LIVRE CINQUIÈME
Ces mots qui m'étaient de temps en temps rapportés par des courtisans ou par des membres de la majorité, confidents du roi, flattaient mon amour-propre et redoublaient mon courage. Il me convenait de laisser soupçonner jusqu'à un certain point plus d'ambition éventuelle que je n'en avais et de laisser croire au roi et à la majorité que ces jours inconnus pouvaient venir. Mais il n'en était rien, et j'étais parfaitement résolu à ne jamais manquer à mon passé de royaliste en servant un roi qui avait détrôné le mien.
Henri V et son parti en France n'ont rien compris alors et en 1848 à ma situation. Ils m'ont traité en ennemi, quand le moment était venu pour eux de me relever pour ma fidélité à leur trône et à leur infortune. Je ne le leur ai rendu qu'en indifférence. Tout est bien. Mon devoir envers les républicains étant accompli, je pouvais apporter aux légitimistes une grande force dans une occasion honorable; ils ont préféré me méconnaître, et compter parmi leurs ennemis personnels ceux qui lejs avaient avoués toujours et honorés quelquefois. N'en parlons plus, nous sommes quittes, eux parleur ingratitude, moi par mon inutilité.
Cette phase de ma vie parlementaire fu t longue, brillante et très utile au roi de 1830 et au ministère Mole. Respect à la monarchie abstraite, prérogative constitutionnelle de la royauté, droit de la couronne de nommer librement ses ministres, puisque, si ses ministres étaient responsables par leurs places, la royauté était responsable par son trône; dérision des attaques déloyales de M.Guizot, de M. Thiers et de tous leurs complices de la coalition contre le trône qu'ils avaient fondé et contre la politique qu'ils avaient servie; démonstration de l'impuissance de cette coalition immorale allant mendier sur tous les bancs de la Chambre des alliés parmi les ennemis les plus implacables d'hier; impossibilité de créer avec de tels éléments allant depuis M. Garnier-Pagès jusqu'à M. Berryer, en passant par tous les tiers partis de la Chambre, tels que M. Dufaure et ses amis du ministère, unis par un même esprit pour formuler et pratiquer une politique quelconque; par conséquent impossibiUté pour toute coalition de ce genre de fonder autre chose qu'une ruine parlementaire le lendemain de son triomphe : pendant ces années de manœuvres immorales, je traitai ces questions en toute occasion avec