‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 89 sur 164 · LIVRE QUATRIÈME 24f · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME 24f

à la maison. On envoya chercher le médecin, qui coupa ma botte et mon pantalon et qui me fit mettre au lit dans une immobilité complète. J'y restai quinze jours ou trois semaines, attendant que l'inflammation fût passée. Je souffrais bien plus du cœur et de l'esprit. Je fis dire tout bas au colonel Pepe que je lui demanderais raison de sa brochure aussitôt que ma convalescence me permettrait de me tenir debout, et que je lui laissais le choix des armes, bien que je connusse la supériorité notoire des Napolitains dans l'escrime, dont Naples a été de tout temps l'école classique.

En attendant, j'écrivis, en réponse à la brochure du colonel Pepe, une courte réphque justificative de l'intention d'offenser la nation, mais annonçant en termes voilés la résolution de me justifier autrement devant mon accusateur.

Je ne mis point en vente ces courtes pages de mon explication; je me bornai à l'envoyer à toutes les personnes de Florence qui avaient pu avoir connaissance du secret du colonel Pepe.

La justification était fondée sur cette considération littéraire très vraie que le sens de ces vers n'était pas dans ma bouche, mais dans la bouche

de mon personnage, ayant souvent dans ses poèmes exprimé des imprécations analogues contre la servitude supportée par l'Italie; que les diatribes également poétiques de tous les grands poètes de l'Italie elle-même n'étaient nullement une injure à ce noble pays, mais une injure banale, devenue lieu commun des poètes contre sa mauvaise fortune, qui n'inculpait pas les hommes, mais le sort.

Cette explication fut reçue tant bien que mal par les hommes éclairés et indulgents de Florence, mais ne calma pas la colère de convention de la masse contre moi. On s'étonnait de ce qu'une autre explication plus nette et plus catégorique n'eût pas déjà suivi la querelle littéraire; on ignorait l'accident qui la retardait par l'impossibilité où j'étais de me tenir debout. On peut se figurer mon impatience d'être suffisamment guéri du pied droit pour risquer ma poitrine. Enfin ce jour arriva.

Je me rendis moi-même chez mon honorable antagoniste, et j'allai me mettre à ses ordres en termes qui ne témoignaient aucune colère, puisqu'il avait le droit de prendre fait et cause pour son pays contre un homme qui paraissait avoir

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