‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 135 sur 164 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

que vous proposez aux ministres de votre pays, » j'aurais plongé l'Europe entière dans un abime de complications, dans des guerres sans issue, et j'aurais jeté l'Orient dans une anarchie de mille ans.

Mais l'esprit d'opposition, la maladie parlementaire des Français, était si général et si acharné à cette époque, que je fus applaudi comme un homme qui apporterait à son pays une panacée universelle. Il faut avoir le courage d'avouer ses fautes et ses faiblesses quand on repasse sa vie publique. Les mémoires sincères ne sont pas des apologies, mais des confessions.

La Chambre était alors dans une confusion et dans une anarchie d'idées et de partis qui se prêtait à tout, surtout à l'absurde. Mon peu d'estime pour le gouvernement appelé parlementaire date de là. C'est la folie de tous au lieu de la folie d'un seul

Les doctrinaires régnaient, associés à quelques bonapartistes et à quelques jeunes et habiles ambitieux qui se prêtaient à eux jusqu'au moment de les renverser pour les remplacer. Les doctrinaires s'appuyaient sur le roi qu'ils venaient de

faire et qui avait plus d'expérience et de sagesse qu'eux. Le roi s'en servait surtout dans la politique étrangère comme d'organes monarchiques et pacifiques très propres à rallier les puissances à la nécessité de son usurpation. La France ne les aimait pas, mais les subissait par impuissance de leur substituer aucun autre parti capable de la gouverner. Ils étaient, ils sont, ils seront toujours antipathiques au caractère français. Ils n'ont pour talent que leur prétendon; leur force est dans l'ambition!

On n'a qu'à les suivre depuis leur entrée aux affaires en i8 12 jusqu'aujourd'hui en passant par Gand : on les trouvera toujours ou dans les antichambres, ou dans les arrière-cabinets de tous les pouvoirs, faisant du despotisme avec le premier Napoléon, de l'émigration théorique à Gand, de la réaction antibonapartiste avec Fouché après 181 5', du libéralisme habile en 1820, de la conjuration révolutionnaire jusqu'en 1830, de la monarchie illégitime après, de la coalition immorale en 1 840, de la désertion de leurs complices de coaUtion jusqu'en 1847, de la monarchie à outrance en 1848, de l'mgratitude ensuite, des théories sans fin, de l'émeute toujours.

La constance dans la bonne opinion d'euxmêmes est leur principale vertu publique, ils n'ont de supériorité que leur confiance. Secte inexplicable par aucun service réel rendu au peuple, à la monarchie, à la république, aux

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