LI\' RE CINQUIÈME
C'est le geste de l'orateur saisi sur le vif et fixé en marbre pour l'immortalité par le sculpteur d'un Démosthène ou d'un Cicéron des temps modernes.
Je reviens à la Tolirique raiionnelle, mon premier écrit purem.ent circonstanciel et politique. Il a été très peu connu. Les pamphlets tombaient en ce temps-là comme la neige, et le mien eut le sort commun. Il le méritait. Premièrement, je ne savais pas encore écrire en prose; le vers était ma langue. Cette langue est trop réfléchie pour être employée aux usages ordinaires de la pensée. Secondement, ma situadon délicate et embarrassée me condamnait aux généralités de la politique et m'interdisait la passion, qui est la vie des pamphlets. Je n'obtins qu'un succès médiocre. Cependant cet écrit avait l'avantage de me dégager tout à la fois des partis exaspérés, légitimiste ou orléaniste ou jacobin, et de me présenter aux électeurs comme un homme neutre qui donnait à espérera tous les esprits de bonne foi. Ce succès me suflisait pour le moment. Je ne pouvais pas en désirer un autre, et je compris qu'il fallait attendre une réaction des opinions. Je
pensai que deux années seraient suffisantes pour amener cette réaction en ma faveur dans un pays aussi mobile que la France.
Mais comment employer ces deux ans? J'avais trop d'activité dans l'esprit pour les passer oisif à la campagne ou dans une petite ville de province. Je résolus de voyager.
Ma belle-mère était morte; mon père était heureux et établi paisiblement à Mâcon, enveloppé de mes sœurs et de leurs jeunes filles, qui lui renouvelaient une famille de tendresse selon ses goûts. Je n'avais, qu'une charmante enfant de dix ans, Julia, la plus délicieuse des filles. En l'emmenant, j'emmenais l'univers avec moi.
Sans être riche, j'avais une aisance qui me permettait les dépenses larges des grands voyages.
On a prétendu que ce voyage de deux ans, exécuté par moi avec la grandeur d'un homme qui ne calcule rien, avait été pour moi l'origine des immenses embarras de fortune qui m'ont obsédé depuis la révolution du 24 février.
L'origine de ces désastres de fortune ne remonte pas si loin. La source de mes revers est plus récente et plus honorable. J'ai brûlé mes