes industrielles. Aucun des deux cents ne dirige les motions, aucun d'eux ne peut pénétrer dans la salle du grand conseil avant le second signe du beffroi, et sans une invitation expresse et signée du chancelier. La démocratie rageuse et inquiète de la plèbe euTahit les places, le conseil, les tribunaux, la raison même des magistrats, et au bout de quatre ans, Boccanegra pro- Toque Finsurrection guelfe des riches et des nobles : <f Odiosus faclus est nimis nobilibus et senionbiis ac « divitibus plebis. » Son frère est tue, et c'est à peine 8*il peut sauver sa vie. Voilà les guelfes au pouvoir, ei pre^s entre la montagne et la mer, ils ne savent où se placer sans rencontrer un marquis ou uii marin; leur règne devient le règne de la peur bourgeoise. Un jour, c'est une garde civique de quatre cents citoyens qu jii>

DAtfS CHAQUE VILLB, 433

ttnproviseDty faible barrière contre Félan plébéien ; un autre jour^ ils prennent les armes pour accabler Simon Grillo^ fonctionnaire dn port, coupable d*être aimé de tout le monde, et qui se liâle de se livrer lui-même, à la contusion des magistrats. Eniiii, dans la même année de leur avènement, Oberto Spinola s'empare, une nuit, du palais du podestat^ et le matin il renverse le vieux peuple, au nom de la pUbe.

Sienne ne manque jamais à son poste quand il s'agit de combattre la ville romain^ de Florence, et elle a beau se déguiser sous les chitfres mystérieux des Vin^rt- Quatre ou des Vingt-Sept, son peuple est gibelin comme à Gênes, ses châtelains sont guelfes et malheureux. En 1263, l'un d'eux, Salimbelini tue Tun des Vingt-Quatre consuls; c'est le signal de la guerre guelfe et gibeline qui chasse tous les Salimbelini et renverse leurs maisons. Mais les Salimbelini se dé^^iisent à leur loui sous le drapeau encore inconnu tic la stctc ; et puisque les châtelains appartiennent, çn générai, au parti de l'empire, ils s'adressent au roi gibelin des Deux- Siciles, fils de Frédéric, Nous sommes calomniés, lui disent-ils, nous sommes des vôtres. D*un mot, il les fait réintégrer, mais la ^niern; continue avec de nouvelles catastro| ln s. — Arezzo, la sœur de Sienne sur le champ de balaiile de la Toscane, ne saurait qu'être malheureuse sous les guelfes. En 1254, leur règne , c'est la conquête de Florence, qui s'impose en expulsant les gibelins ; mais la vengeance ne manque pas de k s atteindre, et le jour où ils sont expulsés par leurs adversaires, Florence est vaincue et refoulée sur son territoire. — - Le j»rogrès général , fniRste aux Pisans, les force à se défendre à tout prix contre la force expansivedesguelfesflorenlins;etdès ii40, leurpeupls,

T. If. sa

Page 1