POINÇON DE CHARGE DES FERMIERS
Une fois ébauchée et marquée du poinçon du maître^ la pièce était présentée au commis du fermier des droits du roi- Le maître orfèvre s'engageait à représenter la pièce une fois finie et à acquitter les droits exigés par les édits et dont le montant, proportionné au poids de la pièce, devait être versé dans les caisses du Trésor. On marquait enfin la pièce d'un signe particulier. C'est le poinçon de charge qui grevait le fabricant de certains droits qu'il devra payer.
L'impôt sur l'argenterie fut établi en 1672 par Louis XIV. Le poinçon de charge dont on se servait représentait une lettre de l'alphabet, différente suivant les villes. Pour Paris, c'est celui de l'hôtel des Monnaies qui fut adopté : un A couronné dont la configuration et le dessin changent à chaque mutation du fermier. Tantôt l'A traverse la couronne, tantôt cette dernière se trouve au-dessus ou au-dessous, à droite ou à gauche de la lettre. Jusqu'en 1732, la couronne est tantôt fleurdelisée, tantôt ouverte ou fermée, quelquefois simplement surmontée de quelques fleurons ou accompagnée d'ornements de toutes sortes. Mais à partir d'Hubert Louvet, en 1732, c'est toujours une couronne royale fermée que surplombe l'A du fermier.
Le poinçon de Paris dont nous venons de parler a acquis une très grande renommée qui s'est continuée jusqu'à nous, et de nos jours les collectionneurs recherchent presque exclusivement les pièces frappées de l'A aux formes aussi nombreuses que , variées. Cette préférence ne s'explique-t-elle pas? Les orfèvres de talent ont tous vécu dans la capitale; leurs productions sont empreintes d'un style dont la beauté, l'élégante harmonie charment les yeux. Toutes leurs œuvres, d'une conception délicate, sont marquées au coin de ce goût si sûr et si fin, qui est un des privilèges de Paris.
Les pièces dues, au contraire, aux orfèvres des autres villes ont un je ne sais quoi dans la forme, dans l'allure générale, dans l'ensemble qui choque, blesse, trahit l'origine provinciale par une gaucherie, une lourdeur, une hésitation dans le dessin, qui ne déparent jamais l'orfèvrerie parisienne.
Outre le poinçon de charge, représentant un A, les fermiers avaient encore une autre marque qu'ils gravaient sur les menus objets et qui tour à tour évoquait l'image d'une tète de singe, d'un oiseau, d'un soleil, d'une feuille, etc., suivant l'exercice de tel ou tel fermier.