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CHAPITRE XI

On aperçoit maintenant combien était nécessaire, combien est précieuse, aujourd'hui qu'elle est complètement réalisée, la liaison intime de l'artillerie et de l'infanterie. Le synchronisme que cette liaison établit entre les diverses armes a doublé l'efficacité de chacune, car, à la guerre surtout, l'union fait la force. Si aujourd'hui le canonnier et le fantassin s'aiment et s'estiment ; si au cantonnement l'un est toujours sûr de trouver chez l'autre l'eau et la paille, qui sont en cette guerre ce que le pain et le sel étaient dans le monde antique, c'est parce qu'ils comprennent l'utilité de coordonner leurs rôles disparates. Contrairement à ce que certains pensaient naguère, « chacun pour soi et Dieu pour tous » n'est pas la devise des victorieux,

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et il n'y a pas entre les armes de a liaisons dangereuses ».

L'artillerie met d'ailleurs aujourd'hui ellemême des observateurs dans les tranchées avancées ; mais comme son personnel est limité, elle continue à utiliser aussi ceux de la « ligne ». La fusion des âmes du canonnier et du fantassin, en un amalgame inoxydable, s'est achevée le jour où l'artillerie elle-même s'est transportée dans les tranchées, le jour où l'infanterie a eu ses canons à elle, près d'elle. L'artillerie de tranchée, dont je voudrais expliquer maintenant le rôle et l'importance, est servie par des canonniers, mais « liée » à l'infanterie.

On a d'abord donné aux fantassins une arme nouvelle, la grenade, qui fait en quelque sorte de chacun d'eux un artilleur, car la grenade n'est qu'un petit obus à main (en italien d'ailleurs, l'obus s'appelle granata et en allemand granai). La grenade est une bombe en miniature qui éclate en mille fragments meurtriers dans un assez grand rayon. Il est évident que, dans la lutte à courte distance, elle est bien plus dangereuse que la balle du fusil qui ne

traverse qu'un étroit pinceau de l'espace et dont la portée énorme est parfaitement inutile dans la guerre de tranchées. D'autre part et surtout, la balle avec sa trajectoire tendue ne peut atteindre les hommes abrités : derrière chaque levée de terre il y a pour la balle un angle mort (c'est ainsi que, par une singulière ironie linguistique on appelle le seul angle où on soit sûr de n'être pas tué par un projectile) . Au contraire, plus d'angle mort avec la grenade : jetée adroitement, elle retombe presque verticalement dans les trous les mieux abrités et les éclats bondissants reviennent et fauchent tout derrière l'abri fallacieux.

Grâce à la grenade, le fantassin qui attaque est dangereux longtemps avant d'aborder la tranchée ; grâce à elle, il peut d'un seul coup mettre hors de combat plusieurs adversaires ; grâce à elle, dans les combats de boyaux, lorsque l'ennemi se défend dans une tranchée dont une partie est déjà conquise, il ne lui suffit plus d'un coude du boyau, d'un épaulement quelconque pour être à l'abri. Partout la grenade le poursuit, comme le furet fait au lapin, dans ses galeries sinueuses. La grenade en un mot a

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contribué à rétablir les chances du fantassin qui attaque; elle ne le livre plus désarmé à la gerbe mortelle des mitrailleuses abritées.

Elle a un autre avantage qui plaira aux amants du panache, à ceux qui voudraient justement que le guerrier le plus beau et le plus valeureux fût toujours le vainqueur. Dans cette guerre où la valeur des machines balance toujours et prime souvent celle des hommes, la grenade met superbement en relief les qualités de cœur et de muscles qui jadis empanachaient la bataille. Pour lancer la grenade avec une adroite précision, il faut des jarrets, et de ce jarret moral : la décision. Le grenadier d'aujourd'hui a dans l'action toute la vigueur élégante, tout le galbe harmonieux qui poétisaient le discobole antique.

Ainsi est ressuscité le prestige d'une arme qu'on croyait morte et dont l'histoire est curieuse. C'est Sa Majesté Louis Quatorzième qui in>titua les grenadiers : Elle avait au moins le talent de choisir et d'écouter les « compétences » et dans Fart militaire elle eut aussi son Molière qui fut Vauban.

Les grenadiers étaient d'abord chargés de

lancer les grenades, et ceci était une conséquence du rôle important qu'avait pris le retranchement avec Vauban. Mais bientôt après, elles furent abandonnées. Les grenadiers ne furent plus que des soldats d'élite d'infanterie, et ils n'eurent plus d'autres grenades que celles, anodines et dorées, qui ornaient leurs buffleteries. Grenadiers sans grenades aussi, ceux de l'épopée impériale. Ce mot avait tout à fait, perdu son sens et cette fonction son organe.

Il a fallu un de ces retours fréquents de l'histoire, — car la marche du progrès est sinusoïdale comme les méandres d'un fleuve, — pour rendre, dans la grande guerre des peuples, les grenades aux grenadiers.

A l'heure présente, celles qui sont employées de part et d'autre de la barricade peuvent se ramener à quelques types très simples, pesant quelques centaines de grammes, contenant quelques décigrammes d'explosif, — généralement de cheddite chez nous, — et qu'un grenadier exercé peut jeter jusqu'à une quarantaine de mètres avec beaucoup de justesse. De même qu'on a des obus percutants et fusants, on a des grenades percutantes et des grenades fusantes.

Les premières sont faites de manière à éclater au moment où elles touchent le but, les fusantes de façon à n'éclater qu'un certain nombre de secondes après qu'on a mis le feu à une mèche lente, ce qu'on fait en déclenchant un percuteur au moment du lancement. Les unes et les autres ont leurs avantages comme les obus percutants et les fusants ; mais on a, avec raison, une tendance à préférer les grenades fusantes parce que celles-ci, même si elles ne tombent pas dans la tranchée, peuvent souvent y rouler ensuite et éclater en temps voulu, tandis que les percutantes n'éclatent qu'au point de chute.

Chose curieuse : la plupart des grenades employées par nos ennemis et par nous-mêmes n'ont plus du tout la forme sphérique du fruit qui, à l'origine, leur a donné son nom. Par leur forme généralement ovoïde, par leur surface noire et striée de rainures, qui assureront une fragmentation systématique, elles ne ressemblent plus guère au doux fruit africain dont on tire le sirop cher aux petits enfants. Nos poilus appellent avec assez de pittoresque exactitude « grenades -citrons » ces engins ovoïdes :

étranges fruits bâtards que n'axaient point catalogués les botanistes !

Quant aux grenades à fusil que les Boches lancent comme nous avec le fusil de guerre chargé à blanc et qui portent à plusieurs centaines de mètres, elles étaient employées déjà au xvme siècle. On les lançait même alors parfois à la pelle. Aujourd'hui on se contente, si j'ose dire, de les fabriquer « à la pelle ». C'est en effet par centaines de mille chaque jour qu'on les produit en France, en Angleterre... et aussi en Allemagne.

Qu'on me pardonne de m'être étendu quelque peu sur le rôle de la grenade, mais cela ne m'écarte point de mon sujet qui est l'artillerie, bien au contraire. En devenant grenadiers, les fantassins sont devenus en quelque sorte artilleurs, puisque chacun d'eux lance maintenant de petits obus explosifs.

Et puis il y a quelque chose d'attachant, il y a je ne sais quel parfum vieille Fiance dans le nom même et dans le geste semeur de nos grenadiers. Ceux qui, du matin au soir... ou plutôt du matin au matin, émoustillent d'un bras rapide le Boche dans ses repaires sont

un peu les frères, par la hardiesse, de ce grenadier dont le doux Racine, alors qu'il élait correspondant de guerre, nous a dit les exploits et qui s'appelait « Sans-Raison », ce qui est un bien joli nom pour un grenadier.

Un naturaliste, tombé soudain de la lune et qui étudierait la faune qui voltige dans l'air du côté de nos marches de l'Est, ferait des remarques bien imprévues. A côté des légères libellules, des moustiques musicaux, des oiseaux, que le canon n'a point chassés, ni le Lebel, car il les terrorise moins que le fusil de chasse, il y verrait passer dans la brise d'étranges et gigantesques scarabées métalliques qui planent un instant silencieusement sur leurs ailes d'acier, puis s'écrasent au sol avec un grand fracas. Ce sont les « torpilles aériennes » que notre artillerie de tranchées déverse copieusement sur l'Allemand, ou plutôt sur le Boche. Ce dernier mot, qui chiffonnait certaines oreilles délicates et apparemment encore mal adaptées au son du canon, peut être en effet employé sans ver-

gogne depuis que le Journal officiel, publiant la citation de Jacquet, assassiné comme on sait, à Lille, Fa intronisé officiellement, depuis peu, dans la langue.

La torpille aérienne est, comme sa sœur marine dont la forme oblongue et fuselée est analogue, chargée d'une grande quantité d'explosif et, comme elle, munie d'ailettes qui assurent sa direction, l'empêchent de culbuter et la font tomber sur la pointe. Elle est lancée suivant ses dimensions, par divers légers canons de tranchées, dont le calibre varie de 58 millimètres à 340 millimètres. On a d'ailleurs utilisé beaucoup, lors des improvisations du début, pour le lancement des bombes, de tranchée à tranchée, les vieux crapouillots qui, depuis Louis-Philippe, se morfondaient dans les arsenaux, attendant, comme la Belle au Bois Dormant, un réveil qui devait être tonitruant. Le grand Carnot semble avoir prévu cela lorsqu'il écrivait en 1812 « qu'il est possible d'employer efficacement des armes en usage chez les anciens, et dont on ne se sert pas depuis longtemps ».

Ce qui a rendu possible et nécessaire la résurrection de ces vieux et modestes engins à

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feu et la naissance de leurs jeunes rivales, les nouvelles pièces de tranchée, c'est la proximité des tranchées adverses. Si. pour tirer sur l'artillerie qui est toujours assez éloignée ou sur les cantonnements et ravitaillements ennemis, il faut des canons à longue portée, en revanche, on pourra, de tranchée à tranchée, envoyer des tonnes d'explosifs avec des moyens bien plus faibles. En effet, les canons sont lourds parce qu'ils sont longs et parce qu'ils sont épais ; il faut qu'ils le soient, comme nous le verrons, pour envoyer leurs projectiles loin, et pour résister à la forte pression de la poudre nécessaire pour obtenir leur portée. Au contraire, pour envoyer un projectile, toutes choses égales d'ailleurs, à quelques dizaines et même quelques centaines de mètres, il suffit de charges de poudre beaucoup plus faibles.

Pour prendre un exemple classique, notre vieux canon de 155 G, modèle 1881 , tire son projectile dans les mêmes conditions à 5 600 mètres, avec une charge de 1 100 grammes de poudre, et à 1 900 mètres seulement, lorsque la charge n'est que de 400 grammes. La vitesse initiale, qui était de 280 mètres à la seconde dans

le premier cas, n'est plus que de 149 mètres dans le deuxième. II s'ensuit que, si on n'a besoin que de faibles portées, on peut employer un canon beaucoup moins long et à parois bien moins épaisses, par conséquent bien plus léger. Le recul beaucoup moindre ne nécessite plus alors de mécanismes délicats, pesants et encombrants. Vu la faible distance des objectifs, les appareils de pointage peuvent être allégés et simplifiés. Pour toutes ces raisons, les canons de tranchées sont, pour un projectile contenant un poids donné d'explosif, infiniment moins lourds que les canons proprement dits.

C'est ainsi que la bombe à ailettes que lance notre petit canon de tranchée de 58 millimètres contient 4 kilos d'explosif, c'est-à-dire à peu près autant que l'obus en fonte aciérée de notre bon vieux canon de 155. Or le canon de 58 pèse à peine 180 kilos, tandis que le 155 pèse sur son affût 5700 kilos ! 11 est vrai que le premier ne porte son projectile qu'à environ 400 mètres, tandis que le 155 envoie aisément le sien à 11 kilomètres. On ne peut pas tout réunir, et il n'est pas, même à la guerre, de panacée universelle.

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Si d'ailleurs les canons de tranchée peuvent envoyer des charges d'explosif aussi fortes que les canons lourds et longs, ce n'est pas seulement à cause de leur portée plus faible. Il y a une autre raison : non seulement la faible vitesse initiale de leur projectile permet d'alléger les parois du canon, mais elle permet d'amincir aussi celles du projectile. Pour résister à la violente percussion des canons longs et à la rotation rapide dans l'air, qui produit une force centrifuge violente tendant à le rompre, l'obus ordinaire doit avoir des parois épaisses et résistantes. Cette nécessité n'existe pas avec les projectiles de tranchée ; ainsi le projectile du 58 qui contient 4 kilos d'explosif ne pèse que 16 kilos, tandis que l'obus de 155, qui contient à peu près la même charge, pèse, à cause de ses parois bien plus épaisses, près de 44 kilos, près de trois fois plus !

On peut se demander enfin comment un canon de petit calibre comme le 58 millimètres (où l'on ne pourrait pas introduire la main) peut lancer des projectiles aussi gros que celui dont nous venons de parler, — et il en lance de bien plus gros encore. La raison en est simple ;

avec ces petits canons on lance des torpilles dont le diamètre dépasse de beaucoup celui de la pièce parce qu'ils n'entrent pas dans l'àme de celle-ci et n'y pénètrent que par un mince appendice fixé à leur partie arrière. Si on veut me permettre cette comparaison, les petits canons de tranchée propulsent les grosses torpilles à ailettes par le même dispositif qui est réalisé dans le fusil « Eurêka », bien connu des enfants, où l'on voit une tige de bois, enfoncée dans le fusil, servir de queue à la balle en caoutchouc beaucoup plus grosse, qui émerge de l'arme. C'est un des motifs pour lesquels les canons de tranchée sont chargés parla bouche, et non par la culasse, comme leurs grands frères. A cet égard tous les mortiers de tranchée ne sont d'ailleurs pas identiques, et il en est, — surtout les plus gros, — où le projectile s'enfonce tout entier dans l'âme.

Le poids relativement minime des canons de tranchée leur donne sur les gros cet avantage qu'ils peuvent être bien plus facilement déplacés

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et abrités, c'est-à-dire qu'ils échappent mieux au repérage. Enfin les projectiles de cette artillerie nouvelle peuvent être chargés avec des explosifs très sensibles, — nous allons voir pourquoi. — ce qui multiplie notre productivité en explosifs, et permet de réserver exclusivement aux obus la fabrication des plus stables; avantage précieux, étant donnée la rareté des matières premières nécessaires.

Cette différence est due à la force d'inertie qui bride et freine les mouvements de la matière et aussi, hélas ! ceux de l'humaine espèce, et qui est, en vérité, la plus grande force du monde. Pourtant le bon Jules Verne l'avait oublié lorsque, voulant envoyer ses héros dans la lune, il ne trouva rien de mieux que de les confier à l'obus du « Columbia » : il n'avait, hélas! négligé qu'une chose, c'est que le départ du coup eût aplati comme galettes les voyageurs au fond du projectile interastral, en vertu de la même force d'inertie qui, lorsqu'un wagon démarre brusquement, vous rejette soudain en arrière.

Cette force, l'explosif enfermé dans le ventre des obus la subit aussi. Quand on tire un

obus de 75, l'explosif inclus est pressé par l'inertie sur le fond de l'obus avec une force de 600 kilos par centimètre carré qui tend à l'écraser. C'est pour cela que, pendant si longtemps, on n'avait rien trouvé de mieux que la vieille poudre noire, peu brisante, mais stable, pour charger les obus. Les explosifs plus puissants, la dynamite, le coton-poudre, subissaient, à cause de l'inertie, un choc au départ du coup qui produisait des éclatements prématurés. On croyait alors que les explosifs étaient d'autant plus puissants qu'ils étaient plus sensibles. La découverte de Turpin a été précisément de montrer qu'il n'en est rien et de trouver dans i'acide picrique fondu un explosif à la fois très puissant et peu sensible. Il est même si peu sensible qu'on peut en écraser sans danger un bloc sous un marteau pilon, et qu'il a fallu, pour faire éclater les obus à mélinite, imaginer des amorçages, des détonateurs spéciaux, qui, au point de chute, réveillent de son profond sommeil leur terrible puissance. Aujourd'hui tous les explosifs employés dans les obus des belligérants, — car, naturellement, la mélinite a été copiée partout, — sont fondés sur ces

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principes qui rendent inoffensif le choc au

départ des explosifs nitrés. Ceux-ci, la mélinite notamment, ont parmi leurs constituants das matières premières relativement rares — étant donnée la consommation fantastique du front — comme les nitrates et divers produits de la distillation de la houille.

Les explosifs chlorates diffèrent das nitrés en ce que l'agent comburant, celui qui brûle l'explosif comme l'air brûle le gaz d'éclairage, est un chlorate et non un nitrate. Berthollet avait fait sous la Révolution la première étude sérieuse des explosifs chlorates. Mais il y fallut bientôt renoncer pour les usages de guerre à cause de leur foudroyante instabilité, de leur sensibilité toute féminine au moindre choc, à la caresse même d'une barbe de plume, qui causèrent des catastrophes effroyables.

Un chimiste anglais, M. Street, quelque temps avant la guerre, réussit à domestiquer les chlorates si redoutés en les mélangeant à des corps gras, notamment à l'huile de ricin, et cest ainsi que sont nées les cheddites qui tirent leur nom du village de Cheddes, dans les Alpes. On les y fabriquait en grand, dès avant la guerre,

[jour l'industrie, à cause des facilités que les chutes d'eau fournissaient pour Télectrolyse et la fabrication des chlorates. Je dis les cheddites, car il en est de différentes compositions.

Eh bien ! ces explosifs et d'autres analogues que la prudence interdit d'employer dans les obus à grandes vitesses initiales, ont trouvé un débouché inépuisable dans les projectiles de tranchée.

J'ai cru devoir métendre un peu sur leur compte, car il ne faut point perdre de vue que c'est en dernière analyse l'explosif scellé dans le projectile qui est l'arme efficace et vraie, Vultima ratio de l'artilleur. Certes les flancs du vase d'acier qui porte à son but le précieux philtre de mort, ne sont point négligeables, mais après tout ils ne sont que les humbles supports de l'explosif-roi. C'est lui qui est leur cœur et leur âme; leurs formes, nous l'avons vu déjà, peuvent varier beaucoup sans que ses eifets à lui soient moindres :

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse...

Pour achever ce tableau, il nous faudrait donner quelques précisions sur la construction

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de ces engins de tranchée. On comprendra le sentiment qui nous interdit d'en rien faire. Il suffira qu'on sache que la vitesse initiale de leurs bombes est faible, d'une centaine de mètres en moyenne, ce qui permet de suivre aisément dans l'air leur vol menaçant.

Quant aux effets produits, ils sont formidables, et cela n'est point pour étonner, puisque certaines de ces bombes renferment près d'un quintal d'explosif, à peu près autant que notre obus de 400 que les visiteurs peuvent admirer au vestibule du Ministère des munitions... et que l'ennemi a pu voir d'encore plus près sur la Somme et à Verdun. Qu'il me suffise de dire que la torpille de 40 kilos fait dans le sol un entonnoir de plus de 4 mètres de diamètre et de 1 mètre de profondeur, qu'elle est capable de boucher sur une longueur de 4 mètres la tranchée où elle tombe et que ses éclats, au nombre de plusieurs milliers, sont dangereux jusqu'à près de 500 mètres. D'où la nécessité d être soi-même bien abrité quand on la tire.

Ce ne sont pas seulement des canons où l'agent propulseur est la poudre, qui sont utilisés aux tranchées ; il en est d'autres aussi où la pro-

pulsion est différente, pneumatique notamment. Il convient d'ailleurs de ne pas oublier que les Boches emploient, eux aussi, des engins de tranchée très analogues aux nôtres. Tout ce que nous puissions faire, c'est d'en avoir un plus grand nombre qu'eux et mieux approvisionnés.

Un célèbre philosophe a écrit récemment que la guerre actuelle était une lutte de la qualité contre la quantité. 11 avait peut-être raison au point de vue des théories ; mais ce ne sont point seulement des systèmes qui s'affrontent aujourd'hui sur la lisière sanglante du front : ce sont des armées, ou plus exactement des armes. Et comme leur qualité de part et d'autre est, il faut l'avouer, à peu près équivalente, c'est une guerre de la quantité contre la quantité que nous faisons. Nous serons vainqueurs parce que nous dominerons quantitativement, parce que nous aurons un plus grand nombre d'engins. Quant aux subtilités qualitatives, elles ne pourront, croyons-nous, refleurir que dans les fraîches plates-bandes de la paix retrouvée.

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