LES VARIANTES OE LA REVOLUTION CONSULAIRE
Régions féodales.— Joie de Mantoue à 1a mort âe la comieete
Mathiîde. — Lncques.— Les (épicuriens de Florence. — Décomposition du marquisat de Toscane. — Unit^ du Montferrat ; dualité de Chambéi^ et de Turin. — Âmguccio Cinarca en Corse, —L'indépendance en lutte avec la démocratie en Sardaigne. — ^Néceesité de l'unité ches les Normands. — Paleme néeessaire à l'unité normande. — Roger. — Il fonde le rojaiimo dot Deux-Siciles.— La révolution la même partout.
Dans les régions féodales, les comtes et les martiuis, qui représentaient jadis la liberté ecclésiastique, se trouvent menacés par les peuples, au ban des multitudes, dans rim possibilité de régner avec les idées trop vieillies de la révoluUoa épiscopale» et les uns sodL détrônés par la terre, qui n'a plus besoin de s'appuyer sur la béquille d'un seigneur féodal^ les autres sont forcés de devenir eux-niônies consul?, en donnant des formes { lus civiques a leur domination militaire.
La comtesse Mattiilde de Toscane a le tort d'avoir la vie trop longue sur une terre trop heureuse, et toutes ses Tilles, tous ses bourgs, même ses capitales, sont unanimes pour demander à Dieu l'heure de sa mort* Mantone, un temps si chérie que Ganosa en pleurait, si privilégiée (jue Lacques en frémissait d indignation, ne peut plus tolérer le joug de la comtesse, et, après vingt-quatre ans dlosurrection, eu lild, son évoque
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n'obtient qu'une concession plus insolente que l'insurrection elle-même. Les citoyens lui promettent de se rendrej mais à la comtesse seule et vivante, parce qu'ils espèrent que, Tieille, malade, et mourante dans son château de Baranzone , elle ne pourra pas accepter leur soumission. Qui saitî n y a tant d'esprit dans une tête tonsurée, tant de ressources dans tout enchanteur, surtout iursqu'il trompe la colère d'un [teii[i!c en progrès, que, révêque a peut-être flatté lui-niêiue leur ei>poir de se livrer à un cadavre inoifensif^ mais, quand il annonce les jours suivants que la comtesse est guérie, il faillit être mis en pièces; c'est à peine si son rang, sa noblesse, son regard, son audace, peuvent contenir la foule qui, au reste, se jette sur le fort de Rivalta et le biùle^ en recommençant plus violente que jamais la guerre de la révolution. Ici Mathilde, transformée en mégère savoisienne, veut détruire Mantoue^ de sorte qu'il n'en reste pas pierre sur pierre, et que tous ses •siyets reculent d'effroi. I>e sa main décrépite, elle réunit en fàisceau toutes ses forces féodales et les concentre sous la ville révoltée. « Adest ce rte , dit-elle , pereat « quo Mantua tempus. » Dans ses yeux on voit briller l'éclat de ses infaillibles vengeances; sur le point de descendre dans son tombeau, elle in?{)iie tant de terreur que les citoyens intimidés, éperdus, se traînent à ses pieds, et c'est à peine s'ils obtiennent que la ville ne soit pas exterminée. L'année suivante, la comtesse meurt, et la ville vit d'une vie si nouvelle que ses chroniques ne rappellent Boniface, Béatrix , Malhilde et l ere du marquisat que comme un songe mêlé de fables incomprises.
Lucques, capitale militaire de la Toscane, que Mantoue avait détrônée dansfère épiscopale, imite pourtant
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Maotooe , et passe de l'évolulioD des InvesUUires à la liberté des consuls, qu'elle développe en ii20, sous Anadet, s'insurgeant à la fois contre la théocratie de
Rome cL coati e le vieil empire d'Allemagne.
Plus prudente qtjc Lucques et Manloue, Florence attend la mort de la comtesse, et cache sous les fleurs d'un mythe sa première guerre contre le pouvoir temporel de révéque* D'après son chroniqueur, Ricordano Malaspina, les Florentins devenaient en 1117, hérétiques et épicuriens pour combattre l'Eglise^ et ilsôlaient «si puissants, (juc chaque jour on se battait « dans les rues, et que ces malheureuses sectes durè- « rent jusqu'à l'arrivée de saiui François et de saint « Dominique , » qui purifièrent la ville en brûlant les archives et tous les mémoires de ce temps. Le chroniqueur^ très«postérieur et habitué à voir Tévèque réduit au pouvoir spirituel) ne pouvait plus s'expliquer le iLtcniisscnient de la lutte, nécessairement acharnée dans cette ville de dévotion sensuelle et ardente, sans s'imaginer une révolution hérétique, ou plutôt philosophique, qui, dureste^ répondait mieux à sou imagination qu'une lutte prosaïque sur le plein pouvoir, le telonium, le schisme d'Anadet et l'insaisissable dis« tinction entre les consuls mijeurs et les consuls mineurs de rère antérieure.
Arezzo suit le schisaie d'^ nac/e( comme Lucques et Florence, après avoir brûle la cathédrale, en 1111 , que son clergé ne voulait pas laisser renfermer dans Penceinte de la ville » et qui avait invoqué Tempéreur pour se venger en dévastant les maisons des citoyens. D'autres villes toscanes» Prato, Ferrare, Sienne» Grosseto , sHnsurgent également , les unes contre la comtesse, les autres cou lie l eiupercur, celles-ci à la suite
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du schisme, celles-là par des mouTements tout à feit indigènes et le marquisat tout entier, que rère des éré*
ques avait réuni sous un seul clict, depuis Ferrare, Reggio et Modcnc iiisi|irà Spoleti et au [latrinuiiue de saint Pierre, se décompose en une multitude de villes libres, de républiques indépendantes, très-dures aux évéques et laissant flotter en Tair le titre féodal du marquisat, comme un hochet sans signtflcalion^ que Tempereur pouYait conférer à ses hommes sans leur donner plus de pouvoir qu'aux marquis de Milan.
Au contraire, le marquisat de Montferrat semble se roidirau feu de la révolution, et son cliel, descendant d'Aleran, devenu consul de son peuple et de Casai» sa capitale, traverse sans secousses, sans émeutes et sans troubles, cette ère des menées souterraines et des éclats incendiaires. — C'est un autre spectacle dans le Piémont-Savoie, organisé comme une étoile binaire avec le double ra von ne ment de Turin et de Cbanibérv, sous la direction unique du comte de Savoie, qui constitue l'unitt ilalo-irauçaise de l'extrême occident de la haute Italie. Cette unité pénible, forcée, dualisée sur un sol rocailleux, à deux langues, à deux centres, à deux tendances, à deux origines opposées, engendre une contradiction bicarré, étrange, inattendue, où l'influence italienne et piuj^ressive, exploitée à Ciianibéry, pousse la maison de Savoie, à subjuguer des régions françaises en réalisant la révolution épiscopale qui commence à se propager en Europe depuis la paix des investitures, tandis que l'influence contraire de la France, de THelvétie et des régions étrangères, refluant du centre de Chambéry sur les régions ita* liennes, étoufTe toutes les révolutions consulaires d*Ast, de Chieri, de Suse, et surtout de Turin, où les
DB I.A livoLonoir oomulaikb.
toyens écrasés s'agitent encore pour accomplir la révolution des évêques, avortée dans l'ère antérieure.
La Corse, si vivace dans ses innombrables morcellements, cherche la liberté coosalaire dans l'indépendance de sa fédération que le pape avait inféodée aux Pisans. En Arriguccio Cinarca^ de labrancbe cadette des anciens comtes de Corte de l'ère royale, s'Insurge couUe Pise, de même que Pise, Lucques, Mantoue, Florence, Arezzo s'insiirireaient contre la comtesse Mathilde et contre Punité féodale de l'ancienne Toscane. Tous les Corses le suivent^ et « il acquit tant « de réputation dans rtle> dit Grossa^ que tout homme « noble ou plébéien offensé, en s'adressant à lui, re- « cevait sur-le-champ satisfaction pleine et entière, « car Arriguccio montait à cheval et forçait les as- « saillants à lâcher prise et à faire réparation. » Sous lui, les communes se multiplient, la féodalité est en déroute. Orso^ qui réclamait à Freio la première nuit des mariées, est accosté par un paysan, Piobbetta^ qui lui otTre un cheval, le monte pour le lui montrer, et lui Jette un lacet en partant au galop. Partout les familles nouvelles des Caporali se lèvent pour représenter la liberté consulaire de la Corse, et Pise se trouve presque entièrement dcpussédée.
La Sardaigne, plus vaste , plus noble , avec le souvenir d'une antique royauté musulmane, voudrait s'insurger à son tour contre Pise, et ses quatre juges de Gagliari, Torres, Tempio et Arborée, consuls mi* neurs de la Sardaigne épiscopale, rêventrindépendance des consuls majeurs , sous des formes quasi royales. Cagliari se révolte, dès 1112, avec le secours de Gênes; mais le juge d'Arborée, sié^e.ujt à Orislano , Pantique capitale du royaume musulman , qui jouait en
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Sardaigae le rôle de Palet me eo Sicile; de Barî, dans la basse lialie ; de Pamey dans la hante Italie ; de
Lucques , dans la Toscane royale , se leye avec l'inten tien unitaire de subjii^iiior à son prolit toutes lesjudicaliires qui se déroheraient à la domination desPisaus; et il en résuUequ'au moment des insurrections^ quand l'ile est sur le point de conquérir son indépendance, elle s'arrête soudain : car Terres , Cagliari et Tempio préfèrent suMe-cbamp la domination lointaine et fédérale de Pise à la conquête inlérieuret absorbante et dévaslati'ice (VOrista)io.
La fédération des Nonriands c onspire avec les consuls, les ducs^ contre le grand évéque^ son suzerain, qui est le souverain pon tife. Quand les Normands ne seraient pas jeunes, caillants, rayonnants de vie, exubérants de force, poussés à rinsurreclion par leurs instincts de guerre et de domination ; quand surexcités par le vent d'Italie et le soleil du Midi , ils voudraient s'aflaisscr, s'oublier et dormir sur leurs lauriers, en imitant ce peuple mou et léger, naguère arraché aux doges et aux ducs, ils ne le pourraient pas et ils se trouvent poussés en avant paria nécessité suprême, de la défense contre les débris de ran» tique fédération longobarde et byzantine , contre les yieuxcentresjrritésde leur déchéance, contre la nature inconsistante, mais accessible et foudroyante des multitudes indigènes, toutes agitées par l'exemple des révolutions et impatientes pariois de revenir à leur antique indépendance, dussent-elles lui sacrifier, dans un moment de folie , la nouvelle démocratie inaugurée pen* dant la révolution épiscopale. Leur agitation se rallie au pape, hostile aux Normands, heureux de fomenter, de son poste avancé de Bénévent, mille rébellions à Bari, à Capoue, eu Fouille, partout où peuvent arriver