UTILITÉ DE LA SOUFFRANCE
élément nécessaire à l’évolution humaine. Sans la souffrance, qui enrichit notre conscience, qui forge,, sans pitié, nos âmes au début de l’évolution, cette évolution serait infiniment plus lente. Car la conscience embryonnaire se développe plus rapidement dans la tourmente; elle se développe plus rapidement lorsque l’âme est secouée par des émotions brutales, lorsqu’elle est meurtrie parle choc des passions, par tous les heurts de la vie extérieure. La souffrance est donc indispensable aux débuts de l’évolution humaine, et elle est utile pendant toute la durée de cette évolution. Toujours plus intense, plus affinée à mesure que nous grandissons, elle est la fournaise où nous laissons toutes les scories de nos passions inférieures, de notre égoïsme; elle est encore fÉcole de l’amour et de la sympathie. Si elle aigrit parfois, plus souvent elle développe dans les cœurs le germe d’une tendre pitié pour tout ce qui souffre. Celui qui n’a jamais souffert — existe-t-il parmi nous? — pourra-t-il tendre les bras à son frère malheureux, pleurer avec celui qui pleure, trouver les paroles douces, apaisantes, qui mettent un baume sur les blessures ?
Pourquoi donc cette crainte exagérée de la souffrance? pourquoi cherchons-nous à l’éviter à tout
prix?... Il semble que ce soit là Tune des caractéristiques de notre époque. Nous inventons des remèdes pour les moindres maux... car nous ne savons même plus supporter une migraine!... nous évitons le contact de la misère, l’atmosphère des pauvres mansardes, nous évitons la lecture de scènes répugnantes de vivisection, ou la peinture de l’esclavage misérable où végètent tant de femmes, nos sœurs — et tout cela pour ne pas alarmer notre cœur sensible...
Sans le mal, la soullVance n’existerait pas. Or, comme la souffrance est utile, comme elle favorise le développement de l’Ame, par conséquent le mal aussi a son utilité... Je vous vois ici vous récrier! « Quel principe immoral! » — Pourquoi donc immoral? Il n’y a de réellement immoral que ce qui retarde l’homme, si vous réalisez l’action de la grande Loi évolutive. Pour nous, théosophes, la véritable moralité consiste à marcher toujours en accord avec cette grande Loi, à suivre le courant qui monte. Le mal, c’est en réalité tout ce qui nous retarde, tout ce qui fait obstacle à ce courant puissant, tout ce qui contrarie l’évolution universelle ou individuelle. Qu’y a-t-il de plus relatif que le mal? Les passions,