‹ A.-F. CalsChapitre 18 sur 56 · LE MARQUIS ARTHUR DORIA, PRÈRE DU COMTE ARMANI · texte numérisé non relu

LE MARQUIS ARTHUR DORIA, PRÈRE DU COMTE ARMANI

le temps est assorti à la profonde tristesse de son âme. 11 est au château d'Elbeuf-en-Bray, chez M. et Mmt; Adalbert de La Porte, pour y faire le délicieux portrait, si savant et si simple, en même temps que si plein de charme, reproduit dans ce livre. Il est traité avec les plus grands égards; il ne cesse de dire qu'on le comble de soins et de prévenances. Mais il est pris d'un immense ennui. Il se croit un « vieux bonhomme qui n'a réussi à rien, qu'à se convaincre qu'il n'est bon à rien par lui-même » et que « le peu de bien

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qu'il a fait revient tout à Dieu d'abord, et à toutes les bonnes âmes qu'il a placées tout le long de sa route ».

Pourtant il y a quelques éclaircies. Il s'oublie un peu quand le portrait vient mieux qu'il ne le craignait. Tout au moins il se résigne à cette vie mi-campagnarde mi-mondaine, dont il avait connu l'équivalent, avec des états d'àme différents, sept ans auparavant, « bien que ce ne soit pas précisément ce qui l'amuse ». Parfois il y a comme des crises d'exaltation, de mysticisme qui prouvent à quel point son esprit était alors agité

et troublé. 11 voudrait rester dans ce pays qui est beau, qui lui offre mille motifs à peindre; il consulte tous ses amis; il hésite. Faut-il s'établir là? Il a l'air de chercher une installation après un naufrage.

« Certes, s'écrie-t-il un jour où cette exaltation atteint comme son paroxysme, quand je considère ma vie, ses afflictions et ses joies, je reconnais que tout cela forme un ensemble admirable, dont Dieu s'est servi pour m'amener à lui et pour m'y retenir, et cela par les moyens qui lui conviennent. Aussi, reconnaissant quel pauvre homme je suis, je me prends souvent à dire : que la volonté de Dieu soit faite ! Et cela me donne une grande tranquillité, et je sens que ma chère peinture elle-même s'en trouve bien. Vous ne

l.E CHATEAU D ' E l. B E U F - E N - B K A Y

vous moquerez pas de moi, si je vous dis que parfois il me semble que c'est Dieu qui peint par ma main... »

Certes, son correspondant ne pouvait songer à se moquer de lui en ces circonstances, car ce correspondant, c'était le comte Doria, qui savait bien, et qui savait tout ce qui avait mis son pauvre vieil ami dans cet état d'égarement, de navrement, dans ce désespoir d'un homme qui se rattache à toutes branches de salut et veut se prouver qu'il a encore trop de bonheur en cette vie.

La fille de Cals était devenue folle.

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