‹ A bas Rigolboche. Sans portrait ni vignetteChapitre 8 sur 12 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Sommaire. — Le chien d'Alcibiade. — Fraternité. — M'ame Rigolboche, — 500 francs. — J. Janin. — Les Delass'-Com'. — Réalichme. — M. HareL — Mlle Melanie. — Mlle Clémentine et les cœurs en écharpe. — Mlle Julia. — M. Ernest Blum et les Blooméristes. — Un public bélître. — Des bêtises ! — La femme. — Un revenant.

Dans sa dédicace Rigolboche se compare à un cliien à qui l'on a coupé la queue. Allons donc! Rigolboche a la bosse, —

celle des comparaisons ; ce qui l'entraîne jusqu'à la médisance.

Pauvres chiens, qu'ont-ils donc fait?

Ah ! si les animaux parlaient!

Après ça, nous savons bien que tous deux lèvent la jambe.

La huguenote parle aussi de sa mère, laquelle est fière d'être appelée m'ame Rigolboche.

Grand merci de la connaissance!

Pourquoi ne lui fait-elle pas dire ces paroles d'une mère d'actrice bien connue :

— « Moi , quand ma fille joue , je vais à «Torcheslre, parce que, quand j'entends

« dire par des hommes : Je donnerais bien « 500 francs pour avoir cette femme-là, came « flatte. »

Seulement ça n'est pas une mère, ça.

C'est tout au plus un éclaireur, un placier de marchandises qui va aux rensei2:nements, pour tirer le meilleur parti possible de sa denrée.

Et M'ame Rigolboche fait sa tête à propos de M. J. Janin!

Après ça, n'y a-t-il pas toujours des limaces pour baver sur les plus beaux arbres ?

Puis, vient dans les mémoires en question un petit vade-mecum des Délass'-Com'.

Les Délass'-Com', tels que Rigolboche nous les présente, ne semblent guère répondre à leur titre de théâtre.

Voyez plutôt :

On y correspond de la scène à la salle, et réciproquement.

Les hommes attendent à l'entrée de derrière — entrée des artistes — et jusque dans la loge du concierge où l'on boit de l'alcool dans une atmosphère plombée, et où un gamin fait le service de la petite correspondance.

Et, pendant que ces messieurs attendent, madame une telle se fait déshabiller par un jeune premier, dans sa cahute, petit lieu de tolérance où les hommes entrent, même sans contre-marque.

Mais, sapristi, il ne manque qu'un gros numéro !

Et M. Sari accepte cela sans mot dire, et il patronne un tel ouvrage, et il le laisse afficher au contrôle de son théâtre!

II est vrai que les coups d'encensoir font toujours plaisir, d'où qu'ils viennent.

Mais pourquoi laisser attaquer M. Harel , son voisin?

Un patronage entraîne une responsabilité.

M. Harel est un honnête homme et un artiste.

Il fait tous ses efforts pour monter des œuvres honnêtes. Il fait de l'art , lui; et ses actrices sont à l'amende lorsqu'elles causent avec le public.

M. Harel est...

Mais assez ; on prendrait ceci pour une réclame, et nous ne voulons marcher sur les brisées de personne.

Que nous importfi à nous, lecteurs, que les acteurs des Délass'-Com' aient du talent, s'ils le cachent si bien!

Que nous importe que mademoiselle Mélanie soit bien avec l'un ou l'autre.

Que mademoiselle Clémeriîine, n'ayant jamais fait porter que des cœurs en écharpe, n'ait encore causé ni mort, — ni indisposition. —

Et, entre parenthèse, en pourrais-tu dire autant, ô Rigolboche?

Que nous importe que mademoiselle Julia soit inexacte aux répétitions, parce qu'elle va aux courses, ou parce qu'un prétendu prétendant lui a soi-disant pris un éventail?

M. Ernest Blum ne son pas des Délass'- Com', tant pis; mais grand bien lui en fasse.

Après ça, la Rigolboche l'appelle : mon fils, — et le tutoie.

C'est un attrait.

A propos de M. Blum, est-ce lui qui a inventé... les Blooméristes?

Nous devons ajouter en forme de réhabilitation que nous n'avons jamais vu attendre de gandins devant l'entrée des artistes ù la sortie du théâtre, et que des machinistes seuls infectent la loge du concierge, et s'y infectent.

Seulement, M. Sari, on se doit à soi-même, même en exploitant la réclame.

^'ous, un homme honnête et courageux, vous vous laissez insulter bien bénignement.

Le public des Délassements est un public spécial, dit Rigolboche.

Spécial, en effet :

De vieux libertins, plus bêtes que les jeunes, et de jeunes gandins plus vieux que les vieux.

Les premiers venant chercher là de vieilles impressions d'un vieux libertinage pour rai-

lumer un peu leurs vieux sens éi)uisés.

Les autres, êtres inclassés et inclassables, traînant partout leur ennui et leur inutilité, posant bêtement, le carreau à l'œil, — applaudissant bêtement avec des bêtes de gants rouges, et riant bêtement de mots bêtes que de bêles d'auteurs font pour eux, et qu'ils redisent plus bêtes encore!

Mais jeunes serins, vieux bélîtres, ces coquines-là vous bernent et vous grugent. Et quand elles vous ont tout mangé, honneur, fortune, famille, qu'elles vous flanquent à la porte, vous vous pendez ou vous vous brûlez la cervelle!

Allons donc ! pour la honte d'avoir été avec elles, passe; mais de désespoir?

Des bêtises!

Étonnez-vous donc de voir certaines femmes faire /om avec ce public-là!

VU

El cela, parce que, croyons-nous, on refuse à la femme le rang d'égalité auquel elle a droit dans la société.

Elle que nous devrions élever sur un piédestal, nous l'abaissons jusqu'à la rendre impudente et cynique.

Elle qui, mère, sœur, épouse, mnîtresse, nous donne la vie dans un premier baiser, nousentoure sans cessedeses soins de chaque miîiute, se consume dans un dévoùment perpétud, et nous dit adieu dans un baiser encore, toujours douce, résignée, bonne, toujours ses lèvres sur les nôtres, pour nous consoler et nous donner du courage 1

iNous en faisons une Rigolbochel!

Voyez-vous l'un de nos grands-pères revenant parmi nous?

Que pensez-vous qu'il nous dirait?

Ceci à peu près, croyons-nous :

— « Palsembleu! mes enfants, qu'avez-vous « fait là?

* Où diable avez-vous été cbercher ce type « informe que vous décorez du nom de « femme?

« Par la mort-Dieu, mes chers, c'est af- « faire à vous de nous tourner en ridicule, « nous autres ci-devant marquis! Vous vous « moquez de nos perruques poudrées et de « nos jabots? Vertujeu, c'est original!

« Nous vous laissons la femme, femme dans « toute l'acception du mot, et vous en faites « une créature ni homme ni femme, qui jure

a comme un garnisaire, qui boit et fume « comme tout royal-cravate!

« Dans dix ans, elle chiquera à faire rou- « gir les matelots de Sa Majesté.

« Les nôtres étaient vicieuses et perdues, « soit ; mais coquettement perdues, mais spi- « rituellement vicieuses....

* Elles connaissaient la puissance de la « mouche, et pirouettaient galamment sur « leurs insolents talons rouges.

« Les vôtres sont luxurieuses sans coquet- « terie, et libertines sans esprit.

« Allons donc, ce ne sont pas des femmes « vous retournez à la ribaude des truands; « — vous êtes cour des Miracles en diable!

« Et qui en accuser?

« Vous, vous seuls : la femme est ce qu'on • la fait!

« Nous étions fins et musqués, et nous « tournions galamment le sonnet ou l'épi-

« iîrainme; aussi nos femmes étaient-elles « spirituelles et piquantes.

^' Vous êtes grossiers et sots ; aussi les •< vôtres sont-elles soties et mal élevées.

« Eh quoi ! nous usons tout notre esprit, « nos écus et quelque peu la France pour « vous laisser une courtisane séduisante et « pom[)onnée; et vous lui retirez brutalement <* ses bas à coins pour lui poser le pince-nez? « Ah!

« On est débauché, — mais mauvais ton?...

« Fi! manants; pouah, canailles!

•• Si votre 89 n'a fait que nous couper le « cou et gratter le rouge de nos courtisanes, « belle besogne î »

Et pirouettant dédaigneusement, il retournerait vivement dans l'autre monde en nous jetant de sa voix sèche et flùtée son mot de pitié :

« Canailles! canailles! »>

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