‹ 520 pChapitre 59 sur 67 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

4110 us '«VtLfIS IT LES OIBIUHS

devient menaçante, et alors la vieille cité se relève par une pensée larL^f menl iongobarde^ se livrant sans réserve à Uberlo Felavicino^ qu'elle proclame podestat. Aussitôt elle reproduit en sous-ordre Texpaiision de Vé* rone, et les culottes des prisonniers parmesans qu'elle pend par milliers aux voAtesde sa cathédrale, la fête an* niielle du tain eaii (ju'elle fonde pour célébrer sa victoire léguée coinrne un souvenir d'orgueil et de vengeanceà ses générations a venir; Crème qu'elle enlève; Polavicino qu'elle crée dictateur perpétuel ; Buoso de Doara qui s'associe à sa dictature. L'union de ces deuschefe avec EctHm de Romam, dont ils partagent l'ascendant, rend la ville encore plus forte qu'elle ne l'avait été pendant rère des r(»is, sans qu i»n voie aucun massacre dans Tenceinte de ses murs. Mais elle ne saurait se dcruln r a la loi sanglante qui lui demande des batailles domestiques, et la discorde arrive du dehors^ en iâ58, quand Eetlim négocie avec Jltioso pour trahir Pek^nnmnOf et avec celui-ci pour trahir le premier. Les deux gibelins se communiquant cette double ouverture, s'écartent ensemble du monstre de Vérone : «Heu ! fuge liUus avarum ! » secricnt-ils^ mais ils tombent dans le camp des croisés. Lorsqu'ils le quittent de nouveau, après la victoire, ce ne sont plus les mêmes hommes et il fiiut deux cbefe à la république, agitée par ce terrible revirement qui la jette d^un pèle à l'autre de la politi(]ue italienne. Buoso soit le torrent guelfe (]ui déborde avec le flot des flagellants. En l:2ii:», il abandonne son rivai; Tannée buï vante, d'accord avec l'évéque et le légat de l'Église, il le laisse seul sous Tanathème du pontife: la bataille devient haévitable. . .

Placée entre Crémont qu'elle abhorra et Milan qu'elle chérit, Crème reçoit sans cesse les secousses des

OAHft CHAOUB VIEXB. 451

deux villes opposées, et se muiiln' gibeline par ses nobles les comtes de Camisano el de Fornovi, jadis aUjés ^e Frédéric Barberousie, et guelfe par. ses çilQyefi84iciii^ . par les Benaoni , hommes nouyeaux^ sans titfe^ ^raîs parYenu8> n^ayaqt d'autre force que celle de-r^rgent : la 'ville flotte ainsi /entre la domination féodale de Cri' wowe, qui la traite en conquête, cl 1 4niiUe Ue ^lil^^, qui la replace sans cess^ pa];uu le^, répul^Uques de la ligue lpq[il>a«de. : ,. ...

Ferrare entre dans Tère nouveUe, ayeq l^, f^mjlle d'Esté^ jadis, pontificale et cbâtelaiaet mais devenue guelfe et citoyeni^e pour résister à rexplqsioo gibeline de Vérone. Son chef, Azzo VII, s'élève, par ses crimes, à la hauteur du monstre gibelin : dans l'ère précédente, il avait déjà condamné à mort quatre cents injpériaux; en 1261^ il fait exécuter la grande famille «les

Les guelfes et les gibelins pénètrent dans le Piémont

savoisien^où le comte de Savoie, Boniface dit le Roland, assiège en gUelfe la ville de Turin, gibeline par le peuple comme Pavie et Vérone. Pendant le siège, il fait traîner à la queue d'un cbeval les prisonniers liés les uns .aux autres par lesjambes^ « afin que .la traînée, « dit la chronique, fût mieux gardée et plus épouvan- « lable; » mais il tombe entre les mains des citoyens qui le donnent a ^l.s( |)Our qu'elle le garde, et refusé aux prières de saint Louis de France, il meurt de rage dans sa prison trois ans après lu catastrophe ù Mcfilino de Romano,

Ënoemi de la Savoie guelfe^ le Moniferrat est gtbebn et son marquis GuiUaumey, dit Longue Ëpée ^ jjinite Tex-lriumvir Peiatieina en défendant le peuple jde

Turin et les gibelins d'Alexandrie et de Tortone où soil fitotuerévèque, qui lai résiste...

Le podestat de la Corse^ Sinuocello de là llocca avait

mis un terme à la lutte entre le peuple cismontain et la féodalité transmontai ne , et en i264, il invitait chez lui, aux fêtes de Pâques, toutes les grant^e? familles ttous les chefs, sans distinction de pnrti. a-";^ une cordialité vraiment nationale. Dans le tumulte de la tète, la colère le prend contre de ses soldats, et lui jetant nu chien k la figure, il frappe par mégarde l'un des convives, Giovanninello de la Pielra. C'est un hasard qu'il s'efTorce de réparer en multipliant les excuses, mais l'heure des deiv^ sectes a sonné, et la Corse se divise de nouveau ent'''> )q partie transmontai ne à la suite de Sinuncelto, et ia partie cismontaine dirigée par Giovanninello, Tun et Tautre également soutenus par six beaux-fils tou^ - puissants , qui enlacent la terre dans un double réseau d'inimitiés homériques. Sans mot dire , aucun coup n'est perdu, pas un regard ne s'oublie. Soixante-dix chevaliers de Smuncello s'imaginent qu'ils peuvent prendre les devants; en entrant à ramiable dans San-Anionino> ils sont fêtés^ béber* gés, puis tout à coup égorgés au cœur de la nuit. Aussitôt un massacre répond au massacre; San^Antonino est rasée ; ses habitants sont passés au fil deTépée; le chef de la Corse transmonlaine triom[»he, sauf le retour inévitable de la fortune^ car le sang demande du sang, et la victoire guelfe provoque les vengeances gibelines* C'est ainsi que la guerre dure deux cents ans, a presque autant , dit le chroniqueur, que celle « des guelfes et des gibelins^^lalie. » Questo, ajoute-ti!, fu lempo di morti et di roine rif)ieno. » D'après la loi des régions pauvres et militaires, la Corse était

DANS CUAgUK V(LI.K. 4*:3

guelfe avec la féodalité traiisinontaine qui se ralliait aux PIsans et gibeline avec les citoyens eimanlain de

la plaine^ qui se fondaient sur Gènes.

En Sardaigne, dès la premièrt^ année flu ifrand interrègne, les Visconti citoyens deviennent guelfes, les Conli châtelains gibelins, et les quatre judicatures se déchirent en croisant leurs inimitiés avec les partis de Pise et de Gènes, et avec leurs propres contradictions géographiques.^Le juge de Gagifarî s'insurge contre Pise, secontUi par les guelfes de (leiuîs; mais en 1256, il est (lécapilé par la réaction gibeline et pisane, que représente d'abord François des Contû — Torres^ ré** primée è son tour et coniiée à Vemegallo, penche vers Gènes.— Gallure est guelfe avec le juge Comila II et ensuite gibeline avec Ariano des Conli.— Lajudicature unitaire d'Arlwrée commence par être guelfe, puis elle est garrollef» et livrée au juae i^ibeliii, le comte de Ca-^ prajQy et ensuite elle se n volte de nouveau en profitant des partis qui s'alternent à Gênes, ^

Nous avons dit plusieurs fois que le royaume des Deux^Sidles est une grande cité construite par les

révolutions d'Italie, et que son centre, Paîerme, s'impose par la donninalion impériale à tous les vieux centres de l'ancienne fédération grecque et longobarde. L'empereur Frédéric il était le grand podestat du Midi; mais à ses derniers jours, Témeute guelfe qui agite les villes du Midi, Taccuse d'être inquiet, étourdi , d'aller à la chasse quand 11 est battu en Lombardie, de faire l'amour quand on lui enlève le roi de Sardaigne son fils, de hausser les épaules quand on lui dénonce ses Sarrasins qui violent les leuunes. Si les exacleurs ne lui apportent (tas tout l'or qu'il réclame, il menace de

454 LBS GUBLFKS BT LBS GIBBUNS

les faire jeter du haut des tours ; si les citoyens de Bari

aGcneillenl un proscrit , il les rançonne ; juge inique,

liiauvais podestat, on ne veul {)lus de lui. A sa mort, Naplcs, Capoue, Caserta, Acerra, s'insnrgeût en guelfes; rerii|)ereur Conrad qui veut continuer le rôle de podestat, règne en bourreau maladroit, exterminant \e» Sanseverino, faisant passerau fil de l'épée les insurgés de Naples, mutilant les femmes, les déportant en Allemagne, el malgré tout il est faible, méprisé, cruel en pure perle, voué à une catastroplie a laquelle il ne saurait échapper qu'en mourant à propos. La Sicile réclame la liberté de l'interrègne pour couper les attaclies inutiles qui la tiennent à l'Allemagne; elle veut un capitaine du peuple> un chef indigène, un roi national, un gibelin de Païtrmê, un Eceliho, un Pelaimdno, un Buo,so du Midi , aussi indépendant de l'eniftire que funeste à l'Eizlise. De la les gibelins qui se montrent à la suite de Mainfroy , le grand bâtard de l'empereur Frédéric f et qui rêvent un empereur, jeune bâtard italien comme le nouveau prétendant, hostile à l'Ailemagne.

Sous l'impulsion de Ift secte qui Félève> Mainfroy gravit une à une les marches du trône : sûr de son bras, encore plus sûr de sa pensée , il s'avance sous le vent populaire, glissant de travers à la manière des révolutions d'Italie, sans qu'on puisse Tattaquer. Quand Conrad s'en méfie, le spolie de ses fiefs ,«et proscrit sa faitiille , il le laisse faire et reste dans Tattitude du respect. En attendant, le peuple se passionne pour lui, et lorsque Conrad meurt, le parti uiiperial se liàte lui-même de lui transmettre le plein pouvoir. Le margrave Bertboid de llohembourg, chef des Allemands, renonce au gouvernement comme un podestat impos-

IIAIf8 CRAQUR VIIXC. 455

sible qui dépose sa baguette à Orvieto ou à Pistoie ; le royaume tombe à la merci du chef gibelin. Mainfroy règod du consentement de l'Allemagne el en opposition aveo l'AUemagne; il lègne en flU de Fridênê, maison fila naturel; il reste dans la tradition impériale et i! la supplante; il se dit tuteur de Coiaadin, son neveu, et il fait répandre la fausse nouvelle qu'il est mort, pour lui faire célébrer d'éternelles funérailles et pour se faire couronner en 4^56; rien ne lui manque pour être le chef de la révolution du Midi» ni la haine des guelfes» ni le sol de Naples» que lui livre un vieux gibelin , le cardinal Ubaidini, chargé par le pape (ie le défendi t! ; ni Païenne, où le roi de douze ans, Henry, noriané par Frédéric , meurt peut-être empoisonné; ni l'adhésion du pape, forcé de conOrmer la possession du royaume à un chef qu'il croit hostile à l'Allemagne comme à l'Église ; ni enfin le baptême de l'expulsion par le pape qui s'aperçoit qu'il s'est mépris en confirmant un chef^ en apparence faible^ désarmé, au Inn de TAllc uia^ne, eu butte à des haines furieuses, mais, en réalité, fort bouple, rusé, puisant comme Antée sa vitaUié dans le sol, pouvant se glisser de ville en ville avec d'innombrables amis, et capable d'enUicer et d'étrangler la papauté avec la force du boa. UeoÊoi, poursuivi, dépofsédépar le pape, il traverse le royaume à bride abattue, pénètre à Lucera, où il révolte les Sarrasins de son père contre leur capitaine gagné à l'Église, et il conquiert de nouveau le royaume à la pointe de son épée. Dès lors, il lève la téta, il soutient les gibelins de Rome, où il frappe le pape dans ses foyers; il secourt ceux de la Toscane, il fraternise avec ceuKde la haute Italie; il est l'appui des Boichi contre Cauierino, des châtelains contre Sinigaglia, des Lùerit

Page 1