LIVRE CINQUIÈME
laient naguère l'accenc d'une Convention blanche et taisaient redouter les mesures les plus audacieuses contre les libéraux, parut tout à fait modifié, atténué, hésitant, presque muet dans ce nouveau ministère, tergiversa sans qu'on pût savoir pourquoi, puis finit par abandonner le prince de Polignac, son chef, et par rester inactif dans une inconcevable inertie.
Tout paraissait frappé de mort dans ce ministère d'agonie.
Je revins quelques jours à Paris, pour prononcer à la tribune de l'Académie mon discours de réception, objet d'une assez grande attente. On voulait savoir si, en parlant pour la première fois en public, dans une occasion solennelle où toute parole, même littéraire, avait une grande signification, je me prononcerais pour ou contre la charte. Je reçus à cet égard les plus vifs avertissements de la part de plusieurs de mes amis très avancés dans ce qu'on appelait la Congréganon, secte rehgieuse ambitieuse, souterraine, qui tenait à m'enrôler sous son drapeau que j'avais constamment repoussé.
Le duc de Rohan, entre autres, mon ami très
intime, qui de mousquetaire était devenu archevêque de Besançon et ne devait pas tarder à devenir cardinal, me pressa chaleureusement de ne pas donner de gage à la charte, et me menaça clairement de l'ostracisme de toute faveur royale ou ministérielle, si je persistais à ne pas donner à la pieuse association politique un signe de complaisance équivalant à un engagement.
Je lui répondis avec énergie que jamais je ne consentirais à professer par politique d'autres principes que ceux que j'avais dans ma conscience, et que si mon avancement diplomatique ou autre était à ce prix, j'y renonçais sans aucune peine.
Ceci se passait sur la place du Carrousel, en face des Tuileries et du cabinet du roi.
Le duc de Rohan, qui m'aimait véritablement et dont les instances étaient toutes dans mon intérêt, se sépara de moi avec un peu d'humeur. Je ne le revis plus. Sorti de France quelques mois plus tard, après la révolution de 18^0,11 fut insulté à la barrière par le peuple, se retira en Suisse, revint à Besançon, y fut froidement accueilli dans son diocèse, et mourut peu après ce coup d'État qu'il avait vu avec une religieuse espérance. Je regrettai bien sincèrement cet excellent ami, dont le cœur était capable de tous les beaux sentiments, mais dont l'esprit, quoique très orné et très agréable, n'était pas assez profond pour la politique.