LIVRE CINQUIÈME ^ IQ
pas être complice, par son inaction et par son silence, du sang répandu.
Quelques-uns de mes amis de Paris, entre autres l'intrépide et honnête Aimé Martin, qui aurait risqué cent vies pour en sauver une, m'écrivirent que la crise était extrême; que l'opinion devait rallier toutes ses forces pour lutter contre cette soif inextinguible de sang qui renaissait , dans la lie du peuple et dans les jeunes républicains, imitateurs de g^, qui prenaient la férocité pour du génie; que l'on comptait sur moi pour protester vigoureusement contre ces doctrines sanguinaires et pour donner cœur aux esprits indécis et aux cœurs honnêtes.
Ces lettres me décidèrent à faire mon devoir à tout risque et à publier mon opinion et ma protestation, que la popularité littéraire de mon nom alors, comme celle du nom d'André Chénier en 1793, pouvait rendre utiles. Je pris la plume et, quoi que pussent me dire mes timides amis de Mâcon sur le danger de mettre mon nom en avant dans un pareil accès de fureur, j'écrivis d'un trait les ïambes de 1850. Ce fut la première fois que la politique du jour entra dans la poésie. L'effet fut grand, tous les journaux, amis ou ennemis, répétèrent ces strophes. Elles retinrent beaucoup de la colère aveugle de cette jeunesse des universités, de l'Ecole polytechnique et des cours scientifiques, qui recula devant la souillure qu'on lui proposait. Cette jeunesse est l'âme du
peuple. Là où elle manifeste un instinct généreux, le peuple refléchit sur les siens, hésite, et ne va pas loin dans la voie du crime.
Voici les vers :