‹ A. Boieldieu, sa vie et ses œuvresChapitre 3 sur 13 · BOIELDIEU A PAEIS. — SES PREMIERS OUVRAGES · texte numérisé non relu

BOIELDIEU A PAEIS. — SES PREMIERS OUVRAGES

Toutes ses espérances étaienl fondées sur son opéra. On peut donc présumer qu'il ne tarda guère à se présenter, sa partition à la main... Où? Je ne sais. 11 y avait alors à Paris plusieurs troupes chantantes, celle de TOpéra-Comique, qui occupait la salle Favarl, celle du théâtre Feydeau, qui lui faisait concurrence, celle du théâtre Louvois ou Montansier, celle encore des Amis de la Patrie, dont il serait difficile aujourd'hui de retrouver l'emplacement. L'œuvre si bien accueillie par les Rouennais ne fut admise nulle part. Peut-être le jeune auteur eut-il assez de fierté pour ne se faire pas refuser partout. Peut-être comprit-il, dès le début, qu'avant de se faire jouer, il fallait d'abord se faire connaître. Mais on ne se fait pas connaître en un jour. En attendant, comment vivre î Donner des leçons de piano? Le même obstacle se dressait devant lui : il faut être connupour trouver des élèves. Boieldieu envisagea d'un œil ferme les périls de sa position, et prit sans hésiter la seule résolution qui pût le tirer d'embarras. Il se fit accordeur de pianos.

La maison Érard était, dès cette époque, à la tête de la facture française. Boieldieu réussit-il à s'y faire admettre? Cela est plus

probable. Je n'en ai trouvé la preuve positive nulle part, mais rien non plus no prouve le contraire. Or, je ne saurais imaginer cl*hypothèse qui explique plus naturellement ce fait incontestable et incontesté, que la maison Érard a été son premier point d'appui dans le monde, et que le salon de Sébastien Érard est le premier où il ait été introduit.

Ce salon était fort recherché. Le maître de la maison, trèsriche déjà, et dont le nom était connu de toute l'Europe, y recevait une foule d'hommes distingués, et, parmi eux, les artistes les plus célèbres : Méhul, Cherubini, Rode le violoniste, Garât le chanteur. Quelle bonne fortune, pour un jeune artiste, que la fréquentation de ces maîtres, leurs observations, leurs conseils, leurs critiques et leur bienveillance, sollicitée par celle de l'amphitryon ! Selon toute probabilité, il monta vite en grade, et, d'accordeur, passa professeur. Il écrivit quelques romances; Garât les chanta, et on les trouva délicieuses. Le titre de quelques-unes : toi que f aime y le Ménestrel^ S'il est vrai que d'être deux^ n'est pas encore oublié. Au bout de trois ou quatre mois, on les vit, comme on dit aujourd'hui, sur tous les pianos, et, comme on devait dire alors, sur tous 1^ pupitres, car la harpe était fort à la mode à la fin du siècle dernier et au commencement du nôtre. C'était une des élégances, un des plus puissants attraits des femmes de ce temps-là. La harpe cambrait la taille, faisait valoir la distinction du pied, la grâce de la main, déployait les bras, donnait à la tète des poses inspirées, développait la poitrine et rendait l'émission de la voix plus facile et plus puissante. On lit au-dessous du titre de tout morceau de chant publié alors cette formule invariable : avec ac-compagnement de piano ou harpe. Quelquefois même, la harpe y a le pas sur le piano, qu'on appelait encore piano-forte. Grâce au style facile, naturel, élégant, aimable de ces légères compositions, et au charme qu'y ajoutait Garât, Boieldieu, ignoré de tous en 1 794, était connu et applaudi, vers la fin de l'hiver de 1 795, partout où Ton faisait de la musique de salon. Et comme sa figure.

ses manières et sa conversation se trouvèrent en parfaite harmonie avec son talent, sa personne ne réussit pas moins que ses mélodies.

En ce lem'ps-là une romance gravée sur deux planches se publiait sans titre buriné, sans lithographie, sans frais accessoires d'aucune espèce, et se vendait trente sous. Deux mille exemplaires vendus mettaient donc, — déduction faite du prix de fabrication et des remises commerciales, — deux mille cinq cents francs environ dans la caisse de Téditeur. Cet heureux homme s'appelait Cochet. 11 a déclaré à M. Fétis n'avoir payé aucune des romances de Boieldieu plus de douze francs, et, certainement, il n'a point payé les premières. Boieldieu n a donc retiré de sa musique de salon que de la renommée, quelques écus, et la douce satisfaction d'avoir fait gagner beaucoup d'argent à M. Cochet.

Après tout, que lui importait, à cet âge où la production est si facile et où l'espérance console de tout, d'avoir affaire à un éditeur qui abusait un peu trop de ses avantages? Il touchait enûn au but qu'il poursuivait. Le succès de ses romances et peut-être de quelques morceaux de musique instrumentale qu'il paraît avoir écrits à cette époque (I), avait attiré sur lui l'attention des artistes, et inspiré de la confiance aux administrations théâtrales, ainsi qu'aux faiseurs de livrets. Le collaborateur habituel de Kreutzer et de Berton, l'auteur de Loddiskaj de Charlotte et Werther, de Montano et Stéphanie y etc., Dejaure, puisqu'il faut l'appeler par son nom, necraignit pas de s'associer à lui, et, selon toute apparence, il fut de moitié, pour cette bonne œuvre, avec un homme qui avait une bien autre valeur littéraire. Fiévée avait publié peu auparavant un petit roman ingénieux, fin, délicat, la Dot deSuzette^ ouvrage aussi agréable à lire aujourd'hui qu'alors. Un opéra comique en un acte en fut extrait et confié à Boieldieu, dont la partition ne se fit pas

(1) Daos pour piano et harpe pleins d'idées fraîches, gracieuses, riantes. On y sent un avant-goût du Calife de Bagdad, La maison Érard, qui s'occupait avec le môme soin et la môme supériorité de la facture des harpes et de celle des pianos, ne dut pas savoir mauvais gré au compositeur d'avoir fait cet emploi de sa jeune imagination.

attendre, et la première représentation eut lieu Iç 5 septembre 1 795, La théorie d'après laquelle on ne fait plus jouer aujourd'hui les opéras en un acte que parles doublures, surtout quand ils sont l'œuvre d'un débutant, n'était pas encore inventée. Le rôle de Suzette fut rempli par une des plus charmantes actrices qu'ait jamais eues l'Opéra- Comique, par M"' Saint-Aubin. Actrice, pièce et musique réussirent également, et Boieldieu sortit de la classe infortunée des jeunes compositeurs (1) avant môme d'avoir atteint sa majorité.

Je suis, sur le tableau du répertoire de l'Opéra-Comique, dressé et publié par M. Charles Poisot (2), la liste, par ordre de dates, des premiers ouvrages de Boieldieu. J'y trouve les Deux Lettres y un acte encore, représenté pour la première fois le 4 avril 1796, et dont les paroles étaient du môme Dejaure... hélas! de Dejaure tout seul. La Famille ^wm^ vient six mois après (Il février 1797). Il me faut dire ici adieu pour jamais à ce brave Dejaure, ou De Jore, — j'ai vu son nom avec les deux orthographes, — à qui la poésie française doit un distique qui ne sera jamais oublié :

Quand on fut toujours vertueux, On aime à voir lever l'aurore.

Dejaure n'a plus travaillé avec Boieldieu, qui avait trouvé un collaborateur plus spirituel et plus élégant, hepoëme de la Famille suisse a pour auteur Godart d'Aucour, qui, au théâtre, signait Saint-Just. Il donna, de concert avec Boieldieu, Zordime et Zulnare\Q 10 mai 1798, et, le 19 avril 1799, les Méprises espagnoles.

L'auteur de la Biographie universelle des Musiciens ajoute à ce catalogue trois partitions encore : Mombreuil et Merville (1797), la

(i) On appelle Jeune compositeur, chei nous, tout musicien qui n'a pas encore pu se faire Jour, quel que soît son âge. En 1823, Boilly obtint à Tlnstitut le premier grand prix de composition musicale. Adolphe Adam et Théodore Labarre eurent lu second ex œquo. Boilly, triomphant, partit pour Rome avec ses lauriers. Adam et Labarre, condamnés à rester à Paris, se firent connaître en peu d'années, et perdirent assez vite la qualité de « Jeunes compositeurs. » Boilly la garda Jusqu'au 8 mai 184à» où il réussit enfla à faire Jouer h Bai du Sous-Préfet, lï avait alors cinquante-trois ans.

(2) Histoire de la Musique en France,

Prisonnière (1799), petit opéra écrit en collaboration avec Cherubini pour le théâtre Montansier, et une pièce de circonstance inti* tulée : rHeureme nouvelle^ improvisée à Toccasion du traité de Campo-Formio. Le traité de Campo-Fonnio ayant été signé le 17 octobre 1797, il n'est pas difficile de trouver, au moins approximativement, la date de VHeureme nouvelle. Mais ces sortes d'ouvrages meurent si vite que le jour de leur naissance importe peu.

Les productions que je viens d'énumérer n'eurent pas toutes le même succès, et nous n'avons maintenant aucun moyen de les juger. La plupart ont disparu. La rapidité avec laquelle on les voit se succéder Tune à l'antre semble prouver qu'elles faisaient sur les contemporains une impression favorable au compositeur : autrement, les théâtres lui seraient devenus moins faciles, et les librettistes plus défiants. On sait, d'ailleurs, qu'en ce temps-là, aut yeux de la majorité du public, la pièce avait plus d'importance que la partition. Je ne serais donc pas très-étonné que les Deux Lettres^ où Dejaure n'était plus doublé de Fiévée, fussent tombées tout â plat. Mombreuil et Merville et les Méprises -espagnoles ne paraissent pas avoir eu un meilleur sort. M. Fétis, qui en a pu juger par lui-même, dit que la seconde de ces pièces m fut reçue avec indifférence, » que la première était « froide et peu favorable à la musique. » La Famille Suisse fut plus heureuse. « C'était, dit le grave aristarque que je ne me lasse pas de citer, parce que nul n'a pu être aussi bien renseigné que lui, c'était une jolie partition, où régnait un style simple et naïf, d'une élégance charmante, d Cette appréciation est trop bien d'accord avec le tempérament musical de Boieldieu pour que je doute de sa justesse.

Je dois faire observer pourtant que M. Fétis devint peu de temps après l'élève de Boieldieu, que ce souvenir paraît lui être cher, et qu'on peut, jusqu'à un certain point, le soupçonner d'avoir écrit ces lignes sous la dictée de son 'cœur. Adam, qui eut Boieldieu pour maître, à son tour, un quart de siècle plus tard, se montre beaucoup

plus sévère. «Pauvre jeune homme, dit-il, ignorant presque les premières règles de l'harmonie^ et n'ayant pour lui que quelques idées heureuses, mais mal écrites, et délayées dans une orchestration mesquine. » Assurément^ Boieldieu, même dans son meilleur temps, et lorsque l'expérience l'avait mûri, n'a jamais été un habile symphoniste, ni un contrepoiutiste bien savant, mais Adam ne se vante pas d'avoir lu ses premières partitions, et rien ne prouve qu'il les ait pu lire, landis que ÎI. Félis a pu les entendre. Il en parle tout autrement. S'il pèche, en effet, par trop de bienveillance, Adam ne paraît-il pas, en revanche, un peu dur?

Ce qui semble donner raison à M. Fétis contre Adam, c'est le fait, constaté plus haut, d'un opéra écrit en commun par Boieldieu et Cherubini. L'auteur de Lodoïskaj de Médée, de t Hôtellerie portugaise^ avait le droit d'être sévère autant pour le moins que celui dix Postillon de Lonjumeau ; il élait,^ l'endroit des incorrections harmoniques, plutôt farouche qu'indulgent; il avait enfin un caractère altier, inflexible, fort peu disposé aux mésalliances. Si Boieldieu eût été aussi honteusement ignare, Cherubini eût-il daigné Taccepter pour collaborateur? Cela n'est guère vraisemblable. Il l'aurait plutôt renvoyé à l'école, avec cette franchise un peu brutale que tout le monde lui a connue. Adam ajoute, il est vrai, qu'il lui donna des leçons beaucoup plus lard, après le Calife de Bagdad. Mais M. Fétis dément positivement cette assertion. « Je

puis affirmer que jamais Boieldieu n'ébaucha même les études

de contre-point et de fugue qu'il aurait dû faire sous la direction de Cherubini. Lui-même a toujours avoué avec ingénuité l'ignorance profonde où il était resté à l'égard de cette partie de la science musicale. » Que conclure de tout cela? Que Boieldieu, sans avoir pénétré les mystères de ce que Reicha appelle la haute composition, savait assez d'harmonie pour écrire correctement, ou à peu près, un opéra de demi-caractère, et qu'il avait, d'ailleurs, assez d'imagination, d'esprit et de goût pour se faire pardonner quelques peccadilles.

L'opéra intitulé Zordime et Zulnare vint clore la série des essais de Boieldieu, et le mit, comine on disait jadis, hors de page. C'était un drame en trois actes. L'auteur eut de la peine à en obtenir la représentation, et Tatiendit longtemps. Le théâtre Favart, qui l'avait reçu, n'osait courir une aussi grande aventure. Heureusement, — j'ai déjà dit que Boieldieu avait du bonheur, — MéhuI, en ce moment même, faisait répéter un important ouvrage. Tout me porte 5 croire que c'était Ariodant^ qui fut joué l'année suivante. Il jugea nécessaire d'y faire des changements. L'administration du théâtre, ayant besoin d'un opéra eh trois actes, et n'ayant que celui de Boieldieu sous la main, se décida tout à coup, malgré ses doutes et ses appréhensions. c( On comptait peu, dit M. Fétis, sur le succès de Zordime; l'étonnement fut grand lorsqu'on vit l'enthousiasme du public pour cette élégante et dramatique production. Le caractère particulier du génie de Boieldieu s'était dessiné dans Zordime Des mélodies faciles, gracieuses et spirituelles, une instrumeiitation remplie de jolis détails, un sentiment juste de la scène, telles sont les qualités par où se distingue cet opéra, qu'on peut considérer comme le premier titre de Boieldieu â la renommée qu'il eut plus tard. i>

Pendant celte période de sa vie d'artiste, 1795 à 1800, Boieldieu déploya une merveilleuse activité. J'ai déjà dit un mot de ses duos pour piano et harpe. 11 en fît quatre, il faut y ajouter un concerto pour la harpe, un concerto pour le piano, six sonates pour ce dernier instrument, et des trios pour piano, harpe et violoncelle, qui obtinrent plus de succès encore que tout le reste.

Le Conservatoire de Musique, fondé par un décret de la Convention nationale du mois de brumaire an II, avait été organisé défînitivement en thermidor an III (août 1795) par un second décret, émané de la même Assemblée, qui a fait tant de choses, et de si grandes. Ce décret portait à six le nombre des* professeurs de clavecin. Le nom du jeune Boieldieu et ses compositions instrumentales avaient conquis une telle popularité, qu'à vingt-quatre ans,

c'est-à-dire en 1799, il fut chargé de diriger une des six classes de claTecin, ou piano-forte, du Conservatoire, a C'est \h, dit M. Fétis, que je connus Boieldieu en 1800, y étant devenu son élève pour le

piano Depuis lors, je ne Tai pas perdu de vue. » Le savant

biographe ajoute qu'il était assez mauvais professeur, mais quMl dédommageait amplement ses élèves par sa conversation, « où brillaient des aperçus très-fins sur son art. »

Ainsi, Boieldieu, parti à dix-neuf aus de son pays natal avec trente francs et l'espérance, complètement inconnu à Paris, et forcé d'abord de demander son pain de chaque jour à un travail quasi manuel, avait^ en cinq années, publié une étonnante quantité de compositions de salon, tant vocales qu'instrumentales, et fait représenter sept opéras 1 Certes, il n'avait point perdu son temps, et l'on ne peut le soupçonner de s'être souvent laissé prendre aux pièges que les agréments de sa personne et de son esprit devaient lui tendre incessamment. Mais à quel compositeur français, quelles qu'aient été, d'ailleurs, son ardeur au travail et sa facilité de conception, a-t-il été donné, de nos jours, d'employer aussi bien sa jeunesse? J'ai déjà indiqué la cause de celle activité de production, si profitable à l'art. C'est qu'alors la consommation n'était pas moins active. Quatre théâtres rivaux — sans compter le grand Opéra — se faisaient une concurrence incessante. Il y avait donc de la place pour tout le monde, et aucun talent n'étail repoussé.

BENIOWSKI

Le temps des épreuves, de la lutte, des aventures est passé désormais pour Boieldieu, et je n'aurai plus guère à m'occuper que de ses ouvrages.

Le premier qui se présente est Beniowski^ opéra en trois actes. •. je n'ose pas dire opéra comique, malgré ralternative de la musique et de la prose. Vous trouveriez difficilement un mélodrame plus triste, plus sombre, et écrit d'un style plus niaisement emphatique.

L'auteur de cette œuvre littéraire était Alexandre Duval, qui, depuis, fut un des quarante. Ce n'est pas Beniowskt, probablement, qui Ta hissé au glorieux fauteuil. C'était un riche et noble sujet pourtant que l'aventure de ce gentilhomme polonais enlevé par les Russes pour avoir protesté contre l'asservissement de son pays, déporté au fond de la Sibérie, assez audacieux pour tenter de s'enfuir à travers ces sombres et vastes solitudes, assez vigoureux de corps et d'esprit pour n'y point périr 1 Un héros victime de son patriotisme, protestation vivante du droit contre la violence et la trahison, une grande iniquité commise, une noble infortune stoî*

quement subie, des périls qui effrayent rimagination intrépidement affrontés, la civilisation européenne aux prises arec la barbarie asiatique, une région mystérieuse, des costumes bizarres, des mœurs élranges... Quels tableaux neufs et saisissants, quel intérêt puissant et pathétique on aurait pu tirer de ces élémcnls-là ! Duval n'y a trouvé qu'une intrigue vulgaire aboutissant au dénoûment le plus ridicule. Beniowski^ joué le 8 juin 1800, ne réussit pas, malgré de beaux airs et de vigoureux morceaux d* ensemble, et la valeur des inspirations du musicien ne fut appréciée qu'à la reprise de cet ouvrage, qui précéda de quelques mois la Dame Blanche. Cela n'a rien d'étonnant. En 1825, on jugea la partition, sans trop s'inquiéter de la pièce. En 1800, je l'ai déjà dit, c'était, avant tout, la pièce que l'on jugeait.

J'ai sous les yeux, en écrivant, la partition de Bemowski. Après une ouverture en forme de marche, pauvrement modulée, absolument dépourvue de caractère et de couleur locale, j'y trouve deux grands airs écrits pour Stéphanoff, officier russe en exil, qui est le traître de ce vieux mélodrame. L'un de ces deux airs a dû être, à une époque quelconque, substitué àTautre (1). Stéphanoff s'est aperçu que la belle Aphanasie, nièce du gouverneur, lui préfère le Polonais Beniowski; il est jaloux, et le musicien a trouvé, pour exprimer sa haine, des accents de la plus sombre énergie. Je parle surtout du second air, qui est très-supérieur au premier. On voit que l'auteur s'efforce de ressembler à Méhul. Il sacrifie souvent la mélodie à la déclamation. Ce n'était pas là sa vocation, et cependant il réussit beaucoup mieux qu'on ne devait s*y attendre. La volonté, la réflexion, le travail suppléent chez lui au tempérament et à la science acquise.

11 se retrouve sur son terrain dans l'oir de Gélin qui vient ensuite. Gélin est l'ami de Stéphanoff, et cherche à le guérir de sa mélancolie,

(1) Ce fut lorsque Boieldieu revint de Russie. 11 y eut alors une reprise de Touvrage, et l*auteur profita de l'occasion pour écrire Touverture. 11 n'y avait eu, dans l'origine, qu'une introduction. —Je remercie cordialement M. Brun-Lavainne, de Lille» d'avoir bien voulu mo donner ce renseignement.

dont il ne connaît point la cause. De Famitié daigne entendre la voiXy etc. Qui ne sait par cœur cette suave et délicieuse cantilène? Si Ton faisait cette pièce aujourd'hui, le premier morceau serait infailliblement un chœur de prisonniers. En 1800, on suivait une méthode moins uniforme. Le chœur des prisonniers, dans Beniowski, n'arrive qu'après les deux airs de StéphanofT et de son ami Gélin. Ces prisonniers sont nombreux, et le Kamtchatka leur paraît un séjour entièrement dépourvu d'agrément. Ils n'ont pas eu de peine à s'entendre; ils conjurent leur délivrance en mi bémol :

NouB Jurons par les maux que nous avons soufferts,

Par nos pleurs et par la vengeance,

Par la vertu, par Tinnocence, Nous Jurons de mourir ou de rompre nos fers !

ON BXILi.

Mes compagnons, de la prudence I Vers nous un ofHcier s'avance.

Là-dessus, on change, non pas de ton, malheureusement, ni de mesure, ni de mouvement, et c'est le vice capital de ce morceau, mais la mélodie change de caractère, et un second motif succède au premier. Pour tromper l'officier, on feint de prendre son mal en patience. On joue la gaieté :

Savoir supporter ses malheurs, G*est la bonne philosophie.

Il faut toujours semer de lleurs L'aride chemin de la vie.

Sur les deux premiers vers, le chant est assez plat, mais il se relève sur les deux autres. L'auteur a mis là des imitations d'un excellent efiet, lesquelles amènent une conclusion pleine de verve et d'éclat. L'officier parti, les prisonniers se remettent à jurer de plus belle par les maux qu'ils ont soufferts^ etc., de mourir ou de rompre leurs fers. Cette partie du chœur a beaucoup de chaleur et d'énergie. Somme toute, ce morceau produit un grand eflet lorsqu'il est bien exécuté. Mais il est très-long. Il dure assez pour faire prendre en grippe le ton de mi bémol, dont le compositeur ne s'écarte pas un seul instant.

C'est Beniowski qui est Tâme du complot. Tout en conspirant, il s'est insinué si avant dans les bonnes grâces du gouverneur et d'Aphanasie, que la nièce lui a donné son cœur et que Toncle consent à les unir. Il faut croire que sa captivité n^est pas bien rigoureuse. Un gouverneur qui marie sa nièce à un prisonnier d'Étal dont il est le geôlier est, d'ailleurs, on en conviendra, quelque chose de rare. Cela ne se voit qu'à TOpéra-Camique. Quoi qu'il en soit^ Beniov?ski a des remords* Il s'accuse de trahison. 11 se reproche sa perfidie dans un allegro agitato très-énergique et très-passionné. Puis^ il se retrace toutes les bontés de ce brave homme de gouverneur dans un andarUe^ dont le tour est aussi distingué que l'expression en est profondément mélancolique, et bientôt il retombe dans ses remords, ses excuses, et son agitato :

Pourtant, mon cœur n^est pas coupable, etc.

Il est coupable, assurément, envers Aphanasie, qui ne connaît pas ses projets, et Ton ne comprend pas trop qu'il prépare son évasion au moment même où il va se marier. Ne devrait-il pas opter entre la fuite et le mariage?

Cette difficulté de concilier deux choses inconciliables est ce qui l'inquièle le moins. La scène qui suit, et qui termine le premier acte, en est une preuve sans réplique. Stéphanoff, instruit on ne sait comment du mariage convenu, en informe les conjurés, qui en concluent fbrt logiquement que Beniowski les abandonne. Ils lui posent nettement la question. Beniowski proteste de sa fidélité à ses amis, et déclare, d'un ton solennel, qu'il n'épousera jamais que de leur consentement. Ce consentement lui est accordé sur l'heure par tous, un seul excepté. On se doute bien que le récalcitrant est Stéphanoff. Il ne fait cependant aucune objection. Mais Beniowski a remarqué son silence et sa figure sombre : il s'adresse à lui directement, et Stéphanoff n'ose pas refuser. Un oui, à demi étouffé, s'échappe à travers ses dents serrées par la rage, et la lutte intérieure qui l'agite et le déchire est admirablement exprimée par la

déclamation notée, ainsi que par l'orchestre. C'est, en effet^ dans ces situations-là que la symphonie doit intervenir et dire ce que Tacteur dissimule. Ce finale est bien conçu « bien exécuté, et le musicien y déploie un grand talent dramatique. Mais il serait difficile, on lavouera, d'imaginer une scène plus absurde*

Au second acte, la scène est dans le palais du gouverneur, -— tout gouverneur d'opéra comique, fûl*il au Kamtchatka, habite un palais. — Dans ce palais il y a des suivantes ou demoiselles de compagnie, Kamtchadales sans doute , assez nombreuses pour former un chœur et chanter [allegretto) 'le mariage de Beniowski et d'Aphanasie, lequel va s'accomplir. Rien n'est Kamtchadale dans ce morceau ; mais, en revanche, tout y est facile, gracieux et tendre. Aphanasie exprime son bonheur prochain dans un andante plein d'élégance, suivi d'un allegro passionné, brillant, très-propre à faire apprécier le talent de toute cantatrice à qui le ciel aura donné du sentiment et une voix pure. Le seul défaut, — si c'en est un, — de ce morceau, c'est de rappeler un peu trop l'air célèbre de Montano et Stéphanie^ auquel Boieldieu a dû penser, malgré qu'il en eût, car la situation est identique, les idées s'y pré* sentent de la même manière et s'y succèdent dans le même ordre, et Duval, sans plus de façon, y a pris à Dejaure jusqu'à ses vers :

Je pois fftira éclater ma tendresse, Je ne dois songer qu'an bonheur.

Hélas ! on ne peut ici-bas compter sur rien 1 Pendant que le chœur se réjouit et qu' Aphanasie se livre à ses douces espérances^ le traître StéphanofTest venu révéler au gouverneur la conspiration. Le fonctionnaire indigné s'avance d'un pas grave, le sourcil froncé, le regard sévère. A son aspect, la joie expire, les chants s'arrêtent, la fôte s'interrompt. A sa voix, tout le monde se retire, et Beniowski reste seul. Toute cette scène est fort bien traitée.

Beniovrski comprend qu'il a été dénoncé. Le voilà séparé pour jamais d'Aphanasie I Que vont devenir ses compagnons de captivité quil a poussés à l'insurrection? Il les voit déjà fusillés ou mourant

SOUS le knoul avec lui, à cause de lui. Ses regrets, ses craintes, ses angoisses sont admirablement exprimés dans un air en si naturel mineur {allegro agitato), air plein de passion, de mouvement, de couleur, et d'une harmonie très-vigoureuse. L'auteur, plus que jamais, s'est inspiré de Méhul, et, cette fois, il a égalé son modèle.

Heureusement pour le héros polonais, Aphanasie n'a point cessé de l'aimer. Elle vient le délivrer, ce qui prouve qu'en ce pays sauvage, l'art de garder les prisonniers est loin d'être arrivé à sa perfection.

Ah I fuis ces lieux, Je t'en supplie, etc.

Duo très-court, très-vif, bien en scène. L'harmonie en est forte, le chant énergiquement accentué, l'accompagnement pittoresque. Un dessin des violons, obstinément reproduit, y peint à merveille le trouble, l'effroi et la tendresse des deux amants. C'est un des morceaux les plus remarquables de cette remarquable partition.

Beniowski saute par la fenêtre. Aphanasie reste seule, et l'orchestre, exprimant les sentiments qui l'agitent, complète, par de belles ritournelles, les exclamations entrecoupées et les courtes phrases de récitatif qui échappent à sa douleur. Elle craint que, dans l'obscurité, il ne périsse « sur ces rochers couverts de glace, d Elle l'appelle d'une voix tremblante : — Beniowski ! Il répond de loin : — Aphanasie! Et bientôt le cor répète les quatre notes de cette réponse, comme si le son de sa voix arrivait encore jusqu'à son amante, alors même que son éloignement est trop grand pour qu'elle puisse distinguer les syllabes qu'il prononce. Quand elle a recueilli ce dernier cri, quand elle n'entend plus rien, elle implore pour le fugitif la protection céleste dans une prière : Dieu de bonté j etc., pleine de douleur, de ferveur, de tendresse, doat la mélodie et l'instrumentation sont également élégantes. Puis, le gouverneur, dont le rôle est apparemment d'être dupe, et qui le remplit en conscience depuis le commencement jusqu'à la fin, accourt furieux avec la garnison; — le canon a signalé la fuite du

prisonnier, — et une strette vigoureuse termine ce second acte, où le compositeur a prodigué l'esprit, le talent, et montré, en plus d'un endroit, du génie.

La toile se lève pour le troisième acte, après une courte symphonie descriptive dont le dessin et la couleur sont également remarquables. L'horreur du climat, la désolation de ces vastes solitudes, les souffrances, l'affaissement, le sombre désespoir des malheureux qu'une politique barbare y a relégués pour y languir et y mourir, sont rendus, ce me semble, dans ce petit morceau, avec une vérité saisissante. L'orchestre change bientôt de mesure et de mouvement. « On voit, dit le livret, des exilés qui traversent le théâtre; ils ont des instruments de chasse, et semblent poursuivre quelque animal féroce. » Duval savait-il de quelle manière sont traités les déportés en Sibérie, quand on ne les enferme pas dans les mines, à cinq cents pieds sous terre, pour n'en plus sortir, et qu'on a la clémence de leur laisser l'air libre et la vue du ciel? — Quel ciel et quel air !

Voici ce que m'a raconté un jour M.B.Sarrans jeune, et ce qu'il a vu de ses yeux, en 1813, dans le gouvernement de Tobolsk, où on l'avait transporté. Il était prisonnier de guerre.

Il avail pour logement un poste militaire, grand corps de garde construit en bois, chauffé à l'intérieur par un immense poêle en briques, ayant pour tout ameublement des bancs et des planches où l'on s'asseyait le jour et où Ton couchait la nuit tout habillé. Il n'est guère sorti de ce lieu de plaisance pendant ses quelques mois de captivité. Les soldats du poste et les officiers qui les commandaient n'étaient pas moins sédentaires que lui.

Ce poste était perdu au milieu d'une forêt immense. Un certain nombre de condamnés de diverses catégories en dépendaient. Ils étaient tenus de payer leur nourriture et leur entretien. A cet effet, on les mettait dehors avec un fusil, une quantité déterminée de poudre et de balles, et du pain pour cinq jours. Pendant ces cinq jours, ils chassaient dans la forêt, et passaient les cinq nuits à la

belle étoile^ couchant sur la neige. Ils vivaient apparemment du produit de leur chasse, quHls joignaient à leur pain. Au bout des cinq jours, ils apportaient au poste les peaux des animaux qu'ils avaient tués, et l'on renouvelait leurs provisions. Ces peaux, fourrures très-précieuses, ont une valeur infiniment plus grande que le pain, les munitions qu'ils consomment et les vêtements chauds, mais grossiers, qui les couvrent. Le gouvernement russe se fait donc ainsi un gros revenu. Ses cruautés lui rapportent. Il n'a, d'ailleurs, à craindre aucune évasion, les lieux habités sont trop loin. Le malheureux qui tenterait de fuir de cet enfer glacé, qu'a rôvé Dante, et que les Russes ont réalisé, périrait infailliblement de fatigue et de faim avant d'atteindre un point où il pût trouver du secours.

Tel est l'affreux régime auquel sont soumis, au delà de l'Oural, les proscrits politiques, aussi bien que les criminels. A voir le début du troisième acte de Beniowskt\ on serait tenté de croire qu'Alexandre Duval en savait quelque chose.

Après un bout de symphonie appropriée à la circonstance, et formée d'une suffisante quantité de gammes rapides, ascendantes ou descendantes, — c'est ainsi que les musiciens ont coutume de peindre la course, — les chasseurs disparaissent, et Stéphanofif reste seul. U a des remords, qu'il exprime en six vers d'une surprenante platitude :

Venei, mes compagnons malheorenx, Laisses vivre dans lear repaire Les hôtes cruels de ces lieux.

Venei frapper un malheureux.

Plus perfide et plus sanguinaire Que les monstres les plus affreux.

Il n'est pas mal que les critiques de notre temps, qui parfois ont traité si sévèrement la poésie de M. Scribe, — j'en suis^ et je prends ma part de la leçon, — connaissent, au moins par quelques échantillons, celle de ses devanciers. Boieldieu, j'imagine, sut apprécier à sa juste valeur cette inspiration de son associé littéraire.

et il agit comme Rossini, quinze ou seiie ans plus tard, avec le librettiste vénitien auteur du Figlioper azzardo .• — « Soyez tranquille, la musique sera digne des paroles, »

Imitons-le, et passons au morceau suivant, chœur vigoureusement rhylhmé, plein de mouvement et d'énergie. Les chasseurs reviennent : ils ont pris leur parti; ils sont en pleine révolte. Mais Gélin apaise leur ardeur en leur annonçant que

. . . Leur secret est trahi Par le perfide Beniowski.

Celui-ci arrive au moment même, épuisé de fatigue et tout san* glant. La méprise est promptement expliquée. Mais le gouverneur et ses soldats le suivent de près. On se prépare au combat.

La mort plutôt que de noas rendre I Trembles, tyrans, etc.

Le gouverneur ne tremble pas du tout^ et menace à grands cris les révoltés, qui le menacent de même avec un bruit non moiùs formidable, sans que personne songe à passer de la menace à Texécution. Tout à coup survient Aphanasie, menant un chœur de femmes russes, ce qui donne à penser que 'es soldats moscovites sont tous mariés, car elle leur dit :

De Tos femmes, de vos enfants, Voyei eonler les larmes!

Son éloquence, sa véhémence et la beauté de ce spectacle imprévu déconcertent le terrible gouverneur :

Quel pouvoir inconnu vient glacer tons mes sens 1

Tous ses sensi Le tact, l'odorat, le goût, rien n*y échappe.

Mais pendant qu'Aphanasie chante et que son oncle hésite et s'attendrit, Gêlin, ce même Gélin, qui a exécuté un si bel air au premier acte, et qui, depuis, ne s'est plus mêlé de rien, intervient tout à coup, comme le dieu d'Horace sortant de sa machine pour faire le dénoûment. Il s'est écurie avec un détachement dMn-

surgés, sans que les Russes en vissent rien, et s'est emparé du poste.

La victoire est à nous : du ch&teau Je sois maître! •

Tout autre que lui, une fois maître du château, s'y établirait solidement, s'en ferait un refuge, un moyen de défense contre l'ennemi. Gélin agit tout au rebours : il y met le feu, condamnant ainsi le gouverneur Miloff, sa nièce Aphanasie, les soldats russes, leurs femmes et leurs enfants à coucher sur la neige, à la belle étoile, comme de simples proscrits, et probablement à mourir de faim; car, si le château est brûlé, que sont devenues les provisions? Cependant, Gélin est plus fin qu'il n'en a l'air. Il a eu ses raisons ; il savait à quel homme il avait affaire. En effet, à la vue des flammes, le gouverneur — il est frileux apparemment — ^déclare qu'il n'a plus d'espoir. Il a pourtant autour de lui toute sa garnison, qui n'a pas encore brûlé une amorce, et qui ne doit pas être de très-bonne humeur. Mais l'heure s'avance, et il faut bien que la pièce finisse. Miloff donc change tout à coup de caractère, fait mettre à ses soldats la crosse en Tair, rend son épée à Beniowski, et, pour n'être pas fusillé comme il le mérite, prend le sage parti de s'enfuir avec sa nièce, ses anciens prisonniers et, probablement, tout son monde. — Où iront-ils? Cela importe peu, sans doute, aux femmes, qui, à ce momenl-là, ajustent leurs châles, et aux hommes, qui payent les ouvreuses. Rien n'est plus curieux ni plus réjouissant que les derniers vers de cet étrange ouvrage :

aphanâSie, à son oncle.

Venez, soi vex-QOus Jusqu'au port.

Loin des combats, loin des alarmes, Venez avec nous.

Sous un ciel plus doux.

De l'amitié goûter les charmes.

Ils trouveront dans le port un navire tout prêt, tout armé, et n'ayant rien de mieux à faire que de les porter, — ils sont une

légion, — du Kamtchatka « sous un ciel plus doux! » Quoique le public, à yOpéra-Comique, soit bien accoutumé aux absurdités, il trouva, à ce qu'il paraît, celles-là trop fortes, et ne pardonna point à Duval d'avoir osé prendre avec lui de pareilles libertés. Je suis obligé d'avouer d'ailleurs que, dans ce troisième acte, la stupidité du livret a étouffé le génie du musicien. 11 y est aussi pauvre d'idées qu'il s'est montré riche dans les deux premiers. Donc, Beniowski ne réussit point. Mais si les sérieuses beautés de quelques nnorceaux furent mal appréciées, la réputation du compositeur n'y perdit rien, et, pendant plus d'un quart de siècle, on ne vit guère de sopranos, de ténors ni de barytons qui n'eussent dans leur répertoire l'air d'Aphanasie et de Tami Gclin.

J'ai déjà dit qu'en 1823 la reprise de Beniowski ohivni un éclatant succès. Alors il n'était plus question de juger le poëme, sur lequel tout le monde était d'accord. On le prit tel quel. Peut-être même se donna-t-on le plaisir de rire des platitudes et des sottises dont il est plein. On ne saurait être dans une meilleure disposition d'esprit pour jouir d'une œuvre musicale.

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