LE CALIFE DE BAGDAD - MA TANTE AURORE
Je me suis longuement étendu sur Beniowski parce quee'estune des partitions de Boieldieu que la génération actuelle connaît le moins. Je puis sans doute me dispenser de parler avec tant de détails du Calife de Bagdad^ qui fut joué quinze mois plus lard (16 septembre 1801). Ce que raconte, à propos de cet ouvrage, l'auteur de la Biographie Universelle des Musiciens est très-propre à donner une idée du caractère de Boieldieu. « Au moment où je devins son élève, Boieldieu écrivait son Calife de Bagdad. Souvent il nous consultait avec une modestie charmante, et la leçon de piano se passait à se grouper autour de lui pour chanter les morceaux de son noïivel opéra. Je me souviens que Dourlen et moi, tous deux fiers de notre litre de répétiteurs de nos classesd'harmonie, nous tranchions du puriste, et nous tourmentions fort notre maître pour quelques peccadilles harmoniques échappées dans la rapidité du travail. Grand débat s'élevait entre nous sur cela, et nous finissions d'ordinaire par nous transporter chez Méhul, Toracle de Boieldieu, et notre juge à tous. Quelquefois l'illustre compositeur se
rangeait de notre avis. Alors Boieldieu se soumettait sans discussion, et jamais le moindre mouvement d'humeur ne se manifestait contre nous, malgré notre irrévérence et notre petit triomphe. »
Le Calife, qui, au point de vue musical, était bien loin de valoir Beniowski,' o\i\Ài\\. un des plus grands succès qu'on ait vus au théâtre. Boieldieu avait rencontré cette fois ce qui lui a manque si souvent, une pièce bien intriguée, spirituelle, écrite avec talent et très-amusante. L'ouverture eut une vogue prodigieuse : elle a fait, vingt années durant, le bonheur de tous les élèves de piano. Elle a, il est vrai, la forme d'une sonate en style libre plutôt que d'une ouverture, et l'instrumentation en est assez pauvre; mais les mélodies ont une grâce exquise et je ne sais quelle expression voluptueuse où l'on crut reconnaître le caractère oriental. Mais ce qui surtout réussit auprès du public, ce fut l'air de la suivante Késie : De tous les pays, pour vous plaire^ etc. Personne ne s'étonna qu'une fille de Bagdad connût si bien et décrivît si coireclement les mœurs européennes de la fin du dix-huitième siècle. Les romans de Voltaire avaient mis à la mode ces anachronismes de propos délibéré qui n'étaient qu'un cadre ingénieux pour la satire. On admira la flexibilité de talent dont l'auteur faisait preuve dans cette série d'échantilloils du style musical français, italien, espagnol, écossais, anglais, et l'on ne trouva pas mauvais que, dans celte sorte de musée ethnologique, une valse représentât l'Allemagne. On a le droit de se demander aujourd'hui pourquoi cet air, le plus important de la partition, est placé dans la bouche d'une confidente qui, après l'avoir chanté, disparaît de la pièce. C'est qu'on avait alors, à l'Opéra-Comique, des acteurs pour jouer les rôles, et des chanteurs pour exécuter, ici ou là, quelque brillant morceau, qui n'était souvent qu'un hors-d'œuvre. On y introduisait la vocalisation comme on introduit la danse dans un grand opéra.
Une romance exceptée, laquelle est assez médiocre, le reste de la partition est écrit d'un style élégant, facile, et abonde en gracieux motifs. Dans le finale, la musique s'adapte à merveille à la marche
et aux péripéties de raelion dramatique, et rorchcslre y joue un rôle qui n'est pas sans intérêt. Je ne puis nier que Tharmonie ne soit partout d'une simplicité primitive^ mais il ne faut pas se dissimuler non plus que celte simplicité dut être une des principales causes de la popularité à laquelle parvint si promptement le Calife de Bagdad. En 1801, le public, en France, ne comprenait encore que la mélodie. Les dissonances, les modulations, les marches harmoniques, les combinaisons du contrepoint troublaient son plaisir. Les accompagnements compliqués l'agaçaient. 11 estimait la science, et, voyant tous les musiciens s'incliner au nom de Cherubini, il en faisait, — sur parole et de conliance, — le plus grand cas; mais il s'en tenait à une distance respectueuse.
Si Ton en croyait Adolphe Adam, ce serait après Téclatant succès du Calife de Bagdad que Boieldieu, sentant « tout ce qui manquait encore à son talent, comprenant que, quels que soient les dons que la nature vous ait prodigués, il est encore dans la science des ressources dont le génie doit profiter, » aurait demandé des leçons à Cherubini. On a vu plus haut ce qu'il en faut penser. Un fait a pu donner à ce conte quelque vraisemblance : c'est que, pendant toute l'année 1802, Boieldieu ne donna aucun ouvrage. Mais Ma Tante Aurore fut représentée pour la première fois le 13 janvier 1803 ; c'était un opéra en trois actes. Il avait fallu probablement trois mois pour le répéter, il en avait bien fallu sept ou huit pour l'écrire. 1802 n'a donc pas été pour Boieldieu une année de repos, comme le croit M. Fétis, ni d'études scolastiques, comme le dit Adam, mais de travail et de production. Il est certain qu'à partir de Ma Tante Aurore ^ il se montre plus habile à disposer les voix dans les morceaux d'ensemble, que son harmonie est plus correcte, son style plus châtié, son instrumentation plus sobre, plus nette, plus vigoureuse. Mais M. Fétis explique ce fait incontestable sans recourir à Cherubini. « Il est certain que si Boieldieu eut un style plus pur dans sa partition de Ma Tante Aurore^ c'est que sa sévérité pour lui-même date de l'époque où il écrivit cet ouvrage. Il
employa beaucoup de temps à le revoir, à le corriger; et, depuis lors, il a suivi le même système pour toutes ses productions, b
Dans Ma Tante Aurore^ Boieldieu avait pour collaborateur un M. de Longcbamps, qui n^a laissé aucune trace brillante dans This* toire littéraire de cette époque. Ce qui a manqué à ce cbarmant musicien, bien plus que la science du contrepoint et de la fugue, c^est ce que la fortune devait donner plus tard à M. Auber^ un associé digne de lui. Boieldieu n^a travaillé qu'une fois avec Scribe, et Ton sait ce que cette collaboration a produit. Pourquoi est-il mort sitôt? ou bien, pourquoi Scribe est-il arrivé si tard?
J'ai dit que Ma Tante Aurore avait trois actes ; elle ne les a pas eus longtemps. A vrai dire, le sujet n'en comportait qu'un. La tante Aurore est une vieille fille très-riche, qui passe sa vie à lire des romans, qui en a la tête tournée, et ne veut donner sa nièce Julie ([u'à un paladin rival d'Amadis des Gaules ou de don Galaor. Julie n'est pas si ambitieuse. Elle a distingué à Paris, pendant l'hiver, M. Yalsain, jeune homme aimable et bien tourné, qui s'est pris pour elle d'une passion délicate et discrète, et qui aspire prosaïquement à un mariage ajusté par un notaire et célébré par l'officier de l'état civil. M"* Aurore y veut plus de façons; et, quand sa nièce lui déclare qu'elle est amoureuse, elle lui répond que cela n'est pas vrai. «
Je ne tous vois Jamais rêveuse; Vous lisez sans distractions, Jamais d*aflection nerveuse, Jamais de palpitations.
A tout vous préférez la danse, A Marton vous montrez des pas, Et rintéressante romance Pour votre cœur est sans appas ':
Non, ma nièce, vous n*aimez pas.
Le nom de Valsain» prononcé par Julie^ lui donne un accès d'indignation. Yalsain ! le neveu et l'unique, héritier du propriétaire de la terre voisine! un jeune homme élégant qui ne songe qu'à jouir paisiblement de sa fortune, qui croit sans doute n'avoir qu'à
se présenter pour plaire et qu^è demander pour obtenir! Ce nW pas lui qui subira jamais les épreuves et accomplira les hauts faits par lesquels un héros se rend digne de celle qu'il aime, etc. Julie comprend et fait comprendre à Yalsain qu'il faut flatter la manie de la tante Aurore. Elle va se promener avec Marton, sa suivante, dans un bois voisin du château. Tout à coup elle pousse des cris aigus. Marton crie encore plus fort. Des coups de pistolet retentissent, puis Yalsain paraît^ portant dans ses bras Julie évanouie, pendant que Frontin soutient Marton. Us ont sauvé les deux beautés errantes des attentats d'une troupe de bandits armés jusqu'aux dents. On devine le reste. Cela remplit le premier acte. Mais que reste- l-il pour les autres?
La seule péripétie du second^ c'est qu'un vieux soldat, jardinier du château, découvre que les brigands n'ont jamais existé, et que les deux paladins ont vaincu sans combat. Grande colère de la tante Aurore. Mais, comme on lui fait des excuses, elle s'apaise, pardonne et consent au mariage désiré.
Voilà la pièce, telle qu'elle est aujourd'hui, et l'on conviendra que ce second acte n'est pas surchargé d'incidents. — - Que pouvait^il y avoir dans le troisième?
Il est difficile de l'imaginer aujourd'hui; mais tous les mémoires du temps nous apprennent que ce troisième acte, outrageusement sifflé, entraîna la chute de Touvrage. Les auteurs prirent vaillam* ment leur parti et tranchèrent dans le vif. A la seconde représentation. Ma Tante Aurore^ réduite à deux actes, réussit à merveille, et Ton ne songea plus qu'à applaudir le duo de Yalsain et de Frontin, chanté par Martin et par Elleviou, le quatuor exécuté par ces deux personnages avec Julie et Marton, les couplets de la tante Aurore, son duo avec Georges l'invalide, et le duo de Frontin avec Marton. Assurément, Boieldieu avait montré là cent fois plus d'imagination et de savoir-faire que dans k Calife de Bagdad,
L'ouverture de Ma Tante Aurore a le défaut^ très-grave pour nous, d'être monotone ; — je prends ce mot dans son acception
liuérale. — La tonalité n'y varie guère que de solk réy et de ré à sol^ mais elle est pleine de mélodies fines, gracieuses, élégantes, et brillamment instrumentée. Adam en fait remarquer « la suave introduction, où les violoncelles sont si habilement disposés, » ainsi que Taccompagnement du premier àua: Malgré de trop justes alarmes, etc. 11 aurait dû faire remarquer aussi la conduite et le style de ce morceau, digne à tous égards d'un maître italien. Une troupe italienne était venue à Paris en 1802; elle avait donné, dans la salle de la rue de la Victoire, des représentations que Boieldieu, selon toute apparence, avait suivies. 11 avait entendu là d'admirables modèles de la manière d'écrire qui s'accordait le mieux avec son organisation et ses instincts. Il avait trouvé sa voie. 11 est évi- . dent, pour quiconque a étudié sérieusement Boieldieu, qu'à dater de 1802, il ne chercha plus à ressembler à Méhul. C'est Paisiello, c'est Cimarosa, c'est Guglielmi qu'il a devant les yeux. Seulement, il les imite en homme à qui la nature a fait sa part de génie, sans abdiquer sa personnalité, sans rien perdre de son caractère propre ni de sa physionomie.
Le quatuor des quatre amants, — Frontin est amant de Marton, comme Valsain de Julie. C'est ce qu'on trouve invariablement dans tous les opéras comiques d'alors , et l'on ne s'expliquerait pas la prodigieuse patience avec laquelle le public a vu si longtemps, sous des titres différents, la même pièce, si l'on ne savait que le peuple français, qui se croit léger, est, au fond, le peuple le plus routinier de la terre, — le quatuor des quatre amants, dis-je, est resté ce lèbre; il est fait avec esprit, très-chantant et très-gai d'un bout à l'autre. Cependant il faut avouer que l'harmonie n'en est pas toujours correcte, et que les voix y sont assez maladroitement agencées. Méhul avait fait, deux ans auparavant, le même quatuor dans rirato : même situation, même voix (deux sopranos, ténor et basse), mêmes personnages (l'amant et son valet, la maîtresse et sa soubrette), très-probablement mêmes acteurs.
Pour la disposition des voix et des instruments, pour l'harmonie
et la modulation, l'œuvre de Méhni est infiniment supérieure, mais il y a bien plus d'idées mélodiques et une gaieté bien plus naturelle dans celle de Boieldieu.
En revanche, dans le couplet de la tante Aurore, dont j'ai cité plus haut les paroles, Tharmonie est excellente, l'accompagnement piquant est plein d'intérêt. Tout le monde connaît d'ailleurs ce chant facile, élégant, spirituel, et qui exprime si bien les lubies de la vieille fille. Cimarosa aurait eu delà peine à faire mieux.
Il n'aurait certainement pas désavoué le duo qui suit : Quoi l vous avez connu Pamour? On croit y sentir le souffle de ce grand homme courant sur toutes les mesures, comme celui de Dieu sur les eaux : Spiritus Domini ferebatur super aquas. On peut y reprendre, il est vrai, en assez honnête quantité, des fautes de prosodie que Cimarosa n'eût point commises; mais c'est ce dont personne ne s'inquiète en France, ni les auditeurs, ni les musiciens, ni même les poètes, qui devraient y attacher une grande importance, et qui, pour la plupart, ne savent pas ce que c'est. Les ritournelles, le chant, le dialogue, l'ensemble des deux voix, présenté d'abord en fo, puis reproduit en ré y avec les modifications nécessaires pour qu'il soit aussi vocal la seconde fois que la première, les modulations, — car il y en a! — les rentrées enfin, tout est bien mené, tout est spirituel et du meilleur comique. Voilà le style bouffe, facile, coulant, gai sans effort, sans affectation et sans trivialité! Boieldieu est un des rares Français auxquels il a été donné d'y réussir.
Ce duo commence par une ritournelle de deux mesures, et la tante Aurore doit entrer résolument sur le premier temps de la troisième, par ce vers :
Qaoi I vous avez connu l'amour ?
M"* Gonthier, qui jouait le rôle de la tante Aurore, était une comédienne spirituelle, pleine d'entrain et de gaieté, mais elle ne savait pas la musique, et n'avait pas, apparemment, l'habitude
de compter des pauses. Malgré sa bonne Tolonté et ses efTorls, elle s'y prenait tout de travers, et^ aux répétitions, son çuoii arri* vait toujours à contre-temps. Boieldieu, qui était homme de ressource, inventa un procédé pour la tirer d^embarras.
— Aussitôt que vous entendrez la ritournelle, faites-moi tout bas un petit compliment ; dites-le deux fois de suite, et mettez la première syllabe du duo à la place de la dernière syllabe de mon nom :
Qa*il est gentil, mon Boieldiea ;
Qu'il est gentil, mon Boiel. — Quoi 1 etc.
Vous êtes sûre de ne jamais vous tromper.
Ainsi fit M"* Gonthier, et le duo marcha a comme sur des roulettes. »
Cette anecdote ne mériterait peut-être pas d'être racontée, si elle ne montrait combien ces petites contrariétés, qui froissent et irritent tant de compositeurs, avaient peu de prise sur Thumeur toujours égale, toujours aimable de Boieldieu .
Le rondeau de Julie ;
D'un pea d*étoarderie Empruntons le secours,
est criard, parce qu'il est écrit trop haut, selon l'usage du temps. Si on l'abaissait d'une tierce, il serait bien plus agréable à en* tendre et bien plus commode à chanter. Il est, d'ailleurs, trèsfacile et très-léger de style. Le sens des paroles l'exigeait. Le compositeur y a parfaitement rendu le caractère de rhéro!ne. Si ce caractère est froid et, par conséquent, peu musical, c'est à l'auteur de }a pièce que Ton doit s'en prendre, et au système français. Chez nous, les faiseurs de livrets s'inquiètent bien plus de montrer leur esprit que de donner de la passion à leurs personnages.
Le second acte est beaucoup moins riche que le premier; il débute par un air fort long et fort dénué d'intérêt. La froideur du
sujet y a déteint visiblement sur l'imagination du musicien, et je doute que Martin, tout Martin qu^il était, ait pu réussir à le réchauffer. 11 se trouvait suffisamment dédommagé, sans doute, par le duo entre Fronlin et Marton : De toi^ Frontzn,je me défie ^ etc. , où le compositeur prend une éclatante revanche. Ce chef-4'œuvre de mélodie facile et gracieuse est si universellement connu, qu'il me suffira, je pense, de l'indiquer.
Le finale du premier acte est très-court; celui du second acte est plus développé, plus varié d'intentions et de mouvements. Le librettiste y a introduit une petite péripétie, — la seule de la pièce ; — Boieldieu Ta rempli de motifs charmants et de détails ingénieux. On ne saurait adapter plus heureusement la musique à Faction théâtrale. Ce long morceau est digne, à tous les points de vue, des trois duos et du quatuor.
Le succès de Ma Tante Aurore, qui fut très-grand, et se soutint pendant plusieurs années, avait élevé Boieldieu au premier rang. S'il n'avait pas le coloris vigoureux de Méhul, ni la science de Cherubini ou de Gatel, il se soutenait à côté d'eux par des qualités plus facilement appréciables et plus sympathiques à la masse du public. 11 marchait l'égal de Dalayrac et de Rerton. Il avait laissé derrière lui, — à des distances inégales, — Devienne, Gaveaux, Solié, Jadin, Plantade le père, etc. Grétry avait cessé d'écrire; Délia Maria n'avait brillé qu'un moment ; Nicole venait d'arriver et n'était encore qu'une espérance. La carrière s'ouvrait donc alors devant Boieldieu large, immense et dégagée de tous les obstacles qu'il y avait d'abord rencontrés. Comment renonça-t-il de lui-môme à la parcourir? comment se résigna-t-il à quitter tout à coup, au milieu de ses triomphes, une patrie qui lui était si douce et la place brillante qu'il s'y était faite, pour chercher à l'étranger une position moins indépendante, moins lucrative peut-être, moins féconde, assurément, pour sa renommée et son avenir?
C'est qu'il s'était laissé entraîner, on ne sait trop comment, à une erreur dont il commençait à subir les inévitables conséquences. Le
19 mars 1802, au namnent même où il travaillait à celte charmante partition, Ma Tante Aurore^ il avait épousé une danseuse de rOpéra, célèbre alors et fort applaudie, Clotilde-Augustine Mafleuroy . Il ne tarda guère à s'apercevoir que ce mariage ne convenait sous aucun rapport à un homme tel que lui, et qu'il lui serait impossible de vivre honorablement à côté de celle à qui il avait donné son nom. Cette déception était cruelle. Boieldicu se souvint sans doute de ces deux vers si connus :
Le bruit est pour le fat, la plainte est pour le sot. L*honuôte homme trompé s'éloigne et ne dit mot.
S'éloigner au plus vite, s'éloigner 1i tout prix devint pour lui un besoin impérieux.
Précisément èans le même temps, on lui faisait, au nom de la cour de Russie, des offres avantageuses. Il les accepta comme un prisonnier accepte la délivrance. Il partit pour Saint-Pétersbourg, au mois d'avril 1803, avec deux virtuoses de ses amis, Lamare et R. Kreutzer, laissant inachevé un opéra en trois actes, le Baiser et la Quittance, dont il avait écrit seulement quelques morceaux. Peut-être n'en avait-il dû faire en effet que le quart. On est tenté de le croire quand on voit qu'un autre quart est Tœuvre de R. Kreutzer, son compagnon de voyage. L'ouvrage, terminé par Méhul et Nicole^ fut joué à Feydeau le 17 juin de la même année. Le poëme avait trois^au leurs. Picard, de Longchamps et Dieulafoy. Sept pères pour un seul enfant! c'était beaucoup trop pour qu'il fût viable. Qui a jamais entendu parler du Baiser et la Qutt^ tancel