LE PROBLÈME DE LA SOUFFRANCE
Question bien ardue à traiter que ce problème de la souffrance, question vitale cependant, car elle touche direcleinent tout être humain. Pas une créature au monde qui n’âit sa part de souffrances ; nul progrès véritable ne s’accomplit sans la souffrance ; nul être parvenu aux sommets glorieux de l’Évolution qui n’ait foulé, à travers les âges, le rude sentier de la douleur.
« La souffrance est-elle donc une loi ? » me direzvous. Non ! ellen’estpas une loi ; — si elleenétait une, elle serait de notre propre création et non de celle de Dieu. La souffrance n’est que le résultat inévitable de toute violation de la Loi divine ; toute créature qui souffre, souffre parce qu'elle a violé la Loi, soit dans cette vie, dans soit une existence passée, et d ne lui est pas plus possible d’éviter celte souffrance qu’il n’est possible, à un enfant, de toucher au feu sans être brûlé. Toutes nos souffrances sont donc la conséquence de nos actions, de nos paroles ou de nos pensées mauvaises, soit actuelles, soit antérieures.
Celte déclaration nous met tout de suite en présence des deux grandes lois qui forment la base de 1 enseignement Ihéosophique, comme celle de plusieurs
A CEÜX OL'I SOUFl BE.NT
religions de Tantiquilé : la loi de TÉvolution, dans laquelle est comprise la Réincarnation, et la loi de Causalité.
Ces deux grandes lois, que la théosophie rapporte au monde moderne, nous aideront à comprendre les causes d’utilité de la souffrance.
Mais votre première question sera tout naturellement celle-ci : « Qu’est-ce donc que cette nouvelle religion laquelle, surgie soudainement, prétend révéler la vérité au monde ? »
La théosophie n’est point une religion nouvelle ; elle ne prétend même pas être une religion. La théosophie a existé de tous temps, comme base et comme synthèse de toutes les religions et de toutes les philosophies religieuses. Elle est une science de l’âme : c’est la Sagesse antique qui se rappelle aux temps modernes. Elle ne prétend pas, cette Sagesse antique, faire échec aux religions actuelles, se poser comme leur antagoniste. Non, son but, au contraire, est de s'unir à elles dans la lutte contre le matérialisme et
THEOSOPHIE ET RELIGIONS
de les unir entre elles en même temps; car chacune déclare avoir le monopole de la vérité, et ne sait pas reconnaître, chez les autres, cette môme vérité sous des aspects différents.
Les théosophie désire être une aide aux religions, agrandir leur horizon trop souvent limité, les réconcilier avec la science, éclairer leurs symboles aujourd'hui oubliés ou méconnus, infuser une vie nouvelle dans leurs enseignements. Vers ces religions elle vient, les mains ouvertes, riche de connaissances qui vont toujours s'agrandissant. Voilà, en deux mots, ce qu’est la théosophie et quel est son rôle.
Retournons maintenant aux deux grandes lois dont je vous parlais tantôt, et arrêtons-nous premièrement à la loi de révolution universelle, ou plutôt à la réincarnation qui en découle tout naturellement.
La croyance en les vies successives de Tâme est aussi vieille que le monde. Les religions antiques de rinde l’ont enseignée; Pythagore, Platon et les néo-platoniciens l’ont affirmée; quelques Péîres de l’Église y croyaient, et Jésus en a fait mention à ses
disciples, ainsi que plusieurs passages des Évangiles en témoignent.
Si vous considérez, à un point de vue normal, cette conception des vies successives de Tâme, vous la trouverez infiniment plus rationnelle, plus juste et plus satisfaisante que n importe quelle théorie orthodoxe ou philosophique. Dans sa grandeur consolante, dans sa justice parfaite, comme elle laisse loin derrière elle cette affreuse doctrine de la prédestination qui fait un bourreau du Dieu d’amour I Quoi ! Dieu créerait les âmes pour le vice autant que pour la vertu ! 11 créerait une âme pure et vertueuse de tendances, la placerait dans un milieu sain et la conduirait paternellement au paradis, après l’avoir fait cheminer par une route facile et unie ? Cette autre âme II la créerait douée d’instincts mauvais, vicieux; Il la placerait dans un entourage malsain, en contact avec des vices abjects, ce qui conduirait fatalement cette âme au crime ? Mais... le criminel ne serait-il pas Dieu lui-même, dans ces conditions? Qui peut encore admettre une doctrine aussi effroyablement injuste, monstrueuse ? doctrine qui* fait dire à tant d’indignés « Si c’est là votre Dieu, je n’en veux point. Je préfère un ciel désert au ciel où règne un bourreau ! »
évolution
Hélas ! le chrislianisme si grand, si pur à son origine, si véritablement la religion d’amour et de sacrifice, donné à l’Occident par cette figure admirable du Christ... le christianisme a été, en bien des points,
indignement travestiet défiguré par de faux chrétiens,
des chrétiens qui portaient le nom, mais qui ne suivaient pas les lois de leur divin Maître...
Non ! les âmes ne sont point créées vicieuses ou vertueuses; ne faisons point cette injure au Père de toutes les créatures humaines. Les âmes sont telles qu'elles se sont créées elles-mêmes, dans un long passé d’existences se succédant les unes aux autres. Les âmes vertueuses sont des âmes avancées dans le chemin de l’évolution, des âmes qui, dans des milliers de vies passées, ont appris les leçons de l’expérience ;qui, après des siècles de luttes, ont vaincu leur nature inférieure, développé lentement les vertus qu’elles possèdent aujourd’hui. Les êtres vicieux, cruels et faibles tout à la fois, sont des âmes jeunes qui n’ont pas encore la notion du bien et du mal ; et dont la conscience — résultat des expériences innombrables du passé — ne s’est pas encore développée.
Ces âmes jeunes ont beaucoup à apprendre à la rude école de la vie, à l’école de la souffrance.
Voicidonccequenous,lhéosophes,nous affirmons : — prenez comme une hypothèse fidéeque jevaisvous présenter, si vous voulez, mais ne la rejetez pas avant de l’avoir étudiée sous toutes ses faces — les différences innombrables qui séparent les âmes entre elles ne sont que des différences d’âge. Il y a, entre toutes les âmes, des degrés infinis d’âge et de développement. Plus une âme est jeune, plus elle est ignorante, impulsive, esclave de ses passions, de ses désirs; moins sa conscience parle, moins elle possède la notion du bien et du mal, moins elle est capable de raisonner. Mais, à mesure que l’âme avance dans le chemin de l’évolution — ce chemin si long, si lent, si monotone dans la première période traversée par l’humanité I — à mesure cette âme se transforme, se développe, s’améliore. Tous les corps humains qu’elle a habités, toutes les personnalités qu’elle a revêtues — comme autant de vêtements que l’on re-
jettelorsqu’ilssontusés —toutescespersonnalités qui
la représentent sur la terre, qui sont ses instruments de travail, lui ont laissé, en l’abandonnant, un petit