LIVRE TROISIÈME
brigands seuls exercèrent des sévices dans quelques provinces contre les familles entachées d'esprit français. Cependant le prince de Canosa, ministre de la police, luttant d'influence avec le chevalier de Medici, ministre des finances, donna à quelques années de ce règne un aspect et une renommée de rigueur dont on accusait moins le vieux roi que sa femme et son ministre. La société secrète des calderari, fanatiques de la plus basse classe du peuple, fut particulièrement ravivée par la cour. La société plus élevée des carbonari, d'abord persécutée par Murât, puis fomentée contre les Français par la reine, puis enfin aliénée de la cour par haine et par jalousie contre les calderari, commença à s'étendre dans le royaume et à chercher des complices dans l'armée.
La reine était morte à Vienne : femme politique supérieure, éprouvée toute sa vie par l'excessive prospérité ou par l'excessive infortune. Le vieux roi avait épousé avec un demi-mystère une Sicilienne d'une rare beauté, la duchesse de Floridia. Elle ne signalait son influence que par son dévouement au roi et par sa libéralité envers le peuple. Très réservée sur la politique, la duchesse de Floridia ne paraissait inspirer d'ombrage ni à don Francesco, fils aîné du roi, ni à la princesse royale son épouse, ni au prince Léopold, second fils de Ferdinand, uniquement occupé de ses plaisirs.
Don Francesco, destiné à succéder à la couronne, était un prince sédentaire, valétudinaire,
IfO LAMARTINE PAR LUI-MÊME
instruit, adonné à l'étude, vivant dans l'isolement de la cour et des factions, au milieu de sa belle et nombreuse famille dans le fond du palais. Il avait pour le vieux monarque son père un respect et une déférence qui rappelaient les temps bibliques; prêt à se compromettre pour lui dans les temps difficiles et à porter la responsabilité du malheur ou des fautes, prêt à rentrer dans l'obscurité quand les circonstances étaient calmes et régulières.
Sa fille aînée, la charmante princesse Christine, destinée au roi d'Espagne Ferdinand, son cousin, était par sa grâce, par sa beauté et aussi par son intelligence précoce, la décoration de cette cour. Ses malheurs, son héroïsme, ses amours, son habileté depuis en Espagne et l'immense fortune qu'elle a su acquérir ou conserver en descendant du trône et en se créant de royales retraites à l'étranger, ont assez prouvé qu'elle était capable de rivaliser à la fois avec les femmes les plus éminentes par le génie et par le charme sur un trône ou dans la vie privée. Il était dès lors impossible de la contempler sans admiration de sa beauté et sans pressentiment de sa grandeur.
Rien n'annonçait le moindre orage dans le ciel éclatant de Naples. Un ministère sage et