‹ A. de MussetChapitre 7 sur 36 · LES PREMIERES OEUVRES · texte numérisé non relu

LES PREMIERES OEUVRES

il pouvait s'en convaincre lui-même à l'empressement des éditeurs et directeurs.

L'Odéon lui demanda une comédie, et il écrivit La Nuit vénitienne, qui fut sifflée deux soirs de suite, et qui, consciencieusement analysée, ne paraît pas supérieure à son destin. On a beau y chercher quelque élément d'intérêt, on n'y trouve — quoi qu'en aient pensé quelques amis de l'auteur — ni action, ni caractères, ni style. Le sujet en est emprunté à cette « Italie dramatique » qui a défrayé pendant quinze ans le romantisme et qui, par ses hyperboles tragi-comiques, a contribué, dans une certaine mesure, à l'user.

La Nuit vénitienne n'en a pas moins exercé une influence considérable sur la direction littéraire de son auteur. Il ne cessa pas d'écrire des comédies; mais, découragé par cet échec, il cessa d'en écrire pour le théâtre. Il n'essaya plus d'accommoder aux exigences de la scène ses personnages ni son dialogue ; en un mot, il fit du théâtre dans les Revues, du théâtre sans le savoir et sans le vouloir, si bien qu'il fallut près de vingt ans pour que, rajeuni, éprouvé, et comme révélé par une sorte d'émigration en Russie, ce théâtre, réputé impossible, reconquît chez nous la place d'honneur qui lui appartient et qu'il no saurait plus perdre (1).

(1) Il faut dire que toutes les mauvaises chances se réunirent contre cette malheureuse Nuit vénitienne : « Dès la seconde scène, Vizentini se vit interrompu par des sifflets. Des cris de forcenés couvraient la voix des acteurs, et le parterre s'acharnait après les plus jolis mots du dialogue, comme s'il fût venu avec l'intention bien arrêtée de ne rien entendre. L'auteur, étonné de ce tumulte, ne pouvait croire que la pièce ne dut pas se relever pendant la grande scène entre le prince d'Eisenach et Laurette. MUe Béranger, vêtue d'une fort belle robe de satin blanc, était éblouissante de fraîcheur et de jeunesse. Enfin les rieurs se calment un instant. Par malheur, l'actrice, en regardant du haut du balcon si le jaloux Razetta est encore à son poste, s'appuie sur un treillage vert dont la peinture n'avait pas eu le temps de sécher, elle se retourne vers le public toute bariolée de carreaux verdàtres. depuis la ceinture jusqu'aux pieds. Cette fois l'auteur découragé s'inclina devant la volonté du hasard.... » (Iiioyraphte, page 97.)

A. DE M Ce SET.

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