‹ A chaque jourChapitre 14 sur 16 · DANS LE SOIR · texte numérisé non relu

DANS LE SOIR

Tu me plais, si timide et si gauche et si blanche, Avec tes mains sans bagues, ton col fin qui penche, Tes cheveux relevés qui découvrent ton front, Et ta joue enfantine au dessin ferme et rond. Mais je tremble, vraiment je tremble que ma bouche, Quand nous causons sous l'abat-jour, à demi-voix, Ne prenne un pli, ne dise un mot qui t'effarouche. Marque au feu, triste écho des hontes d'autrefois.

Et plus encor j'ai peur de ces temps de silence Où bourdonne à mes oreilles mon sang qui sourd, Où la ville, au loin, gronde et pousse un ahan sourd, Où, toujours, comme un cœur affligé qui s'élance,

A travers le brouillard et la houille du soir, Un silllet monte et va mourir dans le ciel noir... Oui, j'ai peur, car je sais, et mon âme recule, Je sais de quelle chose trouble, au crépuscule, Des silences pareils, ailleurs, furent suivis... J'ai peur qu'une ombre impure, ô vierge, ne te frôle. J'ai peur que ma peur même effleurant, ton épaule. Ne soit, pour l'essaim clair de tes songes ravis, Pour tout ce cher bonheur qui te rend si vermeille, La fumée étouffante où meurent les abeilles...

Écoute, je voudrais, comme j'ai changé d'àme,

Changer de masque aussi, changer d'yeux, que la flamme

De mon regard fût neuve et n'eût brillé jamais

Que pour dire à toi seule, enfant, que je t'aimais!

Ecoute, je voudrais, te louant, que ma phrase

Eût des fluidités d'aurore qui s'embrase

Et dans l'air s'échappât comme un rayon subtil!

Mais tous les mots sont lourds ! comment, mon vers fût-il

Plus plastique en mes doigts que la glaise ou la cire,

Y modeler ton immatériel sourire?

Il faudrait à mes chants l'allure de la brise,

La douceur de l'ondée où. l'arc-en-ciel s'irise,

La trame irréelle du givre... Il leur faudrait

Ce qui tremble d'azur, d'odeurs, d'hymen secret

Dans un jardin d'avril scintillant de rosée, Les pâmoisons des étamines, les douleurs Des roses et la joie humide déposée Par le baiser du clair de lune dans les fleurs...

Pourtant, si tu n'étais qu'une illusion tendre, Le vain fantôme souriant d'un long espoir. Si je t'avais rêvée à force de t' attendre, A force de fixer ma lampe, seul, le soir. Si tu n'étais que moi dédoublé dans la glace. Un moi meilleur étreignant l'autre face à face. Si tu n'étais... si tu n'étais qu'un lieu commun De poète, une métaphore sans parfum.

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