‹ Á côté de la grande histoireChapitre 5 sur 44 · Amyot · texte numérisé non relu

Amyot

l'empire russe depuis le congrès de vienne 25

jets graves, avec plus de bonne volonté que de bonheur. Nous nous rappelons qu'il nous a gâté l'un des plus beaux sujets qu'il fût donné de toucher à la plume d'un historien, d'un savant, et même d'un artiste. Ce beau sujet, c'était Swedenborg. Swedenborg! un véritable phénomène; Swedenborg! l'imagination boréale, plus éclatante qu'une aurore, ce cerveau apocalyptique, l'Hécla intellectuel qui a fondu pour la première fois les neiges d'un Protestantisme glacé ; Swedenborg! le grand naturaliste, l'observateur vaste et sûr qui, bien avant de s'embraser dans sa vieillesse, comme un bûcher de cèdres, séché par le temps, aux flammes de la mysticité, avait deviné et devancé tout le système de Buffon. Tel était l'homme que Beaumont-Vassy avait voulu peindre, dans un cadre digne tout au plus de Cagliostro. En l'absence de William Shakespeare, trépassé il y a trois siècles, Beaumont- Vassy avait pensé à nous ressusciter le galbe imposant de cet halluciné sublime dans je ne sais quel drame, — ou plutôt dans je ne sais quelle scène historique de longue haleine comme ont imaginé d'en écrire les hommes qui ne savent pas remuer puissamment l'échiquier du théâtre, où les conceptions de la pensée se carrent et se cubent sous l'empire des plus difficiles combinaisons. Depuis cette époque, l'historien-poète de Swedenborg a renoncé aux interprétations dramatiques de l'histoire, et il s'est restreint aux fonctions plus modestes de l'annaliste, qu'il a

trouvé encore le moyen de nous faire paraître ambitieuses.

Il est des esprits dont on pourrait dire qu'ils n'existeraient pas s'ils n'appartenaient à un cadre tout fait d'opinion, — comme il est des hommes qui n'auraient sur le champ de bataille aucune valeur personnelle s'ils ne faisaient pas partie d'une force organisée, par exemple d'un régiment. Hors du rang, ces hommes ne sont plus! Tel, selon nous, est Beaumont-Vassy, intellectuellement. Otez Topinion politique qu'on pourrait nommer, et dont il n'est pas nécessaire de démontrer ici le plus ou moins de justesse, ôtez cette opinion politique sous la tyrannie de laquelle il écrit, el vous n'avez plus rien dans ce livre sur l'empirerusse. Tout ce qu'on y rencontre jonche la place depuis longtemps. Nul aperçu, nulle vue particulière à l'auteur n'y domine et n'y décide les conclusions de parti, qui ne s'y expriment pas, mais qui y soupirent. Beaumont-Vassy est un soupirant de l'alliance russe. Assurément, c'est là une opinion qu'on peut appuyer et défendre, mais un homme d'une certaine vigueur de jugement nous aurait donné la raison de la préférence de son esprit dans une question qui contient, en ce moment, l'avenir du monde. Eh bien, voilà ce que nous avons vainement demandé à son livre! L'historien y manque, mais ce n'est pas tout. 11 y manque l'histoire! Car une statistique incertaine et des documents à la portée de tout le monde ne constituent pas

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