‹ À bas les masquesChapitre 10 sur 20 · Léo — Léon · texte numérisé non relu

Léo — Léon

x4goracrite : — EtTorateur, après t' avoir dupé, le laissait là.

Démos : — Comment, j'étais si bête que ça ?

Vous voyez, 450 ans avant Jésus-Christ ! et tout ce que vous venez de lire est textuel. Plus on change, etc. ; mais, hélas ! devons-nous espérer que la similitude ira jusqu'au dénoûment. . .... Démos est encore — si bête que ça.

Un dentiste reçoit un jour d'une de ses clientes la commande d'une « pièce » assez sérieuse, — il s'agit de trois dents montées sur or, — avec tous les avantages d'un procédé nouveau qui rend les dents postiches très supérieures aux dents vulgaires et gratuites que donne ou plutôt que prête la nature.

Il y a déjà quelque temps qu'il donne « des soins à la bouche » de Mademoiselle ***, — il promet l'ouvrage commandé pour la semaine suivante, — la chose est un peu chère, mais l'artiste n'est pas inquiet du paiement ; — il sait quesa jolie cliente est protégée par M. de ***, qui

Ta même accompagnée, il y a quelques mois, chez lui, où il s'était passé une petite scène assez drôle .

— Mon cher Monsieur, avait dit la jeune personne, je ne suis pas contente de mes dents.

— Mademoiselle est difficile ; ce sont de vraies perles.

— Je ne les trouve pas aussi blanches que je le voudrais.

— Quoi ? des dents blanches ? des dents mortes, — est-ce que les dents solides, les bonnes dents n'ont pas toutes une légère teinte carnée comme les perles, — ah ! le préjugé des dents blanches ! — voyez les perles fausses, les perles à trente sous le rang, elles aussi sont bien plus blanches que les perles fines.

— Elles ne sont pas aussi régulièrement rangées...

— Aussi régulièrement rangées qu'un faux râtelier , comme en portent tant de femmes qu'on n'en soupçonne pas. — Ah! Mademoiselle, c'est précisément là l'écueil et l'impuissance de notre art, — nous faisons trop blanc et trop'régulier.

— Mais enfin, n'y a-t-il rien à faire à mes dents.

— Ce serait un meurtre d'y toucher ; et un

artiste qui se respecte ne s'en avisera jamais, — une brosse douce et de Peau, — pas de poudre, pas.d'élixir, — brosse douce et eau pure.

M. de *** met un louis sur la cheminée et s'en va avec sa protégée.

Il faut dire que, deux jours auparavant, Mademoiselle *** était venue le matin, — s'était fait nettoyer les dents — et poser trois osanores — et que le dentiste lui avait dit: « Vos dents sont bien mauvaises, mademoiselle, et pour les conserver encore quelque temps il faut bien des soins, — voici une boîte de poudre de Cléopâtre, un flacon d'élixir de Laïs, — le tout de mon invention, — puis ne soyez jamais un mois sans me venir voir.

— Ce n'est pas tout, dit Mademoiselle ***, en payant, — j'ai un protecteur qui a là manie des dents, — quoique je me sois accoutumée à ouvrir très peu la bouche en parlant et à ne rire que des yeux, j'ai surpris plus d'une fois son regard interrogeant mes lèvres.

Il est nécessaire que je le rassure, je viendrai après-demain avec lui, pour vous consulter, — je ne vous en dis pas davantage, — donnez-moi autant que vous voudrez d'eaux, de poudres, de brosses, etc. , je ne marchande jamais.

Le surlendemain, en effet, avait eu lieu la consultation.

Depuis ce temps, Mademoiselle *** avait été une cliente assidue, et lorsqu'elle commanda trois nouvelles dents « par le nouveau procédé de prothèse dentaire, » elle avait déjà chez le docteur une note assez longue.

J'ai oublié de dire que, malgré les fausses dents, elle avait un petit vice de prononciation, zézayait ; les dents n'étaient pas assez serrées, et laissaient passer l'air, la nouvelle invention va remédier à cette imperfection.

Au jour indiqué, elle vient, — on va procéder à la pose des dents, — on nettoyé la bouche, on constate que la carie de plusieurs dents s'est arrêtée, grâce aux soins éclairés, grâce à l'eau de Laïs, grâce à la poudre de Cléopâtre, grâce à la qualité supérieure des brosses fournies, enfin on met en place les trois perles à trois louis la pièce.

Elles vont parfaitement, elles gênent un peu, mais c'est toujours comme cela, l'affaire de deux ou trois jours, et puis elle-même ne saura plus les distinguer de ses dents naturelles.

Mademoiselle *** voit avec ravissement qu'elle ne zézaye plus.

Tout à coup entre la femme du dentiste, rouge, essoufflée, haletante.

— Est-elle partie ?

-Qui?

— Ta cliente.

— Mademoiselle *** ?

— Oui.

— Non, tu le vois bien, — salue donc Mademoiselle ***.

— As-tu livré les dents ?

— Livré et posé, elles vont à ravir.

— Reprends-les.

— Comment ? que veux-tu dire ?

— A moins que mademoiselle ne te les paye immédiatement avec la vieille note.

— Qu'arrive-t-il à cette femme, dit Mademoiselle *** sans zézayer et d'un air dédaigneux qui cache mal une peur et un embarras réels. — Envoyez chez moi tantôt, je paierai, je n'ai pas d'argent sur moi.

— Alors, mon ami, reprends les dents.

— Mais, ma bonne amie, dit le dentiste ....

— Reprends les dents, te dis-je, si elle ne les paye pas tout de suite. — Ah! vous demandez ce qu'a « cette femme » ; cette femme répond à cette fille qu'elle n'a pas envie de voir son mari floué, — je sais tout !

— Mais que sais-tu, ma chère amie ?

— Je sais que mademoiselle a trompé M. de ***

pour un cabotin, un chanteur de café-concert...

— Un si charmant homme ! un homme si comme il faut !

— Et qu'il Fa mise à la porte. .

— Ah ! diable.

— Et qu'elle n'a pas le sou.

— Alors, mademoiselle, rendez les dents ou payez-les.

— Votre femme est une folle, et vous un imbécile, envoyez chez moi dans une heure avec votre note acquittée.

— Chez elle ! bon Dieu ! j'en viens, elle n'y demeure plus ; — reprends les dents.

— Rendez les dents, mademoiselle ; allez chercher l'argent et vous reviendrez les prendre.

— Vous m'ennuyez ; vous serez payé dans une heure.

Elle se lève pour sortir. La femme du dentiste se précipite et ferme la porte à double tour.

— Reprends tes dents, mon ami.

Nouveau refus, colère, injures.

La femme pousse l'actrice dans le fauteuil, — et la tient par les épaules, — le mari lui fourre de force les doigts dans la bouche, et jette un cri.

Mademoiselle *** Ta mordu.

— Ah ! la gueuse ! elle m'a mordu... et avec mes dents encore.

— Serre-lui le cou.

En effet, il lui serre le cou d'une main et introduit de nouveau ses doigts dans la bouche.

— Mais, s'écrie la victime Ze vous dis

que ze....

Mademoiselle *** rezézaye.

Le dentiste, en effet, a réussi, il a saisi les trois dents et les arrache non sans douleur.

Mademoiselle *** sort en cassant deux carreaux de la porte du cabinet.

On assure qu'il va y avoir un procès.

Un joli sujet de pèlerinage puisque c'est la mode en ce moment. — Aller en Espagne voir VEscurial qui vient d'être en partie incendié.

Les clefs réunies des chambres de ce palais pèsent sept quintaux — mais ce n'est pas là ce qui doit attirer les pèlerins.

Les moines y possédaient autrefois sept corps entiers — cent sept têtes — cent soixante-dixs ept jambes, bras, fémurs, — quatorze cents dents, doigts et menues reliques de saints.

Cette mode des processions s'était montrée du temps de la Ligue .

Henri III faisait avec ses mignons des pro-

cessions de nuit — vêtus de sacs bleus, noirs, verts, blancs, rouges, sous prétexte d'être pénitents de ces couleurs, qui rendaient facile de faire... ce qu'on fait sous le domino au bal masqué.

Le 3 juin 1590 eut lieu la fameuse procession de la Ligue composée d'écoliers, de prêtres, de religieux, etc. ; à leur tête marchait le légat du pape, et Guillaume Rose, évêque de Senlis et le prieur des Chartreux, tous deux derniers tenant d'une mais un crucifix et de l'autre une hallebarde — les religieux et les prêtres revêtus des habits de leurs ordres avec des casques et des cuirasses — des épées, des piques, des sabres et des arquebuses — on chantait des psaumes et on tirait les arquebuses.

C'est ce Rose, évêque de Senlis, fougueux ligueur qui disait : « Tous ceux qui entrent dans la Ligue seront sauvés après leur mort, eussentils tué père, mère, frère et sœur. »

Il fut un moment très à la mode ; on le célébrait en verset enprose — en français et en latin.

« Quel est cette rose ? C'est la rose des rois» la rose des princes, la rose des théologiens ; rose que l'envie des hérétiques ne saurait faner ; rose dont les tempêtes qui agitent l'Eglise ne pourraient disperser les feuilles, etc. »

Ces processions, pèlerinages, etc. . ne tardaient pas à tourner en désordre. — Saint Jérôme dit que c'est une occasion prochaine à la débauche et au libertinage .

Il existe plusieurs ordonnances de Louis XIV pour régler ou défendre les pèlerinages:

« On se débauche et on s'accoste de mauvaises compagnies (25 juillet 1665).

» Plusieurs soi-disant pèlerins quittent leur famille, laissent leur femme et leurs enfants sans secours, — volent leurs maîtres et passent le pèlerinage en débauche continuelle (août 1671), » — scellées du grand sceau de cire verte en lacs de soie rouge et verte — signé Louis —

— plus bas Colbert ; le 7 janvier 1686 — les désordres continuaient, autre ordonnance plus sérieuse, et scellée cette fois du grand sceau de cire jaune, — signé Louis, l'an 43 e de notre règne , et sur le repli, Colbert. »

— Il existe une lettre de saint Grégoire de Nysse, le frère de saint Basile : — Il détourne

« les fidèles » des pèlerinages, soit à Jérusalem, soit ailleurs : « C'est, dit-il, une occasion prochaine à la débauche et au libertinage » ; saint Jérôme s'exprime dans les mêmes termes dans une lettre à Paulin, évêque de Noie ;

— saint Augustin blâme les pèlerinages qui

montrent peu d'amour de sa patrie, — eut peregrinatio didcis est nonamat patriam.

Boniface, archevêque de Mayence, écrivant à Chutbert, évêquede Cantorbéry, en 723, l'exhorte à s'opposer aux pèlerinages de ses ouailles ; — enfin, dans le treizième siècle, un concile crut devoir régler cette mode par diverses restrictions.

Charlemagne recommande aux magistrats des provinces d'avoir l'œil sur les pèlerins.

Louis XIV crut devoir réprimer les abus des pèlerinages.

En 1665, — en 1671, en 1686, il parut plusieurs ordonnances à ce sujet : Dans la première, contresignée de Guénéffaud, les pèlerinages sont crûment appelés « libertinages », — « d'aucuns se débauchent, quittent leurs maisons et s'accolent de méchantes compagnies pour faire ces pèlerinages ».

Dans la seconde, plus sévère et « scellée du grand sceau de cire verte, en lacs de soie rouge et verte », et contresignée Ségnier : « Il faut corriger les désordres qui se sont introduits dans notre royaume sous prétexte spécieux de dévotion et de pèlerinage ; — plusieurs soidisant pèlerins quittent parents et famille, Jeurts

femmes et leurs enfants, abandonnent leur apprentissage, » etc.

Dans la troisième, contresignée Colbert, avec « le grand sceau en cire jaune », il met les pèlerins sous la surveillance de « tous juges, magistrats, prévosts des maréchaux, vice-sénéchaux, leurs lieutenants, exempts, maires, consuls, échevins, jurats, capitouls et syndics ».

Parlons un peu encore une fois de la consécration de la France au « sacré cœur » , c'est comme si on voulait baptiser un enfant qui l'aurait déjà été, ça doit avoir un nom fâcheux dans la langue de l'Eglise .

• La France a été consacrée à la Vierge par Louis XIII.

« 10 février 1638,

» Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France » et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes » verront, salut :

» Dieu qui élève les Roys au trône de leur » grandeur, non content de nous avoir donné » l'esprit qu'il départ à tous les princes de la » terre, pour la conduite de leurs peuples, a » voulu prendre un soin si spécial de notre per- » sonne, etc. ; — à la Mère de Dieu, élevée » jusqu'àlui, — en la protection de laquelle nous

54 A BAS LES MASOUES

» mettonsparticulièrement notre personne, notre

» Etat, notre couronne et tous nos sujets

» Nous avons déclaré que nous prenons la très » sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice » spéciale de notre royaume, nous lui consacrons

» notre personne, notre Etat, notre couronne et » tous nos sujets....

» Cartel est notre plaisir.

» L'an de grâce 1638, de notre règne le 28, » parle Roy, — donné à Sai?ii-Germain-en-Laye y » — scellé sur double queue de cire jaune. »

Peut-être, en se rappelant l'histoire de ce temps-là, pourrait-on trouver que Louis XIII, qui régna successivement sous la tyrannie de sa mère, sous celle de Concini, sous celle de DeLuyneset sous celle de Richelieu, s'exagère la somme « d'esprit » que Dieu lui avait « départie pour la conduite de ses peuples », — mais, enfin, ce qui est fait est fait, et nous sommes voués à la Vierge par cette déclaration revêtue de toutes les formalités et « scellée sur double queue de cire jaune ».

Or, de quel droit MM. de Belcastel et les autres chevaliers de l'as de cœur viennent-ils contredire le roi Louis XIII? considérer, comme nulle, son ordonnance de 1638, ne tenir aucun compte du sceau sur double queue de cire jaune, et

enlever le patronage de la France à la Sainte- Vierge, pour le transmettre à Tas de cœur ? — Est-ce qu'il n'y aurait pas là l'occasion d'un petit schisme dont l'Eglise a vraiment besoin pour secouer la torpeur et lutter contre les deux hérésies les plus redoutables qu'elle ait subies des quequeçamefaitistes et des çamestégaliens.

Mon vieil ami, — L. G., — a deux filles

Ne vous effarouchez pas, mes chères enfants, je ne me permettrai de parler ici ni de vos gracieuses personnes, ni de vos qualités de caractère, ni de vos dons d'intelligence, ni de vos ravissants talents de musiciennes, — ni de tout ce que je sais de vous, moi qui vous ai vues naître ; — vous n'êtes que l'occasion de mon récit, — des personnages muets, ce qu'on appelle au théâtre « utilités ». — Vous ne paraissez presque pas, n'ayez pas peur.

Donc Mesdemoiselles M. et C. décuplent ce que leur fortune limitée leur permet de donner

aux pauvres, — en ne se laissant pas subtiliser les aumônes par les mendiants de profession; — elles se donnent de la peine, et savent chercher et trouver les vrais pauvres.

Une de leurs clientes était dernièrement tombée malade ; elles allaient la voir tous les jours, — en se relayant, — et lui portaient non seulement des secours, mais des consolations et de l'espérance ; un de ces derniers matins, — en quittant la malade, — celle qui était de service ce jour-là lui dit : Demain nous viendrons vous voir toutes les deux ; — la pauvre vieille, qui venait d'avoir une de ces révélations mystérieuses, que ]'ai vu plusieursfois arriver auxmourants que tout va être fini pour eux, pensa à épargner à ses jeunes amies une impression douloureuse ; elle la regarda tristement, et, comme C*** allait sortir, elle la rappela et lui dit:

— Ecoutez, mademoiselle Coraly, si vous venez demain... avant de monter... parlez en bas à l'épicier.

En présence des « enterrements civils », il fallait ouvrir à deux battants les portes d'une grande Église — tolérante, universelle, — laissant de côté les dogmes qui divisent, arborant la morale qui est une et réunit.

Que fait-on ? — on redresse un tas de petites chapelles, — où on vient pratiquer toutes les cérémonies païennes, toutes les puérilités qui amusent la vieillesse abandonnée des vieilles femmes ; — on relève des choses qui n'ont ni plus de grandeur, ni plus de sérieux que ces reposoirs que les enfants font dans les rues, — où ils couvrent une table de petites poupées de plâtre représentant des évêques et des enfants de chœur ; — on cherche à raviver toutes les crédulités, toutes les superstitions ; — on se pare de chapelets, de scapulaires, d'amulettes, on se voue au blanc, on se décore de Tas de cœur ; — beaucoup d'hommes et de femmes font semblant de croire à tout cela, — pour pratiquer au moins les superstitions qu'on prête aux anciennes familles, — pour arborer de vieilles sottises, comme ils achètent de vieilles argenteries et de vieux portraits de famille, tout faits et d'occasion, dans les ventes publiques, — portraits dont il peut arriver que leurs pères à eux aient été les serfs, les domestiques, les paysans de ceux qu'ils représentent.

En présence des mensonges des pseudo-républicains, — de leurs phrases sonores, parce que creuses, — des mots beuglés, mais non compris, de liberté et des libertés, — de droits de l'homme,

— de couches sociales, — de prolétaires, etc., etc.

11 fallait montrer une politique sérieuse, s'occupant des vrais devoirs, des vrais besoins, — réhabilitant l'agriculture, — repoussantdes villes cette vermine qui dévore et empoisonne tout,

— pratiquant de véritables économies, — et j appelle économie, dans le sens étymologique du mot, — autant le soin d'élever les traitements insuffisants, que d'abaisser à douze mille francs les traitements les plus élevés, — diminuant des deux tiers les employés du gouvernement, donnant au tiers conservé, aux dépens du second tiers supprimé, un labeur et un paiement suffisant, — et économisant le dernier tiers.

Vendant les oripeaux, les pierreries de la couronne, — supprimant les impôts indirects, qui font trente millions de pauvres en France et coûtent deux cents millions de frais de perception, — établissant l'impôt sur le revenu, — le seul honnête, le seul équitable, — si vite abandonné par les pseudo-républicains, sur un signe de M. Thiers, lorsqu'ils espéraient faire de lui un « cheval de renfort » ; — vous savez que j'entends par l'impôt sur le revenu un nombre égal pour tous de journées de revenu, de gain ou de salaire.

Une politique n'ayant d'amis que les capa.

blés, — un pouvoir composé de toutes les forces du pays sans acception de partis, de coteries, de croyances, — une réforme électorale, — une vraie instruction publique, — suppression de la piaffe et des bimbeloteries du pouvoir, — une exécution inexorable, implacable, féroce des lois, — une satisfaction aux idées libérales, — une constitution capable de convenir à tous les honnêtes gens et à tous les intelligents, — toujours sans acception départi ou de coterie, et de faire de ces honnêtetés et de ces intelligences une force invincible. Au lieu de cela, — on se dispute niaisement sur la couleur du drapeau, on remue le pays pour bâtir une troisième église dans le village de Montmartre, où il y en a déjà deux jamais pleines. — La Chambre des représentants assistera-t-elle à la pose de la première pierre ? — pour décider ce point, on s'expose à la discorde, à la guerre civile, à l'anarchie.

Une particularité du caractère français lutte puissamment pour décider le renouvellement partiel de l'Assemblée nationale.

Chaque Français ne manque presque jamais en particulier d'une certaine somme de cet esprit gaulois qui plus qu'aucun autre peut définir,

La raison ornée et armée .

Mais chez aucun peuple peut-être on ne trouve aussi fréquemment justifiée cette remarque de Montaigne :

« Quand les hommes sont rassemblés, leurs tètes s'estrécissent. »

Et ce que disait un philosophe moderne :

« Il faut ménager le vent aux têtes françaises parce qu'il n'en est aucun qui ne puisse les faire tourner. »

Il y a toujours en France, à Paris surtout — une folie ou une extravagance endémique, régnante ', contagieuse, qui gagne et envahit tout le monde à la fois ; — cela ne dure que jusqu'à l'apparition d'une folie autre et souvent contraire. C'est un courant -— un torrent qui passe entraînant, renversant tout.

Des élections générales sont presque toujours exécutées sous l'influence d'un de ces courants ; — ■ ce qui fait qu'une assemblée nommée par cette influence, quelques mois, quelques jours, quelques heures après son élection est fort exposée à ne plus représenter l'opinion ou, le caprice du pays.

il faut cependant tenir un certain compte de ces courants qui sont à peu près invincibles, — e t s'ils ne trouvaient pas d'issues pourraient tout renverser

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Le renouvellement partiel de l'Assemblée nationale donnerait cette satisfaction, en maintenant un équilibre nécessaire.

Pour mieux comprendre ce signe particulier du caractère français, — comparons-le à celui de nos voisins les Anglais.

Jusqu'ici et aujourd'hui — on ne peut le nier — le Parti républicain (continuez à ne pas confondre avec les républicains) est le plus grand et presque le seul obstacle à l'établissement de la république.

Eh bien ! que les chefs de ce parti imitent le dévouement des grands républicains dont ils se vantent d'être les descendants (bien descendus, hélas !) Curtius qui pour assurer à sa patrie le sort prédit par les oracles se jeta tout armé dans un gouffre — et les trois Décius — qui, à des époques différentes, se vouèrent aux dieux infernaux et se firent tuer pour assurer la victoire à Rome.

Plebeïae Deciorum animas, plebeïa fuerunt nomina

dit Juyénal.

Notez bien que je ne leur propose ce dévouement que traduit et réduit aux proportions non seulement modernes, mais contemporaines, — sur mesure comme disent les chemisiers ; car, pour ce qui est de l'exemple littéral de ces grands

républicains, ils ont laissé passer une belle occasion de le suivre ; — lorsque tous les membres du gouvernement de la Défense Nationale avaien t

JURÉ DE SE FAIRE TUER JUSQU'AU DERNIER ; M e Gam-

betta, ayant même approché de l'imitation des Décius qui se vouèrent aux dieux infernaux en faisant en son particulier et de plus que ses collègues — un pacte avec la mort.

Je ne leur propose pas de mourir ; — leur décision est d'avance connue à cet égard — ni de se vouer aux dieux infernaux.

Mais de se vouer pour un temps limité au silence, à la modestie, à l'obscurité.

De se dissoudre comme parti, — de se fondre dans la France républicaine.

Que M e Gambetta et ses associés s'engagent par serment public et solennel — une fois la république constituée — à n'accepter aucune place, aucune dignité, aucune fonction, aucune fourniture, — je ne dis pas à toujours, — mais pendant cinq ans.

Et ils auront applani un des grands obstacles à l'installation de la république.

Mais ce serment prêté (n'oublions pas celui de mourir tous jusqu'au dernier), il est nécessaire que la nation se jure à elle-même de les obliger à le tenir.

M. Loyson était prêtre catholique sous le nom de père Hyacinthe, il a prêché autrefois et a même été à la mode, — c'a été sa perte ; — accoutumé à paraître en public, il s'y est accoutumé et a senti le besoin de réchauffer de temps en temps la curiosité, — comme Lacordaire, qui faisait annoncer qu'il prêcherait tel jour en costume de dominicain, — à l'époque où on lisait sur les affiches du théâtre de la porte Saint- Martin :

Mademoiselle Georges jouera avec tous ses diamants.

Le père Hyacinthe a eu, avec le pape ou avec ses supérieurs, je ne sais quelles difficultés sur

des points de doctrine ou de discipline ; il a porté cette querelle dans les journaux, — ça n'a intéressé personne à cette époque où dominent les deux hérésies, — les dernières dont aura à s'affliger la religion catholique, — les camestégaliens et les queqaeçamef altistes.

Si le père Hyacinthe ne voulait plus reconnaître l'autorité de ses supérieurs et la discipline de l'Eglise, dans laquelle il était volontairement entré, — il lui était loisible de cesser d'être prêtre, — de laisser repousser sa tonsure, d'endosser le paletot laïque et de se faire appeler M. Loyson ; — la loi française ne reconnaît pas les vœux perpétuels, — rien ne l'empêchait de se faire luthérien, calviniste, mormon, librepenseur, rien du tout.

Quelque chose, il est vrai, l'empêchait de se marier ; une sottise, je ne dirai pas de la législation, 'mais de la pratique de celte législation.

La loi ne reconnaît pas les vœux perpétuels, — donc, un prêtre ou une religieuse qui veut renoncer à son état, ne doit trouver aucun obstacle à rentrer dans tous les droits de la vie civile, — une fois que le prêtre n'est plus prêtre que la religieuse n'est plus religieuse, ils deviennent des citoyens comme les autres, — et c'est par une contradiction ridicule et inique à

la loi, qu'on fait à leurs mariages une opposition assez hypocrite.

Mais M. Loyson veut se marier et rester en même temps prêtre catholique.

Or, la religion, — la secte catholique, si vous voulez, — impose le célibat à ses prêtres.

C'est comme si un soldat appartenant à un régiment de dragons — voulait s'habiller en hussard, — et prétendait faire partie néanmoins du régiment de dragons et manœuvrer dans ses rangs, — premier tort de M. Loyson.

Le second tortestde ne pas réserver à madame veuve Neuman la confidence des luttes de son célibat.

Dans la même semaine un père Dufour est surpris dans un wagon de chemin de fer en conversation extrêmement familière avec une comtesse de V.

Deux scandales.

Celui causé par M. Loyson me semblerait très véniel, — s'il avait gardé le silence, — M. Loyson cesse d'être prêtre et se marie, rien de mieux, — mais M. Loyson veut se marier et veut rester prêtre catholique, et veut en faire part à l'univers.

Le cas du père Dufour est brutal, cynique, grossier ; que va dire M. Veuillot ?

Cieux écoutez ma voix, terre prête l'oreille ;

Ne dis plus, ô Sion, que ton Seigneur sommeille.

Pécheurs, disparaissez ; le Seigneur se réveille.

M. Veuillot n'a pas à s'occuper du cas du père Dufour, qui n'a offensé que la pudeur publique ; mais M. Loyson a manqué à la discipline de l'Eglise ; il s'est insurgé contre elle, — et il décrète :

M. Loyson n'a pas le droit de se marier, 1° parce qu'il a un gros ventre ; 2° parce qu'il a dû se marier en redingote marron ; 3° parce que Dieu est indigné de voir M. Loyson se marier avec un si gros ventre.

Dieu n'a rien de caché, paraît-il, pour M. Veuillot, et lui a confié l'indignation que lui causait le ventre de M. Loyson. — Ah ! mon cher Veuillot, a-t-il dit, que ce ventre de M. Loyson me donne donc d'indignation!

Dieu haïrait-il seulement les redingotes marron? Est-ce une révélation et une prophétie contre M. Thiers, qui s'est fait peindre en redingote marron ? M. Veuillot ne le dit pas, et nous aurions droit de nous en plaindre, — car il le sait.

M. Veuillot annonce à M. Loyson, qu'en pu-

nition de son crime il mourra de faim avec sa concubine, — car si la loi permet à M. Loyson de se marier, M. Veuillot ne le lui permet pas, et sa femme sera une concubine et ses enfants des bâtards.

On se demandera peut-être : mais comment cela peut-il ruiner un homme à un tel degré de renoncer à un vœu de pauvreté ?

On vous répondra ce que répondait à Ménage un de ses parents, abbé des Bénédictins, qu'il plaignait d'avoir fait vœu de pauvreté, d'obéissance et de chasteté :

— Mon cousin, le premier me donne cent mille livres de rente ; — le second, la puissance d'un prince souverain ; — quant au troisième, ajoutat-il en baissant les yeux, je ne veux pas dire ce qu'il me rapporte, ma modestie s'y oppose, et l'eau vous en viendrait à la bouche.

M. Loyson va- t-il être obligé d'inventer, lui aussi, une liqueur de table, et de lui donner le petit nom de son épouse, comme fit le célèbre naturaliste^ comte de Lacépède, qui, ayant reconnu dans un poisson, non seulement la beauté, mais encore toutes les vertus de celle qu'il avait perdue, donna à ce poisson le nom de l'objet regretté.

Mais non, madame Loyson, veuve Neuman,

apporte à son mari vingt-cinq mille livres de rente.

Le serpent était le plus rusé des animaux.

(Genèse, rhapitrc III, verset i.)

MaisKerçroën, conducteur du train du chemin de fer, est plus rusé et plus serpent que le serpent lui-même.

Beaucoup de raisons me portent à croire que le diable, dans cette circonstance récente, a cru opportun de prendre la figure dudit Kergroën.

Satan ou Kergroën, — en voyant entrer le père Dufour et la vicomtesse de V. — dans un wagon de première classe où ils étaient seuls, se rappela divers passages de rÉcriture :

Viens, mon bien-aimé, viens aux champs, passons la nuit au village (Salomon VII, — 2).

Quêta main gauche soit sous ma tète, et que ta main droite m'embrasse (idem VIII, — 3).

Je suis la rose de Saaron et le muguet des oa/tàw (idem II, — 1.)

Ma sœur-épouse, tes amours sont meilleurs que le vin (idem IV, — 10).

Ta tête est comme du cramoisi, et tes cheveux comme de Vécarlate (idem VIII, — S).

Alors Satan, — Kergroën se dit :

le découvrirai la nudité du père, et fhumi-

lierai la femme souillée (Ezéchiel XII, — 10).

Mes yeux sont ouverts sur toute leur conduite qui r? est point cachée devant moi, et leur iniquité n'est pas couverte devant mes yeux (Jérémie XVI, -17).

Et je montrerai la nudité aux nations (Mahum,

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