‹ A. de Lamartine par lui-mêmeChapitre 85 sur 142 · LIVRE CINQUIÈME 27I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME 27I

nous nous séparâmes en nous regrettant mutuellement.

Je demandai un congé pour aller passer quelques mois en Angleterre. Dans cet intervalle, Charles X, mal conseillé et mal entouré dans son intimité, se lassa des temporisations et des concessions que ce ministère obtenait vainement de lui, sans obtenir aucun retour de l'opposition obstinée et de la presse menaçante. Il se jeta aux extrêmes, rappela de Londres, où il était ambassadeur, M. de Polignac, et, en arborant ce drapeau de guerre, autorisa le pays presque entier à l'agitation et à la guerre à mort.

Rentré d'Angleterre dans mon pays, j'y participai aux élections de ce qu'on appelait alors les grands collèges, et je m'unis aux royalistes sensés et modérés pour faire prévaloir, dans la personne du duc de Rauzan, un homme d'honneur, tout à la fois constitutionnel et ami du roi, dont le nom

fût acceptable à. tous les partis, cherchant la transaction sous les auspices de la loyauté. Nous réussîmes, et je me retirai, plein de trouble mais cependant d'espérance, dans une de mes terres en Bourgogne que je venais d'hériter de l'abbé de Lamartine, mon oncle.

C'était en 1829, tout près de 1830. J'y restai occupé de choses rurales et de poésies l'été et l'automne de 1 829 et le commencement de 1850. J'y préparai la publication des deux volumes d'Harmonies poétiques, qui devaient confirmer ma renommée de poète, que la révolution de 1850 étouffa un moment sous la gravité des événements, et qui remontèrent et surnagèrent bientôt après, dès que les esprits eurent recouvré le calme qui permet de juger un livre d'une certaine importance littéraire.

Un illustre écrivain venait d'être enlevé à la France. On songea à moi pour le remplacer à

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