‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 22 sur 164 · LIVRE DEUXIÈME fy · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME fy

lisme de mauvais aloi qui m'auraient vengé et mis à ce que je croyais ma place. Mais cette mauvaise pensée, qui n'était au fond que de l'amour, et que le désir de grandir pour elle et de devenir libre pour ne plus la quitter, fut toujours réprouvée et grondée par elle avec l'indignation d'un cœur de femme, plus honnête qu'un cœur d'homme. Elle m'en fit rougir ;, elle m'enseigna le dévouement à nos opinions, même méconnues, indépendamment des récompenses.

Liée avec M. de Bonald et son école, elle me retint dans ce parti par l'attachement que j'avais pour elle. J'ai toujours reconnu que, en politique, les femmes vertueuses étaient plus éloignées que les hommes de tout intérêt personnel dans leur attachement à une cause, et que les rois ou les peuples auraient en elles leurs serviteurs les plus dévoués et, au besoin, leurs plus fidèles martyrs.

Cette première leçon d'honnêteté imperturbable, reçue ainsi d'une belle âme, me profita par la suite. Je n'eus plus de ces hésitations mauvaises entre mon intérêt et mon opinion, qui auraient pu entacher l'honneur de mes pensées et la sincérité de mes opinions, telles quelles, dans les causes polidques ou religieuses pendant tout le reste de ma vie. La voix d'une personne aimée avait doublé la voix de ma conscience. Je pus me tromper, mais je me trompai de bonne foi.

f8 LAMARTINE PAR LUI-MÊME

Elle me fit lire alors les hautes théories sociales, bien plus raisonnables et bien plus sincères que les exagérations paradoxales de M. de Maistre. Je crus y voir la vérité sociale découlant des hauteurs bibliques, et ne faisant du monde chrétien et du monde politique qu'une seule vérité. L'enthousiasme et l'amour m'inspirèrent, et j'écrivis sous cette double inspiration une de mes premières odes politiques dédiées à ce philosophe. Son amie se chargea de la lui faire parvenir et de la lui faire goûter. Il m'envoya ses œuvres complètes en signe de reconnaissance.

Ainsi je me trouvai, avant que mon nom, tout à fait caché, eût une signification dans le monde, par pur hasard et par pur amour, en rapport d'opinion avec les deux grands philosophes contre-révolutionnaires : M. de Maistre l'étranger, et M. de Bonald à Paris. C'était une ligne très hasardée que j'étais pour ainsi dire engagé à suivre, une séduction de l'amour qui m'attirait vers une poUtique avant que l'âge et la raison me permissent de discuter mes vraies idées. Ainsi les sentiments sont nos premières opinions.

L'hiver suivant, après des séparations cruelles, je parvins, malgré des difificultés de famille

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