CHAPITRE VII
ii^OMMAiRE. — La vogue. — Bordeaux et Naples. — Le gendarme se perd. — Les Hétaïres grecque?. — Leœna. — Un peu de latin. — Ce (jue deviennent les roses. — La portière. — Le chat et le sons-chef. — La mère Charl«inagne et sa cour.
Pour les fenmies comme Riyolboclie , la grande affaire est la vogue du moment; et la vogue est en France un cierge bien court que 1
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la foule fait brûler à un aulel quelconque et qui se consume vite.
H y a quelqiies années, une lionne des plus connues, voyant son étoile tiler à Paris, fit comme son étoile, et alla établira Bordeaux, place Dauphine, un magasin de parfumerie.
Pendant quatre jours, les bons Bordelais assiégèrent sa porte à y faire venir les gendarmes.
Mais au bout de ce temps, étant allée, une nuit de bal masqué, au cercle du Grand-Théâtre, elle revint chez elle à six heures du matin, seule, ayant vu partir successivement tous les bras sur lesquels elle avait pu compter.
La même, étant allée à Naples, y trouva à force de... recherches, et avec un cicérone, un répondant qui lui obtint un permis de séjour : et comme on se fatigua vite de sa présence et qu'on ne pouvait l'expulser sans forme de procès, on lit courir le bruit qu'elle était Galeuse; et elle fut littéralement chassée de la ville avec une escorte de gendarmerie.
(juel malheur que nous ne soyons j)as à Naples !
Allez donc faire faire une semblable exécution en France par un gendarme au co'ur sensible !
0 temporal 6 mores!
Le gendarme devient tendre.
Le gendarme se perdl
Ce n'est pas que chaque temps n'ait eu ses drôlesses et ne les ait même mises parfois dans ses fastes.
Sans compter Judith, qui coupa rasibm le cou à ce monstre d'Holopherne... pour le préserver des maux de dents.
Les courtisanes d'Athènes étaient formées à l'art de plaire par des maîtresses es grâces et ès-volupté qui leur enseignaient la théorie de la bonne déesse.
L'une d'elles, Leœna (traduisez lionne), lors de la conjuration contre Hippias et Hipparque, partagea la mort d'Harmodius et d'Aristogiton, ces deux martyrsdela liberté;
— soumise à des supplices barbares, elle se coupa ia lani;ueavec les dents dans la crainte que la douleur ne lui' arrachât un aveu-
Les Athéniens élevèrent même en son honneur une statue représentant une lionne sans langue.
C'est de l'histoire, ça, Rigolboche.
R'v'Ian !
De nos jours ces dames ne coupent le cou à personne, parce qu'on aurait le tort de le leur couper à elles après; et elles font trop bon usage de leur langue pour la jeter aux chiens dans la crainte de parler.
Autrefois les Hétaïres chantaient des hymnes, faisaient des sacrifices, et bordaient les coupes de guirlandes; — Cupidon souriait en supportant bravement le poids de son carquois doré.
Maintenant Eros n'est plus qu'un petit voyou fumant la pipe et battant les murs. Il porte ses ailes en béquilles, il a mis flèches et carquois... au mont-de-piété, et vendu son nom pour boire.
Les courtisanes sont débauchées sans voile et sans plaisir; et démontrent plus que jamais la vérité de ces paroles :
« Plénum malorum est onus mulier. *
C'est du latin, ça, Rigolboche.
R'r'v'lan !
Savez-vous maintenant ce que deviennent les roses, quoi qu'en dise Rigolboche ?
— Lorsqu'elles ne meurent pas à l'hôpital, bien entendu.
Portières, marchandes à la toilette, ou bien, ne travaillant p\[is pour leur compte, rlles poussent les jeunes.
Portière, — c'est leur plus belle tin.
Devenue mère Janus, mère Jacoto, ou mère Charleniagne, la rose fanée va cacher ses rides dans une petite loge enfumée.
Alors elle cultive la goutte d'amitié avec une exactitude qui donne à son nez une ampleur et une floraison des plus remarquables.
Elle n'a plus que deux amis : son chat et son gueux.
VU
Entre mille vous reconnaîtrez le chat de la portière: il est vieux, mais lustré, propre, soigné, et régulier dans ses habitudes comme un sous-chef au ministère, qu'il rappelle du
reste par de nombreux rapports de physionomie.
Sa têle sérieuse et ennuyée porte comme le passage d'illusions tirées au clair depuis longtemps; son large cou fourré semble emprisonné dans la cravate blanche. — Il est gourmé, raide, sententieux, maniéré dans sa démarche; ses allures, qui ne se démentent jamais, accusent une concentration impassible devant tout contact extérieur.
Il prèle aux objets et aux êtres qui l'entourent une attention fatiguée qui sent d'une lieue son bureaucrate parvenu.
Enfin, il existe sans vivre, étranger à la reconnaissance dans son intérieur, et sans affections au dehors; il meurt comme il a vécu, n'ayant jamais rien senti, rien aimé, rien savouré, rien regretté, rien désiré; et
ses collègues le portent en terre, bon père, bon époux, bon etc.. s'il est sous-chef au ministère; ou bien on le pleure et on le fait empailler, s'il est-chat de portière.
VU
Revenons à la portière.
Sa vie devient régulière, fciute de mieux.
Jusqu'à midi, surmontée d'une marmotte en madras, armée d'un balai et d'un plumeau, attributs inamovibles, elle balvje son esc^Wer et fait les petits ménages.
A midi, ellepasre son bonnet à trois rangs, et met son pot-au-feu.
A six heures, elle dîne, puis donne soirée. Trois ou quatre voisines viennent chez elle
tO
faire le piquet ou lire quelque roman hiei» terrible de M. Poncif du Tirage, ou bleu drôle deM. Plume de Coq, prêté en troisième main par un locataire quelconque.
La mère Cliarlemagne, ornée de grosses lunettes rondes montées en argent, trône à sa table de jeu jusqu'à minuit.
A celte heure les voisines se retirent lentement en terminant la chronique cancanière du quartier, et c'est alors que mademoiselle Fanny Rouspirielte rentre du Prado où l'a menée le grand Polvdor.
— R'gardez-moi à quès heures indues ^d vous rent'e, — dit la grosse m.ère Léchard.
— Laissez donc, reprend avec indulgence la mère Charlemagne, — est-ce que c'esi pas une j unes se ?
Bonne vieille au moins, celle-là.