Poulet-Malassis et de Broise
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été, de par le roi, chargé de corriger sa première tragédie, et il Tavait caressée.
Ce jeune page de la princesse de Gonti, heureux et hardi comme un Gascon, quoiqu'il ne fût que de Périgueux, avait été accepté comme un grand homme à l'âge où Ton n'est presque jamais qu'un ridicule jeune homme, quand on doit devenir un homme plus tard. Engoulevent de vanité comme tout poète et pris à la pipée des éloges de salon, il s'était donné à la duchesse du Maine et faisait l'espoir de cette coterie de Sceaux, puissante non par elle-même, car elle ne fut jamais qu'une conspiration de Trissotins, ayant pour chef une Philaminte, mais parce qu'elle représentait, dans les hautes classes, l'opposition au misérable gouvernement du duc d'Orléans. C'est de Sceaux, en effet, que partit le trait de feu qui devait allumer l'indignation couvant de la France. C'est à Sceaux qu'on avait arrangé la machine infernale de ces vers fulminants qui devaient faire sauterie Régent et qui ne firent sauter personne, pas même l'aveugle qui les vendit un sou à la porte de Saint-Roch au sortir de la messe un dimanche ! pas même la tête de leur auteur !
On la lui laissa, en effet. On se contenta de l'envoyer au fort de Sainte-iMarguerite, d'où il s'échappa, succès de plus, pour courir l'Europe et ajouter, il faut bien le dire, au train bruyant de sa renommée, la dignité de dangers réels et fréquents. Le scandaleux devint romanesque. Il eut donc tout pour être populaire.
A cette époque, le mot national n'était pas encore inventé, mais provisoirement il fut classé parmi les plus grands poètes, et non pas seulement par les Prud'hommes du temps, mais par les premiers, les esprits les plus difficiles et les plus forts. Écoutez Saint-Simon, ce grand écrivain de passion et d'imagination, quand il en parle! « Tout ce que l'enfer peut « vomir de plus faux — dit-il des Philippiques — y « était exprimé dans les plus beaux vers, le style le « plus poétique, et tout l'art et l'esprit qu'on peut ima- « giner. » Quand il arrive aux affreux passages où le Régent est accusé d'empoisonnement : « L'auteur — « ajoute-t-il — y redouble d'énergie, de poésie, d'in- <f vocations, de beautés effrayantes, de portraits du « jeune roi et de son innocence... d'adjurations à la « nation de sauver une si chère victime, en un mot, M de tout ce que l'art a de plus fort et de plus noir, de « plus délicat, de plus touchant, de plus remuant et « de plus pompeux... » Ce n'est pas tout. En lisant ces vers, si magnifiques au dire de Saint-Simon, le Régent, si indifférent d'ordinaire, retrouva et versa des larmes, et plus tard Fréron, l'âpre critique, moins explicite que Saint-Simon, parla lui-même, dans son Année littéraire^ de cette poésie avec respect l
Ainsi, à ce qu'il semble, c'est complet ! 11 ne manque pas une carte à ce château de cartes d'une gloire qui croula silencieusement un jour, — comme un château de cartes abattu sans que personne ait soufflé! La
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Grange-Chancel mourut tout entier, même de son vivant, même avant que le fossoyeur Fréron lui eût jeté sa pelletée d'éloges! Accablé par la méprisante clémence du duc d'Orléans, qu'il avait platement invoquée, souffert en France après son exil, il écrivit quatorze tragédies illisibles maintenant, et c'est de dessous ces quatorze blocs, roulés par lui sur sa mémoire, qu'il décocha, vieillard, çàet là, quelques flèches satiriques encore, qui n'atteignirent pas plus que le trait du vieux Priam épuisé... Il avait quatre-vingt-un ans quand il mourut.
On se rappelait surtout à Périgueux, dont il a écrit l'histoire pour la marguillerie, qu'il avait été autrefois l'Archiloque de la Régence, mais les iambes de cet Archiloque, qui eût pu en dire un seul vers?... Saint-Simon les avait vantés, il est vrai, mais ce grand prosateur, comme M. Jourdain, sans le savoir, n'était pas une autorité littéraire I Le Régent en avait pleuré, mais les libertins qui soupent trop ont parfois la fibre molle le lendemain ! Et quant à Fréron, il n'en eût peut-être rien dit si La Grange n'avait pas blessé Voltaire, en préférant à son Œdipe VŒdipe de Corneille. Parce que Fréron en avait parlé peut-être, les écrivains qui font queue à Voltaire n'en avaient dit mot. Ils avaient pourtant, dans ces derniers temps, déterré toutes les malpropretés du xviii^ siècle. Ils les avaient lavées, brossées vigoureusement et étendues comme des gloires aux yeux du public, ces
hontes restées telles. Mais ils s'étaient abstenus encore jusqu'ici de toucher au linge sale de La Grange-Chancel. Ils laissaient ses œuvres dormir dans les éditions de Hollande. Et d'ailleurs, à distance, il ne les tentait pas. L'auteur des P/a/ipjt>i^we5, jetant l'imprécation à son temps, l'attaquait dans son impiété et ses mœurs. C'était un moraliste, seulement c'était un moraliste qui, pour entretenir son indignation et sa verve, se permettait très bien le tableau... Qui sait? le tableau hardi, violent, brûlant, rachèterait la morale, en vengerait I... On se résolut donc à le publier. Nous allons savoir tout à l'heure si on a eu le dédommagement sur lequel on comptait peut-être, et si moralité, peinture, parti pris, exagération ou mensonge, tout ne se vaut pas dans La Grange-Chancel.
Le nom attaché à cette édition des Philippiques fait écho à une gloire si militaire et si chrétienne qu'il est impossible de ne pas le remarquer, et qu'on se demande si ce de Lescure est un descendant du pieux héros de la Vendée. Tout arrive en France, disait Talleyrand après La Rochefoucauld, mais qu'un descendant du mni (/m Poitou écrive une Histoire des mai-