LES PHILIPPIQUES DE LA GRANGE CFIANCEL
éclair était, comme au théâtre, du phosphore, et son tonnerre, des feuilles de fer blanc ! Là est le mal pour La Grange-Chancel.
Le mal n'est point — comme le dit ce prudent de Lescure un peu à la légère — d'être un satirique, d'avoir suivi cette vocation terrible qui ne rapporte que des douleurs à ceux qui l'ont, d'avoir touché à cette arme « sur laquelle on mêle son sang à celui de la victime », mais d'avoir été un satirique à froid, sans sincérité profonde, esclave des autres, et ne s'appartenant pas, à soi I C'est enfin d'avoir voulu être un satirique, sans ce qui fait essentiellement le satirique : la violence loyale du sentiment! Tout le monde n'est pas bâti pour faire un héros et même le métier n'en vaut rien, au point de vue des aises et des tranquillités de l'existence, mais il y a des gens pourtant qui se sentent faits pour cette mauvaise vie des héros. De même, il y a des esprits héroïques aussi à leur manière, qui ne craignent pas de dire nettement la vérité qui offense, de lever le fouet sur les lâches, les coquins, les infâmes ou les sots de leur temps, et ces esprits-là ne prendront pas pour eux la leçon à côté que leur donne de Lescure, en leur montrant les malheurs de La Grange-Chancel, qui ne fut pas, d'ailleurs, si malheureux, car pour faire ce service public de la satire qu'ont toujours respecté les hommes, il faut de rigueur du talent et de la conscience, et La Grange- Chancel n'en avciitpas.
Il n'en avait pas... Je sais bien que ce n'est pas là tout à fait Topinion de de Lescure, qui n'est pas biographe pour rien et qui a surfait de toute manière La Grange-Chancel, sur son livre même, — ce livre qui atteste le néant de Fauteur et rend Tillusion impossible. Dans le jugement final qu'il n'a pas craint de prononcer sur le mérite du poète des Philippiques, de Lescure (il faut bien le lui dire) n'a plus la justesse du coup d'œil qu'il a montrée quand il s'est agi du Régent empoisonneur et incestueux, et qu'il a assaini cette triste et coupable mémoire, impossible à purifler sur tant d'autres points.
Du reste, l'appréciation de de Lescure est bien plus historique qu'elle n'est littéraire. C'est un critique d'histoire renseigné, qui discute et compare des textes avec la pénétration de la droiture, mais ce n'est point un critique dans un autre sens, et, dans l'acception élevée et connaisseuse du mot, un écrivain. Il écrit comme tout le monde qui se sert d'une plume au XIX* siècle. Seulement il fait quelquefois des phrases comme celle-ci, qui ne sont pas de tout le monde : « La France fit de son échine adulatrice le premier degré