‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 50 sur 164 · L I \' R E TROISIÈME · texte numérisé non relu

L I \' R E TROISIÈME

irr

La nouvelle de la manifestation armée de Morelli était arrivée rapidement au ministère napolitain. Elle le trouva en pleine sécurité. Le roi était en mer, monté sur le vaisseau amiral de sa flotte, pour aller à la rencontre de son fils qui revenait de Sicile. Les quatre ministres politiques Medici, Tomasi, le marquis de Circello et le ministre de la guerre Nugenr, général autrichien naturalisé à Naples, se rassemblèrent à l'instant dans la plus grande émotion et se concertèrent sur la manière d'informer le roi et de lui faire envisager l'échauffourée de Nola. Le roi, mal rassuré, voulait attendre prudemment en mer le résultat de l'événement. On le convainquit difficilement de la nécessité de débarquer dans le port de Naples. Son instinct, plus habile que la témérité de ses ministres, lui disait qu'il embarrasserait davantage les carhonari indécis en restant à l'abri de leur pression sur son vaisseau prêt à le transporter sur les points du rivage où il pourrait faire appel à la loyauté de son peuple et aux troupes restées fidèles, qu'en rentrant dans son palais, exposé à toutes les insurrections de sa capitale et à toutes les exigences des révoltés.

l<{6 LAMARTINE PAR LUI-MÊME

Il céda à regret aux assurances de ses ministres et débarqua avec son fils dans la ville, déjà agitée par les carhonari, mais encore fidèle.

Le général Nugent envoya chercher le général Guillaume Pepe, jeune militaire de l'armée de Murât, brûlant de se signaler par une action d'éclat, commandant la province d'Avellino, et le chargea de la répression des désordres de Nola. Pepe n'hésita pas à accepter. Mais à peine était-il nommé que les représentations les plus ombrageuses assaillirent le général Nugent, le roi, la cour, et leur persuadèrent facilement que cette nomination était une imprudence propre à donner un chef plutôt qu'un adversaire à la sédition. On désigna à la place de Pepe le général Carascosa, homme d'une renommée supérieure, ayant conquis sa popularité militaire dans les campagnes de Murât, mais d'une fidélité ancienne et récente à la restauration des Bourbons de Naples.

Cependant Pepe, secrètement favorable aux carhonari, et s'apercevantdéjàde la défiance qu'il inspirait, se préparait à partir sans ordre de Naples et à aller jouer à Avellino le rôle ambidextre et équivoque de La Fayette à Paris en 1 789 entre le roi, auquel il devait son commandement, et le peuple, au nom duquel il voulait imposer au roi la constitution des carhonari.

Page 1