POINÇON DE LÀ MAISON COMMUNE
La pièce une fois revêtue du second poinçon passait au bureau des orfèvres. Là, les gardes de l'orfèvrerie vérifiaient si la pièce était bien aux titres voulus et exigés par la loi et la frappaient d'un troisième signe ou pomçon de la maison commune. Chaque ville avait sa marque commune dont l'origine remonte
au xiii^ siècle, comme en fait foi une ordonnance de Philippe le Hardi, publiée en i^y).
« Volumus quod in omnibus villis ubi argentarii operabuntur de argento quod operentur de argento affinato. Et quod quodibet villis liabeat signum suum proprium (pro signandis operibus qu^e operabimtur) et quod nullus faciat signum alterius. Et quicumque contra hoc fecerit amittet argentum. »
« Nous voulons que les orfèvres dans toutes les villes où ils travaillent l'argent fabriquent leurs pièces avec un argent préalablement titré. Nous exigeons en outre que chaque ville ait son poinçon particulier (pour signer les ouvrages qu'elle aura fabriqués) et que nul ne se serve du poinçon d'un autre. Quiconque aura contrevenu à cette ordonnance perdra l'argent qu'il aura travaillé. »
Pendant tout le moyen âge et jusqu'à la révolution, tous les artisans et marchands s'organisaient en corps de métier. Ils constituaient une sorte d'association légale jouissant de certains droits et privilèges, soumise à des statuts et règlements spéciaux.
Les orfèvres de Paris avec leurs apprentis et compagnons, maîtres et grands maîtres, formaient l'un des six corps de marchands de la capitale. En vertu des privilèges dont jouissait chacun des six corps, les députés des orfèvres joints à ceux des drapiers, épiciers, bonnetiers, etc., avaient le droit de porter le dais ou ciel sur la tête des rois, princes ou grands personnages faisant leur entrée dans Paris.
Chaque année était dressée une liste officielle des maîtres orfèvres de Paris. On en déposait deux exemplaires aux greffes de la cour des Monnaies et de la Chambre de pohce, et un à la Maison commune où on élisait, tous les ans au mois de juillet, trois maîtres gardes de l'orfèvrerie joaillerie, dont la durée des
fonctions était de deux ans. Sur les trois élus, il devait y en avoir deux nouveaux et un sortant de charge : ces trois gardes se joignaient aux trois de Tannée précédente pour constituer les six maîtres gardes de l'orfèvrerie.
Dès leur entrée en charge, les gardes faisaient fabriquer les matrices du poinçon de contre-marque qui représentait toujours une lettre majuscule de l'alphabet romain surmontée d'une couronne ouverte. La lettre changeait tous les ans à chaque mutation de maître de l'orfèvrerie, pour que ce dernier répondît des ouvrages contre-marqués de son temps.
Ce poinçon insculpé au bureau de la Maison commune était renfermé avec sa matrice dans une cassette dont les gardes avaient la clef. Elle était elle-même placée dans un coffre que le fermier général des droits pouvait seul ouvrir.
Pour Paris, la lettre A commence en 1506. Tous les vingt-trois ans on reprend l'alphabet, mais il n'y a ni U, ni J, ni W. En 1783 toutefois, on marqua par exception d'un U. Ce fut le seul.
Il faut noter aussi que l'A dura deux ans, 1740 et 1741 : X deux ans aussi, 1690 et 1691. En dressant cette table chronologique, A doit coïncider avec les années 171 7 et 1764, comme on peut le voir facilement par le tableau ci-après.
La dernière lettre fut insculpée le 12 juillet 1783. A partir de 1784, il n'y a plus de séries de lettres prises dans Tordre alphabétique jusqu'en 1789. On marque d'un P dont la forme varie tous les ans et qui porte gravé en creux les deux derniers chiffres du millésime.
En 1790, 1791, 1792, même 1793 et 1794, on se servit encore quelquefois du P. Tout porte à croire qu'on l'employa jusqu'à brumaire an VI (novembre 1797).
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