DR 0 NE
jovialité exagérée » et l’optimisme ont été remarqués dans presque tous les cas traités par la cortisone et l'A. C. T. H. à l'Hôpital de Massachusetts. Ils divisent leurs observations en deux groupes : troubles légers, troubles importants.
1° Troubles légers : quatre observations
OBSERVATION ÎI
Un ouvrier boulanger de vingt-sept ans est admis pour la troisième fois, en mars 1950, pour des arthrites, rhumatismales généralisées et un ulcère duodénal. Pendant cent dixneuf jours, il reçut en moyenne 55,6 mg. d’A. C. T. H. par jour (total, 6,615 g.) pour ses arthrites. Avant cette thérapeutique, c'était un sujet quelque peu instable avec des épisodes dépressifs peu sévères, conséquences de la maladie le rendant impotent. Son humeur dominante, après l’A. C. T. H., était une euphorie tranquille et il la décrivait ainsi : « Je pouvais rire toute la journée. Je me sentais moins déprimé à propos de mon état, plus optimiste. »
Il souffrait par moments, pendant plusieurs heures, d’une sensation particulière au niveau du front, «comme si mes cheveux étaient plaqués sur mon front avec quelque chose de collant ». Il n’y avait pas de modification de son humeur, de son comportement, ou de ses organes des sens, sauf ces paresthésies. Une fois cependant, après huit semaines d’un traitement avec 80 mg. par jour, il devint indifférent, apa-
thique et découragé, se plaignant en même temps de paresthésies frontales particulièrement sévères et d’une sensation de lourdeur dans la tête. Ces symptômes durèrent quelques jours, mais se calmèrent spontanément ayec une réduction de la dose à 60 mg. Le malade quitta le service en septembre.
OBSERVATION II
Une femme de trente et un ans fut admise en septembre 1949. Elle entreprit un traitement prolongé par la cortisone et l’A. C. T. H. pour un psoriasis chronique et des arthrites rhumatismales généralisées et anciennes. Son passé n’apportait rien du point de vue psychiatrique; en. réalité,
elle était remarquablement équilibrée, souffrant en silence malgré sa douloureuse maladie. Pendant cent quatorze jours, elle reçut au total 12,898 g. d’A.C.T.H. sans changement notable de son état mental, si ce n’est une euphorie tranquille: deux jours après la fin du traitement, elle se plaignit brusquement que «tout allait mal». Elle souffrait d’une « lourdeur de la tête importante, un mal de tête sans douleur », de crampes musculaires passagères (sensations de constriction) au niveau des mains et des pieds, et de faiblesse généralisée. Levant son bras au niveau de la région susorbitaire, elle disait : «Je me sens toute brumeuse et cotonneuse, là ». En même temps, elle manifesta un intérêt, inhabituel jusqu'alors, au sujet de sa santé et traduisit pour la première fois son anxiété à propos des effets inesthétiques de ses arthrites et de son psoriasis. Le jour suivant, elle se plaignit, en outre, d’une douleur rétro-sternale mal définie, avec anxiété marquée et crainte de la mort. Le troisième jour, cet état mental anormal et ses sensations étaient moins nettes. . Ensuite, la malade reçut per os 24,4 g. de cortisone pendant dix-huit semaines sans modification psychique appréciable, hors ‘une légère euphorie, alternant avec de brèves périodes de découragement en rapport avec les variations de son état somatique. Elle quitta l'hôpital en janvier 1951.
OBSERVATION III
Un sergent de vingt-trois ans entra en octobre 1949, pour traitement d’un syndrome de REITER avec uréthrite, conjonctivite et arthrites. C’est un sujet intelligent et optimiste, sans antécédents psychiatriques, ni troubles de l’émotivité. Il reçut 100 mg. d’A. C. T, H. intramusculaire par jour, du 31 décembre au 7 janvier 1950. Le quatrième jour du traitement, le malade parut « déprimé », aux infirmières de garde. Le jour suivant, il subit un examen psychiatrique. À ce moment, il reconnut qu’un changement précis s’était produit dans son état mental la veille, quand il eut l’impression de « sensations nuageuses » d’abord momentanées, puis devénant continues ce jour et le jour suivant. Cet état se traduisit par un désintérêt de ses distractions habituelles, une vague indif-
férence, à un degré moindre un retard intellectuel et moteur, des possibilités amoindries de concentration et des difficultés à suivre une idée au cours de la conversation et, enfin, un sentiment mal défini de détachement du réel. Il ne se disait pas déprimé et anxieux, mais 1l était manifestement quelque peu préoccupé par les modifications de son état mental. Le troisième jour, il resta sans changement, bien qu'il fut plus rénfermé et plus discret dans la conversation. Cependant, tôt dans la soirée, une polyurie spontanée et importante coïncida avec un éclaircissement de ses sentiments nuageux; il dormit bien, mais, le lendemain matin, les symptômes réapparurent, quoique modérément, pour persister le dernier jour du traitement. Le jour suivant, ils étaient revenus comme avant. L'apparition de modifications nettes dans l’équilibre hydrique doit être signalée dans ce cas. Son poids augmenta de 2,5 kg. pendant les quatre premiers jours du traitement et revint ensuite à un taux normal pendant les quatre jours suivants. Il quitta l'hôpital le 16 janvier.
OBSERVATION IV
Un étudiant de vingt-quatre ans fut hospitalisé en mars 1950 pour traitement d’un syndrome de REITER avec uréthrite, kératite et arthrites. Il reçut 2,875 g. d’A. C. T. H. pendant vingt jours. Examiné avant le traitement, il se présentait comme un sujet agréable, très sociable, tranquille, légèrement introspectif, mais apparemment bien adapté. Son état mental resta inchangé, avec toutefois une euphorie tranquille jusqu’à la dernière semaine du traitement. A cette période, où la dose utilisée était passée de 160 à 200 mg. par jour, on remarqua un changement progressif dans son comportement et ses dispositions. Il devint sarcastique, exigeant, moins sociable et moins communicatif. Le dix-huitième jour du traitement, il convint de ses modifications: il décrivit une sensation vague de « lourdeur », de « brume » au niveau du front, ainsi qu’une impression d'ivresse en parlant. Il ne se disait ni anxieux, ni déprimé. Ces troubles s’espacèrent progressivement pendant les trois jours qui suivirent l’arrêt du traitement. Il quitta l’hôpital le 5 juillet,
Pet. Vert
Troubles graves
OBSERVATION V
Une mère de famille de vingt-trois ans fut hospitalisée cinq fois (de mars 1948 à décembre 1950) pour traitement d’un lupus érythémateux disséminé. Avant le traitement, la malade avait un comportement assez puéril, parfois turbulente comme un enfant, mais elle était en général bien adaptée et bien équilibrée, sans antécédents psychiatriques.
Durant son deuxième séjour, elle reçut un premier traitement d'A. C. T. H. de 1.275 mg. En dehors d’une euphorie légère, le premier changement psychiatrique notable survint le 14 août où elle devint progressivement loquace, hyperactive et agitée. Dans la nuit du 16 août, elle se mit à donner des coups de pied au plancher en criant, donnant des coups de de tête contre les murs, et craignit « qu’elle allait devenir folle ». Le jour suivant, vue par un psychiatre, celui-ci remarqua plusieurs changements dans son état mental : de complaisante, elle était devenue exigeante, méfiante, oppositionniste, avec distraction notable, labilité émotionnelle, alternatives d’insouciance et de lamentations; on notait aussi une certaine dissociation de la pensée, visible dans la structuration incomplète de ses phrases et une agitation motrice importante. Elle montra aussi des préoccupations croissantes à propos de sa défiguration, abusant de cosmétiques et se couvrant la tête, en partie chauve. A cette époque, elle écrivit une lettre à sa sœur, faite de phrases gribouillées et incohérentes, la suppliant de l'empêcher de devenir folle, et où elle se décrivait de manière grotesque « grasse comme un cochon » et « remplie d’eau salée ». Il n’y avait ni confusion importante, mi désorientation, ni ballucinations. Après l’arrêt de l'A. C. T. H,
le 18 août, polyurie importante, coïncidant avec un éclaircissement des troubles mentaux. Le 22 août, on commença un second traitement avec l'A. C. T. H. jusqu’au 17 novembre, sans manifestations psychotiques. Cependant, le 13 septembre, pendant quelques heures, elle fut très agitée avec un comportement maniaque. En octobre et novembre, elle devint progressivement difficile à soigner à cause d’une anxiété