‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 112 sur 164 · LIV RE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIV RE CINQUIÈME

Mon discours à l'Académie, prononcé quelques jours après, confessa hautement la nécessité et les bienfaits de la charte. J'étais de l'école de M. Laine et de M. Royer-Collard. Les libéraux modérés en parurent étonnés et me firent une ovation littéraire qui ne m'enivra nullement et qui ne me conquit pas jusqu'à l'opposition malveillante contre le roi de ma prédilection.

Le roi et la reine de Naples, que je connaissais depuis la révolution napoUtaine de 1821, vinrent faire un voyage d'agrément à- Paris, dans le mois de mai, pour remercier Charles X de l'appui qu'il leur avait prêté. J'eus l'honneur de leur être présenté.

^[me [g^ duchesse d'Orléans, depuis reine des Français, était sœur du roi de Naples; le duc d'Orléans, quoique chef avoué des libéraux les plus prononcés contre le ministère de M. de Polignac en France, se crut obligé de donner une fête

presque souveraine dans le Palais-Royal au roi son beau-frère.

Charles X, quoi qu'on pût lui dire, consentit à se rendre de sa personne à cette fête. Il professait une loyale confiance dans le duc d'Orléans, qu'il avait comblé de fortune et de faveurs princières.

Le duc d'Orléans, de son côté, professait la plus grande déférence pour Charles X, pour la duchesse de Berri et pour toute la famille royale. Sa prédilection affichée pour tous les chefs les plus suspects du parti républicain et du parti bonapartiste ne paraissait aux yeux prévenus de Charles X qu'une affaire d'attitude qui avait l'avantage, comme en Angleterre, de rallier à la couronne les partis opposés au gouvernement.

Ce prince profita de l'occasion pour convier à sa fête l'opposition tout entière jusqu'aux extrêmes limites de la faction. Le peuple, hostile à la monarchie de la branche ainée, s'y convia de lui-même en foule énorme et agitée dans le jardin du palais.

Je reçus moi-même une invitation que j'étais fort éloigné d'avoir désirée, car, depuis ma rupture avec cette auguste maison à propos de la menace que m'avait fait adresser le duc d'Orléans du ressentiment du premier prince du sang, j'étais resté, malgré une réconcihation apparente, dans une froide réserve avec le Palais-Royal. Ce fut un motif pour moi de paraître à cette réunion,

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