II. — LA MALADIE
Elle retiendra assez peu notre attention, car nous ne saurions reprendre en détail les troubles psychiques que l’on a signalés au cours des différentes maladies qui ont été traitées par la cortisone. Nous avons déjà insisté sur ce sujet à propos de l'observation de M. Li, en discutant l’éventualité d’une encéphalopathie addisonienne ou d'accidents psychiques hypoglycémiques; nous reviendrons, à propos de la pathogénie, sur les relations qui existent entre les troubles mentaux du syndrome de Cushing, du rhumatisme cérébral, et ceux de la CORTE thérapie surrénale.
Il est indiscutable que certaines maladies, telle la maladie de LiBMAN-SACHS, la périartérite noueuse, peuvent déterminer, en dehors de toute thérapeutique, des symptômes psychiatriques, de même la maladie de BouILLAUD; mais on ne peut nier, depuis l’entrée de la cortisone dans l'arsenal thérapeutique, l'augmentation importante des
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cas publiés, en particulier dans des maladies comme la -polyarthrite chronique évolutive, les dermatomyosites où ils sont signalés très exceptionnellement. Ainsi, LEM- KAN et ses collaborateurs ont étudié la fréquence des troubles psychonévrotiques qui surviennent dans une population donnée, tout en excluant ceux dus à la sénilité. Ils l’ont évaluée à 20 p. 1.000. Or, le pourcentage de ces mêmes lroubles qui surviennent après les traitements à l’A.C.T.H. ou à la cortisone est proportionnellement beaucoup plus élevé pour des statistiques analogues. Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître le rôle joué par la cortisone et tendent peut-être à lui attribuer le rôle unique, alors que la maladie, autant que la constitution psychopathique, a une influence non négligeable. La plupart des affections ont une action directe ou indirecte sur les cellules nerveuses et le métabolisme cérébral : VAN BoGAERT parlait du tropisme du virus rhumatismal pour le mésocéphale, la maladie d’Addison perturbe les circuits électriques du cerveau. et toutes ces altérations constituent des points d’appel de l’action de la cortisone et entraineront à nouveau de nouvelles modifications, dont certaines pourront expliquer les troubles mentaux que nous cherchons à comprendre.
Dans d’autres maladies, où le rôle de facteur allergique est certain, il semble logique d’admettre une probabilité plus grande de complications œdémateuses, d’œdème cérébral notamment, surtout s’il existe, comme nous le verrons, une action spécifique dé la cortisone sur la circulation. |
Enfin, la maladie exerce une action certaine sur la personnalité du malade; c’est ainsi que HaRRis et CHRIs- TIANSAN Ont pu établir un profil psychologique dans les maladies chroniques chez les sujets ayant subi une maladie physique, un accident ou une opération, et dont la guérison tarde à se produire. Ce profil correspond à un syndrome combinant des signes de la série dépressive et
hypochondriaque; or, il a été retrouvé chez des malades rhumatisants (Service du Professeur CoSTE), avant d’être lraités par la cortisone, en utilisant le test M.M.P.I (inven- {aire multiphasique de la personnalité de Minnesota). Le profil est modifié d’ailleurs par la thérapeutique, et DELAY, qui en a étudié les variations d’après une statistique portant sur onze malades, conclut que cette thérapeutique tend à améliorer le profil du M.M.P.L en abaissant les tendances névrotiques, mais fait aussi apparaître des éléments de la série moriatique (euphorie, baisse légère des valeurs morales, tendances hypomaniaques); d'autre part, les modifications observées sont en rapport avec le profil pré-thérapeutique, PA.C.T.H. tendant à niveler tous les scores au niveau moyen du sujet.
Les auteurs américains, notamment Bropy, considèrent qu'à l’origine de la plupart des maladies qui sont améliorées par la cortisone, il existe des facteurs psycholo- ‘giques et émotionnels qui, non seulement conditionnent le déclenchement de la maladie, aboutissant inéluctable de « situations de vie critiques » trop souvent renouvelées, mais qui expliquent aussi, une fois la maladie apparue, les nouvelles formes de comportement, en particulier au cours de la corticothérapie surrénale.
Après la constitution et la maladie dont nous avons envisagé les rôles respectifs, nous allons voir maintenant les différentes actions de la cortisone sur l’activité cérébrale. Si maladie et constitution font le « lit » des accidents psychiques de la cortisone, le rôle principal lui revient néanmoins, Car, parmi les thérapeutiques employées, elle provoque seule, avec une fréquence qui dépasse la simple coïncidence, les troubles mentaux qui font l’objet de cette étude.
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