II. — LES MÉTHODES DE CHOC ET LA SÉCRÉTION D’A.C.TH
Les études qui cherchent à mettre en parallèle les méthodes de choc et la sécrétion d’A.C.T.H. sont à l’honneur, et DELAY a tenté une mise au point des connaissances actuelles dans son rapport : « Choc et réaction d’alarme », à l’occasion du centenaire de la « Société Médico-Psychologique ». Nous allons essayer de dégager
les. points essentiels qui permettent d'identifier (ou de séparer) l’action thérapeutique de l’électro-choc (*) à une simple libération d’A.C.T.H., ou d’en faire une méthode thérapeutique véritablement originale. :
Il existe dans l’évolution du syndrome humoral de l’électro-choc deux phases bien étudiées par DELAY et SOULAIRAG, à savoir : le syndrome sympathique (phase adrénalinique avec leucocytose, hypertension, hyperglycémie, acidose), qui est identique à la première phase de choc de la réaction d’alarme.
Une deuxième phase, qui présente les mêmes manifestations biologiques que celles de la phase de contre-choc : lymphopénie, avec éosinopénie, augmentation du rapport acide urique-créatinine et de la sécrétion urinaire des hormones céto et oxycortico-stéroïdes (ALTSCHULE, Hoa- GLAND, MALAMUD, PINcuS et DELAY).
Ces réactions caractérisent la mise en branle de mécanismes hypophyso-surrénaux, puisqu'elles peuvent être reproduites par une injection dè :25 mg d'ACTH' HoaGLAND et PiNcus estiment qu’un ‘électro-choc correspond à Ia sécrétion de 100 mg. d'A.C.TH, et cette analogie entre les conséquences de l’électro-choc et la libération d’A.C.T.H. trouve une confirmation dans les expériences de HircH, qui a pu reproduire chez des souris multi-choquées, des arthrites, des lésions de périartérites noueuses, des hémorragies gastro-intestinales, comme si lélectro-choc pouvait déclencher des manifestations qui rentrent dans le cadre des maladies -de RDA de Selye.
Doit-on, cependant, considérer l’électro-choc comme une méthode un peu particulière de libération d’A.C.TH. endogène, et semble-t-il logique de limiter peu à peu ses
< (*) Nous nous intéresserons surtout à l’électro-choc, car il a été non seulement le plus étudié, mais aussi, comme le montre DELAY, parce que les autres méthodes de choc (encéphalographie gazeuse, anoxémie-cardiazol, mais non l'insuline) donnent lieu à des manifestations biologiques identiques (J. DELAY : Méthodes biologiques en psychiatrie. Masson, 1950).
indications en lui substituant l’A.C.T.H., plus facile à administrer ? Si cela doit être, on ne peut, pour l'instant, malgré l’avis de certains, le considérer comme une acquisition faite de la thérapeutique psychiatrique, car de nombreux arguments militent en faveur d’une action complexe du choc électrique, le chaînon hypophyso-surrénal étant intéressé, mais au même titre que les autres, avec peut-être une action élective.
Disons tout d’abord qu’il serait paradoxal d'établir un traitement à l’A.C.T.H. chez des sujets qui présentent des troubles psychiques et sont justiciables d’électro-chocs, alors qu’il est démontré par l’expérience que ce sont ces malades-là qui doivent, plus que tous autres, faire les frais de complications mentales : dans les pages qui vont suivre, nous trouverons une confirmation de cette restriction de l’emploi de l’A.C.T.H. dans le traitement de maladies mentales.
Si le rôle de l’A.C.T.H. est démontré dans le déclenchement du syndrome humoral de l’électro-choc, il ne faut pas oublier que ce syndrome qui, pour DELAY, joue un rôle essentiel dans lefficacité thérapeutique, n’est pas isolé et qu’il s’y ajoute de nombreux éléments, en particulier le travail musculaire et la perte de conscience. Nous ne pouvons nous y étendre, mais nous signalerons seulement que le travail musculaire (*) joue un rôle non négligeable dans le syndrome humoral et dans la libération d’A.C.TH.; il entraîne des modifications métaboliques particulières (hyperprotidémie, augmentation de lacide pyruvique dans le sang), qui contribuent à former le syndrome humoral, dont nous n’avions donné précédemment que les éléments trouvés chez des animaux choqués sous curare ou penthota!l (donc sans manifestations convulsivantes), et ces altérations biologiques interfèrent avec les premières réactions décrites; le travail musculaire cons-
(#) Professeur DELMAS-MARSALET : Origine du syndrome humoral de Pélectro-choc. Presse Médicale, 1944, n° 23, pp. 334-335.
titue, en outre, un «stress » très important, souligné par H. SELYE, et est susceptible, par lui-même, de déclencher une décharge d’A.C.T.H. différente de celle déclenchée par le passage du courant et qui lui est légèrement postérieure. | pus
Peut-être serait-il possible d'expliquer ainsi la supériorité thérapeutique de l’électro-choc avec convulsions sur l’électro-absence. 6 |
Il faut remarquer aussi que la sollicitation de la glande surrénale n’est pas exclusive et que les autres glandes endocrines sont instamment sollicitées. En clinique, on note parfois chez des malades traités, des troubles endocriniens (hypothyroïdie, aménorrhée), et l’expérimentation animale a confirmé, par l'étude des troubles du cycle sexuel, qu’il existe une stimulation des stimulines hypophysaires dans leur ensemble. Enfin, chez des animaux surrénalectomisés, puis électro-choqués, on note encore une hyperglycémie moins importante que chez l'animal normal, mais qui se montre insulino-résistante.
Chez l’homme, HEMPHILL et REIss ont étudié les modifications de léquilibre endocrinien après l'injection d’A.C.T.H. ou électro-choc chez des malades mentaux, ce dernier étant considéré comme provoquant une, décharge de 120 mg. Ils ont étudié surtout les modifications de la fonction thyroïdienne à l’aide de liode radio-actif, et aboutissent aux conclusions suivantes :
1° Il n’y a pas identité de résultats : l’A.C.T.H. endogène étant différent probablement de l’A.C.T.H. exogène ‘il existerait peut-être plusieurs sortes d’A.C.T.H. (*).
2° Il est impossible de se baser sur les tests surrénaux
(*) Une différence d’action entre les A.C.T.H. endogène et exogène est certainement possible, car les préparations d’A.C.T.H. thérapeutiques sont très variables et ne donnent pas de produits purs et identiques; l’existence d’impuretés, dans les premiers essais, a joué peut-être un rôle dans la genèse de certains accidents : troubles mentaux, hypertension (extrait de lobe postérieur). L’unicité de VA. C. T. H. est maintenant de plus en plus discutée; la pluralité d'hormones corticotropes
permettrait d’expliquer laction de l’A.C.T.H. sur chacune des fonctions de la glande surrénale, maïs il ne s’agit encore que d’une. hypothèse.
pour faire un pronostic « en électro-convulsivo-thérapie ». 3° L’effet de l’électro-choc-thérapie dépend, non seulement de la façon dont la pituitaire antérieure mobilise ses stimulines en réponse au traitement, mais encore de l'état initial de l'équilibre endocrinien. L'effet bienfaisant de lélectro-choc peut être attribué à la production d’A.C.T.H., dans son rôle antagoniste de la fonction thyroïdienne,
On peut alors penser à bon droit qu’il existe d’autres voies que la voie surrénale, qui permettraient les modifications psychologiques et biologiques que détermine l’électro-choc; le passage du courant électrique perturbe un instant tout l’encéphale, excite surtout le diencéphale, qui dirige les métabolismes, et sollicite en particulier le centre sécréteur d’A.C.T.H. des noyaux para-ventriculaires de Hume avec retentissement secondaire sur l’hypophyse et les circuits endocriniens, d’une part, sur le cortex cérébral, et notamment les lobes frontaux, d’autre part (DELAY).
Enfin, si l’équation électro-choc = A.C.T.H. est juste, on devrait alors trouver les mêmes résultats thérapeutiques; nous allons voir maintenant qu’il n’en est rien, et que l’électro-choc conserve encore une place de choix en thérapeutique psychiatrique contemporaine.